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OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES

Quand on vient à jeter les yeux sur le tableau des langues américaines, on est à la fois étonné de leur grand nombre et du peu d'analogie que les groupes paraissent avoir entre eux. Bien qu'il n'entre pas dans mon plan de faire ici aucune dissertation spéciale à cet égard, je crois, toutefois, pouvoir jeter, en passant, quelque lumière sur ce sujet intéressant, sans sortir des bornes que je me suis tracées, et compléter ainsi ce que j'ai déjà pu dire ailleurs, par rapport aux langues du groupe mexico-guatémalien, dont il est surtout question dans cette bibliothèque. L'étude incomplète que l'on a faite, jusqu'à ce jour, des langues américaines me semble, à parler franchement, la cause principale de l'obscurité qui continue d'envelopper l'existence de leurs degrés d’affinité, en empêchant qu'on puisse en dresser sûrement le tableau généalogique. Une autre cause est la manie chez certains soi-disant linguistes de copier, n'importe où, une trentaine de vocables

à tort et à travers, sans même faire attention à l'orthographe spéciale de chacun des auteurs qui en ont formé le catalogue, puis de les comparer à quelque langue européenne, en faisant un grand étalage du fatras technologique, inventé par l’école germanique, pour jeter plus aisément de la poudre aux yeux de ses adeptes. Ajoutez que fort souvent ces écoliers n’ont pas d'autre acquis que cette technologie charlatanesque et qu'ils s'en vont dénaturant, sans même s'en apercevoir, ces langues, dont ils n'entendent ni le génie, ni les mots les plus simples. D’autres, négligeant de s'occuper de la différence marquée qui existe entre les langues du nord,du centre et du sud de l'Amérique, les ont confondues pêle-mêle, sans se donner le peine de les analyser le moins du monde. D’autres, enfin, suivant le système de certains professeurs à trois plumes, n’ont recherché dans les langues américaines que des formes grammaticales, s’inquiétant fort peu des mots, comme si de ces formes dépendait toute la langue. Marmitons, qui voudraient vous donner à manger avec des casserolles vides et qui vous nieraient la ressemblance qu'il y a entre le latin et le français, dont la grammaire est, néanmoins, si différente.

Si l’on avait fait pour l’ensemble des langues américaines des travaux de l'importance de ceux qui existent sur l'Orient, on y aurait trouvé précisément une échelle d’affinités non moins remarquable que celle que présentent les langues européennes dans leurs rapports avec celles de l'Asie jusque dans l'Inde. On y aurait reconnu que la source principale des différentes familles américaines ne saurait se découvrir ailleurs que dans le groupe mexico-guatémalien et que les analogies et les ressemblances vont en diminuant, à mesure qu'on s’en éloigne, bien que, de temps à autre, il se rencontre à des distances considérables des analogies frappantes avec le groupe de l'Amérique du centre.

Les langues du monde entier ont eu évidemment un même berceau, aussi bien que les nations. Ce que les découvertes récentes, concernant les instruments et les armes des

âges de la pierre ont révélé sur l'unité des arts pré-historiques, les langues le confirment à leur tour, d’un bout à l’autre du monde, en ce qui concerne l'unité de l'espèce humaine. Tout semble s’accorder à démontrer, que son berceau existait dans les régions ensevelies aujourd'hui sous les flots des quatre grands courants souterrains qui minèrent l’Atlantide, entre l’Amérique, l'Afrique et l'Europe: or c’est dans le groupe mexico-guatémalien, d’un côté; de l’autre, dans le groupe celtique, embrassant encore la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et la Scandinavie, qu'il conviendrait de rechercher les véritables origines, sans en excepter même les origines sémitiques, etc. Le sanscrit et les autres langues cultivées de l'Asie ne sont, je le répète, que les derniers flots du grand fleuve linguistique, parti du centre commun, dont nos pays celtiques ont les avances; dont l’autre branche, partie des bords du golfe du Mexique, a été répandre, en s’éloignant de sa source, ses dernières ondes, par le Brésil et le Pérou, jusqu'aux extrémités les plus froides du Chili.

Parmi les langues connues de l'Amérique, celles dont les traces se découvrent aux distances les plus éloignées, sont le Mexicain ou Nahuatl, avec ses dialectes; le Maya du Yucatan et le Qquichua ou langue des Incas. Le Mexicain a pour centre principal Mexico et ses environs, avec une extension peu considérable au nord-est : il rayonne ensuite par groupes plus ou moins étendus sur une foule de contrées, aussi distinctes qu'éloignées les unes des autres. On le trouve mélangé avec les idiomes voisins de la Sonora jusqu’au delà du Gila et l’on en reconnaît les traces, à l'ouest, dans les langues des Montagnes Rocheuses et du détroit de Noutka, et, à l'est, Jusqu'aux extrémités de la Virginie. Tournant ensuite nos regards au sud, on le revoit s'échelonnant par l'intérieur de l'Amérique centrale et le long du Pacifique, jusqu’à l'isthme de Panama; puis s'étendre de là et se perdre au loin, en marquant son passage dans une foule de noms de localités jus-

qu'au lac de Titicaca et aux bords même des grands fleuves de la république Argentine.

Le Qquichua, comme son frère aînée l’Aymara, occupe l’ensemble de la cordillère des Andes: des frontières du Chili à celles de la Nouvelle-Grenade, il a des ramifications vers les rivages du Pacifique, ainsi qu'aux régions voisines des grandes sources de l’Amazone. Puis, en revenant vers le nord, on en découvre des traces dans la langue des Dirias du Nicaragua, dans celle des Huabis (æabi) de Tehuantepec, dans l’idiome, particulièrement désigné sous le nom de Chiapanèque,dans le Zoqui et jusque dans le Tarasque du Michoacan.

Le Maya, dont la partie monosyllabique se reconnaît aisément au fond des vocables de la langue mystérieuse des Mexicains, semble se rattacher à une langue plus ancienne qui aurait été celle des Antilles, avec laquelle il a de nombreuses et puissantes affinités. Ses traces sont parfaitement reconnaissables dans les noms des localités et dans ceux des chefs de l’ancienne Floride. Avec le Mexicain, le Cakchiquel et ses dialectes, il entre dans la composition de presque tous les noms d'hommes et de lieux jusqu'aux extrémités du Canada et du Labrador. Le même phénomène s'observe, en redescendant vers le Sud. C’est le groupe de ces langues, que j'ai désigné sous le nom de Mexico-Guatémalien, qui paraît avoir servi, aux époques d’une antiquité très reculée, à dénommer les localités, les fleuves, les rivières, les caps, les montagnes et les volcans, les tribus et les nations, dans toute l'étendue de l'Amérique méridionale et septentrionale, à fort peu d’exceptions près, si, toutefois, il y en a. Remarquons qu'il ne s’agit pas uniquement ici d’une simple ressemblance de sons; mon observation serait dénuée de sens. Non, ce qu'il y a, et on ne saurait y prêter trop d'attention dans l’intérêt de l’histoire et de l’ethnographie, c'est que ces noms, analysés à l’aide du groupe mexico-guatémalien, correspondent par leur signification étymologique, aux lieux où on les découvre, à leur situation topographique ou naturelle,

comme souvent aussi aux conditions géologiques ou climatériques du sol.

Si maintenant, retournant de nouveau sur nos pas, nous passons des Antilles et des côtes de l'Amérique du Nord à celles de la Scandinavie, des îles de l'Océan Britannique, de la Gaule et des Pays-Bas, le même phénomène reparaît; il s'étend à la plupart des noms anciens, soit des bords de la Baltique, soit de ceux de la Méditerranée, sans en excepter ni la Palestine ni l'Égypte. Mais ce qui n’est pas moins remarquable, c'est que presque tous les noms des anciennes tribus des bords de la Baltique, comme des nations et des rivières de la Germanie et de la Gaule, ainsi que des populations anciennes de l’Asie septentrionale et des rivages de la Méditerranée, se retrouvent également en Amérique.

L'explication en est facile : c'est que, de part et d'autre, ces noms ont été donnés, dans les temps primitifs, par des colonies émigrées d’un centre commun et parlant la même langue, aux lieux où elles s’arrêtaient, chaque fois que ces lieux se trouvaient, des deux côtés, dans les mêmes conditions topographiques ou géologiques. C’est un fait qu'on ne saurait nier. On peut le vérifier,en ouvrant les dictionnaires d'histoire et de géographie ancienne les plus élémentaires et en les comparant aux noms des nations ou des tribus, des fleuves et des rivières de l'Amérique, en particulier de l'Amérique méridionale. Le Dictionnaire géographique d'Alcedo, publié au siècle dernier, suffirait, au besoin, pour le plus grand nombre. Qu'on ne s'imagine pas, d’ailleurs, que ces noms aient été donnés par les Espagnols. Ceux qu'ils imposèrent à l'époque de la conquête, rappelant les villes de la mère-patrie, sont en petit nombre et ils n'étaient pas assez savants pour appliquer à chacune des tribus américaines des noms qu'on ne découvre que dans les auteurs anciens, latins ou grecs. On en dira ce qu’on voudra. Les faits sont là. Ils sont appuyés sur la vérité, sur l'accord réuni des monuments de l'antiquité dans les deux mondes.

TABLENE LINGEISTIQUE:

ACHI où TZUTUHIL.

SERMONES en lengua achi 6 tzutuhil, compuestos para el uso de los padres de la Orden de Santo Domingo de Guatemala, à principios del Siglo XVII, conforme al estilo del R. P. Fray Domingo de Vico. in-4°. Manuscrit.

VICO (Ven. P. Fr. Domingo de). Theologia Indorum, scripta in lingua tzutuhila a Ven. Patre in Christo Fr. Dominico de Vico, ordinis Praedicatorum de Prov* dicta de Sancti Vincentii de Chiapa et Guatimala. in-4°. Manuscrit.

— Sermones de San Mathias Apostol, de la Anunciacion de Maria Santissima y de San Marcos Evangelista, en lengua tzutuhil (atribuidos el Ven. P. Fray Domingo de Vico). in-fol. Manuscrit.

XIMENEZ (P.F. Franzisco). Arte de las tres lengvas Cakchiquel, Quiche y Tzvtvhil, (Escrito por el R. P. F. Francisco Ximenez Cvra Doctrinero por el Real Patronato del Pveblo de St° Thomas Chvila). in-fol. Manuscrit. (suivi de :)

— Tratado Segundo de todo lo qve deve Saber vn ministro para la bvena administracion de estos naturales. in-fol. Manuscrit.

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