‹ Bibliothèque Mexico-guatémalienneChapitre 7 sur 35 · XXIV · texte numérisé non relu

XXIV

ventions les auteurs dont ils font ailleurs leurs uniques délices. Plutarque nous donne en peu de mots la clef de ce mystère. C’est, en effet, ce sage moraliste, qui nous apprend, en parlant du continent Cronien, situé naguère sous les latitudes boréales de l'Atlantique, aux confins de l'Amérique et du Groenland, que “ les compagnons d'Hercule y ont » épuré la nation grecque qui commençait à s’abâtardir et » à perdre sa langue et ses mœurs par le commerce des » barbares (1). » Je cite d'après M. de Humboldt. Étonnezvous, après cela, germanistes, qu’il se trouve tant de grec dans les langues du Mexique. Si les Hellènes étaient dans la nécessité d'aller autrefois jusqu’en Amérique, pour épurer leur langue et leurs mœurs, n’y aurait-il pas lieu de penser, jusqu’à un certain point, que la langue grecque leur était venue de ces régions occidentales ? Cela se confirmerait encore au moyen de la tradition qui fait dire à Pausanias (?), que ce fut un hyperboréen, Abaris, qui, porté sur une flêche d’or, apporta à Lacédémone le culte de Proserpine et qui bâtit son temple. Plusieurs mythologues veulent même qu'Abaris soit le mythe de la civilisation, ainsi que de l'invention de l'alphabet, qui serait ainsi venu des régions lointaines du nord-ouest au pays classique des Grecs.

Que penser alors de ces barbares, au contact desquels les Grecs perdaient leur langue et leurs mœurs? qui pouvaient-ils être, si ce n’est les populations asiatiques, ces Aryas, sans doute, ces enfants de prédilection de l’école germanique ? Il faudrait bien le croire, puisque les lettres, avec l’'épuration de la langue et des mœurs venaient de l'Occident. En voulez-vous un autre témoignage, c’est celui d’Apollodore (5) : il éclaircit encore plus la question : “ Les pommes » d'or enlevées par Hercule, dit-il, ne sont point comme

(:) Plutar. de defectu Orac.

(2) Pausan. lib. III.

(8) Apollodor. Mythotog. lib. II.

» quelques-uns le pensent, dans la Libye, elles sont dans » l’Atlantide des Hyperboréens, » c’est à dire dans les terres atlantiques qui s’avançaient autrefois vers les mers du nord, terres englouties sous les flots, longtemps après l’Atlantide du sud, et qui furent le berceau de toute la race celtique, d'où sortit Abaris.

C'est là une question à traiter ailleurs et que résolvent amplement les documents américains de ma bibliothèque, si dédaignés par l'école franco-germanique. Revenons à mes ouvrages antécédents : il est convenable que je m'en explique jusqu’au bout. Après avoir exprimé dans le commentaire, précédant le Popot Vuh, l'idée que les Scandinaves auraient pu transporter en Amérique des iambeaux de nos langues et de nos institutions, politiques et religieuses, je me hasardaiï timidement, l’année d’après, dans la préface de la Grammaire Quichée, à soupçonner “ que bien des questions histori- » ques, philosophiques et religieuses, nées peut-être au fond » de l'Inde et continuées en Asie et en Europe, ont été se » dénouer en Amérique, ou vice versä. »

Dès ce moment, les germanistes me regardèrent avec défiance. Le vice versä était par trop hardi. Leurs disciples, académiciens au petit pied, qui n’oseraient émettre la moindre idée en contradiction avec les enseignements du Collége de France, de crainte de perdre, dans l'avenir, une chance à une chaire ou à un fauteuil immérité, leurs disciples, dis-je, ne me considérèrent plus que du haut de leur épaule gauche. Mais, jugez du scandale, quand, en 1864, je publiai, moi, membre d'une commission impériale au ministère de l'instruction publique, en tête de la Relation des choses de Fucatan, de Landa, une introduction ayant ce titre téméraire : “ Des sources de l'histoire primitive du Mexique et de l'Amérique Centrale, ete. dans les monuments égyptiens et de l'histoire primitive de r'Égypte dans les monuments américains. Dès cet instant, je fus mis décidément au ban de la camarilla soidisant classique : pour les uns je ne fus plus qu'un insensé,

Sn AONINE—

à jamais indigne des lauriers académiques; d’autres francogermanistes dénoncèrent pieusement, dans les Archives de la commission scientifique, mon travail comme une déplorable rechute, tandis qu'ailleurs les sous-maîtres du Collége de France décidèrent avec dédain que je reculais la science de trois siècles en arrière.

Quant aux gros bonnets, ils se tinrent prudemment à l’écart, trouvant plus commode de laisser couler silencieusement mes ouvrages sans éloge ni blâme, ou de les écarter de la scène, comme on à fait du Manuscrit Troano, au sujet duquel on a trouvé des prétextes pour ne pas se prononcer. Le silence est une arme sûre. Il étouffe sans compromettre personne. Cela peut réussir avec les gens qui n’ont pas la parole libre, pour ceux qui sont liés par la crainte de déplaire aux germanistes de l’Aréopage et de perdre leurs places. Grâces à Dieu, je n’ai de place à gagner ni à perdre. Je mentirais, toutefois, si je disais que je dédaigne un fauteuil à l’Académie. Mais je ne l'aurai jamais au prix d’une flagornerie ou d’une bassesse. Les Académiciens honorables, ceux même que j'aurais attaqués directement ou indirectement dans mes écrits, trouveront bien le moyen de me faire savoir quand ils seront disposés à me donner leurs voix. Jusque là je m'abstiendrai de toute démarche et je continuera à parler sans déguisement comme par le passé, selon que le cœur m'en dira.

La publication de mes Quatre Lettres sur le Mexique mit le comble à mes forfaits. J'y énonçais d’une manière claire et précise que le berceau de la civilisation était dans l'Occident: j'en citais des témoignages, puisés simultanément en Asie et en Amérique; j'y donnais une explication, parfaitement plausible, supposé même que ce ne fût pas la vraie, des mystères historiques, voilés sous Les symboles mythologiques de la Grèce et de l'Inde. J’y renversais d’un coup les idoles caressées par les germanistes de l'Institut. Et cependant, il ne s’en est pas trouvé un seul qui ait ouvert la bouche pour me réfuter, si’ j'avais tort, ou m'applaudir si

j'avais raison. Ils ne m'en ont pas moins lu, je le sais: et malgré les difficultés scientifiques, inhérentes à ce livre, malgré les propositions paradoæales qu’il contient, il s’est vendu mieux et plus rapidement qu'aucun autre de mes ouvrages. Propositions paradoxale, je le répète; et je ne saurais trop le répéter pour les sourds et les aveugles de l’école germanique. Car j'y renverse de fond en comble leur système chéri, que tout serait venu de l'Orient, civilisation, arts, sciences, institutions religieuses et politiques, sources du langage; tandis qu'avec Homère et la plupart des auteurs grecs et latins, sur lesquels ils ont faussement étayé leurs théories, je leur démontre que tout vient de l'Occident, et que le sanscrit, ainsi que les autres langues de l'Orient, ne sont que les dernières épaves du grand fleuve, dont les sources existaient en Amérique et dans l’Atlantide du nord.

En dépit de mes tâtonnements et des imperfections que contient l'exposition que j'ai publiée des hiéroglyphes mexicains, avec le Manuscrit Troano, (!), je n’en dois pas moins à

(:) A propos du Manuscrit Troano, je dois à ceux de mes lecteurs qui ont tenté d’en déchiffrer les hiéroglyphes, une explication fort importante, que les événements de la dernière guerre et mon absence en Amérique, durant cette année, m’ont empêché de publier. Je ne crains pas de revenir sur ce que j'ai avancé, précédemment, les essais de traduction interlinéaire que j’ai donnés des inscriptions mayas n'étant, comme je l’ai dit alors, que de simples essais et pas autre chose. La première rectification à faire est celle qui concerne l’ensemble du document. J'avais cru que le récit commençait à main droite, c’est à dire par le dernier folio, marqué n° I, ainsi que dans les livres orientaux. La traduction continue du Codex Chimailpopoca, et l'examen que j'ai pu faire aux ruines de Palenqué, où j'ai passé une partie du mois de janvier dernier, des inscriptions du temple, dit de la Croix, de celui, dit du Soleil, et du SANCTUAIRE DE L’ARBRE MYSTIQUE, que j'ai découvert avec l’aide du préfet du district, m’a convaincu que le récit, dans le Manuscrit Troano, devait commencer à main gauche, comme dans les livres européens. La page du titre sommaire se trouve donc au commencement : mais j'ai cru découvrir en même temps que cette page devait se lire, en commençant par le haut, une ligne après l’autre et de gauche à droite. Les groupes ne me paraissent pas devoir se lire

— XXVII — ce document l'explication d’une foule de choses qui m'ont servi dans l'interprétation du Codex Chimalpopoca et qui m'ont fait comprendre les amphibologies, cette source si continuelle des difficultés que présentent les monuments anciens. C’est en comparant ces deux documents, que j'ai appris comment on pouvait lire dans les mêmes lignes deux récits, non pas contradictoires, mais complétement différents. C'est ici, en particulier, qu'on reconnaît les services immenses que la philologie est destinée à rendre à la science, dès qu’elle sera sortie des faux errements de l'école germanique et qu’elle aura commencé à partager impartialement ses efforts entre les différents groupes de langues des deux continents. Les savants, orientalistes ou autres, liront alors, comme j'ai lu, en prenant les mots pour leur valeur étymologique et en scandant parfois les noms d'une manière différente, les annales géologiques du monde, liées aux origines des tribus et des nations, là où ils ne trouvaient auparavant que d'arides dynasties de rois ou les aventures ridicules des héros et des dieux.

En admettant qu'ils aient réussi à déchiffrer plus ou moins le sens des inscriptions de Memphis ou de Bizutun, ils n’ont toutefois, réussi qu'à en soulever l'écorce : maïs le sens mystérieux que recouvre cette écorce, ils ne l'ignorent pas moins que la foule crédule qui se prosternait naguère devant les statues royales de l'Assyrie ou de l'Égypte. Manéthon le Sebennytique, Hérodote et d’autres auteurs anciens font mention d'un langage sacré, réservé en Égypte à la classe sacerdotale et l’auteur des Stromates y fait clairement allusion dans la seconde de ses deux divisions de la méthode hiéro-

autrement que je l’ai établi précédemment; mais je dois répéter ici que la variété des formes, dans un même caractère, constitue quelquefois une nuance fort marquée et une différence dans la lecture des inscriptions. Je ferai mon possible, pour fournir prochainement des explications plus complètes à cet égard.

glyphique: énumérant les trois espèces symboliques (!), il indique, en effet, celle des énignes comme la dernière en ordre: n dè avruxpic ahhnyopeitar xaTax TVA aiviyuous. Des écrivains modernes, tels que Zoëga, Letronne, Champollion, ont parlé, à leur tour, de la duplicité de ce langage mystérieux, composé de paronomases ou de mots à double entente, sans, toutefois, s'en rendre parfaitement compte, tout en cherchant à s'expliquer les paroles de Clément d'Alexandrie.

Sans avoir la prétention de rabaïsser le moins du monde les progrès que la science des hiéroglyphes égyptiens a faits depuis Champollion, je ne saurais, néanmoins, m'empêcher de répéter ici ce que Klaproth disait, il y a quarante ans, au sujet du fameux passage des Stromates, si lumineusement traité par Letronne (?) : “ On ne saurait, toutefois, assurer, dit-il, que cette explication ait levé toutes les difficultés que le passage présentait et qu'il n’ait même, après le travail du célèbre helléniste, besoin d'être encore repris et discuté à l’aide de la connaissance que l’on aura acquise des sujets auxquels il se rapporte. Loin de servir à l'explication des hiéroglyphes, on peut dire, ajoute Klaproth, que ce fragment de Saint Clément d'Alexandrie ne sera lui-même complètement éclairci, que lorsque les hiéroglyphes auront été parfaitement connus, s’il est possible d'espérer que cette découverte puisse Jamais s'effectuer. »

Ces réflexions d'un critique, beaucoup trop sévère ordinairement pour Champollion, n’en sont pas moins judicieuses, si l’on considère l'état de mysticisme philosophique où les études égyptiennes sont restées jusqu'ici, en dépit de leur progrès matériel. Il y a déjà longtemps que le baron d'Eckstein, avec cette perspicacité profonde des choses anciennes qui le distinguait, disait, en parlant du “ soi-disant Livre

() Clem. Alex. Oper. pag. 657 et suiv.

(*) Examen critique des travaux de feu M. de Champottion, pag. 11.

des Morts de la vieille Egypte », que “ le texte en avait été publié par Lepsius, mais que nul égyptologue n’en avait encore brisé les sceaux (!) ». On peut en dire encore autant aujourd’hui des tentatives de M. Birch ou de M. le vicomte de Rougé.

“ On ne parvient à l'intelligence des mystères, disait » Macrobe (?), que par les routes obscures de l’allégorie. La » nature ne les montre pas à découvert aux initiés eux- » mêmes: c’est seulement aux hommes éminents par leur » sagesse, qu'il appartient d'être les interprètes de ses secrets; » il doit suffire aux autres d'être conduits à la vénération » des choses saintes par des images symboliques. » Avec l’'amphigouri mystique, en usage dans l’école d'Alexandrie, dont on voit des reflets dans cette citation, on avait fini par oublier entièrement le sens primitif des mystères et très probablement du temps de Macrobe, il n’y avait plus que des initiés ordinaires, dont les francs-maçons et les égyptologues ont, de nos jours, recueilli l'héritage. Lepsius et M. de Rougé, dignes enfants de l’école germanique, s’imaginent posséder la clef des hiéroglyphes égyptiens, dont ils entrevoient à peine la superficie : mais ils sont tout au plus de cette classe inférieure d'initiés dont parle Macrobe, et ils resteront éternellement fourvoyés dans les routes obscures de l’allégorie.

Un vieux moine espagnol, ignorant des hiéroglyphes égyptiens, mais qui, en revanche, connaissait quelque peu ceux du Mexique, où il vécut plus de soixante ans, mêlé parmi les indigènes, le père Sahagun, avait montré une bien autre sagacité que ces Messieurs du Collége de France ou de l'Académie de Berlin. Parlant de lidolâtrie mexicaine qui, depuis la conquête, se réfugiait surtout dans le langage à double sens des mystères antiques, il disait ces paroles remar-

() Essai sur 1a Cosmogonie de Sanchoniathon, pag. 136. (*) In Somn. Scip. lib. 1, cap. 2.

OR € eee

quables (1): «“ C’est une chose parfaitement reconnue que les » voies ténébreuses où l'ennemi se dérobe aujourd’hui, sont » les chants et ballades, dont il garde le secret: car on les » lui chante, sans que nul puisse entendre de quoi ils trai- » tent, à l'exception de ceux des indigènes qui sont accou- » tumés à ce langage; en sorte qu'ils chantent, sans péril » aucun, tout ce qui leur plaît, soit la guerre ou la paix, » Soit des choses à sa louange, soit au mépris du Christ, sans » que d’autres soient en état d'y rien comprendre. »

On croirait entendre à l’autre bout du monde la contrepartie des paroles que Clément d'Alexandrie employait, treize siècles auparavant, pour caractériser les chants et les cérémonies du culte égyptien. Les chants dont parle Sahagun étaient, cependant, en langue mexicaine, comme les litanies que M. de Rougé croit réciter en l’honneur d’Osiris, sont du pur égyptien. Sahagun avait étudié le mexicain dès l’aurore de la domination espagnole: il le possédait d'autant mieux, qu'il l'avait appris avec les plus savants d’entre les indigènes et qu'il avait écrit tous ses ouvrages sur la religion, l’histoire et la langue du Mexique, en nahuatl, avant de les donner -en espagnol. Ces écrits témoignent qu'il travailla vainement, toutefois, à pénétrer ce qu'il appelait une caverne d’abominations. Aux gestes, aux manières, à l’intonation, à l'accent qu'on mettait à ces chants, dont il entendait vaguement la superficie, il reconnaissait l’amphibologie qu'ils renfermaient. Il n’y soupçonnait, il ne pouvait même y soupçonner autre chose qu'une aggravation d'idolâtrie.

Quel eût été son étonnement s'il avait réussi à porter la lumière dans “ ce labyrinthe infernal » et à en saisir l’immense réalité! malgré ses connaissances, profondes pour un religieux de cette époque, eût-il été capable d'atteindre à la

(:) Hist. gen. de las cosas de Nueva España, lib. II, in Apenda. Relacion de los cantares, etc. tom. I, p. 226.

es MP. 00.01 D

hauteur des enseignements de la science des Mexicains ? Ceux-ci avaient donc bien raison de se garder des hommes qu'ils considéraient, néanmoins, comme leurs amis et de ne pas leur livrer le secret de leur double langage. Les conditions scientifiques de l’Europe étaient trop en dehors d’une science qui commence à peine aujourd’hui, pour qu’un Espagnol, quelque savant qu'il fût, d’ailleurs, pût être initié tout d’un coup à la connaissance de l’histoire géologique du globe et des catastrophes qu'il avait subies, avant et après le déluge, dont le récit est gravé sur tous les monuments de l'Amérique centrale et du Mexique.

C’est cette histoire qu’on trouve consignée dans les fastes religieux de ces contrées : chaque circonstance en était commémorée, jour par jour, selon le rituel, dans les fêtes et les cérémonies, dont Sahagun rapporte si minutieusement, sans les comprendre, les détails dans son ouvrage. C’est la même histoire que commémoraient à Athènes les grandes et les petites Panathénées : c'est la même qui se retrouve dans les rituels de toutes les nations anciennes, dans les Védas comme dans les livres sacrés attribués à Zoroastre, dans les inscriptions du roc de Sémiramis et de Bizutun, dans les hiéroglyphes de l'Égypte, comme dans les mystères d'Eleusis et dans les assemblées augustes des Druides. Ce sont partout les mêmes divinités, les mêmes rites, symbolisant les mêmes faits, célébrant les causes et les effets du renouvellement du monde, au sortir de l’époque glaciaire.

Par l'étude simultanée des monuments de l'Occident et de l'Orient, par cette étude seule, vous soulèverez le voile qui recouvre les annales pré-historiques de la terre. Car ces annales existent en Asie, aussi bien qu’en Afrique, en Europe et en Amérique. Ainsi seulement vous apprendrez à déchiffrer la période de l’époque anté-diluvienne, époque d’une civilisation considérable, dont les récits de l’Atlantide de Platon et du règne de Saturne ne sont que de pâles et symboliques reflets. Alors on connaîtra l’histoire et l’origine des volcans

D. 00.411 eee

de l'Atlantique et des pays méditerranéens, on saura les causes qui les ont allumés et qui continuent à les entretenir. On saura où se sauvèrent les débris de l’espèce humaine, au déluge, et comment se formèrent les grands courants océaniques qui contribuèrent si puissamment à donner à notre terre ses formes actuelles. C’est dans les documents antiques, que vous lisez encore comme des enfants, que l’on découvrira avec étonnement l’histoire graduelle des couches terrestres; celle de la summersion du golfe du Mexique et de la mer des Antilles; le desséchement du Sahara et l’ouverture des bassins de la Méditerranée et de la Baltique.

Qu'on ne s’y trompe pas et qu'on se garde, cette fois encore, de mettre mes paroles sur le compte de mon imagination, tout en ayant l'air de vanter ma science. C’est là un subterfuge à l'usage des ignorants qui n'ont pas lu, ou des germanistes aveugles qui ne veulent se rendre à aucune évidence, subterfuge maladroïit, au moyen duquel ils s’imaginent excuser leur mauvaise foi ou leur ignorance. Le premier cahier des ANNALES ATLANTIQUES qui paraîtra, j'espère, au commencement de l’année prochaîne, révélera, en quelques pages, tout un monde ancien, dix fois plus vaste que celui que découvrit Colomb.

On s’étonnera, en reconnaissant la véracité admirable d'Hérodote, dont la géographie, incompréhensible jusqu’aujourd'hui, s'éclaircira tout à coup par son accord avec celle du Codex Chimalpopoca. On y verra la réalisation des descriptions d'Homère et d'Hésiode, pour ce qui concerne l'Océan et les Champs-Élyséens; l'identité parfaite des récits de Diodore avec le document américain, qui explique en quelques lignes les faits et gestes des dieux et des héros, racontés par l'écrivain de la Sicile. Souvent même ce sont les mêmes noms. En plus d’un endroit les deux histoires marchent pas à pas, au point que l’on croirait que Diodore a puisé dans le livre mexicain, sans être plus initié aux mystères qu’il raconte, que ne le sont Creuzer et Guigniaut, malgré l'étendue de leurs

connaissances mythologiques. Quelques courtes explications suffront ici pour éclaircir bien des choses et en montrer l'intérêt.

Le dieu, le héros, le mâle, par exemple, est toujours le symbole d’une eau vive, d’un courant, signifié, d'ordinaire par le membre viril en érection ou lançant sa semence, tel qu’on le remarque en un si grand nombre de représentations hiéroglyphiques en Égypte. Aux premiers âges du monde, les langues, pauvres encore, ne pouvaient s'exprimer autrement et les noms des organes chez l’homme et chez la femme servaient également à désigner des effets analogues dans la nature physique. N'était-ce pas toujours un écoulement ? De là, en mexicain, le vocable #acatt, homme, vir, qui scandé tlac-att, signifie feu et eau. Dans le même ordre d'idées, cihuatt, ou mieux, tel que l'écrit Sagahun, cioatt, la femme, donne exactement le sens de l’eau circonscrite, contenue en un bassin, dans une déchirure du sol, un ravin, etc., ci-0-atl. C'est ainsi que Jupiter, identique avec Quetz-Aico-Att, est un courant issu des grands courants océaniques, qui, durant l'époque glaciaire, commença dans les mers de la Grèce, alors en partie cachées et recouvertes de frimas. Il se creusa sous la croûte glacée de la terre une voie puissante, où il roula paisiblement, en formant les terres inter-atlantiques, jusqu’en Amérique, etc., tamisant en une foule de régions les sédiments accumulés dans les bassins du Pont et, en particulier ce drift rouge, si bien observé par Agassiz au Brésil. C’est à quoi fait allusion, en Grèce, la chevelure dorée et la barbe vermeille du dieu, comme au Guatémala, le nom de Tohit, qui exprime précisément l’idée de ces couches de sédiment vermeil, tamisé par les eaux.

Chacun des symboles des divinités antiques fut d’abord une sorte de petite carte topographique, qui, par des raccourcissements successifs, se transforma en un caractère hiéroglyphique. Outre les images elles-mêmes, on en trouve encore la preuve dans les noms divins, en les analysant. C’est ainsi

—,. XAXV

que celui de Quetzal-Coatt, où l'on peut découvrir cinq ou six significations différentes, selon la césure, donne celle de l’eau montée à Alco (Argo), ou de l’eau entre Quetz (Kertsch?) et Alco, tandis que Zeus, Zéos, est tout simplement celui de l’abîme de glace, ce-oz, en mexicain, dont le nom se reconnaît dans celui de l’île de Ceos ou Cea, où le courant commença à se manifester,suivant le Codex Chimalpopoca; d'où à Quetz- Alco-At]l, le surnom de Ce-Acatt, le tunnel de glace ou de Cea, dont on retrouve encore la trace au Brésil dans le nom de la ville maritime de Ceara.

Jupiter, mieux Zopiter, dont la langue mexicaine vous donne encore l'explication, signifie “ écoulement pénétrant subtilement sous la croûte » du sol, éo-pit-et. C’est d’après cette origine géologique qu'Osiris, une des nuances de Jupiter, est symbolisé si souvent dans l'Uraeus, ce serpent aux couleurs bleues, vertes, jaunes et rouges, exactement comme le Quetzalcoatl du Manuscrit Le Tellier, de la Bibliothèque Royale, couleurs qui représentaient les dépôts variés, emportés par le courant souterrain. Jupiter, épousant sa sœur Junon, c'est le même courant sorti du Pont, s'unissant au lac méditerranéen qui donna son nom à l'Ionie, Zun-c, que le mexicain explique encore étymologiquement, comme nulle langue asiatique ne saurait le faire. Fun ou yon ou ion, en effet, d’après le Vocabulaire de Molina, est le prétérit du verbe yoma, caresser une femme.

Ces seuls mots suffiraient pour faire tomber à l'instant le voile épais qui a recouvert jusqu'ici le fameux symbole indou du Foni-Lingam, le mâle et la femelle, unis l’un à l'autre, et dont l'origine loin d’appartenir à l'Inde, revient de droit à cette mer fameuse, dans tous les temps, à cette Méditerranée, également célébrée par les Américains et les Brahmes. Quant à Junon, elle était, comme toutes les divinités anciennes, l'expression d'une localité, avant d'être un symbole divin. Zun ou ion, dans le groupe des langues mexico-guatémaliennes, fait allusion également aux dépôts

ee eric infects, accumulés dans la mer Ionienne, avant que le courant eût commencé à les enlever, et o, la voie, conduisant aux lieux où ils étaient enfermés. Je laisse de côté les interprétations imagées, auxquelles ce nom correspond encore et qui ont servi, dans les temps postérieurs à l’époque primitive, à caractériser les phémonènes divers dont la Méditerranée fut le théâtre, avant qu'Hercule, l’un des grand courants maritimes, enfantés par celui de Jupiter, eût ouvert le détroit de Gibraltar. Junon, cette déesse mystérieuse, flottant entre la mer et les cieux, symbolisait donc cette série de lacs encore cachés, avant leur écoulement,et recouverts en grande partie, jusqu’au dernier cataclysme, d’un vaste linceul de glace, dont son voile était l’image.

Le Codex Chimalpopoca m'apprend, en effet, qu’une immense suite de glaciers occupèrent, jusqu'aux jours terribles du déluge, l'étendue des terres où aujourd’hui existent les bassins de la Méditerranée et des mers voisines et que ces glaciers, continuant par dessus la Gaule jusqu'aux îles Britanniques, s'échelonnaient de là, d'un côté, vers les États- Unis, de l’autre, vers l’Amazone et l'Orénoque, dont ils contenaient les eaux, où venaient sourdre paisiblement sous la croûte glacée les ondes chargées des sédiments de Jupiter ou Quetz-Alco-Att. Ces glaciers disparurent en grande partie avec la submersion de l’Atlantide méridionale, lorsque le Gulf-Stream, encore irrégulier dans sa marche, sortit, brusquement de sa voie, entraînant les eaux de l’Amazone sur l'Afrique, dont il convertit les lacs salés en un désert de sable, en leur ouvrant les bassins de la Méditerranée.

Le voile de Junon symbolisait cette série de glaciers, dans la Grèce et l'Italie, comme le manteau d’Zfzpapalotl en fût l’image au Mexique. Ce nom se traduit d'ordinaire par “ Papillon aux lames d'obsidienne. » Mais itz, qui exprime l’'obsidienne, cette pierre verte et volcanique, est aussi le vocable qui, dans son sens intime, désigne la neige durcie, aux reflets bleus; et les lames d’obsidienne, aux bouts roses,

Re XXXVIIN ES

que l’on observe dans les aîles du papillon, ne sont probablement pas autre chose que le symbole des pics glacés de cette immense chaîne de glaciers, recevant les premiers la lumière de l'étoile de Vénus ou de l’aurore, avec lesquelles ltapapalotl a encore une connexité fort remarquable. Voilà pourquoi, la grande déesse égyptienne, Isis, elle-même, est le symbole d'ensemble de tous ces glaciers, son nom n'étant analytiquement que le mot glace répété, is-is, selon la plupart des langues du nord, comme dans celles de l'Amérique centrale, etc. Dans le Codex Chimalpopoca, qui explique tout, ce nom célèbre s'écrit zi ou ici, littéralement les signes, les pics de glace, ou bien les signes de la déchirure, i-ci, ou de l’aïeule, c’est à dire de l'Océan. Je regrette que M. de Rougé n'ait pas soutenu ce qu'il annonçait naguère, dans une de ses leçons. Ayant trouvé entre les papyrus qu'il déchiffre, que les Égyptiens, dans les statues qu’ils adoraient, rendaient les honneurs divins à des localités, le docte professeur, que cette découverte n'accommodait pas, préféra avancer que le papyrus se trompait. Comme si un hiérogrammate, d'il y a quatre ou cinq mille ans, eût été plus ignorant de la religion égyptienne qu'un professeur du Collége de France.

C’est là, cependant, un fait qu'il faudra qu'on admette: les dieux des anciens étaient des localités ou des phénomènes locaux dans l’ordre naturel. Aujourd’hui même ne suivonsnous pas encore à cet égard l'exemple de nos ancêtres, en décernant des couronnes à l’image d’une province ou d’une cité illustre. Que n’a-t-on pas fait pour la statue de la ville de Strasbourg, durant le siége de Paris, de quels hommages n’a-t-elle pas été l'objet, à cette époque terrible! Qu'un Indien de l'Asie ou de l'Amérique, ignorant nos usages, fût arrivé en ce moment sur la place de la Concorde, à coup sûr il se fût imaginé immédiatement et non sans raison que l’on rendait à cette statue les honneurs divins?

Pour en finir avec mes remarques au sujet de Jupiter et des autres dieux, il sufit d'appliquer la règle qui précède,

ma 7.0.0, LED PRES

concernant les eaux vives et les eaux stagnantes, pour éclaircir la plupart des difficultés de la mythologie antique. Les femmes ou les déesses qu’enlève l'époux de Junon, sont les lacs ou les marais que le courant emporte dans sa marche. Ganymède, qui lui donne à boire, est la réunion des eaux qui lui arrivaient par le Pont-Euxin. Ses fils sont des courants enfantés sous la croûte glacée et qui parcourent le globe, souterrainement ou à la surface du sol. Aujourd'hui que la terre est faite et consolidée, on saurait difficilement se rendre compte de l'étendue de ces courants, bien que M. Thomassin ait paru y faire allusion, dans la société géologique, à propos du bassin de la Louisiane. Ce sont ces courants qui, comme Hercule ou Bacchus, font la conquête des régions qu'ils envahissent et qu'ils délivrent des monstres, en les assainissant. C’est leur présence qui fait disparaître les restes de la première époque lacustre, conséquence de l’époque glaciaire, et quand ces héros sublimes sont placés au ciel, cela signifie tout simplement leur réunion aux courants océaniques qui prennent définitivement leur place sur les mers.

En effet, c’est la langue mexicaine qui me donne également l'explication du ciel symbolique de la mythologie. Zhuicatl qui est le ciel, analysé, est l’eau sortant à l’entour ou vers les contours, i/-huic-atl. À l’aide de la même langue, on apprend comment Hercule défit les Amazones, c’est-à-dire de quelle manière le courant océanique emporta les marais et les estuaires voisins du Maroc. C’étaient ces lacs et ces estuaires, ama-tzon, chevelures ou surfaces d’eau entre-mêlées, qui, en se déversant, avaient mis fin aux estuaires de prétrole enflammée qui s’'étendaient de la côte de Non en Afrique jusqu’à Cork, en Irlande, cot ou gol-con, bassins de résine, dont on fit les Gorgones, aux cheveux remplis de serpents.

Ces quelques traits, esquissés à la hâte du Codex Chimalpopoca, ne sauraient donner qu’une faible idée du vaste ensemble de connaissances antiques, réunies dans les documents mexicains. Là, seulement, on trouvera l'explication des phé-

É 2 MEXIS nomènes terrestres des premiers âges, observés aux époques primitives par les mêmes hommes qui furent témoins du cataclysme et des catastrophes subséquentes au déluge. Ces hommes étaient des Américains ou des Atlantes du nord-ouest et ce sont eux qui affirment dans les annales, conservées par le Codex Chimalpopoca, que, de l’ouest américain, ils allèrent repeupler les bords de la Méditerranée.

Aussi n'est-ce pas une des choses les moins remarquables des langues du groupe mexico-guatémalien, qu’elles expliquent nettement l'origine et la signification de la plupart des noms des dieux et des héros, comme des cités et des peuples de l'antiquité. C'est là, sans doute, une assertion bien étrange pour des oreilles soi-disant classiques et bien difficile à faire entendre à des hommes qui n'ont jamais adoré que le soleil levant. Ils les accepteront tôt ou tard, néanmoins; car les résultats en sont là et ils ne tarderont pas, je l'espère, à être publiés. La linguistique y trouvera des matériaux immenses, sans avoir besoin de recourir à la technologie et aux enseignements nébuleux de l’école germanique. La linguistique, on le verra alors, ne sera plus, seulement, ce travail aride et fastidieux de recherches de temps verbaux insignifiants ou de déclinaisons : il sera pour les autres, ce qu'il à été pour moi, un moyen d'arriver sûrement à la science véritable de l'histoire, à la connaissance des monuments précieux que nous ont légués les anciens.

Laissé seul, Jusqu'aujourd'hui, dans la voie que j'ai suivie à l'encontre de l'école germanique, dédaigné de ceux qui n'ont vu dans la science qu'un marche-pied pour arriver aux honneurs académiques, aux chaires lucratives du Collége de France, J'ai soulevé des questions qu'il faudra bien qu’on agite un Jour et ce Jour n'est pas loin. Dès l'adolescence, je ne sais quel instinct me poussait dans cette voie où si peu d'hommes avaient marché avant moi, depuis le seizième siècle. Invoquant la science partout où je croyais la voir briller, je l'ai étudiée sans parti pris. C'est ainsi que je me

RFc XL =

trouvai dans la nécessité de me regimber de bonne heure contre le système de nos colléges, tout en me soumettant à celle d'y recevoir l'instruction commune. Aussi, malgré les instances obligeantes de M. Delebecque, directeur de l’instruction publique, qui cherchait, il y a trente ans, à me pousser dans cette carrière, me refusai-je constamment à prendre mes grades universitaires.

Je ne songeais guère alors à entrer dans l’église : j'étais journaliste à Paris. Mais j'éprouvais une antipathie invincible pour l’université; je la considérais comme une maratre, étouffant les bons instincts que donne la nature. En suis-je, pour cela, moins instruit que la plupart des bacheliers? Nourri dans les branches diverses de la science classique de l'Europe, j'ai tenu, néanmoins, à les cultiver de pair avec les éléments scientifiques que je découvrais en Amérique, à mesure que j'avançais dans mes voyages et dans l'intelligence des monuments américains. Les unes m'ont ouvert la voie aux autres, et il m'est arrivé plus d’une fois d’éclaircir un passage obscur des textes mexicains ou quichés, par le souvenir ou la comparaison d’un passage grec ou latin. N'ayant en vue, en étudiant, que la connaissance de la vérité historique, la vérité a fini par se montrer à moi dans toute sa splendeur. En cherchant le sens particulier des noms des dieux de l'Egypte ou de l’Assyrie, comme de ceux des Mayas ou des Mexicains, je finis par découvrir que partout les peuples avaient adoré les mêmes divinités, sous les mêmes noms et les mêmes attributs.

Pourquoi, par exemple, Nabo, le dieu des onctions royales, selon la Grammaire Assyrienne, de Ménant, et le prénom de presque tous les rois de Babylone, ne s’explique-t-il que dans la langue maya? C’est que le maya à conservé jusqu’à ce jour le verbe neutre nabal, oindre, consacrer, encore usité dans ce sens pour les prières de l'extrême onction aux malades et la consécration sacerdotale, dans le rituel romain, traduit par le père Ruz. C’est là certainement une chose dont ne se seraient

= AXLTS: —

Jamais douté ni Oppert, ni Rawlinson; ils auraient cru méconnaître leur science, en allant chercher des explications aux inscriptions assyriennes en Amérique. Mais, ce qui a dû faire plaisir à M. Ernest Renan, s’il s'en est occupé, c'est de voir que ce verbe nabal est précisément le nom du premier mari d’Abigaïl, dans le livre des Rois et que nabi, prétérit de ce verbe intéressant, qui signifie l’oint, le consacré, en maya, est le même vocable qu'emploient les auteurs de l'Évangile, pour exprimer l'idée de maître et de prophète. Ce qui doit intéresser davantage les assyriologues, c’est l’origine de ce verbe, dont la racine nab est l'actif, signifiant encore simultanément l'or en poudre qu'on versait, dans l'antiquité américaine, sur la tête du consacré et la paume de la main du consécrateur.

N'est-ce pas là un enseignement étymologique bien curieux ? Il n’est pas le seul. Le Vocabulaire maya que j'ai publié, il y a moins de deux ans et le Vocabulaire mexicain, de Molina, vous en fourniront des milliers d’autres analogues et non moins intéressants. Ce nom même de Maya, qui est celui de la terre antique et de la langue du Yucatan, aurait, de son côté, bien le droit de vous surprendre. Maya n'’était-elle pas la mère de Mercure, de l'Hermès égyptien, dont l'attitude indécente excitait naguère si vivement l'indignation du prude et schismatique Goulianoff, dans son ouvrage contre Champollion? Eh! bien, Mercure est effectivement le fils de Maya, il l'est encore aujourd'hui. Mercure, nuance des Hercules, adorés des Phéniciens, c'est le courant équatorial, si connu des marins, sous le nom de Gulf-Stream, dont la puissante marche se trouve symbolisée dans la vigueur masculine de l'Hermès égyptien. Or, le Codex Chimalpopoca confirme d'une manière irréfragable ce que Catlin avançait, il y a deux ans (!), que ce courant est formé des eaux,

(*) The tifted and subsided rocks of America, etc. London, Trübner and Ce.

Ve amassées dans les vastes lacs souterrains des montagnes Rocheuses et des Andes. Mais ce que le document mexicain ajoute, c’est que le réceptacle principal de ces eaux est le sol inférieur du Yucatan, ce pays sans rivières ni ruisseaux apparents, dont le voyageur américain Stephens avait, il y a près de trente ans, observé la curieuse constitution géologique. C’est de ces citernes immenses que sort le Guf- Stream qui, après s'être mêlé aux résines bouillantes, cachées sous la mer des Antilles, s'élance en avant avec toute la force d'une machine à vapeur. Voilà comment Mercure est le fils de Maya. Or, s’il est le dieu des marchands, c’est que depuis l’époque reculée où le Gutf-Stream fit descendre, en ouvrant sa voie, l’Atlantide du sud au fond des eaux, il devint le grand régulateur du commerce antique, le chemin naturel des navigateurs, des côtes d'Amérique à celles de d'Irlande et de la Grande Bretagne, ainsi que des côtes d'Afrique et d'Espagne à celles du Brésil. C'est-là ce que m'enseignent tous les documents mexicains et quichés de ma bibliothèque. Les nuances diverses des Hercules et des Hermès, de même que celles du Tezcatlipoca mexicain, c’est à dire de #“ l’eau fumante sur le miroir , des mers, ne font qu’exprimer les attributs différents du grand courant équatorial, dont la marche circulaire, comparée à celle du soleil, fit confondre, en une même idée et sous un même nom, et ce courant et l’astre du jour. On comprendra mieux encore la signification profonde de cette confusion mystérieuse de la part des sacerdoces anciens, en reconnaissant, comme je le montre plus haut, la confusion significative du ciel et de l'Océan, dans le vocable ihuicatt. Maïs ce qui n'est pas moins convainquant à cet égard, c’est le nom commun, attribué au soleil et à l'eau chaude en marche, ton-a-tiuh, visible sur la terre ou sur les eaux ou invisible dans ses canaux souterrains, nom donné également à la chaleur ambiante, tona-tiuh, toutes choses que les anciens connaissaient admirablement et dont

XD —

ils avaient étudié les causes et les effets, de longs siècles avant l'Académie des sciences de Paris ou de Berlin.

Cette signification variée, attribuée au mot soleil, passa du mexicain antique aux autres langues du monde et les corporations sacerdotales, commises au dépôt de la science, en gardèrent pieusement le mystère, jusqu’au temps où l’école d'Alexandrie, sœur aînée de l’école germanique, en se substi- ‘tuant aux colléges sacerdotaux de l'antique Égypte, introduisit le mysticisme et l’amphigouri nuageux à la place des vérités naturelles.

On en trouve des témoignages nombreux dans les auteurs grecs et latins. La science antique s’effaça insensiblement, à mesure que les générations s'éloignaient des temps primitifs et l'anthropomorphisme philosophique et artistique des Grecs finit par faire oublier totalement le sens profond des symboles. On eut des statues comme celle de Phidias et de Praxitèle: on donna des passions réelles aux divinités et on les maria, comme le soi-disant évêque mormon, Pratt, mariait en un de ses sermons, au lac Salé, le père, le fils et le Saint Esprit, ébauchés par lui sur sa grossière nature. Eh! bien, pour régénérer l’histoire, pour arriver surtout à l'homme des premiers âges, dont on recherche aujourd'hui les traces avec tant d'ardeur, il faut se dégager du mysticisme alexandrin qui fait flotter les égyptologues dans “ une mer atmosphérique » de non-sens : il faut secouer les langes où l’école germanique à emmaillotté ses trop confiants adeptes et prendre les origines des langues, non dans les grammaires abstraites de l'Inde, mais dans les idiomes lucides de la Scandinavie, des Pays-Bas et de la Grande Bretagne, dont un si grand nombre de vocables sont identiquement les mêmes en Europe et en Amérique.

Ce n’est ni pour me faire valoir outre mesure, ni par aucun esprit de système, que J'ai employé, dans cet aperçu, un langage si virulent à propos de l'école germanique. L'amour seul de la vérité et le désir de faire tomber le bandeau qui obscurcit

NIV

tant d’intelligences d'élite, me font parler comme je le fais. Il est positif et les philologues sont d'accord eux-mêmes sur ce point, autant que les ethnographes, que l’ethnographie n’a rien gagné aux travaux de la linguistique, depuis cinquante ans. Ouvrez les recueils des sociétés savantes : il n’y a d’harmonie nulle part; on ne s'entend ni sur les langues, ni sur leur origine, ni sur la distribution des races humaines sur la terre. La géologie, elle-même, qui paraît destinée à ouvrir de si grandes voies à l’histoire, est encore dans l'enfance.

Sur tous ces sujets, en philologie, surtout, je suis loin de de vouloir m'attribuer plus de mérites que les savants qui ont vieilli en Europe sur les livres de l'Égypte, de la Grèce ou de l'Inde. Je me trouve, néanmoins, dans la nécessité d’affirmer que J'ai un mérite de plus qu'eux et un avantage qu'ils n’ont pas. Je n'ai rien dédaigné de ce qui pouvait ajouter à mes connaissances; j'ai mis, comme on le dit vulgairement, le nez partout. En voyageant en Amérique et en conversant avec les indigènes qui m’enseignaient leurs langues et leurs traditions, j'ai appris à me servir de mes deux yeux et de mes deux oreilles : c’est ce que les franco-germanistes n’ont jamais voulu faire et comme le proclame le dicton populaire : “ Qui n'entend qu’une cloche, n'entend qu’un son.» Ils ne savent que la moitié des choses, tandis que j'ai les deux moitiés.

Pour avoir eu, dans mes études, des commencements plus humbles que nos gymnosophistes modernes, j'ai marché plus humblement : mais j'ai marché sûrement et je les ai dépassés. Paris, où s'écoulèrent quelques-unes des belles années de ma jeunesse, ne m'avait appris à écrire que des feuilletons et de la politique, comme on en fait à vingt ans. Les circonstances me firent venir à Gand, où je me retrouve, trente ans plus tard, imprimant le catalogue des documents réunis durant mes longues pérégrinations. C’est au séminaire de cette ville que, recueilli en moi-même sous la poussière d’une ancienne bibliothèque, dont mes supérieurs m’avaient fait l'honneur de me confier la réorganisation, j'appris à connaître et à appré-

DE PRRS à 1. ARS

cier les livres sérieux, qu’à peine ou ouvre dans ce siècle de journaux insipides et de frivoles revues. Je n’eus pas l’avantage d'achever mon travail : mais ce que j’appris, en remuant ces trésors, est incalculable. Attentif, d’un autre côté, aux enseignements de doctes professeurs, j'accoutumai insensiblement mon esprit à une action plus grave et plus profonde et, ensuite, lorsque, à Versailles, sur la proposition de Mgr. Blanquart de Bailleul, depuis archevêque de Rouen, je fis le voyage de l'Italie et des pays voisins, je joignis, en les parcourant, pendant plusieurs années, la pratique et l’observation personnelle à mes études antérieures. Niebubr et Nibbi à la main, j'étudiai dans la société du sage Visconti, Rome et la campagne, tout en écoutant, à la Sapienza et au Collége Romain, les savantes leçons des professeurs dont la Ville Éternelle a toujours eu la primauté, sous l'administration paternelle de ses Pontifes-Souverains. Tour à tour disciple de Passaglia, de l’archéologue Secchi, du sagace Bresciani, si profondement versé dans les antiquités phéniciennes et préhistoriques de la Sardaigne, sa patrie; disciple de Perrone, dont la voix me fit entrer, depuis, dans l’Académie de la Religion Catholique, visiteur assidu de la Bibliothèque Vaticane, honoré de l'amitié et de la conversation des cardinaux Mai et Mezzofante, j'amassai peu à peu une variété de connaissances, dont l’ensemble s’enchaîna naturellement à celles que j'eus occasion d'acquérir plus tard au Mexique et dans l'Amérique Centrale.

Est-il étonnant, après une telle préparation, qu’en étudiant, sans parti pris, les langues et les momuments de ces contrées, Je sois arrivé aux résultats que je proclame aujourd'hui pour la seconde fois. Aussi puis-je répéter sans crainte, avec l’auteur de la Sagesse (!) : « J'ai désiré l'intelligence » et elle m'a été donnée. J'ai invoqué le Seigneur et l'esprit

‘) Sap. cap. VIL.

» de sagesse est venu en moi. J'ai cru que les richesses » n'étaient rien au prix de la sagesse. Je l'ai apprise sans » déguisement; j'en fais part aux autres sans envie et je ne » cache point les richesses qu’elle renferme. » Ces richesses, on sera, je le répète, prochainement à même de les apprécier et l’on verra combien la sagesse antique était instruite de la plupart des connaissances scientifiques, aujourd’hui renaissantes. La Bible elle même, oubliée non moins que dédaignée d’un grand nombre, est remplie de renseignements, dont la cosmogonie, la géologie et l’histoire tireront leur profit, lorsqu’elle sera mieux connue et surtout mieux comprise. Ses textes, d'accord, en plus d’un endroit, avec ceux du Codex Chimalpopoca, m'ont révélé l'explication de quelques-uns des secrets les plus intéressants de l'antiquité, cachés sous le voile des hiéroglyphes et qui mettent en lumière des points d’une importance considérable pour la science. Leur brièveté, qui souvent ne permet pas de saisir le sens qu'ont voulu leur attribuer les auteurs sacrés, est un des plus grands obstacles à leur intelligence, et j'ajouterai l'ignorance si profonde où l’on est des temps où ils furent écrits. La Bible n’est pas faite pour le vulgaire, pas plus que les Védas ou le Chou-King et l’absurdité des sectaires biblistes, répandant à flots ce livre incompris, n’est comparable qu’à leur mauvaise foi et à leur ignorance. Il suffit pour les masses d'en tirer, comme le fait l'Église, les enseignements de doctrine et de morale qu’il renferme. Est-ce à ces masses qu'on pourrait, par exemple, aller expliquer les époques de la création et les dynasties patriarchales qui précédèrent le déluge ? De quelle manière feraiton admettre à cette tourbe illettrée ce que disait, il y a deux ans (!), avec une science si remarquable le P. de Valroger, de l'impossibilité d'adapter une chronologie historique à la Bible, quand la période pré-historique pourrait s'évaluer aussi

(*) Revue des questions historiques, février 1869.

er CR ENTESES

bien à dix mille qu'à cinq mille années et davantage encore, sans en altérer en rien le sens doctrinal?

Si Je soulève ici, en passant, cette question délicate, c’est que je veux faire voir qu'on peut, sans alarmer aucunement les consciences, traiter toutes les questions historiques, du moment qu'on ne recherche que la vérité. La lumière ne s'offusque pas de la lumière etla vérité ne saurait admettre la mauvaise foi, trop souvent mise en œuvre dans des investigations de ce genre. Je terminerai, d’ailleurs, en disant que le travail dont j'espère pouvoir prochainement faire connaître la première partie au public, est une traduction, purement et simplement. C’est celle d’un document ancien que chacun encore sera libre de commenter. Ce qu’il convient de répéter, toutefois, c'est que l'interprétation du langage amphibologique de ce document a répandu sur mes connaissances classiques une lumière qui met en relief, en les expliquant, jusqu'aux moindres détails des anciens auteurs latins et grecs. À l’aide de la science mexicaine, j'ai levé le voile bleu du sanctuaire d'Isis, à qui Plutarque fait dire dans son Traité d'Isis et d'Osiris, ces paroles remarquables : “ Je » Suis ce qui est, ce qui fut, ce qui sera. Nul mortel n’a » jamais levé le voile qui me couvre. »

Evo a

Gand, 21 Octobre 1871.

Page 1