‹ Bibliotheque militaire (volume 2)Chapitre 102 sur 205 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

« Mes compagnons , vous le rappelez- » vous ce champ funeste où s'arrêta la » conquête du monde , où vingt ans de » victoires vinrent échouer, et où com- » mença le ^rand écroulement de notre » fortune? »\Page 133.)

C'est sur ce ton élevé que commence ce chapitre. Une observation se présente soudain à l'esprit : c'est que si les braves vétérans de la Grande-Armée ont tout perdu , il est des personnes dont la fortune a souffert peu d'atteintes, et qui sont sur le chemin de nouveaux honneurs.

Suivant M. de Ségur, Napoléon est placé « entre ces deux armées, ses pas » et ses regards errant du Midi à )) rOuest, sur les routes de Kalouga et » de Medyn ; toutes les deux lui sont » fermées. Sur celle de Kalouga, sont » Kutusoff et son armée. » (Page 133.) Mais sur celle de Medyn, nous ne voyons pas ce qui nous arrêterait. M. le Maréchal-des-logis du palais dit bien que Platoff s'y trouve avec ses Cosaques; mais, quelque médiocre opinion qu*il ait de l'armée française, il ne peut pas supposer que des Cosaques puissent lui faire obstacle. Il est vrai que, suivant lui, ils viennent de- traverser cette armée de part en part (page 133). Les choses ne se passèrent point ainsi.

Comme nous l'avons dit dans le précédent chapitre , ils avaient traversé au gué laLouga sur notre flanc droit, et pillé plusieurs cantiniers sur la route ; mais se voyant chargés par quelques pelotons de la garde, ils s'étaient empressés de fuir par où ils étaient venus.

L'auteur ne nous dît pas que l'Empereur resta toute la journée sur le champ de bataille , avant de se décider à adopter l'avis des généraux, qui con* seillaient la retraite directe sur Smolensk. Le temps qu'il passa sur la plaine de Malo-Jaroslavetz , la peine qu'il eut à s'en éloigner, donnent à penser qu'il pressentait que l'armée russe, effrayée du combat de la veille, battait en retraite. L'opinion unanime était cependant que les Russes voulaient livrer bataille ; et c'était le plus fort argument de Murât , de Davout , etc. , pour l'engager à regagner la route de Mojaîsk.

Au lieu de parler des reconnaissances que fit l'Empereur, M. de Ségur le nn mène à Gorodinia, où il suppose un conseil qui n'a jamais existé. Il fait par^ 1er Murât, le maréchal Davout, Be&sières, Berthier, Eugène, etc., à sa manière, et les fait délibérer sur la retraite; tandis qu'avant de quitter la plaine de Malo4arosIavetz, Napoléon avait déjà prescrit ses dispositions pour la direction que devaient suivre les corps dans leur marche. Mais ces conversa* tiens fournissent à M. de Ségur l'occasion de faire dire par Bessières que, dani la garde même, Vélan manquerait (page 135) ; comme s'il n'était pas reconnu , même par nos ennemis, que ce corps célèbre n'a jamais failli à sa réputation, dans les circonstances les plus critiques, et que le sentiment de l'honneur, du courage et du dévouement qui l'animait , n'a fini qu'avec lui. Le maréchal Bessières connaissait trop bien ce corps , il était trop glorieux de

le commander, pour avoir pu dire que félan y manquerait,

A la suite de toutes ces conversations et des querelles qu'elles amènent, Fauteur ne trouve rien de mieux que de Cure perdre à FEmpereur a Fusage de » ses sens. » Il a soin d'ajouter que « ceux qui le secoururent, ont dit que » le rapport d'une autre échaufiTourée » de Cosaques à Borowsk, quelques » lieues derrière Farmée, fut le faible x> et dernier choc qui acheva de le dé- » terminer à cette funeste résolution. » ( Page 138.) Ce témoignage des valets de chambre doit singulièrement flatter les Cosaques ; ils doivent être bien fiers du rôle que leur foit jouer Fauteur.

agirent le plus puissamment sur lui , ce fut la crainte du sort qu'éprouveraient ses nouveaux blessés , qu'il serait obligé d'abandonner.

L'Empereur seul avait bien vu; Farmée russe se retirait; mais quand tous les généraux sont contraires à l'opinion du général en chef, le succès peut être compromis. Napoléon cédait souvent k l'opinion des autres avec une facilité qu'il s'est reprochée. On l'a entendu dire, dans des circonstances encore plus graves, mais inutiles à rapporter ici, qu'il aurait évité de grands revers, surtout dans les derniers temps de sa carrière , s'il ne s'en était rapporté qu'à lui-même.

D y a plus que de la simplicité à supposer que a deux échauffoçrées de Co- » saques aient dégoûté l'Empereur. »

(Page Itô.) Cela ne mérite aucune réfutation sérieuse.

« Depuis ce moment , il ne vit plus » que Paris , de même qu'en partant de » Paris, il n'avait en vue que Moscou. » (Page 143.)

Le désir de revoir Paris n'était pour rien d^s sa détermination. En battant les Russes et occupant Moscou , il avait atteint le premier but de la guerre; le second, qui était la paix, n'ayant pu être atteint, la prudence et son devoir lui prescrivaient de se rapprocher du reste de son armée et de ses magasins, pour prendre ses quartiers d'hiver, et se mettre en mesure de reconunencer la campagne au printemps suivant. Si un hiver, dont l'invasion prématurée et la rigueur ont déjoué tous les calculs , n'eût surpris nos légions , elles fussent arrivées intactes dans leurs quartiers.

En quittant Moscou , l'Empereur ne

pensait pas à s'établir derrière la Béré-

sina, parce que les corps de Macdonald,

de Saint-Cyr et d'Oudinot à gauche ,

pas livrer bataille. L'un des motifs qui- 1 de Schwarzenberg , Reynier et Dom-

VU. 29

CHAPITRB V.

« Ce Alt lorsque le plus grand effort, » celui de MaloJaroslavetz , était fait, et » quand il n'y avait plus qu'à marcher, B qu'il se retira. » (Page 143.)

Voilà donc M. de Ségur d'accord avec nous pour contredire Fopinion qu'il met dans la bouche du maréchal Bessières (page 127) : « que la position des » Russes était inattaquable, et que trois » cents grenadiers suflSraient là pour » arrêter une armée, n De pareilles contradictions se rencontrent partout dans l'ouvrage.

Nous avions déjà dit, dans le chapitre précédent, que Fintention de l'Empereur était de livrer encore bataille à Farmée russe; car étant sûr de la vaincre, il pouvait se porter surSmolensk^ par Kalouga, Medyn ou Mojaïsk, sans craindre d'être suivi.

Malgré les assertions de M. de Ségur, nous répéterons encore ici que ce n& fut que d'après les instances de ses principaux généraux, qu'il se décida à ne

LTMPIRE.

browski à droite , devaient contenir Wittgenstein , Essen, Titchakoff, Tormasow , qui leur étaient opposés. Ce ne fut qu'à son arrivée à Smolensk , qu'il se décida à marcher sur la Bérésina, ayant appris que les nombreux renforts arrivés à Wittgenstein obligeaient Saint- Cyr à abandonner la Duna, et que la lenteur de Schwarzenberg avait permis à l'amiral Titchukoff de gagner plusieurs marches sur lui pour se porter vers Minsk. Si ses ordres avaient été exécutés , même malgré la lenteur de Schwarzenberg, nos magasins de Minsk > de \Vilna,.deBorizoff eussent été en sûreté, couverts par la division Dombrowski , par la division Loison, par les renforts qui se trouvaient à Wilna, et par le deuxième corps. Ainsi, l'armée assurée du passage de la Bérésina à Borisow aurait pu prendre position derrière cette rivière.

Comment un Français a-t-il pu écrire que (( l'armée française marchait les » yeux baissés, comme honteuse et hu- » miliée » (pa^e HS), quand un corps do cette armée, fort seulement de seize mille hommes , avait suffi pour battre l'armée russe, dont, au direTde M. de Ségur , la retraite fut comme une déroute? C'est manquer en même temps d'exactitude et de dignité.

Quant aux critiques qu'il fait du plan de campagne de l'Empereur , il est à regretter qu'il ne lui ait point communiqué alors celui dont il fait part maintenant à ses lecteurs. Napoléon , dans son affaissement^ eût été heureux do dé* couvrir un sauveur dans son Maréchaldes-logis du palais.

Page 1