CHAPITRE XI
Le seul objet important de ce chapitre , est la première ouverture que fit Napoléon à MM. Daru et Duroc de sa résolution de partir incessamment pour Paris. Ses motifs étaient puissants et sans réplique. Ceux que M. de Ségur met dans sa bouche , ne sont pas les principaux. U en est d'autres qui ont dû particulièrement influer sur sa détermination. Un historien russe les a mieux compris que l'historien français.
c( Napoléon, dit-il (1) , n'était pas seulement le chef de Tarmée qu'il quittait; mais puisque les destinées de la France entière reposaient sur sa tête, il est clair que , dans cette circonstance, son premier devoir était moins d'assister à l'agonie des débris de son armée , que de veiller à la sûreté du grand empire qu'il gouvernait. Il ne pouvait mieux satisfaire à ce devoir, qu'en se rendant à Paris, afin de hâter, par sa présence , l'organisation des nouvelles armées, devenues nécessaires pour remplacer celles qu'il venait de perdre. »
Il laissait au roi de Naples le commandement en chef; au comte Daru, l'adminbtration, et le prince de Neuchàtel restait major-général. M. de Ségur rapporte qu'il y eut entre l'Empereur et Berthier une scène violente et secrète , dans laquelle il fait jouer à ce vieux compagnon d'armes de Napoléon un rôle humiliant. Notre écrivain devrait nous dire comment il en a eu connaissance. Une conversation particu-
(1) Boutourlin, tome II , page 8M.
lière avait en effet eu lieu entre le prince de Neuchâtel et l'Empereur, qui Ta racontée depuis. Il y fut question du choix à faire pour le commandement de Tarmée. Napoléon était décidé à le confier à Eugène. Le prince de Neuchâtel insista longtemps en faveur du roi de Naples. Il mit dans ses instances, une force, une opiniâtreté qui n'étaient pas dans son caractère. Il finit par déclarer que si le prince Eugène commandait Tannée , il ne resterait pas sous ses ordres. On peut pardonner à ce vétéran de la gloire mili* taire française , que l'Empereur avait élevé si haut , et approché des souverains en le mariant à une princesse d'une des plus anciennes familles régnantes d'Allemagne, cette funeste répugnance à se trouver sous un chef qui ne portait pas une couronne. M. de Ségur aura eu connaissance de ce long entretien, qui se passait dans une chambre attenant ^ celle où étaient les officiers de service. Il a pu apprendre vaguement que le prince de Neuchâtel avait refusé de rester à l'armée. Il ne lui en a pas fallu davantage pour donner carrière à son imagination romantique, et rapporter la scène secrète dont il (ait mention. C'est la manière carac^ téristique de cet auteur , et l'on peut penser que c'est ainsi qu'il a composé une grande partie de cette histoire.