‹ Bibliotheque militaire (volume 2)Chapitre 112 sur 205 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

« Ainsi, l'armée avait repassé pour la » troisième et dernière fois le Dnieper,

fleuve à demi russe et à demi lithua- » nien , mais d'origine moscovite. »

Nous ne relèverons pas Vorigint moscovite du Dnieper. La question de ' savoir qui a existé le premier de Moscou ou du Dnieper, serait digne d'occuper les séances d'une académie

(DM.Gimrgaud.

burlesque ; elle serait le pendant de h fameuse question de la préexistence de lapouleetdeFœuf.

L'auteur dit que a le 22 on mar-

» cha d'Orcha sur Borisow dans

» une neige fondue et au travers » d'une boue profonde et liquide. Les » plus feibles s'y noyèrent. » ( Page 312.)

C'est étrangement abuser de l'hyperboU que de dire que la boue était assez profonde pour qu'on pût s'y noyer. Le dégel continua effectivement lorsque nous quittâmes Orcha ; mais les progrès en étaient lents. La route ne fut aucunement défoncée ; sa surface seule de glace et de neige se couvrit d'eau et de boue; la gelée reprit dans la nuit du 22 au 23.

L'auteur reproduit encore ses réflexions, sur la conduite de Napoléon dans cette campagne. La précaution qu'il prend de les mettre dans la bouche des chefs de l'armée, ne leur donne ni plus de poids ni plus de vraisemblance. Il fait dire aux uns que, « comme Charles XII dans l'Ukraine »

» Napoléon avait mené son armée se » perdre dans Moscou. » (Page 313.) A d'autres, que « l'espoir de terminer la » guerre dans une campagne avait été » fondé; qu'en poussant sa ligne d'o- D pération jusqu'à Moscou , Napoléon » avait donné à cette colonne si alloi^ » gée une base suffisamment large et » solide, etc.» (Page 313.) Mais une des principales objections de ceux-ci , c'est qu'on n'ait pas « sur le champ de » bataille de la Moskov^a profité des » premiers succès du maréchal Ney. »

(Page 314.)

Nous avons déjà démontré combien était peu fondé ce reproche que fait M. de Ségur à l'Empereur , au sujet de la bataille de la Moskowa. Nous répéterons encore que la bataille de la

If oskowa a eu tout le succès qu'on devait en attendre ; la prise de Moscou en a été la suite; la paix devait en être le résultat. L*élite de raniiée russe y a succombé; de leur propre aveu, les Russes ont perdu cinquante mille hommes. D'ailleurs , depuis cette bataille, où l'armée russe s'est-elie conduite avec la même vigueur? est-ce à Malo-Jaroslavetz, où trois divisions françaises et italiennes Font battue?

est-ce à Viazma, où notre arrièregarde a passé sur le ventre à Miloradowitch? est-ce à Knisnoî, où Napoléon i^vec quinze mille hommes a fait reculer Kutusoff à la tête de cent mille Russes ? Certes, si ces derniers soldats avaient été les mêmes que ceux qui avaient si vaillamment combattu dans les champs de la Moskov^a, nous n'aurions point obtenu de pareils résultats.

Comment M. l'Officier du palais, qui pânt l'armée française comme entièrement désorganisée, excepté la garde qui lui sert de noyau , ose-t-il encore reprocher à Napoléon de n'avoir pas foit donner ce corps d'élite à la bataille I L'utilité de la garde dans la retraite est la meilleure réponse qu'on puisse lui &dre. Si notre armée, malgré tous les désastres dont elle a été accablée, a pu se retirer avec gloire de la Russie , c'est donc à la prévoyance de l'Empereur qu'on le doit.

Ce qui prouve que les réflexions prêtées par M. de Ségur à nos généraux ont été écrites après l'événement, c'est qu'elles manquent d'à-propos. Ce ne sont point celles qu'ont pu faire alors les chefs de l'armée ; ils avaient présents à l'esprit les ordres, les mesures, les recommandations prescrites par l'Empereur avant son arrivée à Moscou, et pendant son séjour. Us savaient combien son temps y avait été utilement employé, sur quels ol)|ets son

DE i813.

génie actif et prévoyant s'était exercé. L'impression de ces dispositions si utiles était encore toute récente; mais l'esprit de l'auteur n'en a point conservé de traces. Le résultat est tout pour lui. C'est avec d'autres yeux qu'un historien doit voir; il doit se reporter aux temps , aux lieux, tenir compte de tout, et interroger le passé, pour ne rien omettre des circonstances qui peuvent éclairer ses récits. Le compte détaillé et si exagéré qu'il donne de nos pertes, supposerait qu'il a fait le dépouillement de rapports circonstancié des différents corps d'armée, qui n'auraient pu être connus que bien des mois après. Comment l'armée pouvait -elle les connaître alors? C'est une nouvelle preuve ajoutée à tant d'autres de la vraisemblance de tous ces beaux discours. Il en est de même des marches et des mouvements de l'armée de Schwarzenberg, que M. de Ségur fait raconter si minu-^ tieusement par l'armée , et qui n'ont pu être appris que longtemps après.

Les reproches qu'il adresse à Napoléon, « d'avoir laissé la direction des » affaires militaires au duc de Bas- » sano v> (page 315) ^ sont sans fondement. Le duc de Bassano était à Wiina avec sa chancellerie et le corps diplomatique, qui ne pouvaient suivre l'armée. Il y faisait les affaires de son département , et y exerçait en même temps une influence supérieure sur le gouvernement du pays. Les ordres pour les mouvements militaires ne passaient pas par lui; ils étaient toujours expédiés directement par le prince de Neuchàtel, aux généraux qui ne se trouvaient pas dans la sphère d'activité à laquelle l'Empereur donnait immédiatement l'impulsion. Si le duc de Bassano en recevait quelquefois communication , c'était pour qu'il fût

L'EMPIBE.

au courant de letat des choses, et qu'il pût dans l'occasion prendre les mesures que des circonstances imprévues auraient rendues nécessaires.

Mais ses rapports avec les chefs des corps d'armée, qui étaient sur le Bug et la Duna, so bornaient généralement à leur transmettre les informations qu'il recevait du quartier- général..

L'activité connue de ce minLstre ne laisse pas de doute sur l'exactitude de ces communications. Mais nous ignorons si en même temps qu'il pressait le prince de Schwarzenberg d'accélérer sa marche et de se porter en avant, il a cherché à éviter de lui inspirer un découragement qui aurait probablement retenu sur sa frontière un allié déjà trop disposé à ne pas s'en éloigner.

Le Maréchal-des-logi» du palais, qui se fait ici l'interprète de l'opinion de l'armée sur le général autrichien, veut-il le disculper en lui faisant dire qu'il a reçu des ordres contradictoires et inexécutables, et que le duc de Bassano lui a donné de fausses nouvelles? Si ce sont là les seules raisons que le prince de Schwarzenberg puisse alléguer pour répondre au grave reproche d'avoir, pour couvrir Varsovie, abandonné sa ligne d'opération sur Minsk, où se trouvaient nos magasins, et où passait notre ligne de retraite, la postérité jugera le mérite de cette justification.

GHAPITBE n.

Les instructions que Napoléon trananiit de Moscou, le 6 octobre, au maréchal Victor, « supposaient une vive » attaque ou de Wittgenslein ou de » TitchiU^off. Ëlksa recoBunandaieni à ^

)) Victor de se tenir à portée de Polosk » et de Minsk ; devoir un officier sage, » discret et intelligent près de Schwa^ » zembei^; d'entretenir une corres- » pondance réglée avec Minsk, et dVn- » voyer d'autres agents dans plusieurs » directions, p (Pages 321 et 322.)

Ces instructions devaient prévenir le désastre de la prise de Minsk. L'auteur blâme l'Empereur de ne les avoir pas renouvelées, a Elles parurent » dit-il, « oubliées par son lieutenant. )> Pour justifier ce dernier, il ajoute : « Enfin, » lorsqu'à Doubrowna Piilmpereur ap- » prit la perte de Minsk, lui-même ne » jugea pas Borisow dans un aussi pres- »sant danger, puisque le lendemain, I) en passant à Orcha, il fit brûler tous » ses équipages de pont. » (Page 322).

Aussitôt que l'Empereur apprit la prise de Minsk, il donna ordre au deuxième corps de se porter rapidement avec une division de cuirassiers et cent pièces de canon, sur Borisow, où se rendait la division Dombrowski, et do marcher de là sur Minsk , ainsi que le constate la lettre que nous avons déjà rapportée page M4.

L'Empereur fit brûler à Orcha les deux équipages de pont qui 8*y trouvaient, afin d'en feire servir les chevaux à atteler l'artillerie qui était dans cette place. Indépendamment de la difScuIté que l'on aurait éprouvée à conduire vers Borisow l'équipage de pont, Napoléon ne pouvait supposer à cefte époque que , malgré las instructions et les ordres qu'il avait précédemment donnés aux ducs de Bellune et de Reggîo , ; le point important de Borisow tombe- ■ rait si promptement au pouvoir de l'ennemi. C'est pourquoi il aima mieux emmener des canons que de lourds bateaux, qui paraissaient inutiles, et qui, ma) attelés , seraient restés en route.

i'autftuf introduit ici un général dtr

CAMPAGNE nie qui , « interpellé par Napoléon , » déolare qu'il ne voit plus de salut » qu'au travers de l'armée deWittgen- » stein. » (Page 323.) Comme M. de Ségur ne nomme point cet officier , il est probable qu'il met en scène ce nouvel acteur pour lui faire donner ce conseil. Il oublie qu'à la page 279 , i) a fait répondre , à Orcha, par le général du génie Dode à Napoléon, qui voulait aller vaincre Wittgenstein vers Smo- Hany , que la position de Wittgenstein était inabordable. Il est fâcheux que le général Rogniat n'ait pas fait la campagne de Russie ; de quelle ressource le savant auteur des Considérations sur Vart de la guerre^ n'eût-il pas été à M. de Ségur pour toutes ces conversations faites après coup !

a L'Empereur montre du doigt sur » la carte le cours de la Bérésîna au- » dessus de Borisow; c'est là qu'il veut » traverser cette rivière ; mais le géné- » rai (inconnu) lui objecte la présence » de Titchakoff sur la rive droite , et » l'Empereur désigne un autre point »de passage au-dessous du premier; » puis , un troisième plus près encore » du Dnieper. Alors sentant qu'il s'ap- » proche du pays des Cosaques , il » s'arrête et s'écrie : Ah! oui, Pultawa! )) c'est comme Charles Xll. » (Pages 893 et 32!^.)

Pour croire à la vérité de ce récit, il fendrait supposer une grande distraction ou de la part de l'Empereur, ou de celle du général du génie qui a communiqué à l'auteur cette anecdote.

Napoléon a cherché à connaître un point favorable pour le passage audessus ou au-dessous de Borisow, et les deux qui lui étaient indiqués étaient ceux deBérésino et de Weselowo, son intention étant toujours de marcher sur Minsk ou Wilna. D'après l'auteur, il paraîtrait que ce n'était point Béré-

DE mf. 479

sino, qui est à une forte marchr de Borisow, mais un point beaucoup plus bas. Or, nous ne voyons que celui de Bobruîsk, place forte, occupée parles Russes; ce qui, avec la direction de l'armée de Kusutoff sur la basse Bérésîna, n'aurnit pas facilite notre passage dans cette direction. Cotte hypothèse est déjà peu admissible ; mais M. de Ségur ne s'en contente pas , il fait promener l'Empereur jusqu'il Pultawa, c'est-à-dire à plus de cent vingt lieues du point où il se trouve , sans doute pour l'amener à se comparer à Charles XII, sans considérer qu'il saisit, pour faire cette comparaison , deux situations totalement différentes.

Pour justifier cette exclamation de Napoléon, il ajoute que cette idée fait sur lui une impression telle « que son T) esprit et même sa santé en sont » ébranlés , plus encore qu'à Molo- » Jaroslavetz. » 11 nous cite en témoignage « un valet de chambre qui fut nseul témoin de sa détresse. «(Page 32^.) Personne ne s'en est aperçu , et l'auteur nous en donne pour raison « que la » force de l'homme ne consiste le T) plus souvent qu'à cachrr sa foîn blesse. » (Page 321.) Ainsi, les faits ni les raisonnements ne manquent jamais à M. le Maréchal-des-logis pour justifier ses suppositions. Mais voulant écrire une histoire, et manquant de matériaux ; il a été forcé de subir tout le désavantage de cette position. Il lui a fallu quêter des notes de toutes parts. Chacun lui a fourni un morceau qu'il s'est hâté d'enregistrer, et qu'il publie sans se donner la peine de le vérifier.

La conversation qu'il suppose entre MM. Duroc et Daru est invraisemblable.

Il ne pouvait leur venir l'idée absurde de la captivité de l'Empereur comme prisonnier d'État à cette époque. (Page 325.) Elle n'a pu se présenter à Tesprit

L'EMPIRE

de Tauteur que depuis 1815. Gomment croire que TËmpereur, à la tête de cinquante mille combattants , et avec une artillerie nombreuse, pût penser à se rendre?

D'ailleurs , ce chapitre est suflSsamment réfuté par les actions de ce prince. L*un est Tidéal , les autres le posi- . tif. Dans la nuit du 22 au 23 novembre, il approuve la résolution d'Oudinot de marcher à Tennemi, de le culbuter dans la Bérésina; dans le cas où les Russes parviendraient à détruire le pont de Borisow, il devait s'emparer d'un passage à droite ou à gauche , et y faire construire sur-le-champ des redoutes et deux ponts. En même temps, il ordonne que les chevaux d'artillerie, qui seraient attelés à des voitures quelconques, soient dételés pour être rendus aux pièces et aux caissons de munitions. Quelques heures après, et dans cette même nuit du 23 novembre, apprenant que l'ennemi , dans sa fuite, a rompu le pont de Borisow, il fait écrire par le Major-général la lettre suivante à Oudinot :

«M. le duc de Reggio, je reçois » votre lettre du 22 , datée de Nacza. » Le duc de Bellune sera aujourd'hui 9 23 à Kolopenitchi. Il se portera le » 2^ sur Baran. Tâchez d'être maître » du gué de Weselowo le plus tôt pos- D sible , d'y faire construire des ponts, » des redoutes, des abattis pour le ga- » rantir. Nous pourrons de là revenir D sur la tête du pont de Borisow pour » en chasser l'ennemi, ou de là revenir » sur Minsk , ou enfin , comme vous le » proposez, nous porter sur Vileika i> par la route que vous avez faite, et » que vous avez trouvée très bon- D ne, etc. »

Nous terminerons au reste ces observations par la citation d'un passage de l'ouvrage du colonel Boutourlin

(page 362, tome II). Nous y voyons un Russe rendant à l'Empereur plus de justice qu'un Français : a Cependant )) dans cette situation, la plus péril- » leuse où il (Napoléon) se soit jamais » trouvé , ce grand capitaine ne fut pas » au-dessous de lui-même. Sans se )) laisser abattre par l'imminence du » danger, il osa le mesurer avec l'oeîl » du génie, et trouva encore des res- » sources là où un général moins bar » bile ou moins déterminé n'en au- » rait pas même soupçonné la poss^ » bilité. »

GHAPITRB m.

La lettre que nous avons citée à la fin du chapitre précédent ne contient rien qui annonce de la part de l'Empereur un acte de désespoir. Il donne tranquillement des ordres pour le passage de la Bérésina , et cependant l'auteur dit : « Dès le 23, Napoléon s'y prépara » comme pour une action désespérée.»

Pour appuyer cette assertion, il ajoute : « U se fit apporter les aigles de tous les » corps et les brûla. » (Page 328.)

Ce fait est faux. En supposant que l'Empereur eût eu cette idée, elle était inexécutable : ces aigles étaient en cuivre. Comment, d'ailleurs , supposer qu'au moment où ce prince fait rallier les hommes isolés, leur fait distribuer des fusils, des carabines, des munitions, où, par la réunion des corps d'Oudinot et de Victor avec ceux qui avaient été à Moscou, il se trouve à la tête d'environ cinquante mille hommes et d'une artillerie formidable, comment supposer, disons-nous, qu*il eût pris une mesure semblable, qui n'eût servi que de signal à la désorganisation, et qui eût été un vrai cri de sauve qui peut ? A la tête de cinquante mille bonunes. Napoléon

pouvait passer partout ; et lors mémo que le passage de la Bérésina eût été impossible, ni l'Empereur ni Tarmée n'eussent été perdus. L'auteur parait avoir oublié le génie de notre chef, la bravoure de nos soldats et les combats deMalo-JarosIavetz, de Viazma et de Krasnoî. Au surplus, il dit lui-même, page 397, qu'après Smorgoni , la plupart des colonels marchaient encore avec guelquee officiers autour de leur aigle. Le maréchal Ney, dans une lettre au prince de Neuchâtel, en date du 2 décembre, annonce qu'il a envoyé les aigles à la suite de la garde (1).

M. de Ségur se contente de citer, en passant, Tescadron sacré, qu'il dit composé d'environ cinq cents maîtres. En rapportant ce fait, il parait n'avoir en vue que de montrer la détresse de

(i) Le dite d'Mlehingen au prince de NewMUh Bialtze, le 9 décembre 1819.

« Monseigneur, Je reçois à IHnsUnt la lettre que V. A. 6. m*a fait Tbonneor de m*écnrexe malin, à une heure, pour me prévenir que le roaréchal-Kiuc de Bellune est chargé de faire Tarrière-garde. J'ai réuni ici tout ce qui reste d'inlanterie des deuxième et cinquième corps, ainsi que les brigades de cavalerie légère des généraux Caslex et Gorbineau , et de la division de cuirassiers du général Doumerc.

» Je laisse au duc de Bellune la cavalerie, une batterie de quatre pièces de douze et deux obusiers. Je marche en arrière avec Tinfonte^ rie , en l'échelonnant de manière à pouvoir garder les ponts et les défilés ; car œ n*est pas avec mille hommes au plus qui me reslest qu'on peut espérer de former une réserve.

» J'ai envoyé, à la suite de la %arde, les eor dres des troupes du troisième corps et les ai^ gtes. Je pense que ma présence ici n'esàyas très nécessaire, et que je pourrai sans inconvénient laisser le commandement au gênent* Maison.

» Je ne puis procurer à V. A. des renseigne^ ments tirés des prisonniers de guerre , parce que ces prisonniers «ni été de suii<^ envoyés au quartier impérial.

» Je suis, etc. j> VU.

notre cavalerie. Cependant le dévoue* ment de ces officiers, qui se mirent dans les rangs, soignant leurs chevaux, allant en vedette, etc., etc., valait bien la peine d'être remarqué.

Le Maréchal-des-logis du palais sop* pose qu'on traverse la forêt de Minsky en allant de Tolaczin à Borisow, tancUs que cette forêt est située dans le gouvernement deMinsk et sur la rive droite de la Bérésina. Il suppose également que « Farmée firançaise s'écoulait pré- » cipitamment au travers de ces bois, » en entendant sur notre droite le canon de Wittgenstein. « Ce bruit si mena- » çant, dit-il , hâtait nos pas. » (Page 329. ) Il fallait laisser aux gazetiers russes de semblables réflexions.

Après avoir fait une peinture afBreuse de l'armée française , qu'il fait marcher devant les deuxième et neuvième corps, a l'aspect d'un si grand désastre, dit^ily » ébranla , dès le premier jour , les » deuxième et neuvième corps. Le dé- » sordre les gagna. )> (Page 321 . ) La conduite de ces deux corps d'armée, aux combats qu'ils soutinrent sur les deux rives de la Bérésina, est la meilleure réponse à cette accusation.

Après tant de verbiage et de divagar tion , notre écrivain dit que « per- » sonne ne doutait de la victoire. . . ; que » cette armée ne se sentait vaincue » que par la nature : la vue de son Em- » pereur la rassurait. . . ; il était donc en- » core au milieu de son armée, comme » l'espérance au milieu du cœur de » l'homme... ; il semblait que de tant » de maux, le plus grand fût encore » celui de lui déplaire , etc. , etc. » (Pages 332 et 333.) Yoilà les vrais sentiments de l'armée tracés par M. de Ségur lui-même : il faut toujours en revenir à la vérité.

L'IMFIRS.

CHAPITBB IV.

Quaad ea apprit, par la tetouf du géaévai Corbineau , que le gué de Studzianka était praticable, ce point fut o^ui déagué pour le passage. Ou en avait reconnu deux autren. Il s'agissait dono de tromper et de déplacer rennemi. « La force n'y pouvait rien; on estt sayala ruse. » (Page 336.) Ces paroles fixaient croire que l'auteur ignore comment on passe une rivière de vive force. Certes, avec l'artillerie considéfatde que nous avions (celle de la garde 4tait encore entière), et protégés oanune nous l'étions par l'élévation de la rive que nous occupions à Studzianka , Tartillerie russe de la rive opposée fiùt été foudroyée en quelques instants ; le passage se fût également opéré, mais avec une perte que l'Empereur voulait éviter. S'il fit des démonstrations sur plusieurs points, ce fut principalement pour obliger Titchakoif à se diviser, et pour que les premières troupes qui passeraient ne fussent pas attaquées par toute l'armée russe réunie.

Ce passage eût commencé dès le 2&, ai les dievalets pour le pont que le maréchal Oudinot devait faire établir, et dont la construction avait été confiée Ml colonel d artillerie ***^ eussent été faits convenablement. Malheureusement, on apporta dans cette importante construction une telle négligence, que le général Ëblé fui oMigé de faire brûler ces èhevalets et d'en faire constfuîve de nouveaux le SS. A entendre M. de Ségur, l'Empereur n'avait pris aucune mesure de prévoyance relativeinent à l'établissement des ponts. Cependant , ce fut lui qui , à Orcha , donna ordre de prendre dans les deux équipages de pont , qui se trouvaient dans cette ville, tous les outils, forges, usten-

siles , fers , charbon , çtc. , dont on pouvait avoir besoin pour la construction de ponts de chevalets. Ce matériel était parfaitement attelé. L'équipage de pont, ainsi que nous l'avons déjà dit , avait fourni à Orcha des chevaux pour atteler plusieurs batteries. Le général Éblé avait avec lui sept compagnies de pontonniers , fortes de quatre cents hommes, excellents soldats qui avaient tous conservé leurs fusils.

Ce ne furent point des sapeurs qui se mirent dans l'eau à travers les glaçons que charriait la Bérésina, mais bien des pontonniers. Les sapeurs furent employés seulement à la construction des chevalets.

« Dans cette circonstance , l'hiver se » montra plus russe que les Russes » eux-mêmes; ceux-ci manquèrent à » leur saison , qui ne leur manquait » pas. » (Page 338.) Nous répéterons ce que nous avons déjà dit, que les Russes, eussent-ils été aussi Russes que l'hiver, n'auraient pu nous empocher de passer. Une rivière de cinquante-quatre toises de large , et dont la profondeur n'est que de six pieds, n'est pas un obstacle insurmontable pour une armée qui occupe la rive la plus élevée, et qui peut la garnir d'une nombreuse artillerie.

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