L-EMPIAE
Six jours se sont à peine écoulés depuis qu'il a quitté Nogent; mais 1<3 prince de Schwaneoberg, mettant à profit son absence, est parvenu à passer la Seine ; il est urgent de revenir de ce c&tc. Napoléon abandonne donc les Prussiens aux ducs de Trévise et de Raguse; il se fait suivre par son inb* tigable garde, et par le corps d'armée du duc de Tareate. Tandis qu'on va chercher du côté de Meaux une route pavée qui nous ramène plus facilement dans la vallée de la Seine, des officiers d'ordonnance courent à franc étrier prévenir tes ducs de Bellune et de Reggîo, que le lendemain 16, Napoléon débouchera derrière eux par Guignes.
le quartier ioH)érial arrive en effet k 16 tu tw à Meaux, mats très tard ; H l'on ne s'étabKt que pour quelques heures à Tévéché.
Depuis le départ de Troyes, la rapidité des opérations militaires n'avait pi» permis d'envoyer à Paris des nouvelles officielles ; la proximité où Ton se trouve de la capitale permet de rendre aux communications toute leur activité. On en profite pour expédier
coimne iaiprairaWe. Juga i«s cluiiiip« «le htlaille avec ce regard perçant qui fixe la victoire, puDit toutes les fautes de sou ad ve«aire, et dissipe eu quatre comb^u uae armée U-iple de la sieone.
C'est une vérilé recounue aujoard'bai par les ofûcicrs «Uraugcra mêmes, que si le duc de Tarento eût pu suivre le mouvemeni du corps de Sackeo, et qu'il fût arrivé à la Ferté avec huit à dix mille hommes dUnfonterie ei douze à quû)ze ccuis cUevauXj il aurait, eu uae marche forcée, consommé rauéanlissement des deux corps eimemjs, soit eu les préveoaat à Chkleau-Tliierrjr ;>ar la rive gauche de la Marne, soit en la passant à la Ferté ou à Lu- Mucy, pour leur couper la relraiu i-ur la rive droite.
{Mémoires pour servir à VhUtoire de la Campanî^e de 1814, par le geuéral Kocb.)
dans la nuit las trois bulletins de cette glorieuse semaine ; et bienfdt on les fait suivre par une colonne de huit mille prisonniers russes et prussiens, que tout Paris voit déiler sur les beulevarts.
RETODa sua LA ssiiak --
]>fi KAKIS ST DE mOnUÊMàU. ^
h'ABMÈu FnAaçAUB ammiB baiis
MISTICfi A LU8I6MY4
(Du i6 au Î7 février.)
Ces victoires, ces convois de pti* sonniers, ne peuvent plus rstturar les Parisiens ; de nouveaux sujeta d'alarmes occupent lee esprits. C'est ooiintenant la grande armée autricbienne qu'on redoute : jamais inquiétudes n'ont été mieux fondées.
L'armée de Schwarzenberg , après avoir forcé les ponts de Nogent, de Bray et de Uontereau , s'avançait sur Nangis. Les Bavarois du général Wrede, et les Russes du général Wittgenslein formaient l'avant-garde ennemie qui entrait dans la Brie; de l'autre côté de la Seine, Sei|s, malgré la belle résistance du général Alix , avait été forcé. Le corps autrichien de Blanchi marchait sur Fontainebleau, et les Cosaques de Platow répandaient la désolation entre l'Yqnne et la Loire.
Le 16 au matin. Napoléon quitte Meaux et se dirige stir Guignes, à travers la Brie, par le chemin de Crécy et de Fontenay. Cette route est cour verte aussitôt de charrettes sur les* quelles les habitants des villages voisins font doubler las étapes à nos soldats harassés. Le bruit du canon se fait entendre du côté vers lequel on
GAMPAftKS m 1814.
marché, et rèdoiiUe les efforts qu'on fait pour arriver. Notre artillerie court la poste.
Dqnûs midi l'on se bat dans la plaioe de Guignes. Les ducs de Bellune et de Reggio , poussés toujours par l'ennemi, lui opposaient toujours la plus vive résistance , cherchant à consârvw jusqu'au soir le chemin de Gbaulnes, par lequel Napoléon a pro- BÛ6 d'ffirriver ; mais lorsque les tètes da nos cokmnes se présentent à Chaulnes, elles y trouvent les tirailleurs de rennemi. Les bagages, pour parvenir plus sûrement jusqu'à Guignes , sont foreés do faire un détour, et de descendre la petite rivière d'Yères jus* qu-au pont des Seignemn ; une heure plus tard, la jonction de nos forces eût été compromise.
L'arrivée de Napoléon rend à Far*mée de la Seine toute son énergie.
Dans cette première soirée, on se contente d'arrêter les alliés devant Guignes; le quartier impérial passe la nuit dans ce village ; toutes les troupes qui le suivent défilent jusqu'au jour ; et, au même moment, les dragons du général Treillard, tirés de Tar* mée d'Espagne, se présentent par la route de Paris ; ce renfort de cavalerie ne pouvait arriver plus à propos.
Pendant la nuit , les courriers se multiplient pour porter à Paris des nouvelles rassurantes ; ils entrent daifô les iaubourgs, escortés d'une foule de curieux, que l'inquiétude avait réunis à Charenton, autour des voitures du grand pare ; car les gros équipages du dAie de Bellune et du duc de Reggio avaient été poussés jusqu'à cette dernière position I
Le 17 au matin, toute l'armée quitte Guignes et se reporte en avant; par la vigueur du choc, les alliés apprennent que Napoléon est de retour, et
tout cède à rimpulsion que donne ^ présence. L'infanterie du général Gé* rard, l'artillerie du générai Drouot, la cavalerie de l'armée d'Espagne, font des merveilles. Les colonnes de l'en^ nemi sont culbutées les unes sur les autres, et leur déroute couvre les chemins de morts et de débris, depuis Monnans jusqu'à Provins.
Les Russes se retirent sur Nogent, poursuivis par le duc de Reggio et le comte de Yalmy ; le duc de Tarente poursuit l'ennemi dans la direction de Bray , le général Gérard pousse les Bavarois l'épée dans les reins par^ delà ViUeneuve-le-Comte et Donne- Marie ; enfin, le duc de Bellune s'avance dans la direction de Mootereau, avec ordre de s'emparer le soir même du pont. La garde impériale bivoua*que autour de Nangis. L'£n4>ereur couche au ch&teau.
Dans la soirée, le prince de Neuchâtel vient lui annoncer qu'un officier autrichien se présente de la part du prince de Schvrarzenberg. C'est le comte de Parr : sa mission a pour ot^et d'obtenir une susp^asion des hostilités, et il attend réponse aux avantrpostes. Na* poléon, encouragé par les avantages militaires qu'il vient d'obtenir, confit l'espoir d'échapper enfin aux lenteurs d'un congrès ; l'envoi d'une lettre de l'impératrice à son père, et cette mission du comte de Parr, lui offnent l'oc^ casion d'écrire lui-même ilireoten^ent à l'empereur d'Autriche : il la saisit Le conseil privé, consulté à Paris sur les propositions de Chàtillon, a été unanimement de l'avis de s'y soumettre (1); mais Napoléon croit que le moment est venu de mettre de oMé
(t) A une seule voix près, celle du comte Laeuée de Cetsac, ancien ministre de l*ï(Jm1* iHsctaita^e la gnerre.
tli
L*KiiniB.
des fMÀeiitioiid que Botre échec ée Brienne a pu seul inspirer aux alliés.
Dans cette lettre, qu'il écrit lui-même de Nangis à l'empereur d'Autriche, il parle rivement du désir qu'il a d'entrer promptement en accommodement ; mais il fait entendre qu'après les changements favorafolea survenus dans l'état de ses affaires, il eompte bien être traité sur des bases plus conciliantes que celles qui ont été po* Bées à ChàtîUon.
On voit que toutes les pensées de Napoléon se sont tournées entièrement ver$ la négociation directe qu'il venait d'entamer avec son beau*père. De nouveaux succès militaires vont encore ajouter à ses espérances.
Le 18 au matin, Napoléon, appre* nant que le pont de liontereau n'est pas ettcore occupé par le duc de BeW lune, se porte aussitôt de ce c6té; les gardes nationales bretonnes, et la cavalerie du général Pajol, reçoivent en même temps l'ordre d'arriver sur Montereau par la route de Melun.
Le due de Bellune s'était présenté le matin devant If ontefeau ; mais il était déjà trop tard, les Wûrtember* geols s'y étaient établis dans la nuit. Pendant ce temps, le corps autrichien de Bianchi, avancé de l'autre côté de la Seine , jusqu'à Fontainebleau , et craignant de se trouver compromis par les progrès de Tavant-garde française, s'étaH hâté de rétrograder sur Foasard, ViUeneuve-la-Guyard et Sens; les Wtirtembergeois couvraient ce mouvement.
Le duc de BeHuiie lait de vains ef^ farts pour leur ^eidever la position.
Son gendre, le brave général Château, est mortellement blessé dans cette première attaque. Cependant le général Gérard arrive à temps pour soute* nir le combat ; bientôt après Napoléon
arrive lûMHénM pow désiÉBria n^ tdre.
On s'empare des hauteurs daSms ville, qui dominent le confluent de la Seine et de l'Yonne ; on y place en batterie l'artillerie de la garcie, qui foudroie les Wûrtembergeois dans Montereau. Napoléon pointe faiMnéme les pièces, commande lui-même les décharges ; l'ennemi fait de vains e^ forts pour démonter nos batteries, ses boulets siflent sur le plateau de Sur* ville comme les v^ts déchaînés, liais le soldat murmure de ce que Napo-* léon, cédant à Fattnât de son andsQ métier, reste ainsi exposé aux coups de l'ennemi. C'est dans cette ciroons* tance qu'il leur dit gaim^t ce mot que tous les canonniors de l'armée ont retenu : u Allez, mes amis, ne crai* » gnez rien ; le boulet qui me tuera » n'est pas encore fondu. i>
Le feu de nos pièces redouble, et pas une des vitres du petit château de Surville ne résiste à la commotioD.
Protégées par cette redoutable artilie* rie , les gardes nationales brstonnet s'emparent du fisubourg de Melun ^ et le général Pajol enlève le pont par une cliargede cavalerie (ellennettt vive, que l'ennemt n'a pas même^ le temps de faire sauter une arche. Les Wûrtembergeois appellent en vain les Autrichiens à leur seeours; entassé^ dam Montereau , ils y sont écharpés. Cs combat est un des plus briUants de la campagne.
Tandis que nos succès réjovssênt la constance in&tigafale des sehiats, redoublent raideur civique des hahi** tants des canapagnes, et portent Jus»
qu'à l'exaltation le dévouemeat de aos jeunes officiers, on remarque avec inquiétude qu'un retour d'espéraoes n'a pas encore pénétré dans le oœur de h plupart des dieCi de rarmés.
CAM»A<|ltt fit 1814.
lis
t^aft les ^énements viennent 4e noua être fiivorables, plus ils craignent revenir. Chez eux, la prudence a grandi ttvec la fortune : les plus pauvres sont au eontraire les plus confiants. Cette diff^*ence dans la r^lution avec laqudlediftcun ftieaure^ ainsi les événe* jnenta ofte des contrastes pénibles pour le bienfaiteur, et i! en ressent toute ramertume.
' Il a à se plaindre des plus braves ! . . . Au combat de Nangis, un mouvement de cavalerie, qui aurait été fetal aux Bavaroia, a manqué, et on en a fait re-* proche à un général connu par son intrépidité, le général L'Héritier. La imH demi^ Tennemi nous a surpris quelques pièces d'artillerie au bivouac, et elles étaient sous la garde du brave général Guyot, commandant les chasseurs à cheval de la garde I A Surville, au moment le plus chaud du combat, les batteries ont manqué de munitions , et cette négligence, qui est un crime selon les lois rigoureuses de rartiHerie, semble retomber sur un de nos officiers d'artilerie les plus distingués, sur le général Kgeoni La forêt de Fcmfainebleau vient d'être abandonnée sans résistance aux Cosaques; et le génénd qu'on accuse de n'avoir tiré aucun avantage, ni d'une pareiHe po^ sttion, ni de tels adversaires, c'est Mon(brtKi I Enfin, peut-^tre le combat de Môntereau n'aurait-il pas été nécessaire, et tant de sang répandu auraH«il été épargné, si la veille on eût mar^ ché asseï vite pour surprendre le pont; mais la fatigue a empêché d'arriver» et c'est le due de Bellune, autrefois infatigable Victor, qui a le malheur d'a«voir à donner cette excuse !
Napoléon ne peut plus contenir son mécontentement. Rencontrant en route le généra! <îuyot, il lui reproche, à la face des troupes, d'avoir si mal
giffdé son artitierie. Mm maôisvio* lent envers le générai d'aiiiUerie Digeon, il ordonne qu'en le fasae jn^er par un eonaeii de guerre ; enAn, il e»* voie au duc de Ballune la permî^alen de <e retirer chet lui, et il donne an»* rifèt son commandement nu génénl Gérard, dont l'activité sait suimontbr toutes les ditteultés de cette pénible campagne. C'est ainsi que Napoléon s'abandonne à une sévérité qui Té- Unme lui-même, mais qu'il croit né^ eessaîre ûBm dea ctroenstuiees aussi intpérieusee.
Le général Sorbier , commandant rartillerie de l'armée, laiese passer le premier moment de vivaeité, et vient ensuite rappeler les bons et aneiens services du général Digeon. Napoléon l'écoute, et déchire lui-n^ême l'ordre qu'il avait (Neté pour le jugement par un eonseii de guerre.
Le duc de Belhme a reçu avec la plus vive douleur la permission de quitter l'armée. Il monte à Surville, et, les larmes aux yeux, il vient récla^ tner contre cette décision. En le voyante Napoléon donne un libre couns à son mécontentement ; il en accable le tnatheureux maréchal II lui reproeke de servir de aumvttise gvàce , de Arir le quartier impérial , de ne pas mèNie dissimuler une seertte e)^)Oiition^ qni sied' mal dans un camp. Les plaintes s'adressent à la maréehaHe eUenaoémel; èHe est dame du pdnis, et elle s'ékn^ gne de l'impératrice, que la nouvelle cour semble abandonner.
En vain le duc de Bellune veut répliquer ; la vîvaoilé de Napoléon 1« en ôteles moyens. Cependant le Harér chai parvient à élever la vois pour pro^ tester de sa fidélité. Il rappelle à Napoléon qu'il est un de ses plus anciens compagnons, et qu'à ce^titro il ne peut quitter l'armée sans déshmneur. Les
LUfHU.
fiouvailin d'IlaKe ne sont pas invoqués en vain; la conversation se radoucit.
Napoléon ne parle plus au Duc que du besoin qu'il semble avoir d*un peu de repos. Ses noinbreuses blessures et ses souffrances , suites inévitaUes de tant de campagnes, ne lui permettent peut* être plus l'activité de l'avant-^arde , ni les privations des bivouacs, et forcent trop souvent ses fourriers à s'arrêter de préférence aux lieux où l'on trouve un lit...
Mais c'est inutilement que Napoléon entreprend de déterminer le Maréchal à se retirer. Celui-Ksi insiste pour rester, et parait ressentir plus vivement Les reproches à mesure qu'ils sont plus adoucis. U veut même entamer sa justification sur les lenteurs de la v^lle : mais aussitôt ses larmes Tinterrom* peut. S'il a fait une faute militaire, il la paie bien chèrement par le coup qui a frappé son malheureux gendre... Au nom du général Château , Napoléon l'interrompt avec la plus vive émotion; il s'informe si l'on conserve encore quelque espoir de le sauver ; il n'écoute plus que la douleur du Maréchal, et la reiaent tout enUère. Le duc de Bellune , reprenant confiance , proteste de nouveau qu'il ne quittera pas l'armée : « Je vais preadi*e un fusil , » dit^il ; je n'ai pas ouUié mon ancien » métier : Victor se placera dans les » rangs de la garde. » Ces derniers mots achèvent de vaincre Napoléon :
« Eh bien, Victor, restez, dit-il , en lui » tendant la maîn. Je ne puis vous ren- » dre votre corps d'armée puisque je » l'ai donné à Gérard , mais je vous » donne deux divisions de la garde ; » allez en prendre le commandement , » et qu'il ne soit plus question de rien » entre nous... »
Le lecteur vient d'assister à une de ces terribles scènes dont il a été tant
question dans les libelles. C'est ainsi que Napoléon se fâchait ; c'est ainsi qu'on l'apaisait.
On retrouve dans le bulletin daté de M<mtereau la teinte des sentiments dont Napoléon vient d'être affecté.
Les fautes des généraux L'Héritier et Mcmtbrun y sont consignées. Le passage relatif à la blessure mortelle du général Château est surtout remarquable après ce que nous venons de raconter.
Napoléon couche, le 18 au smr, au petit château de SurviUe ; il y passe la journée du 19.
Cette journée est employée à expédier des ordres pour que, sur toutes les routes^ les différentes colonnes de l'ennemi soient harcelées sans relâche dans leur retraite, et qu'un mouvement général des nôtres les poursuive sur Troyes. Le général Gérard se met en marche sur les pas de la colonne au* trichienne échappée de Fontainebleau, qui se sauve par la route de Sens. La garde impà'iale chasse devant eUe> entre la Seine et rYonne, ce qui reste des corps ennemis qui ont défendu Montereau. Les ducs de Tarante et de Reg* gio s'avancent sur Bray et Nogent, et nettoient la rive di^oite de la Seine.
Napoléon pense que le moment est venu de faire entrer l'armée de Lyon dans les combinaisons militaires. C'est cette armée qui doit achever la campagne ; elle peut couper la retraite à l'ennemi , et rendre nos derniers succès décisifs. Désormais les espérances de Napoléon vont reposer sur elle.
Déjà les levées en mpsse du Dauphiné sont venues au secours de celles de la Savoie ; elles combattent sous les ordres des généraux Marchand , Dessaix , Seras , et viennent de rétablir l'importante communication du Mont- Cenis.
GAMPAfilfl 01 1814.
Le général Bubna a évacué Montluel et les environs de Lyon. Les rives de la Saune sont libres ; et les Autrichiens, raduita à garder la défensive , se concentrent sur Genève. Après de tels commencements , obtenus par des levées en masse, que ne doit-on pas at^ tendre d*une armée de troupes de li* gne? Napoléon ordonne au duc de Castiglione de remonter la Saine , de culbuter tous les détachements qu'il trouvera devant lui, de pénétrer dans les YosgeSf de s*y établir sur les derri^ rea de Tennemi ; de faire une guerre acharnée à ses convois, à ses bagages, à ses détachements isolés ; de soulever tous les habitants des campagnes, et de porter enfin Talarme chez les alliés, en menaçant leur ligne d'opérations et leur route de retraite.
Pendant les vingt-quatre heures qu'on a passées au château de Surlîlle, on n'a cessé de rassurer Paris, où le canon de Montereau avait retenti. D'abord des estafettes ont porté les premières nouvelles de nos succès ; aux estafettes a succédé le départ d'un bdlletin ; ce dernier envoi est suivi de près par M. de Mortemart, l'un des officiers d'ordonnance les plus distingués, qui va porter à l'impératrice les drapeaux de Nangis et de Montereau.
Dans la journée du âO , Napoléon , avec le gros de ses troupes , remonte la rive gauche de la Seine par la route de Montereau à Nogent; il déjeune à Bray , dans la maison que l'empereur de Russie a quittée la veille ; et le 20 au soir , il se retrouve à Nogent , avec le corps d'armée du duc de Reggio, qui arrive par la route de Provins. Nogent avait cruellement souffert. Le général Bourmont et les braves troupes qu'il commandait y avaient disputé , pendant les journées du 10, du 11 et du ^ 12, le paasBge de la Seine à toute l'ar-
mée du prince de Schwtrzenberg ; ils n'avaient cédé qu'à la dernière extrémité. Aussi la ville n'offre-t-elle plus que des débris d'inc^idie , des murs percés par des créneaux et des boulets, et Qà et ià quelques habitants qui n'ont plus que la vie àperdre ! Au milieu de ce désastre , les aceors de la charitéde Nogant étaient restées dans leurhôpi* tal; elles avaient recueilli les blessés! Le dévouement imperturbable de ces bonnes soeurs leur avait valu l'estime et le respect des génémux ennemis, et nos blessés s'en étaient ressenUs. Na<polé(Hi veut voir les sosurs et le ei^ré ; il les fait appeler, les remereie au nom de la patrie , et leur accorde, sur sa cassette , un premier secours de cent napoléons.
Le 21 , on envoie à Paris un nouveau bulletin , pour satisfinre , autant que posaible , à l'avidité a\'ec laquelle on attend les résultats des derniers combats. Napoléon passe la journée à faire avancer les troupes qui défilent ; et le 22 au matin, il se remet en mifrche pour suivre l'ennemi vers Troyes.
La retraite des alliés se changeait en déroute à mesure que leurs colonnes venaient aboutir sur le grand chemin :
l'accroissement de leur masse dans ce défilé, au lieu de réunir plus de forces, donnait lieu à plus d'encombrement et de désordre ; l'efi^roi se propage dans toutes les directions. La peur a des ailes, et bientôt les routes des Vosges se couvrent de voitures , de charretiers^ de blessés et de fuyards, qui reculent jusqu'au Rhin! Cent mille hommes fuient devant Napoléon , qui n'a pas quarante mille Français pour les poursuivre.
Cependant , sur la gauche , entra la Seine et FAube , un corps ennemi se présente, qui ne parait pas entraîné dans la retraite générale des alliés. L'a*
Limu.
vant^-fiatde d» lieUa troupe vient se présenter tui portes de la petite Tille de Méry , au nioment même que les Anirriers y entraient pour fiûre le loge* ment du quartier impériai. Le général Boyer s'y porte aossitèl avec une division de la garde ; nais il trouve é« pont une résistance à laqueiie il était loin de s'atlendre. L'ennemi soutteut •notre attaque pendant le reste du jour et une partie de la nuit. Il ne m déeide k alMindonner la position qu'après que raobamementdu combat a réduit cette iMlbeoiettse vMe en cendres.
Quel est eet ennemi si obstiné T D'abord, on s'imagine que c'est Wittgenstein ; qu'U veut rallier les Russes dans la presqu'île du confluent de TAu* be, et que, dans ce dessein, il attaebè une grande importance à restée mettre du pont de Méry ; mais pendant le combat on apprend que c*est aux Prus* siens qu'on a afhire , et ce n'est pas sans quelque surprise qu'on retrouve si proroplement les troupes du maréclial BlUcber. Les rapports étaient va^ goes. Ce mouvement de l'armée prussienne semble n'être qu'une forte reeonnaissiuiee que lllûefaer inquiet a fait faire pomr savoir ee que devenait Sehivarzenberg. Maintenant que les Proseîens n'ont plus à douter du mauvais état de l'armée autrichienne, on eaoieetnfe qu'ils vont s'abandonner à ee mouvement général de retraite que leurs écliecs de Montmirail et de Yauchamps ont commencé, et que les combats de Nttngis et de Uontereau viennent de rendre également nécessaire pour Schvmrzenberg. On se garde donc bien de se laisser détourner, par cette rencontre , du parti qu'on a pris de pcmrauivre les Autrichiens à outrance.
On se contente de finre observer les troupes de Blûcher dans leur retraite : bienlM on eet certain qu'elles ont re-
passé l'Aube à laudenont et k Anoure. On croit qu'elles ne font ee délotnr que pour reprendre plus sûrement h route de CbMons, et l'on ne pense plus qu'à arriver promplemênt à Troyea.
Le quartier impérial , n'ayant pu s'établir à Méry , était reveau sur la grande route, et s'était »rMé au hameau de Châtres. Napcriéen y avait passé hi nuit dutt au 83 dans M ohmmière d'un diairon.
Le 93 an matin, le prince WeoMi- Lichtenstein se présente de b part du prince Schwarsenberg.dont il est aié^ de*camp <t). Napoléon le reçoit
(i) Uaas vae leagas ceafttteaos« le| li^siaM csiwmaaiqus il*slN>ré M deraièfesdtf^
pèches du comte Bubna. EUes annooçsiealque le duc de CastiglioDe^ après avoir été renforcé par un grand nombre de conscrits des départemenls «lérfdlosaux, et an détlcbeflient ffe doitxé ài qolase mille hsniBes dt ^cUies u«t« p«s Uré de Cstatogna, avait pris tout à caup l'oflansive et cbaasé, d'uuc part les AutridiieBs de Chaiiibéry, et deTautre, de Màlon et Bourg; enfin que Genève se trouvait menacé. Le eomte de Metternich m, dK-oi», essalte Texpeaé de l'étol des sfrsiret. Sou laUesa était de nature il surprendre, Biais noa à enconnger. Selon lui, la GraDdc-Armée, considérable^ ment affaiblie par les combats et par le^ ma-ladies , que la rigaear 4fe Is saison arsH occasteanéof, était d*aaaat aiafas capable de tenir tète à Napelaon dam cette coiitrée déjà minée, que la population des départements sur les derrières, peu disposée à des sacrifices, paraissait prête à courir aux armes, pour tomber sur elle Il la première défaite, nnnt celle pesttioD, la perte d'une bataille eirosait Ta»niée aux plus grands malbeors. Coupée de sa base, obligée de battre en reiraiie entre les places fories de la Most»lIe et des Vosges, sou mattTÎel et ses nombreux ét)uipages devenaient fnfolDii/louient la proie des garnlaons et dos levées en masire de eet contrées beliiqueusQS, supposé même qu'elle pût parvenir à s'échapper au milieu de tant d'obstacles.
Ces considérai ions, développées avec art . ébranlèrent remperpor de Itussie et le roi de Prusse; et comaiQ Napoléon, peu .de joort
tes quatre murs dn dMorron-Cel envoyé apporte la réponse à h lettre que Napoléon a éwite le 17, de Nailgis, à son beati*père. Son langage est paràfique* n ne dMimule pas combien les plans des alliés vmment d'être dérangés. U avoue qu'on a reeonnu de nouveau Napoléon aux coups qu'il portmt , et c'est de la boucbe même de cet ennemi que sortant les premiers éloges, peutr être laa sesis que cette campagne mé* moràble ait vaius personneUement à son auteur l Napoléon, mettant à profil les tomes conciliantes que montre Taî^Mle-camp: autrichien, engage avec hiî une conversation assez longue. U lui parle des bruits qui se répandent, depuis quelque temps, sur un nouveau système cfa'on prête aux alliés : il lui demande s'il est vrai cpie la querelle que nous foit l'Europe ait en effet changé de natnre ; si c'est maintenant à sa penonne , à sa dynaatie qu'on en vaut ; el si , conformément au plan faiori de l'Angiet^re , c'est de la famille des Bourbons qu'on s'occupe.
Le prince Licfatenstein rejette viv&méni ces bruits, comme .n'étant pas fondés : unis Napoléon lui &it sentir qu'ils n'ont que trop de consistance par k pc^senoe du duc d'Aiigouléme au qnartîer-génted des Anglais dans le Midi ; par l'arrivée du duc de Berry à lersey, dans le voisinage de nos départements de rOuest ; et surtout par le voyage du comte d'Artois, qui est déjà en Suisse, et qui «'annonce comme de*
avant son mouvement contre l'armée de Silésie, avait fait la demande d*un armistice, on crut pouvoir le lui offrir datts eette eonjoDC* tare, afia d'sveir le temps d« prendre de non* veUes mesures. En coni^équence, le prince Vinceslas de Lichienstein fut envoyé aux avant-postes avec cette proposition. [Mémoires pour servir à VlUsiaire de Ut Campagne êê iat4» par le géaerai Kedi.)
CAMPAANi M 1814. 7lf
vant continuer sa routa à la suite du quartier-général des alliés.
Napoléon témoigne combien il kû répugne de croire que son beau-père puisse entrer dans de pareils pr(>îdta : M. de Licbtenstein continue de r^KXH dre par les protestations las plus tranquillisantes. U ne veut considérer le réle qu'on fait jouer aux Bourbons que comme im moyen de guerre, à l'iéde duquel on esptee opérer quelques di« versioiis dans nos provinces; mais il assure qu'il n'y a rien de sérieux à cet égard ; que l' Autrielie d'ailleurs ne s'y prètendt pas ; et qu'enfin on n'en veut ni à l'existenoe derBmpereur niàsa dynastie ; qu'on désire la paix , et que la preuve en est dans la mission qu'il vient remplir.
Napoléon prérient M. de Liehtenstein qu'il compte coucher le soir même à Troyes, et le congédie en promettant d'envoyer dès le lendemain un général français aux avantppostea pour négocier l'armistice.
Ces pourpaitlers sont l'heureux présage de la cessation prochaine des hostilités; ils nous promettent une négo»
ciatîoa plus franche , et des conditions mdUeures qu'à Cbàtillon ; lia doivent réjouir tout la monde, et eependant les flatteuses espémiiees, qui déjà sa répandent dana Tarmée, ne disaipent pas les inquiétudes de ceux qui appro* chent Napoléon I
L'armée arrive deraot Troyea dans l'aprèsHnidi du 38 tiyrier ; mais elle trouve les portes famées et barricadées. Les Russes, qui n'ont pas entièrement évacué la ville, prétendent noua la dis* puter pour quelques heures, et le combat s'engage. Cependant la nuit survient; l'ennemi en profite pour demander, par un aide-de-eamp, que la remise des portes soit difiérée jusqu'au kùcbmain oaiÉm, à la poiale du jeur.
9t0 L*IMM1IE.
Napoléon préfère le sdat de Troyes k I matin, auouMAOttTeiie décisive n'étak
toute considération militaire; il fait suspendre l'attaque, consent à Tamngement proposé, et se retire, avec ses principaux oflfieiers , dans une maison du liwibourg des Noués.
Malgré cette espèce de trêve , le canon continue de se bire entendre de temps en temps; les troupes, qui se sont répandues de nuit dans les faubourgs de la route de Paris, dévastent les habitations et les jardins; du c6té qpposé , Tennemi met le feu au bubourg par lequel il e&etue sa retraite ; plusieurs villages brûlent dans la campagne, et rhoriEon n'est éclairé de toutes parts que par k lueur des bivouacs et des incendies. Dans Tiot^ rieur de la ville, le dépari noetume de cette foule de soldats de diverses nations donne un libre cours aux scè»
nés de désordre et de violence.
Le jour parait enfin ; l'avant-garde de l'armée française prend possession des postes , et Napoléon entre avec les premières troupes dans la viUe.
L'affaire de Tarmistice emploie le reste de la matinée. Un autre aide-decamp du prince de Schwaneenberg arrive de Bar-eun-Aube, oi le quartiergénéral des alliés s*est d'abord retiré. 11 vient proposer la village de Lusigny, près de Vandœuvres, pour la réunion des généraux qui auront à négocier l'armistice.
Pendant les journées des aS et 26, l'attention est entièrement concentrée sur les conférences de Lusigny. On reste dans une alternative continuelle de craintes et d'espérances. Des cour* rien, des ordonnances, desaîdes-decamp, se succèdent incessamment sur la chaussée de Vandijeuvres* Tantôt on croit voir arriver la nouvelle de la cessation des hostilités , tantôt on entend parler de nouveaux combats. Le 17 au
encore arrivée de la part du génénd Flabaut. Cependant la question militaire était trop sim|rie en elleHméme pour présenter de grandes difficullés; mais la politique s'était emparée de la négociation et l'avait singulièrement compliquée.
Dans ces pourparlera, l'ennemi ne se proposait qu'une suspension d'armes; mais Napoléon, portant ses vues plus loin, cherchait à profiter de l'occasion pour poser les bases de b paix définitive. 11 désirait garder Anvero et les côtes de la Belgique : c'était le prix qu'il se promettait de aes demiera succès. Mais Anvers était pour l'Angletene la négociation tout entière; et, par l'influence anglaise , cette concession devait être obstinément refusée au congrès de Chàtillon. U était dès Ion indispensable de fiiire traiter ce point sur un auftre terrain. Anvera devaii perdre de son importance aux yna désintéressés des généraux russes, autrichiens et prussiens: Napoléon s'était donc proposé de faire préjuger la question dins la conférence militaire de Lusigny ; mais tant qu'elle aérait indé« cise, il ne voulait pas se priver par une trêve prématurée des avantages que la pounuite des Autrichiens semblait lui promettre pour com|riéter la défiiîte des alliés. Aussi l'armée française n'avait* elle pas cessé un moment de pousser les Autrichiens Tépée dans les reins.
Le quartier-général ennemi rétrogradait jusqu'à Colombey; la garde russe était en retraite sur Langres ; le corps de Lichtenstein sur Dijon. Les souverains alliés s'étaient retirés à Chaumont en Bassigny ; nos troupes s'emparaient de Lusigny au moment où les commissaires pour l'armistice s'y réunissaient.
Cette occupation militaire de Lusigny avait même donné lieu & de$ difi¥H>ltés
CAM»â6N£ DE 18U
dès les premiers pourparlers; de phis graves obstacles s'^i^t étevés bientâl après, lorsqu'on en était venu à diqputer la ligne de ranaistice.
Les géttéranx ennemis avaient proposé le statu ^u0 des deux armées.
Le général Flahaut, confonnémoit à sas instraotkms, avait demandé que la ligne s'étendit depais Anvers, où nous imons le général Carnot , jusqu'à Lyon, où nous avions le due de Castiglione. Cette ligne éwAi placer les forées de la France sur un seul front, depuis l'Escaut jusqu'aux. Alpes. Les commissaires russe et prussien t ^feotant de se mettre hors de l'influence des derniers événements , trouvaient que c'était payer trop cher quelques délais dont l'armée autriehienne avait besoin pour reposer ses çdonnes. Le général autrichien était plus conciliant ; mais, par suite de la forme diplomatique que les conférences avaient prise, chaque commissaire s'était trouvé dans la nécessité de demander de nouvelles îQstruetions, et le temps se perdait à les attendre.
Ce sont pourtant des moments biw précieux que ceux qui s'éooulant ainsi : notre horiaon s'est tout à coup chargé de nuages sombres qu'un armistice seul aurait pu dissiper. Nous sommes arrivés à l'époque critique de b campagne.
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HARiCBAL ULDCBEB. — UTOUA DE
UAPOLfiOH aua la mams.
( Pfn de féTrier. )
Lorsque Napoléon dictait ses prétentions au commissaire qu'il envoyait à Lusigny, la suspension d'armes devn.
mandée par les alliés était généralement, considérée comme ne pouvant être profitable qu'à l'armée autrichienne » dont elle aurait arrêté la déroute. On était loin de penser que l'armistice pouvait offrir, à l'armée française un avantage équivalent, en suspendant les opi^rations du maréchal Blûcber. On apprend enfin , mais trop tard , la d^ version que les Prussiens ont entr^ prise , et dont il nous reste k rendre compte.
Pour conserver la liaison des fiiits , nous reviendrons un moment sur nos pas.
Après le combat de Vaudiamps»
nous avons laissé le maréchal Blûcher séparé de ses lieutehanls, battu comme eux, foisant en toute hâte rçstrute vefi Ch&lons-sur-Mame , et ne sachant trop où cette déroute pourra le mener. La fortune ne lui a pas tenu longteoq» rigueur. Dès le lendemain , NapoÛon , rappelé vers Nangis et Abntereau, a cessé de peser sur lui. Blâcher n'a plus été poursuivi que par le duc de Ba> guse, et bientôt ce dernier a été obligé lui-même de lâcher prise , pour revenir sur Montmirail coml>attre un eovps de troupes que le prince Sdiwanea»
berg avait fait avancer de ce cdAé au seccKirs des Prusûens. Tandis que le duc de Raguse , oceupé à poursuivra cette troupe, est allé prendre position à Sezanne, Blûcher a mis ke momeite à profit en ralliant à lui les covpa de Sacken et d'Yorck,
Ceux-ci avaient échappé de leur côté à la poursuite du duc de Tréviae, par un concours de circonstances non moins heureuses que celles qui avaient débarrassé leur général en chef. Les corps prussiens de Bulow et les divisions russes de Wintzingerode et de Woronzoff, iqurès avoir pris possession de b Belgique» avaient Cranchi no»
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L'BirPIHk
tre ancienne frontière du Nord. Lent âvant-garde, pénétrant à traVen les Ârdennes, s'était avancée jusqu'aux portes de Soîssons. A défaut de bonnes muraines et d'une nombreuse garnison, Soîssons avait le général Rusca pour commandant ; mais ce brave olBcier avait été tué d'une des premières décharges, et sa mort avait promptement livré la place au général Winttingerode. Les Busses y étaient entrés le 13 février, précisément pour recueillir les fuyards deSacken et d'Torck, qui s'échappaient du combat livré la veille à Ch&teau-Thierry. Ces troupes ayant •appris, en se ralliant à Soîssons, que leur général en chef, Blûcher, ralliait hiMnéme ses forces du côté de Chàlons, s'étaient aussitôt mises en marche ponr riler le rejoindre par la route de Beims. Les Russes auraient voulu se éonaerver la possession importante de SiriSBons; mais, dé» le 19 février, le due de Trévise avait repris cette ville.
Le maréchal Blûcher, peu de jours après ses délkites, était donc parvenu I réunir toutes ses forces, et se voyait att moment d'en recevoir de nouvelles qui hil arrivaient par les routes du Nord et de la Lorraine. Le 18 février , fl s'éMt trouvé en état de courir à son leur au secours de Schwarzenberg ; des herdi de la Marne , il était venu camper avec cmquante mille hommes au confluent de l'Aube et de la Seine i il à^t reçu en route, le 19, au bivouac de Sommesous, un nouveau renfort de llMf mille hommes appartenant au oôrpe de Langeron : il espérait qu'une rtûion gén^le de toutes les forces dee aHiés en avant de Troyes arrêterait Napoléon, et produirait les mêmes résultats qu'à Brtenne. Ge n'était donc pas seulement un détachement de TarmAe de Saésio que nous avions ren- 1 o6lllrék Iléï*y, éWmîque noue Favions I
cru pendant quelques jour»; c'élrit ravant*garde de toute cette armda.
BMcber s'était trouvé de sa peramm au combat du pont de Méry ; H y ivak été blessé à la jambe. Il B'aml pris le parti de la retraite qu'ajvès s'être mn^ vaincu de ses propres yeux qu'il était liùpossiblede raUievrafméedeSânvar* senberg en avant de Troyes , ei que la réunloi projetée éiail désomais kitt*tile. Dèalors, il a'étaîl déeidéà rqm^ SOT l'Aub« ; mais sa retraite cachaîi on des plus hardis prejela de la cani^ gne. Encouragé par les renforts qui sa cessaient de lui arriver , aoil qu'il aàl reçu des ordres de son cabinet, aoîl qu'il n'eAt pris oonaeil que de m an»
daoe , Blûcher avait réâolu de s'avaii»
cer encore une fois sur Paris , pour tmter une grande diversion en Aiveur de l'armée autrichienne. Ainsi, peu»
dant que le gros de l'armée française était autour de Troyes, occupé d*^ mistice et de paix , les troupes pruâ^ siennes descendaient rapidement sm^ les deux rives de h Marne. Le duc de Raguse, forcé le %h d'abandonner 8è* nnne, se retirait, par la Ferlé^ucfaer, sur la Ferté-sous-Jouarre. De l'^iutrê cdté de la Marne , le duc de Tréviée , après avoir laissé garnison daas Soiasons, se retirait égalemeni sur la Ferlé» s6us4ouàrre.
Napoléon ne reçoit ces nouvMlee que dans la nuit du 26 au 27 ; en peu d'heures, elles ont changé tous ses plans. Le 27 au matin , il quitte Troyes précipitamment pour se porter, par Arcissur-Aube et Sezanne, sur les traces de l'armée prussienne. Il ne laisse en avant de Troyes que deux corps alarmée , celui du duc de Beggio et celui du duc de Tarente ; c'est le duc de Tarente qui commandera en chef. Au moment où ces deux maréchaux sont ainsi abandonnés à eux-mêmes, le pre*
CAMtAffllB DE 1814.
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nà» 601 Mgagé danÀ un eombat très TÎf sur les hauteurs de Bar-gur-Aube, le seediid est eB m^Nihe vws Chàtillon. Hais il ne s'agit plus de poursuivre les ÀntrifcbîeBs; désermaïs les troupes qui Mslent opposées à eelles de Sehwârsenbevg doivent borner leurs efforts à les eentenir , et surtout à masquer le grand mouvement que notre armée iSût sur Blûcher. Dans cette intention , le due de Reggio et le géuéni Gérard, qui sont aux prises avec Tennemi, font Mre sur toute k ligne les aeclaniations qui «gnalent ordinairensMil Parrivée de Napoléon. Ces cris sont entendus de la Hgne opposée ; et tandis que Napoléon s'éloigne de Troyes à marehe Â)rcée , Sehwarzenberg croit qu'il est arrivé devant lui.
Le 97 Mvrier, Napoléon arrive vers midi à Areis-sur«Aube ; il s'y arrAle quelques heures dans le château de M. de la Briffe, son chambellan, pour donner le temps aux troupes de défiler, et de passer FAube. En sortant du pont d'Arcis, l'armée prend à gauche et suit la route de traverse qui conduit àSezanne: le soir, on bivouaque sur les confins des départements de l'Aube et de la Marne, non loin de la Fère ^ampenmse ; Napoléon entre chez le curé du petit village d'Herbisse et y passe la nuit.
Arrêtons-nous y un moment avec le quartier impérial. Après les peines de la journée, la galté française jetait encore de temps en temps quelques lueurs sur le repos dti soir : cette soirée d'Herbîsse est peut-être la dernière de ce genre que je puisse mettre sous les yeux du lecteur.
Le presbytère se composait d'une senle chambre et d'un fournil : Napoléon se renferme dans la chambre , et y abrège la nuit par ses travaux accoutumés. Les maréckaux , les généraux^
aides -de-camp, les ofllders d^oçdonnance et les autres officiers de la maison, remplissait aussitôt le fournil : h euré veut faire les honneurs de chss lui ; au milieu de tant d'embarras, il a le malheur de s'engager dans une querelle de latin avee le mariehal Lefèvse; pendant ce temps , les officiers d'<o&donnance se groupent autour de la nièce, qui leur chante des cantiques.
Le H'ulet de la cantine se faisait attendre ; il arrive enfin : on établit aussitôt une porte sur un tonneau , quelr ques planches sont ajustées autour ea forme de bancs; les principaux s'y asseyent, les autres mangent débout.
Le curé prend place à la droite du grand Maréchal, et la conversation s'engage sur le pays oi| Ton se trpuve : notre hôte a peine à concevoir comment ces militaires connaissent si bien les localités ; il veut absolument que tout son monde soit Champenois. Pour lui expliquer ce qui l'étonné, on lui présente des feuilles de Cassini, que chacun a dans sa poche; il y retoouve le nom de tous les villages voisins, et s'étonne encore davantage , tant il est loin de penser que la géographie s'occupe de pareilis détails : les naïvetés du bon curé égaient ainsi la fin du repas. Bientôt après on se disperse dans les granges voisines : les officiers de service restent seuls auprès de la porte de la chambre où se trouve Napoléon; on leur apporte leur botte de paille ; et le curé ne pouvant aHer coucher dans son lit, on lui cède la place d'honneur sur le Ut de camp. Le lendemain matin S6 , le quartier impérial part de très bonne heure : Napoléon était à cheval que le curé n'était pas encore réveillé ; il se réveille enfin ; mais pour le consoler de n'avoir pas tût ses adieux, il ne &ut rien moins qu'une bourse que le grand Ma^réohal lui fiût
L'Emu*
remettre, et qui est rindenmité d'usage dans toutes les maisons peu aisées où Napoléon s'arrête. Quittons le bon curé d'Herbisse , et remettons-nous à la suite du mouvement de Tarmée.
Tandis que l'armée continue sa mar^ che vers Sezanne , Napoléon se porte, avec des troupes légères, sur un corps ^nemi qui avait couché près de nos bivouacs, à la Fëre champenoise ; il le chasse devant lui : c'était un détachement de cavderie que Blûcher avait jeté de ce côté sous les ordres du général Tettenbom, pour communiquer avec l'armée autrichienne, et être averti de notre nuirche, Les colonnes de l'armée française se réunissent, vers le milieu de la journée, à Sezanne ; on ne s*y arrête que pour prendre des renseignements; on apprend que les ducs de Trévise et de Raguse se sont réunis le 96 à la Ferté-sous-Jouarre ; mais que , trop faibles enccH^ malgré leur jonction, as continuent de reeuder devant toutes les forces de Blûcb^, et doivent être à Meaux ; qu'il n'y a pas un moment à perdre pour sauver ce faubourg de la capitale.
L'armée se remet aussitôt en marche ; mais la journée étant déjà très avancée, on ne peut (aire que quelques lieues auHlelà de Sezanne, et Ton bivouaque à moitié chemin de la Ferté- Gaucher. Le quartier impérial passe la nuit au château d'Sstrenay, que les Prusâens avaient pillé le matin.
Plusieurs officiers d'ordonnance, expédiés en toute hâte par les deux maréchaux que Ton vient de laisser audelà de Troyes, arrivent dans la soirée, et sont porteurs de mauvaises nouvel les : les Autrichiens ne reculent plus ; ils ont repi*is vivement l'offensive à l'instant même que Napoléon a quitté Troyes. Le combat que les troupes du duc de Raggio et du général Gérard
ont eu à soutenir le 17, ^ur les bastêm deBar-sttr-Aube, a été saoglaiil; les généraux ainemia <Hit prodigué le nombre des assailknts; la valeur personnelle des chdb n'a ^Nurgné aucun effort pour ramener la confiance dans cette armée découragée , et la dédder à accabler de sa.maase le peik nombra de Français qui lui esto^Misé; Witigenstein et Schwarzenberg lui-même se sont fait blesser. Les renforts q«i arrivaient à chaque instant à l'ennemi rendaient cette lutte de plus en plus di^roportioonée ; et le soir, les gén^ raux fonçais s'étaient décidés à la r»^ traite : ils reviennent sur Tioyes. Le duc de Tarente , qui a eu quelques avantages du côté de Mus6y'4'£vêqne, et qui a même relevé un moment les troupes autrichiennes dans la garde d'honnedr du congrès de ChàtiUon, est entraîné par le mouvement de retraite qui ramène le duc de Raggio sur Troyes. Les Autrichiens savent maintenant que les troupes qu'ils ont devant eux ne soaX qu'un rideau, et que le gros de l'armée firançaiae a suivi Napoléon; ils se trouvent eux-mêosea si nombreux , que d^à ils n'hésitent plus à détacher les généraux Hessa- Hombourg et Bianchi contre le duc do CastigUone , qui devient trop fedootnble sur leurs derrières.
Ainsi, peu de jours ont suffi pour dissiper nos avantages et dqouer nos projets : les Autrichiens, qu'on croyait poursuivre jusqu'au Rhin , se sont ralliés entre Langres et Bar , et maintenant reviennent sur nous; le maréchal Augereau ne pourra plus opérer la diversion qui lui a été prescrite sur la Saône ; et Paris se voit menacé plus que jama's par l'armée de Blûchw qui est aux pcNTtes de Meaux.
Napoléon, à force d'activité, esfète encore ramener la fortnne; il
GAMFA01IB
d'dKurd ae détemaftar deBlûeber, et oomfrte fai¥0iiir sur la Seine asaee tôt pour flanver Troyes.
Le f mers, rannée française arrive de bonne heoie à la Ferté-Gaudier ; Napoléon s'y arrèle un moment diez le maire, YÎeîiiard très âgé, que son làle rajeunit, et que Napoléon rajeunit anoore en lui doimant la décoration de la Légiim^d'Hoanear. Les nouvelles de Meaux sont rassurantes : les Prussiens ont été arrêtés par la rupture des jXtttB de Tréport et de Lagny ; ils ont été égalemmt arrêtés, la veiUe ( le 38 ) mr la ligne de rOurcq , au village de Usy, par les troupes du duc de Rar giise; et sur la Térooenne, au gué de Tréme, par les trovqpes du duc de Trévise.
Ainsi, les deux maréchaux tiennent loiiîours en avant de Meaux; Napoléon arrive sans doute à temps; dans quelques heures, ses troupes vont se trouver en ligne : si Blucber , surpris par leur brusque arrivée, fiiit volte-bce contre eUes, un combat dédsif va s'ensuivre, et les affiiires peuvent être prom^tement rétablies. Pldne de ces espérances, rarmée continue, en toute hâte , sa marche par Bebais ; elle est harassée , mais l'ardeur de vaincre la sotttieiit : de Rebais, elle se dirige sur la Ferté. Arrivée enfin sur les hauteurs de Jouarre^ elle découvre à ses pieds la ville de la Ferté, les sinuosités de la vallée , et, de l'autre côté de la Marne, l'armée prussienne qui nous échappe I
Le maréchal Blâcber avait été informé, sans doute, par les troupes légères de Tettenbom , de l'approche de Napoléon; il avait évacué aussitôt la rive gauche de b Marne : réuni à ses troupes de la rive droite, il avait coupé les ponts, et venait de mettre la rivière entre nous.
Napoléon ordonne qu'on se mette,