‹ Bibliotheque militaire (volume 2)Chapitre 100 sur 205 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

M. rOfficier du palais débute , dans ce chapitre, par une erreur qui , quoique de peu d'importance, mérite d'être relevée. Il insinue que, pendant le combat, V Empereur était à droite de la grande route ^ au fond d'un ravin, sur le bord du ruisseau et du village de Gorodiuia (page 126). Pendant tout le combat, l'Empereur se tint sur la chaussée qui conduit au pont de Malo-Jaroslavetz , d'où il voyait Faction , et était à même de donner ses ordres. C'est de là qu'il fit passer la Louja à la division Gérard , sur un second pont (2) qu'il avait fait construire au dessus de celui qui existait, et qu'il lui prescrivit de se porter à droite de Malo-Jaroslavetz, et d'étendre sa droite jusqu'au bois de Terentiewa. Il envoya également la division Compans sur la gauche de Malo- Jaroslavetz. Il essaya de faire placer luimême une batterie sur la rive gauche de la Louja , pour soutenir la droite du général Gérard d'une rive à l'autre.

(1) L*Emperear partit de bonne heure de Borowsk ; il déjeunait à deux lieues de cette ville, sur la route, avec le roi de Naples, le prince de Neucbâtel et le général Lariboisière, quand on entendit des coups de canon. U monta aussitôt à cheval, et vers midi, il se trouvait avec son état-major vis-à-vis Malo- Jarotlavetz, sur un mamelon, aur-dessus de la Louja, à gauche de la route, et parfaitement placé pour observer les mouvements de Tennemi.

(S) Ce pont fût établi au moyen de chevalets.

Cène fiit qu'à la nuit, qu'il retourna à la maison que H. de Ségur trouve « vieille , délabrée , infecte , vermoulue, )) sale et obscure, et partagée en deux » par une toile. » (Page 126.) Ce qu'il y a de plus exact dans l'histoire de la Grande-Armée , ce sont les détails sur l'intérieur des logements occupés par l'Empereur. Nous ne contredirons pas l'auteur à ce sujet , mais nous dirons que ce n'est qu'après l'affaire que l'Em i pereur est entré dans la masure.

Le maréchal Bessières, que Napoléon a chargé de reconnaître la position des Russes, vient lui dire : (cEIleestinatta- » quable. — 0 ciel 1 » s'écrie l'Empereur en joignant les mains y « avcz-vous bien » vu? est-il bien vrai? m'en répondez- » vous ? Bessières répète son assertion ; » il afiirme que trois cents grenadiers D suffiraient là pour arrêter une ar- » mée.» (Page 127.)

Cette douleur théâtrale, ces mains jointes pour attester le ciel , contrastent d'une manière frappante avec le caractère de Napoléon. C'est surtout ici que l'auteur manque à la règle prescrite aux historiens comme aux poètes, de foire agir et parler leurs personnages selon leur caractère connu. L'auteur aura lu dans quelque relation , que la position de Malo-Jaroslavetz était difficile à forcer pour gagner la route de Kalouga ; et, sans considérer que, dès la veiUe, nous étions maîtres du pont et de la ville, ce qui en constituait la force, 0 fait dire au maréchal Bessières , que la position qu'ont prise les Russes au-delà de cette ville est inattaquable ^ et que trois cents grenadiers suffiraient là pour arrêter uns armée. Cette assertion prouve évidemment que l'auteur n'a pas même vu Malo-Jaroslavetz. Trois cents grenadiers ne peuvent opposer d'obstacles à une armée que dans un défilé presque inaccessible; le véritable défilé

L'EMPIRE

était le pont et la ville , et nous en étions maîtres. La position des Russes était si attaquable, que le soir du combat, Kutusoff se retira avec son armée à près d'une lieue de là , pour prendre position derrière le petit ruisseau de Ko* rigea.

Qui peut donc avoir vu Napoléon , à la suite de ce prétendu rapport de Bes- ^ières, a croiser ses bras d'un air cons- » temé, baisser la tête et rester comme )) enseveli dans le plus profond abatte- » ment ? » Qui peut lui avoir entendu dire « que son armée est victorieuse » et lui vaincu ; que sa route est cou* j^pée, sa manœuvre déjouée; que m Kutusoff, un vieillard, un Scythe, Ta m prévenu ? Que sa fortune ne lui a pas » manqué , que c'est lui qui a manqué I» à sa fortune? » (Page 127.) Ces belles choses, comme tant d'autres, ne sont rapportées que par M. de Ségur, et pourtant il n'est pas vraisemblable qu'il fût en tiers entre le maréchal Bessières et l'Empereur.

Maître de Malo-Jaroslavetz , rien n'empêchait Napoléon de se port^ sur Kalouga en passant sur le corps de Kutusoff. D'un autre cdté , s'il ne voulait pas livr^ bataille , qui l'empêchait d'amuser Kutusoff devant Malo-Jaro»lavetz , et de dhriger le reste de son armée par Kremskoé et Medyn sur Kalouga? Ce mouvement fut même commencé, puisque le corps de Poniatowdû, suivant M. de Ségur lui-même (page 128), avait été envoyé à Kremskoé. On peut donc le dire : cette stupeur et cette consternation où il plonge l'Empereur, « cette brûlante insomnie, cette » crueMe naît, durant laquelle il se -» couche, se relève, appelle sans cesse, » etc. » (page 128), scènes si fidèlement reproduites de Witepsk, de Moscou, sont sorties du cerveau de l'auteur, qui aime tant les conceptimis de cette na*

turc. Il a pu entendre dire souvent que Napoléon se relevait la nuit ; il a trouvé cela fort remarquable, et rien n'était plus ordinaire. S'il avait eu une connaissance plus approfondie de ce qui se passait chez l'Empereur, il aurait su que, lorsque l'armée se trouvait en opération, l'usage constant de ce prince était de se lever toutes les nuits, de minuit à deux heures du matin , heure vers laquelle arrivaient les rapports que les généraux expédiaient à la fin de la journée. Mais M. de Ségur, dont les nuits étaient paisibles, parait «avoir ignoré ce qui se £aisait pendant son sommeil.

Vers cinq heures du matin , un officier d'ordonnance (1), qu'il avait chargé de passer la nuit aux avant-postes, pour lui rendre compte de ce qu'on apprendrait des mouvements de l'ennemi, venait d'arriver. Il informa l'Empereur que les Russes semblaient occuper à peu près la même position que la veille ; mais que, sur la droite, il avait entendu, ainsi que le général Gérard, de la cavalerie (pii se portait dans cette direction, et que l'on supposait marcher sur Medyn.

Napoléon fit alors entrer successivement le roi de Naples, le maréchal Bessières et ie comte Lobau, et leur dit : « Il paraît que l'ennemi tient, et que nous aurons une bataille. Dans la situation où est l'armée, est-il avantageux de la livrer ou de l'éviter?» Bessières et Murat ne mirent point en doute que nous ne fussions vainqueurs des milices de Kutusoff; car, disaient-îb, Vannée russe a été détruite à la Moskowa, Mais une bataille désorganiserait l'ai*mée; les chevaux de l'artillerie coaums ceux de la cavalerie avaient beaucoup souffert par la mauvaise nourriture; les

(I) M. r.ouigtMMi.

nouvelles pertes que nous Jbrlonseu chevaux ne pourraient pas se réparer; nosbiessés seraientdes hommes perdus; BOUS porter sur Kalouga était une entreprise hasardeuse dans cet état de choses; ce qu'ily avait de mieux à faire, suivant eux, était de se retirer sur Smolensk. L'Empereur, après avoir discuté un moment , s'approcha du comte de Lobau et lui dit :« £h! vous, Mouton, quelle est votre opinion ? » « — Sire, mon opinion est de se retirer sur le Niémen par la route la plus courte et la plus connue, par Mojaïsk, -et le plus promptement possihle ; » ce qu'il répéta à. plusieurs reprises. Napoléon parut ébranlé ; mais il dit qu'il voulait aller voir le champ de bataille avant de se décider, et demanda ses chevaux.

Le récit que fait M. de Ségur du boura des Cosaques sur l'Empereur, est plein d'inexactitudes.Dès que ce prince eut recojanu les Cosaques, qui chargeaient les cantiniers sur la route, il j)as$a sur la gauche, en disant : AUansy mes escadrons de service en avant. Mais les escadrons de service n'étaient pas montés à cheval en même temps que Napoléon. Trois pelotons d'escorte seulement avaient suivi ; un de chasseurs, un de lanciers et un de dragons. Ces trois pelotons se portèrent rapidement en avant, et leur présence contint les Cosaques. Il est faux qu'ils se soient approchés de l'Empereur au point que l'un d'eux ait enfoncé sa lance dans le poitrail du cheval de Rapp. Il n'est pas plus vrai que ce général ait pris le cheval de Napoléon par la bride. Quelques officiers d'ordonnance et de l'état-major du prince de Neuchàtel s avancèrent avec les trois pelotons de ^rvice, en même temps que l'Empereur se retirait vers les escadrons de la garde, que l'on voyait venir de loin .

Ce fut dans la mêlée que les chas-

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