‹ Bibliothèque historique, monumentale, ecclésiastique, et littéraire, de la Picardie et de l'ArtoisChapitre 157 sur 170 · INSURRECTION DU PEUPLE DE LAON · texte numérisé non relu

INSURRECTION DU PEUPLE DE LAON

IVIEURTRE DE L'ÉVÊQUE GAUDRI.

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Q uiBERT de Nogent a décrit les troubles dont l'institution communale de Laon I devint l'occasion dans les premières anli^nëes du douzième siècle. L'évôché de Laon était alors occupé par Gaudri , ancien référendaire d'Henri L", roi d'Angleterre , prélat plein d'ambition et d'arrogance , aimant la chasse et la guerre mais ne prenant nul souci de sa mission épiscopale. Vers l'an 1110, Gaudri en qualité de seigneur temporel de Laon concéda une charte communale aux bourgeois. Mais peu d'années après , Gaudri mettant la ruse en usage obtint du roi Louisle-Gros l'abolition de la commune. L'indignation fut grande à Laon lorsqu'on sut que les intrigues de l'cvêque allaient priver les habitants de leurs libertés les plus chères ; et ceux-ci résolurent d'avoir raison par la révolte de l'oppression dont ils étaient menacés.

Le lundi de Pâques , Gaudri , selon l'antique usage , se rendit processionnellement à l'abbaye royale de Saint- Vincent. L'insurrection des bourgeois devait éclater pendant le trajet. Cependant les conjurés se déterminèrent à attendre encore quelques jours. Mais l'agitation était telle que l'évêque recommanda aux chevaliers,

aux fieffés de l'évêchë et aux serfs de son église de se réunir en armes dans le palais épiscopal , au premier signal de l'insurrection.

Le troisième jour après Pâques , les bourgeois attaquèrent et mirent au pillage la demeure de quelques partisans de Gaudri : mais celui-ci était bien loin de s'effrayer de ces démonstrations, car il disait : « que )) voulez-vous que fassent ces bonnes-gens avec leurs i> émeutes ? si Jean , mon noir , s'amusait à tirer par )) le nez le plus redoutable d'entre eux le pauvre » diable n'oserait grogner. )>

Le lendemain , pourtant , l'insurrection éclata , au cri de Commune! Commune! On vit les bourgeois et le menu peuple s'armer de lances , d'arbalètes , de lourdes haches , s'emparer de la cathédrale , entreprendre le siège de la maison épiscopale ; et lorsque les chevaliers , les clercs ou les vassaux de l'église de Laon arrivaient pour prêter main-forte à l'évéque , le peuple les mettait à mort. Ceux qui se trouvèrent dans l'évêché le défendirent de leur mieux ; mais ils durent céder au grand nombre. Le palais épiscopal fut envahi; Gaudri, comptant tromper tous les soupçons par un déguisement, avait pris les habits d'un domestique, s'était réfugié dans le cellier et blotti dans un tonneau. Pendant ce temps, le peuple se répandait dans l'évéché en criant : « où est le traître ! Nous voulons sa » vie ! M La trahison d'un serviteur de l'évéque découvrit aux bourgeois la retraite du malheureux Gaudri ! Thiégaud, serf de l'abbaye de Saint- Vincent, arriva l'un des premiers dans le cellier. On dit qu'alors un page de Gaudri voulut défendre son maître mais qu'il fut mis à, mort sans nulle pitié. « Y a-t-il là quelqu'un ? «

criait Thiégaud en frappant sur la tonne avec son bâton ; l'évéque d'une voix tremblante répondit : ce oui ; » c'est un malheureux prisonnier. )> — a Ah! Ah! , reprit )) Thiégaud , c'est donc vous qui êtes blotti dans cette » tonne ? » Alors il prit l'évéque par les cheveux et tous ceux qui se trouvèrent là accablèrent Gaudri de mauvais traitements. On le traîna dans la rue et bien qu'il implorât le peuple , lui demandant la vie et promettant sur l'Evangile d'abandonner l'épiscopat, chacun resta sourd à ses supplications. On l'insultait , on le frappait ; il reçut sur la tête un coup de hache à deux tranchants; bientôt après un second coup l'acheva et son corps fut couvert de pierres et de boue, au milieu des imprécations de la multitude. — Ainsi périt l'évéque Gaudri.

P. ROGER

( Voir pour les détails relatifs à l'établissement de la commune de Laon les Lettres sur l'Histoire de France de M. Augustin Thierry et les Archives Historiques et Ecclésiastiques de la Picardie et de l'Artois, par M. P. Roger , 2." volume , page 245. )

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