‹ Bibliotheque militaire (volume 2)Chapitre 124 sur 205 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Lorsque l'armée eut atteint Gumbin^ Henià trois journées du Niémen, les Russes ralentirent leur marche. Leur détresse était presque aussi grande que la nôtre, et quand ils nous virent hors des atteintes de la faim et du froid , ils devinrent plus prudents ; ce qui permit au roi de Naples de donner quelque repos aux troupes.

M. de Ségur, à propos d'un conseil tenu par ee Monarque à Gumbinnen, met dans sa bouche des paroles qui furent , dit^il , le premier vjmpiôme de ta défection, U le représente « plein de » dépit de la responsabilité de la re- » traite que TEmpereur lui a laissée, » se désespérant d'avoir rejeté jusque- D là les propositions des ^glais, etc. » (Page ^33.) A ces paroles inconsidérées* Davout réplique avec autant de force que de raison. L'auteur ajoute :

« Murât resta décontenancé. Il se sen- » tait coupable. Àinri fut étouffée cette » première étincelle d'une trahison qui » devait plus tard perdre la France.

» L'histoire n'en parle qu'à regret, de» » puis que le repentir et le malheur » ont ég9ié le crime. » (Page kSk.)

Il est malheureusement reconnu que le roi de Naples n'a pas été à la hauteur des circonstances et de la mission dont il fut chargé , lors du départ de l'Empereur : il est donné à peu d'hommes d*étre également grands dans la pros-

L*ElfFIIB«

périté et dans le mattieiir. Depuia la commencement de «a carrière mil^ taire, Napo)é(Hi n'avait point éprouvé de véritable échec; il n'avait donc pas eu, comme si sa fortune eût été vai*iée, roccasion de découvrir , parmi ses généraux, quelques-uns de ces êtres singuliers, dont l'adversité semble être l'élément, et qui grandissent dans Tin* fortune. Ce prince avait dû se contenter d'étudier les caractères dans les alternatives des combats; Murât avait toujours été sans reproche , et il a fiiBu des événements extraordinaires pont le montrer sous un autre jour.

A tout prendre, sa défection n'est pas plus inconcevable que celles qui se sont succédé en 181!^, depuis mars jusqu'à la mi^vril ; et malgré sa perspicacité, l'Empereur ne devait pas prévoir un pareil aveuglement.

Tout ce qu'un souverain doit fUre pour s'attacher les hommes qui le servent, Napoléon l'avait fait. U les avait unis à sa fortune par les deux liens les plus puissants, l'intérêt et l'amour»

propre. Aucun prince, aucun gouvernement ne pouvait leur offrir des avantages équivalant à ceux qu'ils tenaient de l'Empereur.

Du reste , Napoléon avait trop étudié l'histoire pour n'être pas bien convaincu du sort qui attend les princes malheureux. U savait qu'il y a dans les nations modernes une masse très influente d'individus uniquement occu* pés de leurs richesses , de leurs commodités et de leurs plaisirs; que ces hommes ne sont capables ni d'une longue constance dans le malheur , ni de sacrifices trop onéreux; que leur attachement à un gouvernement est toujours proportionné à l'utilité qu'ils en retirent. Aussi, ne s'est-il point étonné après ses revers, de voir leur multitude s'éloigner de lui, et aller se

CAMPAGMS DE 1812.

|Ht)itern«r au]( pi^ds de U nouvelle puissance qui remplaçait ia sienne.

Mais une chose à laquelle il ne devait point s'attendre, c'est que des honames qui affichaient des opinions généreuses, qui parlaient avec emphase de leur esprit d'indépendance, et qui prétendaient avoir seuls conservé le sentiment national, feraient de sa personne, de ses actions et de son gouvernement, la but de leurs attaques et de leurs calomnies.

Que la grande ombre de Napoléon $ê console ! Pendant que des ingrats outragent sa mémoire au milieu des palais qu'il a donnés, le peuple , qui pendant son règne a supporté presque en entier le fordeau de la conscription atdes impôts, le peuple sait lui rendre justice; il révère s(mi souvenir , et dans la fond da ses chaumières, il glorifie son nom,

CHAPITRES VI, Xn, VHt ET IX.

Les ebapitret YI, VII, VIU et IX aMtîeanant rUstorique de la eamparpm du maiéetel Maoéanald , H le rÀdt di la InhiaûB da ^énéml Torck. L'aur leur nous fait rétrograder jusqu'au mmê â'aaùi. Il fiit une belle part aux (coupes pruasiefiiies, qui se battireot de boDaafbi. 11 s'en était pas de même de leur chef, qui, selon l'auteur, voyait de plui haut, (Page kiO.) Il éta- Utt à ce sujet «ne distinction grammaticale entre défectkm et trahison, {Vuge U6.) Le lecteur jugera de la qualification que mérite la conduite d'un général allié, qui, commandant Tarrièregarde de Tarmée, profile de sa position pour conclure un armistice avec Tennemi, sans la,paEliGipaiion du général en chef; qui appelle secrètement à lui ie reste des copps prussiens; « qui s'é- •n cbappe de Tilsitt en silence et à h

» laveur da U nui( » (page M8)t ^ qui abandonne ainsi , en présence da l'annemi , le corps frauQuis dont il faisait la principale force. Le jugement que porte l'historien français de U conduite du général Yorck , i)§ sera ppint ratifié par ceux qui mettent l'honneur au-dessHS de tout. L'espèce de transaction , par laquelle il semble en dioMPuer lodieux, tendrait à absoudre quiconque viendrait à penser que les obligations contractées ne lient plus, dès qu'elles sont onéreuses, et qu'on petit s'en dégager en sauvant les apparences. Nous avQ^s trop bonne opinion de (a noblesse fie sentiments héréditaire dans la famille de M. da Ségur, pour croira que, s'il avait réfléchi n^ùremant , il n'aurait pas hésité à flétrir une action contraire à la morale. Nous sommes d'autant plus fondé à penser ainsi , que lui-a>énia a dit (cliapitre IX) , « la sang des si^ aents » Français, Bavarois et Polonais, fpài » restèrent si|r les abamps de bataille » de Labiau et de Ten|a| aca^isa las » JPruwens de n>voir paa fmf^ > par )» un artiela da plps, |a ret^ta du «Àef » qu'ils abandaaj9ai4mt. » (Paga ii^7.)

CHAPITEE X.

«Ainsi tomba brusquaient i^tre aile gauche... Notre aito droita ae détachait de nous , mais insensiblement et avec les formes que sa position politique exigeait. Le 10 décembre , Scliwarzenberg était à Slonim , présentant successivement des avantgardes vers Minsk, Nowogrodeck et Bielitza. Il était encore persuadé qu':

les Russes battus fuyaient devant Napoléon , quand il apprit à la fois \i' départ de l'Empereur et ladestruotion de la grande armée„mais .vaguement, de sorte qu'il fut quelque ten^san-* direction. )> (Page Ufii)

L'EMPIBE.

Le prince de Schwarzenberg n'apprit pas vaguement le départ de TEmpereur; il en fut instruit le plus officiellement possible par M. le baron Sturmer , son secrétaire, qui se trouvait en mission à Wilna, et qui lui fut renvoyé pour Ten informer. Il fallait que M. de Ségur eût une conviction bien grande de la bonne foi du général autrichien , pour croire que , le 10 décembre étant à Slonim , et ayant une avants-garde vers Minsk, il ignorât que le 16 novembre , c'estÀ-dire vingt-cinq jours avant, Minsk était tombé au pouvoir des Russes, et que notre retraite sur ce point était coupée. Il ajoute : a Dans i> son embarras, il s'adressa à Tambas- » sadeur de France à Varsovie , qui » Tautorisa à ne pas sacrifier un seul » homme de plus. » (Page 459.) Ainsi, sans rechercher la convenance ni les motifs du recours du prince Schvrarzenberg au ministre de France, l'auteur parait avoir à cœur de l'absoudi^e sur tous les points.

a Cependant , il dit plus bas que » comme les intérêts des Russes s'ac- » cordaient avec ceux des Autrichiens , D on s'entendit bientôt. » On s'entendit si bien que, vers le 21 décembre (M. de Ségur le raconte lui-même) : « Un ordre n d'Alexandre suspendit les hostilités » sur le point par lequel Schwarzen- » berg se retirait ; un armistice, que » Murât approuva, s'établit. Les deux » généraux devaient manœuvrer l'un » devant l'autre, le russe sur l'ofFen- » sive, l'autrichien sur la défensive , » mais sans en venir aux mains. »

(Page 4.60.)

C'étaient réellement des évolutions de parade, un assaut de politesses et de déférence qui se bornaient aux seuls Russes et Autrichiens. « Car le corps de » Reynier, qui faisait partie de l'armée )> de Schwarzenberg, n'était pas com-

» pris dans cet arrangement. » (Page MO.)

La guerre se continuait contre ce corps, réduit par cette défection à dix mille hommes , comme elle avait été faite à Macdonald après le départ des Prussiens. Mais, poursuit imperturbablement M. rOfficier du palais , (( Schv^arzenberg... persévéra dans sa » loyauté.... Il couvrit le fipont de la li- » gne française, et la préserva... Si, de- » puis, Reynier fut atteint et surpris à » Kalitch, ce fut pour s'y être arrêté » trop longtemps à protéger la fuite de » quelques dépôts polonais. » (Page 461.) Ces citations sont un nouvel exemple de l'esprit de justice qui anime l'auteur. Combien de fois avons-nous été réduit à regretter, dans le cours de nos observations sur son ouvrage, qu'il n'ait pas accordé à l'armée française quelques parcelles de ce trésor de partialité!

Après ces exposés véridiques de la conduite des Prussiens et des Autrichiens, vient un récit des barbaries exercées par les habitants de Kônigsberg envers nos malheureux blessés, et une horrible description du couvent de Saint-Rasile, à Wihia, où les Russes laissèrent mourir de faim et de dénuement nos prisonniers , au milieu de l'abondance qu'y répandaient les magasins de vivres que nous y avions laissés. Mais, dans le récit de l'écrivain français, ces abominations font éclater l'humanité un peu tardive, il est vrai, de l'Empereur russe et de son frère , qui arrivèrent treize jours après pour y remédier.

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