‹ Bibliothèque historique, monumentale, ecclésiastique, et littéraire, de la Picardie et de l'ArtoisChapitre 14 sur 170 · PRÉSENTÉ A LOUIS XIV · texte numérisé non relu

PRÉSENTÉ A LOUIS XIV

ouïs XIV vint souvent à Amiens dans les j premières années de son règne. Les registres de l'ëchevinage et divers manuscrits parlent javec détail des réceptions solennelles faites à ce prince. Il était à Amiens le 3 juin 1646, fête du Saint-Sacrement. Par ses ordres un reir s'éleva devant son hôtel du Logis du Roi. Louis XlV et Anne d'Autriche suivirent la procession jusqu'à l'église de Saint - Remj.

L'hôtel du sieur Vaillant , trésorier de France , fut choisi pour recevoir Louis XIV en 1 657 ' ; ce prince avait alors dix-neuf ans. La reine-mère descendit à l'évèché. Le dimanche de l'octave du Saint-Sacrement , Anne d'Autriche voulut assister aux vêpres de la cathédrale ; mais les prérogatives épiscopales étaient telles alors qu'il fallut entamer une négociation préalable à l'occasion du dais et du tapis de pied disposés pour l'évêque dans le chœur de l'église ; M.*' François Faure , qui gouvernait le diocèse , pria la reine -mère d'agréer qu'il se plaçât à ses côtés ou

^ L'hôtel où Louis XIY logea s'appela d'abord l'hôtel du Blanc Lévrier et appartint , au xv." siècle , à Adrien de Hénencourt , doyen du chapitre. En 1653 , Monsieur, frère du roi, descendit dans cet hôtel. Le cardinal Mazarin logeait, cette année-là, au Bureau des Trésoriers de France.

vis-à-vis d'elle sous un dais, pour ne pas se trouver dans l'obligation de s'absenter pendant les vêpres, Anne d'Autriche répondit au prélat qu'elle ne prétendait point déroger aux usages de l'Église et prit place dans le chœur en face de l'évêque.

La réception du roi dans la cathédrale s'accomplissait alors avec beaucoup de solennité. Les manuscrits de la Bibliothèque Publique d'Amiens fournissent les détails du cérémonial d'usage, dont nous allons rapporter le texte : « M.'' l'évêque, vestu pontificalement , tenant la )) vraie croix, se transporte d'abord à la porte de l'église , » précédé de tout le clergé de la cathédrale en chappes, » où estant il reçoit le roy ou la reine qui se mettent sur » un quarreau et , ce disposé , révèrent la vraie croix à » genoux , reçoivent l'eau bénite puis , se relevant , sont » harangués par M.''' l'évesque ou, en son absence, par » M- le doyen. Après le compliment ou oraison faite , >) l'on va processionnellement au chœur; la croix et les » chandeliers précèdent avec l'eau bénite ; l'orgue joue » pendant la marche ; toutes les cloches sonnent. Chacun » de messieurs les ecclésiastiques occupent leurs stals en » chappes, et M.^' l'évesque monte en son trône, le roy » et la reine à genoux sur un quarreau posé sur le priez- » Dieu au milieu du sanctuaire ; M.^' l'évesque entonne V alors le Te Deum après avoir été commencé par le pré- )) chantre; la musique alternativement avec l'orgue con- )> tinue à la fin duquel M.'' l'évesque dit les oraisons por- » tées par le cérémonial, puis donne la bénédiction. Le )) roy ou la reine sont alors conduits à la portière de » leurs carosses ou dans l'eveschez. )»

Les chanoines de la cathédrale étaient ensuite présentés au roi. Lorsqu'il logeait à l'évêché ou dans le voisinage

de l'église , les chanoines venaient avec le surplis et l'aumusse ; dans l'autre cas., ils avaient la robe, le bonnet carré et la cornette ou chaperon. L'hôtel oii Louis XIV descendit en 1657 était assez éloigné de la cathédrale; mais les manuscrits nous apprennent que les chanoines vinrent en habit d'église , la maison du trésorier Vaillant étant de la dépendance du chapitre. Voici comment s'accomplit la présentation : « On avoit pris ordre du mestre )) des cérémonies de l'heure et commodité pour aller sa- » luer leurs Ma,iestés. A l'heure compétente , la cloche » du chapitre sonna et Messieurs étant tous assemblés avec )) les officiers , le chambellan en robe et en masse ' , les )) sergents avec leurs bastons , et le meusnier du moulin » du roy portant un gasteau d'un septier de bled , la com- » pagnie marcha en ordre , suivant le temps de la ré- •>•> ception. M. le doyen en teste , \estu de robe rouge , » précédé du meusnier tenant le gasteau enveloppé d'un » fanayolle, deux autres officiers portant l'un deux dou- )) zaines de pains dans une corbeille, revestue de nappes, » l'autre deux douzaines de bouteilles remplies de vin , » Messieurs suivant ; et à la queue , un sergent ou deux )) pour empêcher la foule. On alla ainsi dans la salle des » gardes oh l'on attendit que le mestre des cérémonies » introduisit la compagnie laquelle estant entrée salua le » roy et la reine, assis, d'une inclination profonde sans » fléchir le genouil ; puis M. le doyen parla au nom de la )) compagnie; après la réponse de leurs Majestés, on laissa » le gasteau, le pain et le vin; puis le chapitre se retira.»

*■ « La robe du chambellan du chapitre est en velours violet de brun tannée, » laquelle il sera tenu avoir neufve une fois chaque année ou au moins tous les » deux ans, au jour de la Nativité de la Vierge. Ses gages sont de deux sols » par jour et par an dix-huit livres cinq sols ( vers 1645 ). » ( Manuscrits de la Bibliothèque Publique d'Amiens. )

Le gâteau d'un setier de blé était du au roi chaque fois qu'il venait à Amiens. L'origine de cette redevance remontait à la donation faite par les rois de France à la cathédrale du Moulin de Bnudry , appelé plus tard Moulin

du Roi. P. Roger"

CORRESPOISDAKCE DES MINISTRES DE lOUIS XIV

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