‹ Bibliotheque militaire (volume 2)Chapitre 123 sur 205 · CHAPITRE ni · texte numérisé non relu

CHAPITRE ni

Le désordre qui eut lieu à Wihia ne vu.

peut être imputé à rEaq)ereur. Lors de son départ de l'armée (Smorgoni, le 5 décembre) , il avait tout sujet d'espérer que les renforts en hommes qu'elle recevait, en même temps que les approvisionnements considérables qui se trouvaient à Smoi^ni , Ochmiana et Wilna , mettraient les corps à même de se réorganiser. Dans cette pensée, il écrivit au Major-général les ordres suivants, datés de Biénitza le 5 décembre : (( Mon Cousin, je vous envoie cijoint une instruction pour la réorganisation de l'armée : le roi de Naples y apportera les modifications que les circonstances exigeront. Je pense cependant qu'il est nécessaire d'organiser aussitôt les Lithuaniens à Kov^no , le cinquième corps à Varsovie, les Bavarois à Grodno , le huitième corps et les Wûrtembergeois à Olita, les petits dépôts à Merecz et Olita , et diriger la cavalerie à pied sur Varsovie et Kônigsberg , ainsi que les soldats du train et des équipages militaires, qui n*ont point de chevaux. Il faut faire partir après demain toutes les remontes de cavalerie de Wilna sur Kônigsberg ; il faut faire partir après demain les agents diplomatiques pour Varsovie ; il faut également faire partir pour Varsovie et Kônigsberg tous les généraux et officiers blessés, en leur faisant comprendre la nécessité de débarrasser Wilna, et d'y avoir des logements pour la partie ac- , tive de l'armée. On assure que le trésor de l'armée est considérable; donnez ordre d'en envoyer à Varsovie et Kônigsberg, où cela est nécessaire ; ce qui débarrassera d'autant Wilna. Enfin tous les ordres qui tendent à débarrasser Wilna doivent être donnés demain, puisque cela est utile pour plusieurs raisons.

(( Instruction. — Rallier l'armée à Wihia; tenir cette ville et prendre ses

L^EMWRE.

^fasticfi â*Mv6i^, lés AutH<!lUéns ^i* lé ÎTiéiWfen, feowrSttt Brfezë, Grodrto cl YiftjôViè ; l'ftrWèé mt Wilné et KôWnd.

Eft <^s que Tarmée ennemie marche , H qu'on ne croie pas tenir en-deçà du Niômeti, la droite couvrant Varsovie, et S'il s!é peut Grodno; le reste de Tarmée en Kgne derrière le Niémen , gardant comme léte de pont Kowno ; faire tsAte de grands approvisionnements de farine à Kônigsberg, Dantzig , Varsovie, Thorn ; feire tout évacuer de Wilna èl de Kowno, afin d*ôtre libre de ses mouvemehts : les évacuations auront lîeu sur Dantîig pour ce qui est le Jïusjprécîeux. »

ïl y avait à Wîlna quatre mîilions de rations de farine, trois millions six cent Ôiîllè rations de viande , neuf millions de rations de vin et d'eau-de-vie, quajràntedeux mille paires de souliers, des magasins considérables de légumes et de fourrages, d'habillement, de harnachement et d'équipement, trente-quatre mille fusils et un arsenal bien fourni en munitions de toute espèce. On voit donc combien est peu fondé ce reproche d'imprévoyance que M. le Maréchat-des-Iogis du palais a si souvent fait à TEmpereur. Suivant lui, aucun chef » n*osa donner Tordre de distribuer )) ces vivres à tous ceux qui se présen- » iaienl. » (Page 412.) C'est une accusation contre les chefs de l'administration militaire. Peut-être espéraient-ils, en ne faisant de distributions qu'avec les formes régulières, obliger les hommes isolés à se rallier; mais ce fut un ^nd malheur.

L'auteuï» fait une peinture révoltante des hôpitaux de Wilna. 11 est de fait, cependant, que les nombreux hôpi- <àux de celte ville avaient été mis, par les soins des docteurs Desgencltos et Marie de Saint-tJrsin, dans une situation au5si bonne que possible; mais,

dta ttiohiëtit ÛA dftôféfré qili i^tdtà ^ rèhcombreriiettl dé Wîlnà, Tadminiè- Iration ne pouvait plus rien. M. de Se* gur a pris un étxit de choses extraordinaire pour la conséquence d'une négligence qui n'avait pas existé. Sa prévention ne pouvait s'an^éter tn aussi beau chemin.

« Enfin, les soins de plusieurs chefs, » tels qu'Eugène et Davout, la pitié des » Lithuaniens et l'avarice des Juifs, ouî) vrirent quelques Ireîuges. » ( ^age M2.)

Des ofBcîers avaient été placés aux portes de Wilna, pour indicfuer aui soldats des divers corps d'armée, des couvents et antres édifices qui devaient leur sei*vir de casernes, et où ils auraient pu se rallier et recevoir des distributions. Mais les soldats aimèrent mieux parcourir la ville dans tous les sens et entrer dans les tnaîsons.

Par suite des ordres que l'Empereur avait envoyés de Zélitska au général de Wrede, ce général s'était porté de Vîleïkaà Slobkchomska. Le 8 décembre, le roi de Naples lui enjoignît de se rendre à Ruckoni avec ses Bavarois , au nombre de deux mille et quelques cents hommes , pour y relever le duc de Bellune, qui avait fait l'arrièrogarde, et se placer sous les ordres du maréchal Ney, à qui ce commandement était de nouveau confié. Le général bavarois, après avoir été attaqué dans celle dernière position par les corps de Cosaques qui précédaient l'avant-garde russe, et qui avaient quelques pi^ces légères, ftit rejeté dans Wilna; ce qui causa un assez grand désordre parmi les traîneurs , cantîniers, etc. On battit la gént'Talë; mais les Cosaques se seraient bien gardés d'entrer ce même jour dans une ville où se trouvait encore de l'infanterie organisée. Le gfenëràl te Wfedè , *yant

câupagnc m 1812.

ÊIÊ

anrec lui nne flDi!iant«in)e de chevau-lé^ gers bavarois, st pmm!H diCT Ney . Après «voir formé sa Croui^e en bataille devant sâ porte, il entra chez ce maréchal, ayant encore son épée à !a main : « Monsieur le Maréchal , Inî dît-îl , l'ennemi me snît. Je viens vous offrir, avec mes soixante cavaliers, de vous conduire en sûreté sur la route de Kowno. »

Ney était appuyé contre la cheminée.

B prît froidement de Wrede par la fnain, te mena près d'une fenêtre qui éwinait sur la rue, et lui montrant le désordre qui y régnait, et les gens sans •rmes qui s'y pressaient pour fuir, lui ék : « MonâeurîeGénéral, pensez^vous Yfi'Qn fwréchfll d'empfive poisse se mêler parmi cette ^canaille ? » Le gé^ lierai bavarois fut un moment interdit ; ]M1Î8 il objecta à Ney que , s'il refait plus longtemps à Wilna, il risquerait •de tomber au pouvoir de l'ennemi . Le Xarédial répliqua : « Non , non, Gênéwl , ne craignez rien pour moi ; j'ai ici , dans ma maison , cinquante grenadiers français, et tous les Cosaques ée la terre ne me feront pas déloger «Mut demain, à huit heures, v

«On eût pu tenir vingt-quatre « tiensres de plus à Wilna, et beaucoup » •d'hommes -eussent été sauvés. »

(fàgeMS.)

On eût pu s'y maintenir facilement plusieurs jours. Le froid avait causé 4aii6 l'armée russe presque autant de ravages que dans l'armée française; elle marchait lentement. La garnison de Wilna et la garde impériale eussent pu défendre la ville contre toutes les entreprises des Cosaques. Quoique les <>rdres de l'Empereur , pour mettre cette ville en état de résister à une attaque sérieuse, n'eussent pas été cntièronaeut exécutés, quelques travaux de IMilissadement avaient été faits. £n tenant à Wilna vingt-quatre heures de

plus, il «ût été fedle, au moyen des distributions de toute espèce qu'tMi «virait faites aux tntlneurs,d'en rdier un grand nombre, eft, si l'on eût dAévfhcuer cette plaee plut tard , cette évncuatîon eût pu se fiiire arec ordre. On doit amèrement regretter que, dans les grandes crises, 1 Kinporeur ne pcft élire à la fois à la tête de ses troupes «t à INk ris. Après le passage de la BérésiM, l'armée ayant atteint les magasins , et touchant à ses renforts, Na|Mléoii jufei te moment oppoitun pour -se rendre en France. Si les instructions qui laissa en partant avaient été suivies, les désastres qui arrivèrent après son dè^ paît n'auraient pas eu lieu. Us fmift en grande partie causés par la rapidité avec laquelle <on s'empressa d*atteMMlre Wilna. On ne songea pas assez q«e ces marches continues, et l'atroce ngueur du froid, ne pouvaient qu'adiever la désorganisation de l'armée.

(( Dans cette ville, connue i iHoscon»

D Napoléon n'avait fait donner iraemi )) ordre de retraite. » (Page %17.)

A Wilna, comme i Moscou, Napoléon avait prescrit toutes les mesures que les circonstances nécessitaient.

Bès que les communications tmmm été rétablies entre l'armée et Wilna , fl n'avait cessé de donner des ordres pour faire ramasser des vivres et fidre évacuer sur cette place tous les effets, bagages inutiles au passage de Varmée, qui se trouvaient tant à Smorgoni qu'à Ochuiiana. la lettre de l'Empereur au Major-général, en date de Biémtza le S décembre 1812, que nous avons citée (page WI) , prescrivait des mesures tant pour la réorganisation de l'armée que pour l'évacuation sur Wilna de tout ce qui était inutile à l'armée active. Elle se termme ainsi : « Enfin tous les ordres qui tondent i débarrasser Wilna, doivent être donnés demain,

puisque cela est utile pour plusieurs raisons. »

Il est inconcevable que , malgré ces preuves irréfragables , M. de Ségur veuille soutenir jusqu'à la fin son système de dénigrement. Car il a bien pu se convaincre, par les lettres que nous citons, que si les ordres de l'Empereur eussent été exécutés (et rien ne s'opposait à ce qu'ils le fussent) , cet énonne encombrement de voitures, de fourgons, de bagages, n'aurait pas eu lieu.

• L'auteur, en parlant du défilé de Ponari, dit : a Argent, honneur, reste » de discipline et de force, tout acheva » de s'y perdre... Un caisson du trésor » qui s'ouvrit, fut conune un signal ; » chacun se précipita sur ces voi- » tures, etc. » (Page hid.)

Voici le fait. La veille du jour dont il est question, un directeur de poste aux lettres se présenta au maréchal Ney à Wilna, et lui rendit compte que faute de chevaux il avait été obligé d'abandonner son fourgon , dans lequel était une somme assez considérable appartenant à l'Etat. Le Maréchal s'informa si, du moins, avant d'abandonner le fourgon, il avait délivré l'argent aux malheureux soldats dont la route était couverte. Sur la réponse négative de cet employé , Ney exprima le regret que ces fonds eussent été laissés à l'ennemi. Le lendemain, le Maréchal, sortant de Wilna avec l'arrière-garde, et arrivant au bas de la montagne de Ponari, vit une longue file de voitures et de fourgons du trésor arrêtés. Jugeant de l'impossibilité de les sauver, parce que l'ennemi nous talonnait, il ordonna que ces caissons fussent ouverts, et que les espèces qu'ils contenaient fussent remises à tous ceux qui voudraient en prendre : soii ordre fut exécuté. Cette dispersion du trésor était regrettable, sans doute; mais la circonstance la commandait.

M. de Ségur auraitr-il mieux aimé que les Russes en eussent profité? Et fallait-il en faire un sujet d'accusation contre l'honneur de l'armée ?

d Sur la partie de la montagne la » plus exposée, un officier de l'Empe- » reur, le colonel comte de Turenne, » contint les Cosaques , et , malgré » leurs cris de rage et leurs coups de . » feu, il distribua sous leurs yeux le » trésor particulier de Napoléon aux )) gardes qu'il trouva à sa portée. Ces » braves hommes se battant d'une » main, et recueillant de l'autre lesdé- » pouilles de leur chef, parvinrent à » les -sauver. Longtemps après, quand » on fut hors de tout danger , cha- » cun d'eux rapporta fidèlement le » dépdt qui lui avait été confié ; pas )) une pièce d'or ne fut perdue. » (Pages 4.20et<h21.)

On conçoit que M. le Maréchal-deslogis du palais ait voulu citer avec éloge un de ses collègues (1), M. le chambellan comte de Turenne , mattre de la garde-robe de Napoléon ; mais comment la richesse de son imagination ne lui a-t-elie pas fourni quelque chose de plus flatteur pour M. de Turenne, que de le représenter distribuant des efiets de la toilette de l'Empereur (2), lorsque l'arrière-garde , conduite par le maréchal Ney, le dispensait du soin de contenir les Cosaques?

Au reste , cette anecdote, en même

(1) Les quatre officiers civils de la maison de rEmpereur, qui se trouvaient à l'armée sous les ordres du Grand-Maréchal, étaient MM. de Ségur, maréchaUdes-logis du palais ; GanoU'ville, idem ; Turenne, chambellan, mattre de la garde-rohe ; Beausset, préfet du palais.

(8) C'est sans ëonte ce que Tauteur appelle dépouilles de leur chef. L'Empereur n'avait pas de trésor particulier ; celui qui fut distribué à la montagne de Ponari était le trésor de Tarmée.

temps qu'elle amuse le lecteur , lui donne, au milieu de tous ces désastres, une consolation : c'est la pensée que, depuis le défilé de Ponari , aucun de ces braves soldats de la garde n'a succombé.

CHAPITEB IV.

La méthode de retraite que suivit Ney, n'est pas celle que rapporte l'auteur. U suppose que ce maréchal faisait marcher ses troupes pendant la nuit, et les faisait battre pendant le jour. Si cet illustre guerrier eût adopté un aussi funeste système de marche , il est bien certain qu'aucune troupe n'aurait pu y résister, surtout quand on pense qu'il se faisait peu de distribution régulière de vivres, et que ce n'était que pendant le temps du bivouac, qu'on cherchait à s'en procurer.

Les tristes réflexions que M. l'Officier du palais fait fEÙre à l'armée, après le passage du Niémen, en jetant un dernier regard sur ce fleuve , contiennent une récapitulation de nos malheurs, présentés dans un cadre resserré, pour les faire encore mieux ressortir. Il ajoute : a Deux rois, un prince, huit » maréchaux suivis de quelques offi- » ciers, de généraux à pied , dispersés » et sans aucune suite ; enfin quelques D centaines d'hommes de la vieille » garde, encore armés, étaient ses » restes : eux seuls la représentaient. » (Page&27.]

Son exagération habituelle et sa ma* nière passionnée se font remarquer dans cette courte analyse. Voici l'évaluation réelle, faite à cette époque, des forces de l'armée française :

Troupes qui ont repassé le Niémen à Kowno, à l'époque du 15 décembre. . . . 36,000 hommes.

Reparu . . 96,000 hommes.

Dixième corps . . 30,000

Corps polonais aux ordres du prince Poniatovrski (1) .... 20,000

Septième corps , Saxons et Français, de Beynier 15,000

Corps autrichien . 26,000

Dans chaque régiment, on avait une idée à peu près fixe du nombre des honunes tués, des honunes blessés et aux hôpitaux; on n'en avait point sur les honmies morts de froid ; mais on avait des données sur ceux qu'on présumait prisonniers. Pourquoi, depuis 1814*, s'est-on tu sur le nombre de ceux qui sont rentrés, et qu'on a dit avoir été si généreusement rendus par Alexandre? Non seulement il en revient encore aujourd'hui quelques-uns, mais beaucoup sont rest^ dans différents gouvernements de la Russie.

M. de Ségur est loin de nous présenter nos malheurs avec ces consolations.

Quant à la garde, à l'époque de sa réunion (le 15 décembre), à Wirballen, où elle séjourna le 16, elle était encore nombreuse, surtout en honunes. Dans la cavalerie , le régiment de chevaulégers polonais comptait seul un effectif de quatre cent douze hommes et jdus de deux cents chevaux, tous très bons et de service , et d'autres malades ou blessés. Un grand nombre des hommes de ce régiment, ayant perdu leurs chevaux, s'étaient dirigés, pendant la retraite à travers les bois de la Lithuanîe, sur Varsovie, où ils arrivèrent pro-

(1) Le prince Poniatowski est arrivé à Varsovie le 25 décembre, ramenant U'ente pièces de canon avec son corps d'armée. {Manuserii de 1813, par 1$ baron Fain, 1. 1, page 10.)

tégéi adttflt par les hahitflftts que par la connaitsanee de la langue du pays.

Ce chapitre se termine par ud éloge mérité du maréchal Ney, qui déploya, dans cette méaiorable campagne, tout ce que la force d'àoie et k dévouement ont de plus héroïque , et qui n'a* bandonna la partie que quand elle lui manqua.

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