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CAMP DE ROYE DIT LE VIEUX-CATIL

A la distance d'un peu plus d'une demi-lieue de poste , à l'ouest , de la ville de Roye , on trouve sur une surface très-plane , à l'extrémité la plus méridionale du Santerre, les remparts et le pourtour encore presque entier et très-bien caractérisé d'un petit camp romain situé à environ 700 mètres au nord de la rivière.

Ce camp qui n'est qu'un champ en labour est désigné dans toutes les anciennes cartes sous le nom de Vieux-Catil (seul nom sous lequel il soit connu des habitants du pays) ou bien de Vieux-Châtel , noms qui, l'un et l'autre , sont la traduction littérale de deux mots latins , vêtus castellum , c'est-à-dire vieux château , vieux fort ou plutôt , suivant l'acception latine , vieux petit camp. Le Vieux Catil est placé sur le point proéminent de la plaine du Santerre et sur la crête de deux déclivités qui, prenant naissance en arrière du camp , s'abaissent à mesure qu'elles se rapprochent de la petite vallée d'Avre. Il est aussi , comme les autres camps romains , à une très-petite distance de l'eau salubre , celle de la rivière d'Avre.

La partie du camp qui est vers l'angle sud-ouest est la seule qui ait été dégradée par la culture , la charrue ayant rasé le rempart de ce côté. Au surplus, on a lieu d'être étonné que, depuis bien des siècles , la culture n'ait pas entièrement effacé le Vieux Catil de la surface de la plaine si fertile sur laquelle il a été construit. On n'aperçoit aucune trace de fossé ; mais il est impossible qu'il n'y en ait pas eu un dont la terre aura servi à construire le rempart , agger. On n'aperçoit pas non plus d'entrée ou porte bien marquée. Il faut croire qu'une rampe existant au nord a dû être l'une de ces portes ; et bien qu'elle ne soit ni à l'orient ni tout-à-fait au milieu du rempart, on doit penser, vu quelle est du côté de la voie romaine et à l'op-

posé de la rivière, que c'est là qu'était la porte prétorienne. La porte dôcumane était à l'opposé de cette entrée-là et faisait face à la rivière.

Le rempart est encore élevé à l'extérieur de près de 11 pieds au nord, de près de 8 au midi dans toutes les parties non dégradées par la charrue. Toutefois, ces dimensions en y ajoutant, d'après Végèce , un fossé profond de neuf ou même de onze pieds , c'est-à-dire en doublant la hauteur des remparts dans la partie la plus élevée, ces dimensions , dis-je , ne donneraient qu'une hauteur totale de vingt-deux pieds comptée depuis le haut du rempart jusqu'au fond du fossé , hauteur très-inférieure à celle des remparts des camps de Tirancourt et de l'Étoile. La superficie du Vieux-Catil n'est que de cinq hectares quatre-vingt-un ares ( près de 23 arpents romains ) tant pour l'intérieur que pour l'extérieur. Une si petite étendue ne pouvait guère contenir que six ou au plus sept cohortes d'infanterie de l'armée de César avec un petit nombre de cavaliers. Ce camp-ci doit donc avoir eu une destination beaucoup moins importante que n'a dû être celle de chacun des deux autres camps déjà décrits et il ne peut être considéré comme une de ces forteresses romaines qui furent destinées , long-temps encore après la conquête , à former une ligne de défense systématique contre l'attaque des peuples du Nord. Le Vieux-Catil semble répondre plutôt à l'idée donnée par son nom même , savoir celle d'un fort ou d'un petit camp (Castellum) destiné à protéger les convois. Mais, en même temps , la hauteur de son rempart dont le talus est fort roide , et dont les angles à vive arrête sont si bien conservés , indique qu'il a dû être tout au moins un camp d'été à demeure ( œstivum statîvum ) et non pas seulement un camp construit en marche et pour une seule nuit. Quant à sa forme, qui est un carré à-peu-près parfait , elle est celle qui avait été indiquée par Polybe et que Végèce semble recommander comme étant la plus régulière puisque c'est la forme qu'il nomme d'abord dans deux endroits de son Traité de l'Art Militaire. Cette forme aura été préférée parce que sur la plaine rase du Santerre on n'aura pas été gêné par la configuration du terrain.

CAMP DE LIERCOURT.

A huit lieues de poste (32,000 mètres) ou un peu plus, au-dessous d'Amiens , et à environ deux lieues ( 8,000 mètres ) au-dessus d'Abbeville , à trois quarts de lieue de la rive gauche de la Somme , tout près et à l'ouest de la grande route de Paris à Calais , est situé dans la commune de Liercourt et sur un plateau élevé un camp très-vaste qui comme ceux de Tirancourt et de l'Étoile est nommé Camp de César et qui porte aussi dans le pays le nom du Casteli.

Les défenses naturelles de ce camp sont plus fortes et plus étendues que celles des camps dont il vient d'être parlé. Ces défenses l'entourent sur quatre de ses cinq côtés et leur longueur totale équivaut presque aux quatre cinquièmes de son périmètre. A l'ouest s'étend le vallon tourbeux au fond duquel une petite rivière coule et va se jeter dans la Somme. Au nord et au nord-est, les anciens marais de la vallée de Somme qui étaient jadis sous l'eau prolongent ce genre de défense sur tout l'espace qui s'étend entre la Somme et

le pied du camp , en retournant vers Duncq , Liercourt et même jusque vers la commune de Fontaine, à l'est. Plus près, et encore à l'est, la défense formée par le marais est remplacée par un autre genre de défense naturelle savoir : l'escarpement du coteau occidental d'un petit vallon sec et fort peu large ; et enfin , au midi , le camp a pour défense en avant du bois du Val l'escarpement du même vallon sec au fond duquel passe le chemin du Grand Sart.

Pour achever d'isoler le plateau sur lequel ce camp de César a été assis il n'a donc fallu que le séparer sur son cinquième côté de la plaine dite des Brimeux qui s'étend vers le moulin à vent de Belly-Fontaine , au sud et au sud-ouest , au moyen d'une fortification mise parfaitement d'accord avec l'importance des défenses naturelles puisqu'elle se compose d'abord d'un double rempart et d'un double fossé qui coupent la plaine sur une étendue de 300 mètres et ensuite d'un très-fort rempart établi sur la pente qui se prolonge vers le nord-ouest jusqu'au coteau fort escarpé du vallon de Belly-Fontaine.

Les défenses naturelles ont été rendues plus fortes encore par l'art et par ces travaux militaires immenses qui , pendant près de dix siècles , ont été le partage de la seule discipline romaine. On en peut juger par les angles si bien conservés , après tant de siècles , des talus du rempart du midi ( 65 degrés à l'intérieur , 59 à l'extérieur ) ; par la force même de ce rempart qui est épais de plus de 46 pieds dans le bas, haut de près de 8 pieds à l'intérieur et de plus 12 à l'extérieur, ainsi que par l'immense hauteur des côtés et des remparts du nord-ouest et du nord-est et même du rempart qui est appuyé sur la pente douce qui est à l'est. Le premier de ces remparts a une hauteur totale de près de 99 pieds à l'extérieur ; le second une hauteur de plus de 123 pieds ; et le troisième de plus de 117 pieds. Quant aux autres remparts , entièrement artificiels, qui défendent le camp de Liercourt du côté du sudouest , où ce camp est de niveau avec la plaine , on les avait rendus encore plus forts que ceux qui étaient défendus par des escarpements naturels. Ce camp paraît avoir eu six entrées ou portes. Sa forme a été entièrement déterminée par la configuration du terrain. C'est un pentagone à côtés inégaux et à angles arrondis qui ne saurait, par conséquent, être assimilé exactement à aucune des quatre formes indiquées par Végèce , mais qui approcherait de la forme ronde plus que de toute autre.

La superficie du camp de Liercourt est dans l'intérieur de 32 hectares , 42 ares , 74 centiares ( 128 arpcns romains et un quart ) et y compris les fossés , remparts et escarpements de 46 hectares , 20 centiares. Il est donc , en prenant seulement son étendue intérieure , à peu près six fois aussi grand que le Vicux-Catil , situé près de Roye , qui n'a que cinq hectares , 81 ares , y compris ses remparts; plus de trois fois aussi étendu que le camp de r£toi7e. Et enfin la même superficie intérieure du camp de Liercourt est plus de moitié en sus de celle du camp de Tirancourt.

Il résulte de celte comparaison que le camp de Liercourt, qui doit être aussi attribué à Jules César , a dû renfermer un corps d'armée bien plus considérable que ceux auxquels ont pu être destinés les autres camps déjà décrits

et môme une véritable armée ou quatre légions à la fois avec la cavalerie , l'infanterie légère et les équipages.

Tel est le résumé de la Dissertation sur les Camps Romains de la Somme publiée en 1828 par M. le comte d'AUon ville. En analysant ce savant travail nous avons plus d'une fois regretté que le cadre de notre livre nous interdît la faculté de reproduire les nombreuses notes ou citations sur lesquelles M. d'Allonville appuie ses assertions. Mais nous cédons au plaisir d'indiquer ici les principaux auteurs ou documents authentiques que M. d'Allonville a consultés. En voici l'énumération : les Commentaires de César , éditions de Clarke , Oudendorp , Lemaire, et même celle de Robert Etienne. La transcription des marbres du Capitole. Tite-Live. Suétone. Florus. Diodore de Sicile. Pomponius Mêla. Strabon. Ptolémée. Pline l'Ancien. Tacite. Plutarque. Hérodien. Dion-Cassius. Appien. Modeste. Elien. Polybe. Frontin. Végèce. Itinéraire d'Antonin. Itinéraire de Théodose ou carte de Peutinger. Ammien Marcellin. Zozime. Mémoires de l'Académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres. Ancien plan de la ville d'Amiens portant la date de 1542 déposé aux archives départementales de la Somme. Manuscrit anonyme conservé dans la Bibliothèque Publique d'Amiens (18.^ siècle. ) Antiquités de la ville d'Amiens par La Morlière. Histoire de la ville d'Amiens, par le père Daire. Histoire des empereurs romains des six premiers siècles de l'ère chrétienne par Le Nain de Tillemont. Histoire des Celtes, par Peloutier. Histoire des grands chemins de l'empire romain , par Bergier. Abrégé de la géographie antique, par d'Anville. Germanie antique, par Philippe Cluvier. Géographie d'Ortelius. Dictionnaire géographique

de La Martinière. Antiquité expliquée, par Moiitfaucon. Glossaire de Du Gange. Dictionnaire étymologique , par Ménage. Description statistique de l'Oise, par M. Cambry, préfet du département. Histoire de la ville de Roye, par Grégoire d'Essigny. Mémoires sur les voies romaines qui traversent la Picardie, par Grégoire d'Essigny. Histoire de la ville de Breteuil, par Pierre Mouret. Antiquités romaines, par Alexandre Adam, recteur de la grande école d'Edimbourg. Voyage du Jeune Anacharsis par l'abbé Barthélémy. Mesures et poids romains et grecs, par M. Letronne.

P. ROGER

DISSERTATION SUR LES CAMPS DE LA PICARDIE ET DE L'ARTOIS QUE M. LE COMTE D'ALLONVILLE N'AVAIT POINT ENCORE DÉCRITS.

( Travail rédigé pour la Bibliothèque Historique. )

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