‹ Bibliotheque militaire (volume 2)Chapitre 99 sur 205 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

L'Empereur, dans ce chapitre, donne lui-même les motifs de son séjour à Moscou. « Il avait dû laisser à ses sol- » dats le temps de se refaire , et à ses » blessés, rassemblés dans Moscou, Mo- » jaïsk et Kolotskoï, celui de s'écouler » vers Smolensk. » (Page 111.) Mais, comme s'il était impossible à l'aufeur de faire dire à l'Empereur deux chus^-.

L'EMPIRE

sensées de suite, il s'empresse «f ajouter que Napoléon, montrant un ciel roi*jours pur , demanda à ses officiers si , « dans ce soleil brillant , ife ne recon- » naissaient pas son étoile? » (Page 111.)

Cette image de l'étoile dans le soleil sourit beaucoup à M. deSégur; elle se retrouve souvent dans son livre. En général, il cherche à faire croire que Napoléon avait une confiance puérile dans son étoile, et se plaisait à le témoigner ; ce qui est absurde. Un homme tel que lui pouvait compter sur son génie, sur ses talents, et ses profondes méditations; mais il croyait à son étoile comme César aux poulets sacrés.

Tous les chapitres qui précèdent celui-ci nous ont montré ce grand capitaine plongé dans le sommeil et l'engourdissement ; et cependant l'auteur nous dît : « Napoléon entré dans Mos- » cou avec quatre-vingt-dix mille com- )) battants et vingt mille malades ou » blessés , en sortait avec plus de cent » mille combattants ; il n'y laissait que » douze cents malades. Son séjour , » malgré les pertes journalières , lui » avait donc servi à reposer son infan- )) terie, à compléter ses munitions, à » augmenter ses forces de dix mille » hommes, et à protéger le rétablisse- » ment ou la retnlite d'une grande pai^ » tie de ses blessés, etc. » (Page 112.)

Au milieu d'une longue description des équipages et du train de l'armée, à son départ de Moscou, l'auteur fait briller la gigantesque croix du grand Yvan.

Cette croix qui, placée au haut de la tour d'ïvan Weliki, avait trente pieds de hauteur , était en bois recouvert de lames très minces d'argent doré. Lorsqu'on voulut l'enlever, les sapeurs chargés de cette opération la laissèrent tomber; elle fut brisée en mille pièces : les lames d'argent furent mises à part, et le bois abandonné. Une petite croix

CAMPÂ6MK Dfe 1812

d'or pur, d'entiron dix pouces de haut, était fixée an milieu de la grande. Elle fat setile conservée , et emportée avec le trésor de Tarmée. Voilà la gigantesque croix de M. de Ségur réduite à dix pouces! Une partie de ses assertions pourrait subir une réduction pareille.

A la suite de cette croix, on voit des paysans russes avec leurs barbes , conduisant ûu portant notre butin dont ils font partie, ttc. En disant que ces paysans font partie de notre butin, TOfficier du palais veut-il faire croire qu'on les menait en esclavage , et justifier par là les infamies que les Russes commirent sur les malheureux Français , restés dans les hôpitaux de Moscou , et recommandés k leur humanité (i) ? Il est faux qu'aucun paysan ait été réduit en captivité; les uns nous suivaient

(1) Le général Guillaume de Vaudoncourt, dans ses Mémoires pour servir à V Histoire de kl Guerre entre la France et ta Mussie, en iai2, ouvrage supérieur k tous ceux qui ont été publiés jusqu*i ci sur oette campagne, autant par le talent connu de Tauteur que par Texactilude des faits, rapporte (page 252) « que le » sa octobre le général rosse Ilowaiki entra » dans Moscou ; qa'il y trouva, dans les trois » hôpitaux existants , environ quatorze cents » malades ou blessés russes, et six cent cin- » qtiante malades on blessés français , qui » étaient trop faibles pour avoir pu être trans- » |)ortés avec Isilrs camarades. Une partie de 0 œs derniers fiM cepeodaat Jetée sur deseba* » riots pour être traînée à Twer ; mais ils péri* n rent tous de froid et de misère, ou assassinés i> par les paysans chargés de les conduire, qui n les égorgeaient pour prendre leurs habits. Le » reste fut laissé dans les hôpitaux avec les » «hinirgtoDS fraoçais , qui étaieai restés pour » les soigner, mais on ne leur donna ni vivres » ni médicaments. i>

L'3 général Guillaume de Vaudoncourt, ayant été Mi prisonnier pendant la retraite, a été à aaème de reooeillir beaucoup de pièces et de reftseigBeiBenis du plus haut intérêt, qaifont rechercher son livre par tous ceux qui veulent avoir une idée juste des événements de cette guerre.

pour gagner de l'argent, tfautres, pour ramasser ce qu'on abandonnait, d'autres enfin comme domestiques gagés.

L'auteur a employé quatre pages à décrire la sortie de Moscou , et il ne consacre que quelques lignes à Vhabile mouvement, par lequel l'Empereur trompa l'ennemi , en tournant sa position de Tarontino, et en se dirigeant sur Kalouga par Borowsk et Malo-Jaroslavetz.

CHAPrr&E u.

Arrivé , le 23 octobre , à Borowsk , l'Empereur apprit le soir que le Vic^ Roi avait fait occuper Malo-Jaroslavetz; « mais, dit M. de Ségur , il s'endormit » sur le succès , au lieu de l'assurer. » (Page 116.) Il semble par là reprocher à Napoléon de ne pas s'être porté de suite à Malo-Jaroslavetx. Mais ce prince ayant appris qu'un corps russe (Doctoroff) marchait sur sa gauche, et était à Aristowo, ne devait pas se porter sur Malo-Jaroslavetz, avant d'être bien silr que ce n'était pas toute Tarmée russe qui marchait sur Borowsk. D'ailleurs, quel motif aurait décidé l'Empereur à se porter à Malo-Jaroslavetz , que , suivant M. de Ségur, la division Delzons avait trouvé vide? (Page i 16. ) Cette phrase : V Empereur s* endormit sur ce succès , au lieu de l'assurer , ne signifie donc rien.

La critique de M. l'Officier du palais vient de ce qu'il n'a pas consulté les cartes ; car il dit , en parlant de Malo- Jaroslavetz : c( C'était le seul point où » Kulusoff pouvait nous couper la nou- » velle route de Kalouga )> (page 216) ; cependant à Borowsk, nous courions le môme danger.

L'auteur avait dit que c'était notre séjour à Witepsk qui avait causé nos malheurs; puis, que c'était notre mar-

L'EMPIBE.

che sur Moscou; ensuite, notre séjour dans cette capitale. Voici, maintenant qu'au sujet du jour sacrifié au passage de la Nara et de son marais^ il ajoute : » Quoi qu'il en soit, on peut dater tous » nos malheurs de ce séjour. » ( Page 117.)

Un officier du prince Eugène vient annoncer à l'Empereur que Malo-Jaroslavetz n'ayant été occupé que par deux bataillons, rennerai est venu l'attaquer à la pointe du jour, et a renversé cette faible troupe. Il ajoute que le Vice-Roi marche au soutien de la division Delzons. M. de Ségur dit en&uite que (( toute l'armée deKutusoff accou- » rait.... que déjà même ses colonnes » s'établissaient entre cette vieille route » de Kalouga, Ubre hier, et que nous » étions maîtres d'occuper et de parcou- )> rir , mais que désormais Kutusoff » pourra défendre pied à pied. » (Page 119.)

Ce qu'avance M. le Maréchal-deslogis du palais a pour but d'appuyer le reproche qu'il a fait précédemment à Napoléon, de sa lenteur à se porter sur Malo-Jaroslavetz. Nous avons déjà fait connaître les raisons qui ont empêché l'Empereur d'y marcher directement, avant que l'ennemi n'y fût. Nous ajouterons que, d'après les instructions que le Vice-Roi avait reçues, il devait occuper fortement MaloJaroslavetz, et qu'au lieu de deux bataillons seulement,c'était la division Delzons tout entière qu'il y fallait placer. Aussitôt que Napoléon apprit la nouvelle de l'attaque des Russes sur ce point , il envoya un de ses officiers (1} au prince Eugène, pour lui ordonner deconserver Malo-Jaroslavetz.

Il lui faisait connaître qu'il marchait pour le soutenir, et lui prescrivait d'as-

ti] I/ofllcier d^ordonnance Gourgaud.

surer cette ville par de fortes batteries à droite et à gauche. L'Empereur avait donc tout prévu , et Mi tout ce qui était nécessaire.

M. de Ségur raconte froidement la perte que fit le quatrième corps dans la personne de Delzons. L'intrépidité de ce général et la mort si touchante de son frère, auraient pu fournir à l'historien de la Grande-Armée quelques expressions de regret et d'estime pour ces braves. Les généraux russes , et entre autres Kouhûef , ont obtenu de lui des éloges; il est pénible de voir qu'il néglige de rendre la même justice aux généraux français.

Suivant sa coutume, l'auteur, en même temps qu'il exagère nos forces, diminue celles de l'ennemi. Les trois divisions françaises et italiennes qui, sous le prince Eugène , vainquirent à Malo-Jaroslavetz, ne formaient que seize mille hommes. L'armée russe , composée de seize divisions, eut soixante-dix mille hommes engagés. Notre perte fut d'environ trois mille hommes; l'ennemi en perdit huit mille. Cette afiaire fut une des plus glorieuses poiu* les troupes françaises et italiennes, en raison de la grande disproportion du nombre.

L'auteur paraît la reprocher à l'Empereur, en disant : « qu'un choc si sen- )> gIanteûtpuétreépargné.)>(Pagel9tb.) Cependant , s'il avait réfléchi , il aurait compris qu'en raison de la position de l'ennenji et du mauvais état des routes, il était impossible que notre marche de Moscou sur ce point fût plus rapide.

L'armée ne pouvait pas s'avancer toute réunie; elle marchait échelonnée.

« Les corps d'armée étaient restés » hors de portée les uns des autres. » (Page 124.) La preuve du contraire c'est que le corps du maréchal Davout , qui marchait en arrière de celui du Vice- Roi, arriva à Malo-Jaroslavetz dans la

matinée du ik, et que TEmpereur s'y trouva lui-même vers midi (1).

Si l'auteur avait pris connaissance des marche&que fit l'armée à Marengo, à Ulm , à Eckmûlil , il aurait reconnu que le même homme et le même esprit a^'aient présidé à celle de MaloJaroslavetz.

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