CHAPITRE VU
Le 26 novembre» le maréchal Victor rejoignit, à Lochnitza, la route qu'avait suivie l'armée venant de Moscou. Le général Partouneaux fut chargé avec sa division dé former Tarrière-garde. Victor, avec ses deux autres divisions, occupa Borisow. Le 27, à quatre heures du matin , ce maréchal se mit on marclie pour gagner Studzianka, où il prit position de bonne heure. Le général Partouneaux le remplaça à Borisow. Il eût été à désirer que M. de Ségur nous fit connaître quelle instruction le maréchal Victor laissa à ce général , et à quelle époque il devait quitter Borisow. Il assure que Partouneaux « se prépa- » rait à en sortir quand Tordre lui vint » d'y passer la nuit ; que ce fut l'Em- » pereur qui le lui envoya. » (Page351.) Ce fait est inexact ; l'Empereur n'envoya pas l'ordre à Partouneaux de passer la nuit à Borisow. Ce génmi lurmême déclare que ce fut un officier qui le lui porta de la part du prince de Neuchâtel. Mais alors cet officier devait être chargé d'un ordre écrit; car ceux du Mujor-général, portés par des officiers autres que ses aldes-de-camp, l'étaient toujours. D'ailleurs , ce n'était point la marche ordinaire, et rien n'o- 1)1 geaît à la changer. Si Napoléon eût voulu que la division Partouneaux restât, pendant la nuit du 27 au 28, dans Borisow, il aurait chargé le prince de Neuchfttel de prescrire cette disposition au maréchal Victor; ou bien, s'il etn
GAMPAeNE DE 1842.
voulu directement donner cet ordre au général Par touneaux , il lui aurait envoyé un de ses aides-de-camp ou un de ses officiers d'ordonnance ; or, aucun ne reçut cette mission.
« Napoléon crut sans doute par là » fixer toute l'attention des trois gêné- 9 raux russes sur Borisow, et que Par- » touneaux, les retenant sur ce point, » lui donnerait le temps d'effectuer 1» tout son passage. » (Page 351.) Notre historien ne donne point les dates que nous venons de citer. S11 l'avait fait, le lecteur apercevrait de lui-même le peu de fondement du prétendu motif du séjour de Partouneaux à Bdrisow.
Dftns la journée du 26, dans la nuit qui suivit , et dans la journée du 27, presque toute 'armée française avait passé la Bérésina , à l'exception du corps de Victor, l'occupation de Borisow, pendant la nuit du 27 au 28, par le général Partouneaux, était donc non seulement inutile, mais elle n'eût servi qu'à ciompromettre la retraite de sa division ; ear, ainsi que nous venons de le dire, cette division ^ retirant le 27, tout reflet qu'on devait attendre de la présence des troupes françaises à Borisow, était produit.
(c Une foule de traineurs, eii refluant B sur Partouneaux, lui apprirent qu'il i> était séparé du reste dé l'armée »
(page 832) ; ce qui le décida à quitter cette ville pour rejoindre son corps.
L'ennemi lui barre la route; Partouneaux l'attaque; il est repoussé. Il refuse de se rendre ; « il veut tenter un » dernier effort, et s'ouvrir vers les » ponts de Studzianka une route san- » gîante ; mais ces hommes , naguère » si braves , alors dégradés par la miù «ère , brisèrent lâchement leurs ar- » mes.» (Page 353.)
Le général Partouneaux devait espérer de contraindre le corps qui lui était
opposé à lui litrer ptsiaget car, ce corps se trouvait lui-même entre dèun feux. Il est probable qu'il aurait réussi dans cette attaque, s'il l'avait faite avec toute sa division réunie. U paratihqH'un faux rapport lui fit croire que l'armée française avait passé les ponts et leé avait brûlés; ce qui détruisit ses espérances. Il n'est pas vrai que ses soldats aient lâchement brisé leurs armes ^ ainsi que le prouve une lettre de ce général, dans laquelle il fait, au contraire, le plus grand éloge de ses soldats. Cette lettre est entre nos mains.
« lise jugea abandonné, livré. «(Page 333.) Le général Partouneaux, croyant les ponts brûlés^ a pu se considérer comme abandonné k ses propres forces ; mais certainement il n'a jamais pu cfdire que le maréchd Victor ait voulu le livrer aux ennemis , et nous ne craignons pas d'être démenti par ce géné^ rai, en affirmant qu'il n'a jamais cru
être livré Dans la portion critiqué
où il s'est trouvé , peul^tré aurait-il pu prendre un meilleur parti pour en sor* tir. Nous ne nous permettrons aueuné réflexion à ce Sujet , con^^aincu qu'ei» faisant ce qu'il a fait , il a cru feiirô pottrf le mieux.
« De toute cette division , un ien\ » bataillon échappa. On rapporte qaé » son commandant , se tournant vert » les siens, leur déclara qu'ils eussent » à suivre tous ses nwMivements , et 4tt« » le premier qui parlerait de se rendre, » il le tuerait.... Alors, il abandonné w la funeste route , il se glisse jijtsqtté » sur les bords du fleuve , se plie à tous » ses contours, et, protégé par te coi»* » bat de ses compagnons itioin* he«h » reux, par lobscurité, par les dlActtl^ » tés même du terrain , il s'écoule en » silence, échappe à Tennemi , et vient » confirmer à Victor la perte de Partttu- » neaux.» (Pai?e 355.'
488 LEUPIRE
Ce récit est inexact. Ce bataillon était du 65* régiment, et avait pour commandant H. Joyeux. Il avait été chargé de détruire les ponts sur la Ska, et de faire Textréme arrière-garde depuisBorisow.
En sortant de cette ville, il prit la route de gauche que l'armée avait suivie, et sur laquelle marchaient encore des four^ gons et des bagages, et arrivasans obstacle à Studzianka, menant avec lui une pièce de canon et son caisson. L'Empereur , impatient de voir la division Partouneaux se réunir aux deux autres divisions du maréchal Victor pour couvrir Studzianka, envoya un de ses officiers (1) d'ordonnance à sa rencontre. Cet officier trouva sur la route le batailbn du 55*. Il s'informa si la division Partouneaux était loin : a Com- )} ment , la division Partouneaux I re- » prit le commandant du bataillon ; » elle me précède; je &ls son arrière- 1» garde. » L'officier d'ordonnance s'étant bien convaincu qu'il n'y avait plus que des Russes derrière, revint porter à l'Empereur cette funeste nouvelle.
Ce prince parut très étonné de cette circonstance, qu'il ne put s'expliquer.
La perte de la division Partouneaux l'affecta et dut l'affecter vivement , puisque , depuis le commencement de la campagne, c'était le seul corps organisé qui fût tombé au pouvoir de l'ennemi.
Mais il est faux que le mot défection soit sorti de sa bouche. A cette époque ce mot n'était pas connu dans l'armée française. Une nouvelle preuve que Napoléon ne considéra jamais le malheur de la division Partouneaux comme «ne défection j c'est qu'en 1813, il nomma trois enfants de ce général à des places dans des lycées.