‹ Bibliotheque militaire (volume 2)Chapitre 110 sur 205 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Napoléon, arrivé à Krasnoï le 15, ayant appris que Tarmée russe était dans les environs, et que le corps d'Ojarowski se trouvait posté près de cette ville, et menaçait la gauche de la route, résolut de prouver aux Russes, par une attaque de nuit, que l'armée française, malgré les désastres qu'elle avait éprouvés, était toujours animée du même courage. A cet effet, il chargea le général Roguet, avec sa division de jeune garde, d'aller attaquer dans la nuit même le corps d'Ojarowski.

L'ordre portail de tomber sur les Russes à la baïonnette et sans tirer.

Celte expédition eut le résultat que l'Empereur en attendait. Les Russes, surpris, perdirent beaucoup de monde.

L'effet le plus avantageux que produisit ce mouvement hardi, fut la circonspection qu'il inspira à Kutusoff; il suspendit sur-le-champ le mouvement qu'il avait ordonné au corps de Tormasow, pour nous couper la route entre Krasnoï et Liarti. De si beaux faits illustrant les malheurs que nous

he devions qu^k rincléménce du iéiel, auraient dû exalter l'imagination d'un écrivain français.

Les réflexions que l'auteur prête à Kutusoff sur sa lenteur, sont avilissantes pour notre armée ; il la suppose prisonnière sous le fouet d'un Cosaque qui a la châtie dès qu'elle \eut s'écar- » ter du chemin qui lui est tracé. »

(Page 259.)

Ce qu'il fait dire à Wilson, qu'on entend les Cosaques s'écrier que « c'est » une honte de laisser ces squelettes » sortir ainsi de leurs tombeaux »

(page 260), est tout aussi bizarre. Kutusoff ne voulait point attaquer l'armée française, parce que la véritable armée russe avait succombé à la Moskowa; qu'avec celle qu'il avait réorganisée, il avait été battu à Malo-Jaroslavetz et à Viazma, quoiqu'il eût des forces quintuples de celles des Français. Il savait que, si dans l'armée française il se trouvait des soldats découragés et marchant isolément, le courage de ceux qui restaient, s'accroissait en raison de leur petit nombre, et que Napoléon était à leur tête. Qu'un Anglais n'ait pas senti cela, ou ne Tait pas dit, cela se conçoit ; mais un Français f

En quittant Smolensk, l'Empereur avait chargé Ney de faire l'arrîèregarde. Ce maréchal ne devait quitter cette ville que le 16, après en avoir fait sauter les fortifications ; le prince d'Eckmuhl était chargé de le soutenir.

Le 16', de grand matin, Davout ayant laissé urte division au maréchal Néy, se mit en marche svet les quatre autres. Dans la journée, après avoir fait prévenir Ney du combat du prince Eugène, il continua son mouvement sur Krasnoï. Le maréchal Ney, pensant qu'il fie pouvait se trouver entre lui et Napoléon que des Cosaques, ne voulut se mettre ^i> marche quo le IT.

nt

L'EMPIRE

La position que Hiloradowitch avait prise sur la route de Smolensk à Krasnoï, dans la nuit du 16 au 17, coupait donc ces deux corps de TEmpereur. En même temps, on apprit, à Krasnoï, que les Russes, dont l'attaque du général Roguet avait arrêté le mouvement sur Dobroc, se disposaient à le reprendre. La position de Napoléon était critique. D'une part, il voyait sa retraite au moment d'être coupée, et d'une autre, en se retirant, il abandonnait deux de ces corps. Il fit appeler Berthier, Mortier, Lefebvre, Bessières, et leur dit qu'il fallait se préparer à attaquer l'ennemi le lendemain nuttin. Ces maréchaux lui répondirent par les états de situation de leurs corps. N'importe, répliqua Napoléon, nous devons sans hésiter marcher au secours de Davout et de Ney. Et en effet, à la pointe du jour, il se mit à la tète de sa garde, pour se porter sur l'ennemi. Ce mouvement audacieux de l'Empereur, qui, avec une poignée d'hommes, marchait contre toutes les forces russes, produisit son effet. Hiloradowitch quitta sa position sur la route, et, se rapprochant du centre de l'armée russe, laissa passer le corps du maréchal Davout qui vint rejoindre Napoléon.

Ce chapitre, à l'exception de quelques passages que nous avons dû relever, est en général écrit avec un esprit de justice, dont on regrette l'absence dans les autres paities de l'ouvrage. L'armée et son chef y sont moins défigurés. A part quelques taches, des rapprochements déplacés, des réflexions intempestives, l'attitude héroïque de Napoléon, la grandeur et la noblesse de ses résolutions y sont fidèlement représentées. Après avoir décrit ce mouvement sublime, comment l'auteur a-tr-il pu laisser subsis-

ter l'odieuse imputation qu'on lit à la page 192 de son livre : « Napoléon sen- » tait qu'il n'y avait plus qu'à sacrifier » successivement l'armée partie par » partie, en commençant par les ex- )) trémités pour en sauver la tète. »

Comment ne s'est-il pas aperçu qu'il réfutait lui-même victorieusement les reproches d'engourdissement, de caducité, d'indécision et d'insensibilité qu*il lui a prodigués?

GHAPJTRK VI.

« Là (au quartier-général de Liadi ) » furent malheureusement consumés » tous les papiers que Napoléon avait » rassemblés pour écrire l'histoire de » sa vie ; car tel avait été son projet » lorsqu'il partit pour cette funeste » guerre. » (Page 275.)

Il y a du ridicule à supposer que l'Empereur, partant pour la guerre, emportait tou» ses papiers pour écrire l'histoire de sa vie, comme s'il de\ait se trouver en Russie dans un parfait repos. Ce prince n'eut à brûler aucun papier relatif à son histoire, parce qu'il n'en avait point apporté. D'ailleurs, qu'est-ce que l'auteur entend par ces papiers rassemblés? Napoléon n'avait pas besoin de prendre ce soin , puisque les actes de sa vie sont partout. Il avait fait copier, dans des registres, sa coiTespondance comme général en chef des armées d'Italie et d'Egypte.

Ces registres n'ont point quitté ses archives. Son intention était de profiter du repos que devait lui laisser la pacification générale , pour rédiger l'histoire complète de ses campagnes et de son règne; et s'il eût pu avoir, à Sainte- Hélène , ces précieux matériaux, il eût été plus à même d'élever un monument impérissable à la gloire des armées françaises.

Le Maréchal-des-logis du palais ne laisse échapper aucune occasion de répéter qu'il entrait dans le plan de l'Empereur de s'arrêter sur le B017Sthène. Comment peut-il supposer que, partant de Paris, il eût formé le projet de s'arrêter sur les con fins de la Lithuanie? Il voulait conquérir la paix qu'on lui refusait ; mais il ne pouvait y parvenir qu'en détruisant les armées russes.

Si ses combinaisons militaires avaient toutes réussi, cette paix eût pu être obtenue en Lithuanie même; mais alors il n'y fût pas resté pour le plaisir d'écrire ses campagnes. Les événements ayant eu une autre issue, il ne pouvait, au mois de juillet , s'arrêter pour prendre des cantonnements. Amvé sur la Duna, il avait encore quatre mois pour agir. Il se décida à marcher sur Moscou, certain que la Russie ne livrerait pas cette capitale sans bataille. C'est sur cette bataille qu'étaient fondées ses espérances de paix. Mais, avant de prendre ce parti , il laissa les corps de Macdonald, Saint-Cyr et Oudinot sur la Duna , et , sur les frontières de la Wolhbiie, les corps de Schwarzenberg, de Reynier et de Dombrowski , pour contenir les armées russes opposées , en même temps que des corps considérables, celui de Victor et celui d'Augereau, s'organisaient sur ses derrières, l'un pour venir former sa réserve , et l'autre pour assurer sa communication jusqu'au Rhin. Maître de Smolensk vers le milieu d'août , il continua sa marche sur Moscou, qui n'en était éloigné que d'une dizaine de journées.

La bataille qu'il cherchait eut lieu; l'armée russe fut en partie anéantie.

La conquête de Moscou en fut le résultat: tout promettait la paix. Mais elle aurait trop nui à l'Angleterre , et rincendie de Moscou avait été résolu :

sacrifice qui ne coûtait rien à cette

puissance, mais qui causait plus de dommages à la Russie que la paix la plus désavantageuse. Pour assurer le succèsd'une si monstrueuse entreprise, l'Angleterre se plaça entre Alexandre et Napoléon , et, couverte d'un masque russe , elle mit en jeu les ressorts de sa politique astucieuse pour enlacer Alexandre , et le prémunir contre toute tentative de négociation. C'est ainsi qu'en Turquie elle avait , en semant la corruption et le mensonge , trompé le divan et mis le sultan dans la nécessité de souscrire à la paix.

CHAPITBE VII.

M. de Ségur suppose l'Empereur, à son arrivée à Orcha , incertain de la route qu'il doit prendre ; il lui fait tenir un conseil où figure le général Jomini. Il est bon de fietire remarquer que ce général n'occupait pas , dans l'armée , une position qui pût le foire appeler au conseil. Il étut simplement , à cette époque, conunandant de la petite ville d'Orcha. Si Napoléon lui a demandé des renseignements, c'est purement en raison de ses fonctions « et pour s'instruire des ressources qui se trouvais!

dans cette place. Notre historien prête à l'Empereur un plan , afin de mettre le générai Jomini à même de le combattre. Jamais Napoléon n'a « déclaré )) qu'il voulait abandonner sa ligne » d'opération sur Minsk , se joindre » aux ducs de Bellune et de Reggio , » passer sur le ventre à Wittgenstein )) à regagner Wilna, en tournant ta » Bérésina parsessource8,))(Page2T7.1

S'il avait eu ce projet, et qu'il eût demandé l'avis du général Jomini , cet officier eût dû ajouter aux raisons qu'on lui fait donner , celle qu'en manœuvrant ainsi, Titchakofi" se se-

m L'EMPIRE.

rait porté de Minsk sur Wilna bien t » affirma longtemps avant qii3 l'armée française pût y arriver. Mais tout le projet et le conseil tombent devant Texposé des ordres de TEmpereur datés de Doubrowna, le 18 et le 19 novembre 1812.

Par sa lettre du 18 au Major-général, il lui prescrit ce qui suit : « Écrivez au » gouverneur de Minsk que je serai de- » main à Orcha ; faites-lui connaître » que j*ai ordonné au deuxième corps, » avec une division de cuirassieis et » cent pièces de canon , commandés » par le duc de Reggio , de se porter en » toute hâte, et en ligne droite, sur Bo- » risow pour assurer ce poste impor- » tant, et, de là, marcher sur Minsk. En » attendant, le général Dombrowski se » rendra avec sa division dans cette » place, et observera ce que fait le corps » qui est à Minsk. Recommandez-lui )) d'envoyer des agents du pays au duc » de Bassano et au prince de Schwar- » zenberg , et d'avoir soin de vous » écrire fréquemment. »

Par une lettre du lendemain , h trois heures du matin , le prince de Neuchâtel écrivait au duc de Bellune : «L'Em- » pereur arrive à Orcha aujourd'hui » à midi; il est nécessaire, M. le )) Maréchal , que la position que vous » prendrez vous mette plus près de » Borisow, de Wilna et d'Orcha , que )) Farmée ennemie. Faites en sorte » de masquer le mouvement du duc de » Reggio, et de faire croire, au con- » traire , que l'Empereur se porte sur » le général Wittgenstein , manœuvre » assez naturelle. L'intention de Sa Ma- » jesté est de se porter sur Minsk , et, » quand on sera maître de cette ville, » de prendre la ligne de la Bérésina, » etc.»

Dans ce prétendu conseil , M. de SégUT fait jouer, à Jomini , un rùle assez riéicule : f< C'est alors , » dit-il , « qu'il

connaître Texisleiieé d'un

» chemin qui, à la droite de cette ville » (Borisow), s'élève sur des ponts de » bois au travers des marais lithua- » niens. » (Page 278.) Selon lui, c'était le seul chemin qui pût conduire l'arm:'^e à Wilna, par Zembin et Molodezno. Cette découverte n'aurait pas coûté une grande dépense de connaissances topographiques au général Jomini, puisque ce chemin se trouve indiqué sur toutes les cartes, et que tous les officiers polonais de rétat-major de l'Empereur le connaissaient.

Les vaguemestres des régiments da deuxième corps revenaient par cette route, de Wilna.

D'après ce court exposé , on peut apprécier à leur juste valeur les détails qui suivent ; et l'on conçoit que le général Dode n'eut pas de peine à dissuader l'Empereur d'une manœuvre que, comme on vient de le voir, il n'avait nulle intention de faire.

Une autre erreur de M. de Ségur, est l'ordre qu'il suppose avoir été donné « au général Éblé, d'aller avec huit » compagnies de sapeurs et de ponton- » niers assurer son passage sur la Bé- » résina ; et à Jomini , de lui servir de » guide.» (Page 279.) Le 19, l'Empereur était à Orcha ; le pont de Borisow ne fut pris par l'ennemi que le 21 au soir. Aussi ne fut-ce pas d'Orcha, ainsi que ledit l'auteur, mais bien le 2%, de Bobr, que l'Empereur fit partir te général Éblé,

M. rOfficier du palais se trompe encore , en disant qu'à Orcha le désordre de l'armée augmenta. Au contraire, les magasins de cette ville permirent de faire quelques distributions aux troupes. Le dégel ayant succédé au froid rigoureux qui nous accablait depuis Smolensk , les bivouacs devinrent supportables. L'rfrtillerie était encore nom-

GAMPAflim M 1812.

ktedfte, qnm cfu'en dise l'aoteur. Un |iAred*artiUerie, qui s'y trouvait établi, fournit au remplacement d'une grande partie de nos munitions, et cinq batteries complètes furent distribuées aux corps d'armée qui en avaient le plus besoin. La garnison de cette vilSe, ainsi que la cavalerie polonaise, qui avait été cantonnée dans les environs, s'y réunirent à l'année. M. de Ségur dit lui-même (page 28a), « que les abris » et les distributions avaient produit » ce que les menaces n'avaient pu 1) (aire; les tralneura s'étaient ralliés, » etc., etc.»

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