CAM
flm bm^n d^ajuinii» a tmA de ih voriser celle mé§9cM»û MOMdaim, el dès lors les cotnimsaaires de Lusifrny ee «néI séparés : depuis Mife dé^ part de Trayes on s'attoidait à ee ré-
li fallait penser à forcer, pour le imàmma^ les pèasages où raranée Venait d*élre anMée.
Aaas fMô mit (d« « au 9) le frejnîer etUierd'didonnaiMe, firoarfâsbd, «DBaotàla Me d'une «ntrepriee 4«i dait fAvariaer aolre attaque. Un ehettin de tnaveiae tourne à gauehe te détié des iMnia; «knusaod se {eife deee€éÉé«!lttCH}iiel4Me troofes^liotsiaa, ^ à hlivenr de rdMcnritév snr^ l^rend las «rand'gardes des alKés> il jaMa lUaoBfe chez rennenu , et pai^ nanl à bm une diveranm oomplètes iipendHift kqtteHe les ft-oupes dn moréchai Ney franchissent le défiU.
l'anoée fraacaiae anmFe ainsi an pied des haoaaafs deLaon. Lecorpa dn doc 4a laguaa, qui eai venu passer TÂisne au pont de AérjNat-'Bae, a eoudié à Gorhaay , et débouclie aur Laon par ia roule de Aeims, en même temps que le gros de rannéa arrive par la renie de Soîssoiia. Notre li^e se forme ; le 9 an soir, le reste de nos troupes est anmé. La prince de la Moskowa , le due de Iftguae, le due de Trévise, et la garde iiapénàe , aceupent les positions qui leur ont été assignées. Tont est prêt :pour rmiaqne, les ordres partent, et le lendemaÎA, dèsk pointe du jour, l'affaire déit coraniencer.
Le maréchal Blûcher, qui a raUié toutes ses forces russes et prussiennes, vient en outre de fiûre sa jonction avec Tarmée dn prince royal de Suède.
C'est pourtant avec répugnance que iSernadotte s'avance pour combattre ses anciens compatriotes; il n'a franehî qu'à regret la limite dn Rhin , qu'au-
tir
donner à la hnnoe; Aniniasifeé qu'il q contre NapoMon aenribie aViMUMir k mesure que le aartde lapi^rieennat pins campraraîa. Les] ftusain et la Arussa le flrtiguent < quelque temps uoKiriiNiant uneolpe A témllerenlni desaentMMnis fesnfass; mais les événements ussrt trap fke, Oà Le priwe de ftaèda n'apu
i^qui Ibit Hé
,fli
garde au secoun
Ainsi et géttémi dewBt Nspnléon rencontré tant de mmde rièralni,que, OMlgvéaas eneora plus lort que jamaist. il oppose an oenare le corps de notre gMièhe les eerps de iiangèron , da Saekan «I ide WinÉsingaPode , et anr notre droite les osrpa de UaUt m d'Torekv Toules ces troupes ont p««r centre la viHe de Laon , située sur un pic élevé qui domine tes envirene.
Bans les rangs finançais on ne ae saaft découragé ni parle wesnhre ni paria pottlion de l^ennemi . Tout préaagodann unenclion sanglante et dédsivie^
Le IQ, àquatra beuvas dnusniin, Jinpoléon mettais «es bottaa, et demandait
sehavanx, lorsque deundca9>na>aip^ rivautàpied dansie {^sfiunddéaos^ dre, lui sont amenés. Us disent qu'ils viennent déohapperpar mhncleà Iravers un Aaifrw que l'enMHiafHtuelle nuit aur les faivwaes eu due deRagnsa, et qte lout^ut perdu de ee aôlé. te croient le marédial pria outaé. Nape^ léen Mt auaattdt asoirter à oha^al taua ses offieiars. Tandia queles une eoerrent aux nouvelles du edié du due de Augnoe, les antres vont à rufant-^garée suspendre le aiouvenMlfitgénérald'a^ taqneqne rnnaée comment. Biautdt les renaaigneDienlIsnnivunt, et i'èn a»
tardeMBàaoqQérir faitriate eartilade
XIMHII.
qam le eorps d'innéd da doe <to ibigiise ft été m ciet snipris et di^Mné dam une attaque de noU; que le déaoidra a été extrême, que le parc a peidu me grande partie de let eanoiis; mais fiKiledoodeKag«aeB*eatpas tué, et qu'il est de ia pefaonae du cAté de Corbany sur la route de Beims, eberchaat à rallier laa fuyards.
Cet événement met le comhfe aux eantmriétéa qui depuis quelque temps déjouent tous nos efforta.
NouadefteBs attaquer l'ennemi; c'est kû qui nous attaque, eooouragé parles •viDtaeas qu'A vient d'obtenir dans la nuit; mais il ne peut parvenir à occuper le village de Clacy, où k division Charpentier fiât la [dus belle contenanee. Il est repoussé , et nosdétadie»
nents le poursuivent Jusqu'aux portes de Laon. Cependant, on ne peut plus penser à le forcer dans cette posttion ; U faut s'occuper de k retraite, et Nap(déoQ s'y résigne. Dans raprè&-midi, las équipages cmunencent à se mettre an route; et peur masquer le mouveflaent, on ccmtintte pendant k reste de k journée de faire diverses démonstrations contre l'ennemi. Ce n'est que le 11 au matin que Napoléon quitte Chavignon. L'armée k suit, et vknt prendre position dans les défilés qui couvrent Soissons.
Cette vilk, si souvent prise et reprise dans cette courte campagne, et toujours jouant lerôk kplos important, se jNrésente encore dans ce moment oomme k seul <^tack qui puisse arrêter l'ennemi, k peine Napoléon est-il descmdu à l'évéehé, qu'il s'occupe de pourvoir à kdéiensedek^ace. Il kit appeler les oflkîera du génie, ks offlokrs d'artillerie, k duc de Trévise. Il passe avec eux TiyrèaHaMdi du 11 et toute k journée du la ; tanlM au cidânet, oouehé sur une carte et le compas à kraam, tan^
un à dieval, pareonrant k tervata et jetant partout son eoup^l'cBil.
C'est k duc de Trévise qui resk à Soissons : tandis qu'il y disputera fe passage à l'armée de Hûcher, NapoiéM tourne ses armes contre un nouvel ennemi.
Dans te nuit du 11 au 13 msars, sa moment où l'armée aikit se mettreea marche pour revenir sur k Seine parte route de Soissons k Chàteau-TUirry, N^[>oléon a reçu la nouveUe que k corps d'amaée du général russe Samt^ Priest, qui manoravrait du côté de ChAkns-eur-liame, vi»tde s'emparer de Seims. Le génial Corhineas, aidé de la ««Valérie du général Defiranoe, avait d'abord repoussé l'ennemi jusqu'à Silkry ; mais ks Russes étaient retenus au nombre de quinae milk faooimes, et il avait fiillu céder. On croyait Corbineau pris ou tué.
L'occupation de Beims par fenneoii rétablissait ks eommunioalions de Schwaraenberg avec BlQcher; d'aïleurs cette entreprise tournait d^à h poaition qui venait d'être assignée sa duc de Trévise : Napdéon ne peutné- C^ger cet enneod ; il prend ausaitêt le diemin de Reims, et, k soir même, il arrive aux portes de k ville. Les Russes, quoique surpris, n'en montrent pas moins k résolution de se défendre. On se but toute k soirée et une pulie de knuit. Enfin, k général ennemi est grièvement blessé; on l'emporte, ses troupes le suivent , et Napoléon entre à Reims à une heure du matin (1).
(I) 1^ résQltat de cette tffaire. ùh les Françsks B'evresl pat so-^Ni de sspl à batt eeots homoMS bon de eoailwt, s« aonère desqwis était le comte de Ségar, fat pour reoncmi vne perte de sept à huit cents tués, le double de blessés, et ûvux mille cinq cents prisonniers, onze bouches à feu , cent cbariou de muil- (ions et un équipage de pont. Aa nitteudes
CAMPAS» M 1M4.
Les malbaorau habitante avaient font à craindre d'an tomalle que Toba* Gurité de la nuit pouvait porter au eomUe. Cependant ( et il but le dire à la louange des Russes et des Français), les ttos ont évacué la ville, les autres en ont pris possession, sans qu'il y ait eu daotres dommages que ceux qui sont inévitables dans un combat. Gorbineau, qui avait disparu au moment de l'occupation de Reims par rennemi , se retrouve le 14, à la pointe du jour, parmi les bourgeois de Reims, qui viennent tsire foule devant le logis de Napoléon : il était resté déguisé ches un habitant.
Les troupes du duc de Raguse, après s'être ralliées au pont de Réry-^au-Rac, étaient venues prendre part à Tattaque de Rdms. Leur chef est appelé pour rendre eoB^pte de son désastre ; il se présente : à sa vue. Napoléon s'emporte en reprodies, qui n'enU^nt que trop avwt peut^tre dans le cœur du mar^ chai. Cependant, après les plaintes, viennent les explications : bientôt les sentiments que Napoléon a toujours portés à son aide-de-camp prennent le dessus, et ce n'est plus qu'un mettre
trophées d*aoe Ticloire si complèie, Napoiéoo eat no secret dépit d'avoir laissé échapper celui qai aurait pa constater son triomphe dans Paris ; nais il voyint a^kmeir en i|ii«l<t«e sorte les regreu des propriétaires des «amiiKtares que les troupes Itères russes avaient Incendiées. « La même batterie qui a » tué le généra! Xoreau devant Dresde , dit » le rapport ofBciei , a aussi blessé à mort le » général Saifil*Friesiqul amenait les Tarlares » dans sa belle patrie. »
L*Smpereur entra dans Reims à une heure du matin. La ville fut spontanément illuminée, et le peuple, dans Tivresse de sa Joie, se précipita an-devant de lui, et le eonduisit en triomphe à l*aôiel-de-yille. imimotr» pcnr sfrvfr à fkUMre de la Campagne âê IS14, par le général Koch)
en Tart de la guerre qui relève les fautes d'un de ses âëves de prédilection : Napoléon finit par le retenir à dîner.
Le même jour, Ifc, l'armée reçoit un^ renfort précieux duis la circonstance :
on le doit au zèle et à l'activité du général Jaussens, Hollandais, anden gouverneur du cap de Bonne -Espérance, qui commande en ce moment sur la frontière des Ardennes. Les émissaires qu'on lui a envoyés pour le prévenir de l'arrivée de l'armée sur les bords de l'Aisne lui sont parvenus. Ua tiré aussitôt tous les détachements qu'il a pu des garnisons qu'il conunande; et de ces détachements, réunis k Mézièrea, il a formé en dix jours un corps de six mille hommes, qu'il amène bû-méme par la route de Bethel.
Tandis que le prince de la Moskowa s'avance vers Chàions, l'armée fiiit halte dans les environs de Keims , et y passe les journées du 14, du 16 et du 16. Ces trois jours de repos sont indispensables 'pour se préparer à de nouvelles marches. Napoléon les met à profit dans son cabinet , et médite ce qui liù reste à faire.
Cette halte mUitaire est une des de^* nières dans lesquelles il trouve le tempe de signer le travail de ses ministres, et de mettre toutes les aiEures de l'Empire au courant. Il passe une grande partie du jour avec le duc de Bassano. Chaque semaine , un auditeur du conseil d'état lui apportait le travail de Paris : quelles que fussent les fiitigues de la guerre et la gravité des ciroonstanees, il voyait tout, il pourvoyait à tout, et jusqu'alors il avait pu suffire aussi bien aux affaires de l'intérieur qu'à celles de l'armée.
VKmWM.
qom le eori» à'êtwie da due d» la»
gQge ft été en eftt snipris et dispené dim mie lUaqae de nail; que le déeoidre a été extrême, que le parc t perdu «ne grande partie de let eaooas; niais fM ledoo de Kagvse n*estpas tué, et qu'ilestde iaperioiiae du cAtéde Ckw* beny sur la route de Mms» cherdiant à rallier les fuyards.
Gel évéoeoient met le comUe aux eentrarîétés qui depuis quelque temps déjouent tous nos efforts.
Nousdefiotts attaquer l'ennemi; c'est lui qui nous attaque, encouragé parles qu'il nent .d'obtenir dans la ; â ne peut parvenir à occuper le village de Clacy, où k division Charpentier fiât la plus belle contenance. Il est repoussé , et nos détachements le poursuivent Jusqu'aux portes de Laon. Cependant, on ne peut plus pmser à le forcer dans cette position ; U faut s'occuper de la retraite, et Na* poléon s'y résigne. Dans raprès-mtdi, las équipages commencent à se mettre en route; et peur masquer le mouveflaent, on ccmtinue pendant le reste de la journée de fûre diverses démonstrations contre l'ennemi. Ce n'est que le 11 au matin que Napoléon quitte Chavignon. L'armée le suit, et vient prendre position dans les défilés qui couvrent Soissons.
Cette viHe, si souvent prise et rqurise dans cette courte campagne, et toujours jouant le rôle le plus important, se ]Nrésente encore dans ce moment comme le seul distacle qui puisse arrêter l'ennemi, k peine Napoléon est-il descendu à l'évéehé, qu'il s'occupe de pourvoir à b déiense de la place. Il fut appeler les oflkîeradu génie, les officiers d'artillerie, le duc de Trévise. U passe avec eux l'aprèa-midi du 11 et toute la journée du IS; tantêt au cslânet, coudié sur une carte et le compas à la raam , tan^
tdi à cheval, pareonrant le tenain et jetant partout son eoup-d*€BH.
C'est le duc de Trévise qui lesle à Soissons : tandis qu'il y dfaputera le passage à rarmée de HfiMAer, NapoUen tourne ses armes contre un nouvel ennemi.
Dans la nuit du 11 an 13 mua, an moment où l'armée athdt se mettre en marche pour revenir sur la Seine par la roule de Soissons k Chitean-TbiiMrrf , Napoléon a reçu la nouvelle que le corps d'aurmée du général russe Sainte Priest, qui manoravFsil du celé de Chàlons-eurJUame, viortde s'emparer de leims. Le général Coièinean, aidé de la ««Valérie du général Defrance, avait d'abord repoussé l'ennemi jusqu'à Siilery ; mais les Russes étaient revenus au nombre de qnhu» mille bonkmes, et il avait fiiUu céder. On eroymt Corbineau pris ou tué.
L'occupation de Beims par l'ennemi rétablissait les eommumoiti(ms de Schviranenberg avec BlOchsr; i'aileurs cette ^treprise tournait d^à b position qui venait d'être assignée au duc de Trévise : Napoléon ne peut né- (^ger cet ennemi ; il prend aussitôt le chemin de Betms, et, le soir même, il arrive aux portes de b viBe. Les Russes, quoique surpris, n*en montrent pas moins la résolution de se éélénàee. On se but toute k soirée et une partie de la nuit. Bnfin, le général ennemi est grièvement blessé; on l'emporte, ses troupes le suivent , et Napoléon «itre à Reims à une heure du matin (1).
(I) 1^ résoltat de celte tffaire, oA les Françato B*ettreiii pM ao-delî de tepl à b«H cenu hommes bon de eomliei, e« Bomère desquels élaii le comte de Ségur, fat pour i^enneni une perte de sept h huit cents taés, le double de blessés, et d«^ux mille cinq cents prisonniers, onze bouches k feu • cent chariots de nuuiaous et un équlpefla de pont. Au nilieudes
CAMPAS» M 1814.
LeB 8Mdbeafeiu habitania avaient Um% à craindre d'un tumulte que Foba* Gorité de la nuit pouvait porter au oonUe. Cependant ( et il but le dire à la louange des Busses et des Français), les uns ont évacué la ville, les autres en ont {Nns possession « sans qu'il y ait eu daatres dommages que ceux qui sont inévitables dans un combat Gorbîneau, qui avttt disparu au moment de roccupalion de Reims par Tennemi , se retrouve le 14, à la pointe du jour, parmi les bourgeois de Beims, qui viennent bàn foule devant le logis de Napoléon : il était resté déguisé ches un balâtMit.
Les troupes du duc de Raguse, après s'èlre ralliées au pont de Béry-au-Bac, étaient venues prendre part À Tattaque de Beims. Leur cbef est appelé pour rendre eomfie de son désastre ; il se présente : à sa vne^Napdéon s'emporte en reprodies, qui n'mtrent que trop avant peutrétre dans le cœur du raar^ chai. Cependant, après les plaintes, viennent les explications : bientôt les sentiments que Napoléon a toujours portés à son aide-de-camp prennent le dessus, et ce n'est plus qu'un maître
trophées d*noe victoire si complète, Napoléoo eat no secret dépit d'avoir laissé échap» per celui qui aurait pu constater son triomphe dans Paris ; mais il voulat aftoueir en qnelilM sorte les regreU des propriéuiros des manafeetures que les troupes légères russes avaient incendiées. « La même batterie qui a » tué le général Xorean devant Dresde , dit » le rapport officiel , a aussi blessé à mort le » général Salnt-Friesiqui amenait les TarUres » dans sa belle pairie. »
L*Empereur entra dans Reims à une heure du matin. La ville fut spontanément illuminée, et le peuple, dans Tivresse de sa joie, se précipita an-devant de lui, et le eondnisit en triomphe à l^nUtl-de-Ville. (Wmofref poiur sfrvfr à ^kUMre âê la Campa^pw âe IS14, par le général Koch)
en l'art de la guerre qui relève les ftiutea d'un de ses élèves de prédilection : Napoléon finit par le retenir h dîner.
Le même jour, 1(, l'armée reçoit un^ renfort précieux dans la circonstance :
on le doit au zèle et à l'activité du général Jaussens, Hollandais, ancien gouverneur du cap de Bonne -Espérance, qui commande en ce moment sur la frontière des Ardennes. Les émissaires qu'on lui a envoyés pour le prévenir de l'arrivée de l'armée sur les bords de l'Aisne lui sont parvenus. lia tiré aussitôt tous les détachements qu'il a pu des garnisons qu'il commande ; et de ces détachements, réunis h Mézières, il a formé en dix jours un corps de six mille honmies, qu'il amène Ini-méme par la route de Bethel.
Tandis que le prince de la Moskowa s'avance vers Châîons, l'armée fiiit halte dans les environs de Beims , et y passe les journées du 14, du 16 et du 16. Ces trois jours de repos sont indispensables pour se préparer à de nouvelles marches. Napoléon les met à profit dans son cabinet , et médite ce qui lui reste à faire.
Cette halte militaire est une des dernières dans lesquelles il trouve le tempe de signer le travail de ses ministres, et de mettre toutes les affiures de l'Empire au courant. Il passe une grande partie du jour avec le duc de Baasano. Chaque semâMie , un auditeur du conseil d'état lui apportait le travail de Paris : quelles que fussent les bUgues de la guerre et la gravité des circonstanees, il voyait tout, il pourvoyait à tout, et jusqu'alors il avait pu suffire aussi bien aux affaires de l'intérieur qu'à celles de Fermée.
vtufixi.
asm* ^ COUVAT d'a&ci^
( Da 16 aa 21 mars. )
Napoléon trouve dans la lecture de ses dépêches des renseignements qui hil permettent de jeter un regard autour de lui.
Au Nord, le général Maison continue de manœuvrer entré Toumay , Lille et iCdurtray, et contient Tennemi.
Le général Carnot est resté matfre de h campagne d'Anvers , et tient les Anglais à distance. Ceux-ci, après avoir échoué dans la tentative d'un bombardement dont notre flotte était le point de mire, viennent d'éprouver un échec îplus sanglant.
Leur général, Graham, avait des intelligences dans Berg«op-Zoom ; la nuit du 8 au 9 mars , ses troupes surprennent l'entrée d'une porte ; quatre mille Anglais pénètrent dans la place; ils s*en croient maîtres t mais la présence d'esprit du général Bizannet retourne le péril contre ceux qui Tout apporté : il rallie ses troupes , marche aux Anglais, les surprend dans l'hésitation de la nuit, les chasse de rue en rue, les accule aux portes qui se sont refermées sur eux ; et tout ce qui est entré dans la place y demeure mort ou prisonnier. Bayard n'aurait pas mieux Ihit!
Du côté de Lyon, l'horizon s'est rembruni. Le duc de Castiglione , au lieu "de remonter la Saône , et de se porter franchement sur Vesoul, s'est amusé à guerroyer avec le général Bubna, qu'il a renfermé dans Genève ; mais tandis qu'il avait son quartier-général à Lonsle-Saulnier , les généraux Hesse-Hombourg et Bianchi, détachés de la grande
armée autiMMeniie , artrvaieiit à marche forcée sur Dijon, pour oecuper lee routes de la Saône, et préserver les ^ liés de la {dus daBgereufld divweiôo qu'ils eussent à redouter.
Augereau surpris s'est vu foreé de lilre une cefitr»«iarelie vers eux. Le T mars, il a abaMomié le paysdeflex et la Francbe-Gonité. Ses illnstons à regard de Buhna, qu'il eroydt sm seul ennemi , sont dissipées : nuds il eal trop lard. Il a manqué Teecasioa de sauver la Ftenee. Ses eflbria "Wài se borner à couvrir Lyon ; el, dès ce moment, il cesse de peser dans la balanae des grands événements de la eampagne. Napoléon se décide à remplMer Augereau par un général plus actif et plus entreprenant. H jette d*abonl les yeux sur son frère lérôme; mais, poor inspirer confiance aux troupes, il dut un général dont ta réputation soit p^ puiaire, et Napoléon arrête déflQithFement son ehoix sur te maréolud 8a« chet.
Au pied des Pyrénées, tout annonce de la part de l'armée et de son chef on dévouement qui semble défier même les revers. Le maréchal Soult, après avoir tenu en échec , pendant près de deux mois , toutes les forces de Wellington devant Bayonne, a dû abandonner la ligne de l'Adour. Il y a été forcé, le 37 février, par la perte de la ba* taille d'Orthez. Sa retraite se fait sv Toulouse dans un ordre admirable ; et déjà, le 2 mars, au combat de Tarbes, il vient de prendire sa revanche en taîl* lant en pièces les troupes portugaises du général d'Acosta. Mais eette brave armée est affaiblie par les renforts qu'elle ne cesse d'envoyer sur Paris ; Bayonne est donc abandonné à ses propres forces , ûi le chemia de Bordeaux est ouvert.
A Paris, l'on tremble encore une fois.
tes ducs de Tarante et deReggio n'ont pu conserver Troyes; ils Font évacué le &• mars. Ils ont ensuite essayé d'arrêter l'ennemi au passage de la Seine à Nogent : « Mais l'armée de Schv^arzen- » berg, écrivent-ils, s'avance avec assu- » rance , et ils prévoient qu'ils vont » être forcés à continuer leur retraite. »
Les progrès de l'ennemi, par tant de routes différentes, commencent à don* ner de la consistance aux espérances de la maison de Bourbon. Le duc d'Angoulême étend ses intelligences jusqu'à Bordeaux et dans tout la Midi ; H. le comte d'Artois se fait voir dans la Franche-Comté et la Bourgogne.
On a signalé ses agents dans Paris et les amis de la dynastie impériale en ont pris l'alarme. Le prince Joseph , pour conjurer Forage, a risqué de donner à l'impératrice le conseil d'écrire secrètement à son père; mais cette princesse s'est refusée à faire une pareille démarche sans Taveu de Napoléon.
La tentative du prince Joseph suffirait seule pour faire entrevoir à Napoléon à quelles inquiétudes on s'abandonne. t)écidé à combattre à outrance, il n'a plus de temps à perdre ; il veut porter ua coup décisif, et ce ne peut être qu'en risquant le tout pour le tout.
Il faut d'abord sauver Paris ; l'ennemi peut y être le 20. C'est donc sur Schwarzenberg qu'il faut marcher.
Mais on a besoin d'un avantage signalé, et ce n'est pas en attaquant de front qu'on pourra l'obtenir ; l'armée française est maintenant trop peu nombreuse : c'est en queue qu'il faut aller prendre les Autrichiens. Cette manœuvre offre la chance de jeter le désordre dans l'arrière-garde ennemie, de faire des prises importantes, de déranger les combinaisons de l'attaque
principale , et de placer les souverains alliés au coeur de la France dans une position farte pour les inquiéter. Au pis aller » notre retraite pourra toujours se faire sur les places de la Lorraine.
On suppose Schwarzenberg arrivé à Nogent. Pour déboucher sur le dos de Tennemi, l'armée française va donc se diriger sur Èpernay, la Fèra-Champenoise et Méry. Le corps du prince de la Moskowa, qu'il avait été question de détacher en partisan sur la Lorraine , suspendra l'exécution de ce plan pour venir prendre part aux efibrts que toutes nos forces réunies vont encore risquer. Ce corps d'armée suivra la grande route de Châlons à Troyes , et gagnera l'Aube ; le rendez-vous est sur les bords de cette rivière.
Mais, pendant le mouvement» Paris va se ti^ouver découvert. Déjà Blûcher pousse des partis sur Compiègna. L'im* pératrice et le roi de Rome resterontils exposés à être renfermés dans la capitale , sous l'influence des ennemis du dedans et du dehors ? Napoléon veut avaiit tout assurer la liberté de sa femme et de son fils. Il enjoint au prince Joseph de les faire partir de Paris , à la moindre apparence de danger , et de les envoyer avec les ministres sur la Loire.
Toutes ces dispositions faites, l'armée se met en route le 17 au matin.
On ne laisse à Reims que le corps d'armée du duc de Raguse. Il doit s'entendre avec le duc de Trévise pour disputer pied à pied le chemin de l9 capitale aux masses de Prussiens, de Russes et de Suédois qui vont les déborder.
Napoléon arrive de bonne heure à Epernay. Il descend chez U, Moitte^ maire de la ville. C'est là qu'il apprend les événements de Bordeaux. Les An-
L'EHPIIE.
glais y sont entrés; ils y ont été appelés par le maire luî-méme, par le comte de Lynch. D'abord les propositions de ce maire ont étonné Tennemi , qui a hésité à s'y confier. Les gazettes retentissaient encore de ses protestations de dévouement à Napoléon, et Wellington lui faisait Thonneur de craindre un piège dans sa double conduite; mais le duc d*AngouIéme avait été entièrement rassuré à cet égard par les missions de BI. deLaRochejacquelein, qui, depuis quelques jours, allait de Bordeaux chez le prince , et de chez le prince à Bordeaux.
Wellington, cédant aux instances du duc d'Àngouléme, avait donc consenti à détacher la division du général BeresTord pour donner aux partisans de la naaison de Bourbon Tappui qu'ils réclamaient ; et ceux-ci , dès qu'ils s'étaient vus protégés par les baïonnettes anglaises, avaient proclamé Louis XYIU. Cette résolution avait eu lieu le 13 mars. Le duc d'Angouléme était attendu à Bordeaux pour y faire son entrée.
Cette défection n'étonne pas Napoléon ; il semble s'attendre à de plus douloureuses épreuves I
Les bons habitants d'Eperoay avaient défoncé leurs cachettes pour faire accueil à l'armée : pendant quelques heures, le vin de Champagne fait oublier aux soldats leurs fatigues, et aux généraux leurs inquiétudes!
Le 18, l'armée continue sa marche vers l'Aube. On suit la lisière qui sépare hi Champagne de la Brie , et l'on s'arrête à la Fère-Qiampenoise pour y passer la nuit.
Dans la soirée, Rumigny arrive de Chàtillon. Il annonce à Napoléon que les temporisations diplomatiques touchent à leur terme. Les plénipotentiaires des alliés, n'ayant plus d'inquiétude
pour Blûcber, ont renfermé aussitAI le duc de Yicence dans un délai de trois jours pour souscrire aux conditions proposées : pressé de cette façon» le plénipotentiaire de France a remis le 15 un contre-projet ; mais dans une pareille démarche, et surtout lorsqu'il ne s'agit que de cessions et d'humiliations, le duc de Yicence n'est pas homme à avoir dépassé ses pouvoirs; il est donc probaÛe que son contreprojet, quelque modéré qu'il puisse être, va devenir le signal de la rupture. Tandis que. nos derniers courriers font mille détours au gré des caprices des commandants de troupes alliés, le délai fatal doit avoir expiré : ainsi le sort en est jeté.
La sensation qu'en d'autres temps cette nouvelle aurait pu faire, va se perdre dans la gravité des événements qui surviennent presque aussitôt.
Les renseignements que Napoléon reçoit sur l'ennemi sont de nature à le faire persister dans sa marche sur Méry.
Schwarzenberg avait ces jours derniers son quartier-général à Pont ; il y a passé la nuit du 13 au ik. Il paraît être en pleine marche sur Paris; son avant-garde, commandée par Wittgenstein, était le 16 à Provins. Le duc de Tarente et le duc de Reggio ne cessent d'écrire qu'ils sont poussés sur Paris par toute l'armée autrichienne. Tout confirme donc Napoléon dans l'espoir qu'il va tomber sur l'arrière-garde et sur les bagages de l'ennemi.
Le 19 au matin, on se hâte de partir de la Fère-Ghampenoise pour aller passer l'Aube à Plancy, et dans la soirée notre avant-garde, débouchant à travers les cendres de Méry, se retrouve au hameau de Châtres, sur la grande route de Troyes à Paris. On intercepte des bagages, on culbute des jpontons,
on fait quelques prisonniers, on recueille de nouveaux renseignements, et la véritable situation des choses s'éclaircit.
Napoléon a été trompé par les alarmes de la capitale. Depuis cinq jours, les ennemis ne marchent plus sur Paris. Ils sont revenus à Troyes; leur avant-garde s'est en effet avancée jusqu'à Provins , mais le gros de l'armée autrichienne est resté presque stationnaire pendant tout le temps qu'a duré l'incertitude des alliés sur les événements de Laon et de Reims. L'échec éprouvé par Saint-Priest et le séjour de Napoléon à Reims ont encore ajouté à l'indécision des généraux ennemis.
Ils avaient d'abord fait dire à leur avant-garde de s'arrêter ; ils lui avaient ensuite ordonné de se replier sur Nogent et Villenoxe. La nouvelle que Napoléon revenait sur la Seine, et qu'il était à EperQay, avait converti soudain ce premier mouvement en une retraite générale. Platow, qui était à Sezanne avec tous ses Cosaques, était revenu le 17 sur Arcis; les ponts de Nogent avaient été levés précipitamment; le grand quartier-général des alliés s'était replié sur Troyes; les gros bagages avaient reculé plus loin. Il était même question chez l'ennemi de se retirer' jusqu'à Bar (1). Les troupes que nous venons de surprendre à Châtres sont
(1) C'est dans cette terreur panique que l'empereur Alexandre fit dire, i quatre heures du matin, au général Schwarzenberg qu'il fallait envoyer un courrier à Châtillon pour qu'on signât le traité de paix que demanderait le duc de Vicence. (Voyez Wilson sur la Russie, édition de Paris, de 1817, page 90.) On assure que Panxiété que l'empereur Alexandre éprouva à celte époque , fut si grande , qu'il disait lui-même «que la moitié de sa tête. en 9 grisonnerait. » ( Beaochamp , page 112 , tome 11.) VQ.
Tarrière-garde de l'arrière-garde ; elles appartiennent au corps de Giulay , et ramènent les derniers bateaux du pont qui avait été jeté à Nogent.
Ainsi, plus de doutes; la grande ar^ mée autrichienne a rétrogradé ; Paris en est délivré, et le retour de Nap(déon a suffi pour ce résultat. Mais ici le succès tourne contre nous ; il dérange nos plans f fait venir l'armée au pas de course , de Reims jusqu'à Méry, pour frapper sur le vide, et nous rejette dans le cercle des incertitudes, en imposant à Napoléon la nécessité d'entreprendre un nouveau système d'opérations. Le seul avantage qu'on ait obtenu , c'est la jonction avec les corps des ducs de Tarente et de Reggio. Ces maréchaux arrivent de Villenoxe à Plancy, croyant suivre les traces de Wittgenstein ; malgré cette réunion, nos forces sont encore tellement disproportionnées , qu'il est impossible de se commettre aux hasards d'une bataille rangée. Les considérations qui à Reims ont décidé à manœuvrer sur les derrières de Schwarzenberg se représentent avec les mêmes probabilités. Napoléon reprend donc son premier plan. Nous avons tourné trop court en rabattant de Fère-Champenoise sur Plancy; maintenant, pour nous replacer dans la direction qui conduit sur les derrières de l'ennemi, nous allons remonter l'Aube jusqu'à Bar, s'il le faut.
Le 20 mars, toute l'armée était donc en marche pour remonter l'Aube : on arrive de bonne heure à la hauteur d' Arcis. On ne devait pas s'y arrêter , mais on aperçoit sur la route de Troyes quelques troupes ennemies : des détachements vont les reconnaître; ils trouvent de la résistance, l'avant-garde s'engage, le canon gronde. Napoléon accourt, il appelle successivement toutes sçs trpupes; les forces de l'ennemi
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lis L'EMPIAB.
s'accroissent aussi, mftis dans une proportion bien plus forte ; et bientôt Napoléon, qui a eu Tespoir de tomber sur un corps isolé, reconnaît que c'est Tàrmée de Schwarzenberg tout entière qu'il a devant lui.
De nouvelles ^résolutions cbez les alliés avaient amené de nouveaux baisait.
Au moment où le prince Schwarzenberg se disposait à évacuer Troyes pour continuer sa retraite, l'empereur Alexandre s'était opposé à ce mouvement. Un conseil de guerre avait été convoqué dans la nuit, et l'on avait avisé aux moyens de ne pas toujours îreculer devant nos petites armées. A cet effet, on était convenu de se procuitt* une masse de forces telle que le nombre pût désormais l'emporter sur le courage, triompher des manœuvres et maîtriser toutes les chances. Le nouveau plan consiste à réunir en une seule armée les forces immenses de ttlûcher et de Schwarzenberg. Toute opération d'attaque ou de retraite doit être ajournée jusqu'après cette grande concentration. Déjà Tordre avait été donné à Blûcher de se rapprocher des bords de la Marne ; en conséquence, il n^ a plus qu'à se mettre en marche ipour aller au-devant de lui. Le rendezvous général est donné dans les plaines de Chàlons : Schwarzenberg s y rendait par la route d'Arcis.
Combien Napoléon, fatigué de conseils timides et de récits décourageants, était loin de soupçonner qu'il pût encore intimider ses ennemis au point de leur inspirer des marches d'une si haute prudence ! En cherchant à manœuvrer sur leurs flancs, il est tombé dans la nouvelle direction qu'ils viennent de prendre , et retrouve leur avant-garde. Cette rencontre est extrêmement critique pour l'armée fhm-
çaise. Napoléon y court personnellement de grands risques. Enveloppé dans le tourbillon des charges de cavalerie , il ne se dégage qu'en mettant l'épée à la main. A diverses reprises, il combat à la tête de son escorte ; et loin d'éviter les dangers, il semble au contraire les braver. Un obus tombe à ses pieds; il attend le coup, et bientôt disparaît dans un nuage de poussière et de fumée : on le croit perdu ; il se relève, se jette sur un autre cheval, et va de nouveau se placer sous le feu des batteries I... La mort ne veut pas de lui.
Tandis que l'ennemi se développe et forme un demi-cercle qui nous renferme dans Arcis, l'armée française se rallie sous les murs crénelés des maisons des faubourgs. La nuit vient la protéger dans cette position, nriais on ne peut espérer de s'y maintenir longtemps; à chaque instant l'ennemi nous resserre davantage. Les boulets se croisent dans toutes les directions sur h petite ville d'Arcis ; le château de M. de la Briffe, où se trouve le quartier impérial , en est criblé. Les faubourgs sont en feu , et nous n'avons qu'un seul pont derrière nous pour sortir de ce mauvais pas. Napoléon met la nuit à profit; le 21 au matin, un second pont est jeté sur l'Aube, et le mouvement d'évacuation commence.
Cependant l'affaire s'est engagée de nouveau sur toute la ligne, et dure une partie de la journée. On ne combat plus pour la victoire, mais on fait tète à rennemt ; on le retient, on Farréte , quand il pouvait nous écraser, et Ton repasse l'Aube avec ordre. Les ducs de Tarenle et de Reggio restent les derniers sur la rive gauche.
Cette affaire achève de convaincre rarmée qu'elle est trop faible pour lutter corps à corps contre les masses dé
GAMPÀGNI 01 i8i4.
rênoetbi. N'ayaot pu leur barrer le passage de TÀube, pouTonsHious peu* aer à leur disputer le cheoiiQ de la capitale? Napoléon ne veut point reculer devant Schwarsenberg jusqu'aux barrières de Gharenton. Il abandonne la route de Paris, et opère sa retraite par les chemins de traverse qui conduisent du côté de Vitry-le-Français et de la Lorraine.
MARGflU ET GOHTRS-IIARGBftS EITRB VITRT, SAIRT-DnSIBR BT DOULB- VBRT* -— RBTOOR S€B PABIS.
(Dtt21au31mars. )
Noas voici désormais séparés de la capitale : les avenues en sont ouvertes à l'ennemi ; mais aura-t-ii la confiance d'y marcher?
Le parti que prend Napoléon menace les communications principales des alliés, et va peut-être allumer un fatal incendie sur leurs derrières. S'ils donnent à cette manœuvre hardie l'attention qu'elle mérite, Paris n'aura Tien à craindre. Déjà ils semblent suivre nos traces avec inquiétude ; les ducs de Reggîo et de Tarente, qui sont à l'arrîère-garde , font dire que toute Tarmée ennemie est à notre poursuite.
NaiM)léon,en s'éloignant, emporte donc l'espoir d'attirer les alliés dans un nouveau système d'opérations. Mais en même temps Napoléon ne perd pas de vue la rive gauche de la Seine, que les alliés viennent d'abandonner; il veut manœuvrer de manière à rester toujours maître de revenir sur Paris par cette routé.
On passe la nuit du 21 au 22 au village de Somepuis.
Le 22, on traverse la Marne au gué
de Frignioourt. Un détachement va sommer. Vitry-^le^Français d'ouvrir ses portes, et la journée finit par de vaines démonstrations contre cette place. Napoléon s'arrête au château de Plessis-ô*le-Comte, commune de Longchamps, entre Vitry et Saint^Dicier. Il y dicte le bulletin d'Arois et quelques dépêches pour Paris ; mais les coumers n'ont plus de route : on a recours à des émissaires qui promettent de gagner Paris à travers champs.
Le 23, l'armée continue son mouvement. On couche à Saint^izier ; c'est dans cette ville que le duo de Vicence rejoint le quartier impérial. Il a quitté Chàtillon le 20 mars ; il est accompagné du secrétaire de légation Rayneval ; et pour arriver jusqu'à nous, ils ont dû subir les nombreux détours que l'ennemi leur a prescrits.
Ce retour du duc de Vicence sert de prétexte aux pr(^s d'un soUrd mécontentement qui règne dans la plupart des états-majors-généraux. Il y a autour de Napoléon lui-même trop de personnes qui s'éloignent de Paris avec regret. On s'inquiète tout haut; on commence à se plaindre. Dans la salle qui touche à celle où Napoléon s'est enfermé , on entend des chefs de l'armée tenir des propos décourageants.
Les jeunes officiers font groupe autour d'eux. On veut secouer l'habitude de la confiance. On cherche à entrevoir la possibilité d'une révolution ; tout le monde parle, et d'abord on se demande : « Où va-t-on? Que devenons-nous?
» S'il tombe , tomberons -nous avec » lui ? » Jamais Napoléon n'a eu plus besoin de sa forte volonté pour lutter contre l'opposition qui l'entoure ; mais, pour la première fois, il ignore ce qui se passe chez lui.... ou feint de 11gnorer.
Après l'aveu qui vient de nous échap-
740 L'EMPIIE.
per , h&tons-nous de rendre justice à Tarmée. OfSciers et soldats , tous ont conservé Ténergie et le dévouement qui peuvent seuls faire réussir la campagne aventureuse à laquelle on est près de s'abandonner.
Napoléon, avant de prendre un parti définitif, a besoin de recueillir des renseignements plus certains sur celui auquel la grande armée des alliés s'est elle-même décidée. Pour mettre le temps à profit , et continuer l'exécution de ses projets , il fait attaquer toutes les routes deTennemi ; il envoie du côté de la Lorraine le duc de Reggio, qui s'établit à Bar-sur-Omain , et du côté de Langres le^énéral Pire, qui va courir jusqu'à Chaumont. Ces routes sont les lignes d'opération des alliés ; elles sont couvertes de leurs parcs, de leurs bagages, de leurs voyageurs ; on y trouvera des nouvelles, et il est possible d'y faire d'importantes captures !
En attendant , l'armée prend position sur la route qui communique de Saint- Dizier à Bar-sur-Âube. Le 24 au soir, le quartier impérial s'établit à Doulevent; nos ailes s'étendent , l'une vers Bar, l'autre vers Saint-Dizier, prêtes à déboucher également sur les routes de la Lorraine , sur celles de la Bourgogne , ou sur la route de Paris par la rive gauche , suivant les avis qu'on recevra.
Napoléon reste toute la journée du
25 à Doulevent. Pendant ce repos, la cavalerie du général Pire entre à Chaumont, intercepte la route de Langres, enlève des estafettes et des courriers, soulève les paysans, et répand l'alarme depuis Troyes jusqu'à Vesoul. Mais le
26 au matin. Napoléon est tout à coup rappelé sur Saint-Dizier; l'ennemi y attaque vivement notre arrière-garde; il l'a forcée d'évacuer cette ville, et s'avance avec une confiance dont Napo-
léon croit pouvoir profiter. L'armée arrive donc inopinément au secours de l'arrière-garde, et rétablit le combat.
La cavalerie des généraux AClhaud et Sébastiani bat l'ennemi au gué de Valcourt sur la Marne. Les alliés en désordre abandonnent Saint-Dizier, et s'enfuient par les deux routes oppotsées de Vitry et de Bar-«ur-Omain.
Napoléon rentre encore une fois à Saint-Dizier ; il y passe la nuit.
n croyait être poursuivi par l'armée du prince Schwarzenberg, et il apprend par les déclarations des blessés que c'est à un détachement de l'armée de Blûcher qu'il vient d'avoir affaire : les rapports de l'arrière-garde n'avaient cessé de répéter que toutes les forces de l'ennemi couraient après nous , et il acquiert la certitude que le corps d'armée de Wintzingerode est le seul qui ait été envoyé à notre poursuite.
Que devient donc Schwarzenberg ?
Comment les troupes de Blûcher , qui naguère menaçaient Meaux , se trouvent-elles maintenant aux portes delà Lorraine? On se perd en conjeo tures.
Napoléon prend le parti de pousser une forte reconnaissance sur Yitry , et le 27 au soir il recueille, sous les murs de cette place, des détails qui lui donnent enfin l'explication des mouvements de l'ennemi. Les dépositions des prisonniers , le rapport de quelques-uns de nos soldats échappés des mains de l'ennemi , les bulletins des alliés , leurs proclamations imprimées, que les paysans des environs de Vitry nous apportent , confirment la vérité sur les événements qui viennent de se passer.
Tandis que Schwarzenberg forçait le passage de l'Âube à Arcis, Blûcher arrivait par la route de Reims sur les bords de la Marne. II avait rejeté du
GAMPiGNB o6té de Chàteatt-Thierry les corps du duc de Raguse et du duc de Trévise.
Le 23, la jonction des armées de Blucher etde Schwarzenberg s'était opérée.
Jamais, depuis Attila, Timmense plaine qui s'étend entre Cbàlons et Arcis n'avait contenu plus de soldats I
Il restait aux alliés à décider s'ils marcheraient contre Napoléon, ou s'ils s'avanceraient sur Paris; ils avaient longtemps hésité. Les chefs les plus prudents, craignant une Vendée impériale^ avaient parlé de se retirer sur le Rhin ; et la réunion de toutes leurs forces ne leur paraissait pas moins nécessaire pour effectuer une telle retraite que pour marcher en avant :
mais sur ces entrefaites, des émissaires secrets étaient arrivés de Paris (1), ils
(I) Depuis la rupture des conférences de Ch&tillon, le Czar avait reçu du sein de Paris même la première communication un peu authentique de la situation réelle de cette capitale, etc. (Beauchamp, tome II, page 139.)
Si les révélations historiques du M. Beauebarop ne suffisent pas, nous pouvons y ajouter les aveux précieux échappés à M. Tabbé de Pradt : « Les alliés, se sentant sur un ter- » rain tout neuf, au milieu d'éléments absolu- » ment inconnus, désiraient s'appuyer des con- » naissances des personnes quMls supposaient » être les mieux informées de Tétat intérieur 9 de la France. MM. de Talieyrand et de Dal- » berg avaient fixé leur aUention d*une ma- B nière plus particulière.... Quelque peu de ti- » très que je puisse avoir & partager cet hon- » neur, il m*avait été ^ccùtàé. On avait poussé » rattintUm jusqu^à pourvoir à notre ave-- » tdr, s'il eût été compromis par les événe- » menls... Nos réunions avec les personnes ci- » dessus citées continuaient toujours, et sou* » vent plusieurs fois par Jour. Le congrès de » (MUUon était notre fléau. Nous n'avons pas » laissé passer un Jour sans miner, sans ébran- » 1er la domination de l'Empereur, et sans » chercher ce qu*U lui fallait susciter au Jour » de sa chute. Les armées françaises se trou- » valent interposées entre Paris et les alliés, > les communications avec eux étaient de la
avaient apporté la nouvelle qu'un puissant parti attendait les alliés ; dès lors' toute irrésolution avait cessé. Certain d'avoir la trahison pour auxiliaire, l'ennemi avait choisi pour h première fois le parti le plus hardi, et le 33 mars au soir une proclamation qui annonçait à la France la rupture des négociations de GhàtiUon , et la rétmion des deux grandes armées européennes, avait publié la résolution des alliés de s'avancer en masse sur Paris (1).
» plus extrême difficulté. Le premier qui ait » triomphé des obstacles fut M. de VitroUes, et » c^est par lui que les ministres des grandes «puissances commencèrent à acquérir des » connaissances positives sur Tétat des afîaires » intérieures, qu'ils ignoraient tout à fait.» ( Extrait du récit historique publié par M. de Pradt sur la restauration de la royauté, pages 30, 31,32 et 47.)
Pour achever d'éclalrdr celte époque décisive de la campagne, nous finirons par la déclaration que M. Wilson, témoin oculaire , a publiée, page 91 de son écrit, sur cette campagne. «Les alliés se trouvaient dans un cer- » de vicieux, d'où il leur était impossible de » se tirer, si la défection ne fût venue à leur » secours. Ils étaient hors d'état d'assurer leur » retraite, et cependant obligés de s'y déter- » miner. Cette défection favorable à leur eau- » se, et qui, à ce que Ton croit, était préparée » de longue main, fut consommée au moment » même où les succès de Bonaparte semblaient » hors du pouvoir de la fortune ; et le mouve- » ment sur Saint-Dizier, qui devait lui assurer » l'Empire, lui fit perdre la couronne. »
(I) Ce fut vers cetm époque que le cabinet de Londres commença à dérouler le plan dans la connaissance duquel il avait initié la Russie depuis l'ouverture delà campagne, et qui consistait à replacer les Bourbons sur le trône de France. On en avait fait une espèce de mystère à la cour de Vienne, tant q^*(m parut vouloir traiter avec Napoléon; mais dés ofu'on eut amené les choses au point de rendre la rupture du congrès inévitable, on fit entrevoir à l'empereur d'Autriche que la France ne pourrait être ramenée dans ses anciennes limites, qu*autant que le rétablissement de la maison de Bourbon, en imprimant un mouvement
Lwmn.
Lei duQtd«TrénM«t de laguie à»* ment présenter qudques obstacles à k marche de renoemi ; ils pouvaient du moins rallier à eux les r^forts et les oon?ois qui sortaient chaque jour do la capitale pour aller rejoindre Na* poléon; multiplier, par une retraite digne de leur talent , les fatigues de leurs adversaires , el se retirer enfin l sans avoir été entamés, jusqu'aux bai^ ricades des faubourgs de Paris : mais tous les msdheurs devaient nous accabler à la fois. Les deux maréchaux, persuadés que Napoléon faisait sa retraite sur eux , avaient cru devoir se porter au*devant de lui. Ils n'avaient reçu aucun des officiel que ré(at«
contraire à Tesprllde conquête dont la nation paraissait animée comme son chef, la disposerait à un sacrifice si pénible à son orgueil; ajoutant quMl serait difficile de favoriser ses prejets d'agrandissement en Italie, s'il n^adoptait franchement cette Toie expéditive, de concilier Hntérêt général des puissances avec le sien. Ces communications donnèrent ï réfléchir à François II ; et s'il importait à sa dignité de conserver un trône à sa fille, il lui parut bien plus avantageux de rentrer en possession des belles provinces dont il avait été dépouillé. Fatisant donc taire dans son cœur les sentiments paternels qui s'élevaient en foveur de rinfortunée Marie-Louise, il consentit à ToffKr une iecùnde foU en holocauste, pour obtenir ce que ses armes n'avaient pu gagner en quinze campagnes.
Tel était l'état général des affaires politiques au 21 mars. Non seulement les souverains alliés avaient rompu les négociations avec Napoléon, mais encore, pris rengagement de poursaivre la guerre Jusqu'à ce qu'ils l'eussent détrôné.
Pour retarder cette catastrophe, il ne lui restait que cinquante mille hommes,di visés en deux corps principaux, séparés par des masses formidables, et qu'il n^aurait pu réunir que sous Paris, en renonçant & Tinstant au projet de manœuvrer sur les derrièref de la Grande- Armée.
{MimoireM pour êerfAr à VhUhire de la Campagne de 1814» par le général Koch.)
major leur avait eut oyéa. k Chftieau- Thierry , s'étant hasardés fc marchèf sur Fère-Ghampenoise, ils étdent venus donner tète baissée sur la masse des alliés ; aussi avaient^b été éera** ses* Ces événements avaient eu lieu le 25 mars , et les alliés les proclamaient sous le titre de mMîre de Fèrt-ChampenQÙe (1).
(1) L'engagement durait depuis sept heures , et les maréchaux se flattaient de gagner les hsutears de Père-Ghaaipeaolse «a combattant, loraqa'iuM affreuse giboalée vint segmenter l'embarras du mouvemeat rétrogradesur Cflftnantray. La cavalerie de la garde russe, favorisée par cette averse qui fouettait le front de la ligne firançaise , chargea les cairastiers à peine refbrmés , les culbuta sur l'Hifiinteria ec leur esleva deax pièoes d'artiikrie. Les di* visions de Jeune garde n'eurent que le temps de se former en carrés. Deux de la brigade Jamin furent sabrés et le général pris. Ceux de la brigade Le Capitaine perdirent leur artillerie et souffrirent beaucoup sans avoir élé entamés. Pour surcroît de malheur, l'orage grossissait; il grêlait avec violence; aucune amorce ne prenait, et Ton ne pouvait faire usage que de la baïonnette. Dans cette scène de carnage, que le désordre de la nature rendait encore plus horrible , Ton ne distinguait plus les siens à trois pas, et deux fois les maréchaux se réfugièrent dans les carrés pour n'être pas entraînés par les fuyards. Enfin le temps s^éclaircit ; la bonne contenance des divisions Ricard et Cbristiani, aux extrémités de la ligne , donna le temps à la cavalerie de passer le ravin de Gonnantray , et de se refDrmer de l'autre cdté.
▲ peine l'armée française fut-elle ralliée derrière Gonnantray , qu'on vil s'avancer sur la gauche une colonne soutenant un vigoureux combat. Getle colonne, dont l'apparition causait de l'étonnement et de l'inquiétude aux alliés, était celle des divisions Pacthod et Amey qui escortaient un grand convoi. Elles avaient marché presque toute la nuit; les chevaux tombaient de fatigue ; le général PacUiod se croyant à l'abri de tout danger, d'après une lettre du duc de Trévise qui l'engageait à rester jusqu'à nouvel ordre k Bergères, jugea avoir le temps de les faire Tafraichir à Villeseneux; il y fut attaqué, voulut se retirer sur Fère-
CâMPAGNB OB 1814.
Le même jour B5, le caawi du générai Pacthod , qui amenait de Paris de Tartilierie et des munitions, avait été enlevé du c(^té de Sorapuis ; cette file de canons augmentait encore la liste des pièces que Tennemi se vantait d'avoir prises au combat de Fère^Champenoise.
En résumé, le soccès des alliés était complet; la fortune avait pris plaisir à multiplia pour eux les fruits de la ren* OMitre d*Arcis. Ils s'avançaient sur Paris , n'ayant plus devant eux que des fuyards.
A peine le voile qui couvrait notre situation est^il tombé , que Napoléon
Champenoifle , et saccomba malgré la résistance la plus héroïque*
CependaDt le généralissime, l'empereur de Russie et le roi de Prusse, arrivés à Fère-Champeuoise ayee leur simple escorte, surpris de la canomiade qui grondait sur leur droite, autant que de Tattitude d'une armée qu'ils croyaient en déroute, rappelèrent la majeure partie de la cavalerie lancée à la poursuite, et pressèrent la marche de rinflmterie retardée au passage de la Somme-Soude, afin de Topposer à la colonne qu'ils voyaient déboucher inopinément sur eux. Les maréchaux profitèrent de cet incident pour précipiter la retraite par AUement, où ils arrivèrent à neuf heures du soir.
A cette mémorable et sanglante journée, les Français perdirent neuf mille hommes, dont cinq mille hors de combat; c*éuit presque la moitié des hommes présents. Les généraux de division Pacthod et Amey, les généraux de brigade Jamin, Delord , Bonti et Thevenet, qui se trouvaient au nombre des prisonniers, furent présenlés à l'empereur Alexandre qui, dit-on y ne put s'empéeber de donner à leur valeur malheureuse des paroles de consolation.
On a fait monter la perte des alliés à quatre mille hommes tués ou blessés. Une particularité singulière, et qui dans une guerre d'invasion rappelle ces scènes déplorables de troubles civils, c'est que le chef de bataillon Rapatel, ex-aide-de-camp du général Moreau, devenu officier d'ordonnance de l'empereur de Russie, fut tué en sommant le carré où un de ses frères combattait commecapkaine d*artillerîe.
remonte k cheval , s'éloigne de Vitry .
et fait rentrer tout son monde dans Saint-Dizier. Il s*enferme dans son ca* binet, et passe la nuit du 27 au 38 sur ses cartes.
Si les alliés prQfitent 4e leurs avanr tages en inarcbant sur Pari^/ il noi^ reste à prc^ter des nôtres : noussom"* mes maîtres de nos mouvements ; rien ne nous empêche plus de rallier les garnisons, de fermer les routes, et de faire payer cher Faudace avec laquelle cette foule d'étrangers s'aventure au cœur de nos provinces 1 Que h capitale suive ses destinées, mw que Tennemi y trouve son toimbeau. P^ui| l'ouverture de la campagne , on ji'a cessé de prévoir cette extrémité; Ntpoléon a fait tous ses efforts pour se familiariser avec les résoluflom qu'elle comporte ; ses plans sont faits ^ conséquence , il n'y a plut qu'à persister. Gq>endant, au moment d'agir, tout change; iacoosi* dération des dangers de Paris l'emporte I On fatiguait continueUement Napoléon de ce tableau. Devenu malheureux , il craint de paraître dur et absolu ; il cède, et tout ce qui lui reste de ressources est sacrifié au salul de la capitale I
Paris peut résister quelques jours ; les Parisiens ont promis de se déCen* dre : mais Napoléon arrivera441 asses tôtàleurseeours?
L'ennemi , mardiant à travers des plaines ravagées, achève de les épuiser ; et nous ne pouvons suivre ses traces sans risquer d*aller nous perdre dans les déserts. B faut donc prendre june route moins fatiguée. On a vu plus haut le som que Napoléon a mis ^ se ménager celle de la rive gauche de la Seine : notre arrière-garde est encore échelonnée entre Smnt-Dizier et Doulevent ; qu'elle retourne vers Bar-sur-
TEliPIBE.
Aube. En suivant ce mouvement, Farmée débouchera sur la route de Troyes ; nous aurons devant nous les avenues qui conduisent à Paris, et, la Seine nous séparant désormais de Tennemi, nos marcbes n'en seront que plus assurées. G*est à ce parti que Napoléon s*arréte. Quelque avance que l'ennemi ait sur nous, il espère arriver à temps pour rallier ses forces sous le canon de Montmartre , et discuter en personne les dernières conditions de la paix.
Les ordres sont donnés; l'armée se met en marche pour gagner la route de Troyes par Doulevent.
Au moment où le quartier impérial allait quitter Saint-Dizier , on amène sur des charrettes huit ou dix personnages dont les voitures ont été enlevées entre Nancy et Langres ; ce sont les paysans des environs de Saint-Thibaut qui les ont prises. Parmi ces voyageurs, on distingue M. de Weissemberg, ambassadeur d'Autriche en Angleterre, qui revient de Londres ; le général suédois de Brandt; le conseiller de guerre Peguilhem, et MM. de Tolstoï et Mareoff , officiers russes. Si l'on en croii les bruits que depuis l'on a fait courir , M. de YitroUes , qui avait été envoyé vers M. le comte d'Artois par M. Talleyrand , faisait partie de cette capture ; mais il était parvenu à s'échapper en se glissant parmi les domestiques. Les paysans avaient cru prendre M. le comte d'Artois lui-même^ pour qui des relais avaient été commandés sur cette route.
Ce qui, dans leur malheur, avait pu arriver de mieux à ces messieurs, c'était d'avoir été conduits devant Napoléon. Il ne veut tirer de leur accident d'autre avantage que celui d'essayer une démarche directe auprès de son beau-père. M. de Weiasemberg est
appelé ; il le &it déjeuner avec lui , et bientôt après il ordonne qu'on le remette en liberté, ainsi que ses compagnons de voyage. D leur fait rendre leurs portefeuilles et leurs dépêches ; le duc de Yicence leur procure des chevaux , et M. de Weissemberg part chargé d'une commission confidentielle pour l'empereur d'Autriche. Mais, par une fatalité qu'on retrouve à chaque page de cet écrit , ce souverain avait été séparé de ses alliés ; l'alarme répandue sur les grandes routes par les coureurs du général Pire avait gagné les équipages de l'empereur d'Autriche , et dans ce moment même , où il était si désirable que M. de Weissemberg pût le rejoindre , il était entraîné jusqu'à Dijon (1).
Il faut donc oublier cette tentative qui n'a pas eu de suite.
Peu d'heures après le départ de ces messieurs , on quitte Saint-Dizier. La campagne de Napoléon avait commencé dans cette ville ; elle vient d'y finir. Désormais il ne va plus être question que du retour sur Paris.
Le 28, dans l'après-midi, on se retrouve à Doulevent. Un émissaire de H. de Lu Valette y attendait Napoléon.
Depuis dix jours on n'avait pas reçu de nouvelles de Paris : avec quel empressement on attend le déchiffrement du petit papier dont cet homme est porteur ! Voici ce qu'on y trouve : (• Les » partisans de l'étranger , encouragés » par ce qui se passe à Bordeaux, le- » vent la tête ; des menées secrètes les » secondent. La présence de Napoléon
(f ) L'empereur d'Autriche avait été forcé de 8'enfuir avec un gentilbomme et un domestique, dans UQ drowska aliemand, et d*aller se mettre en sûreté à Dijon, où il était resté trente heures réellement prisonnier. ( Voyez récrit lie sir Robert Wilson, page 90.)
» est nécessaire , s'il veut empêcher » que sa capitale ne soit. livrée à Ten- » nemi. Il n'y a pas un moment à per- » dre. »
L'armée s'était déjà remise en marche.
Le 29 de grand matin , Napoléon part de Doulevent; on gagne par la traverse le pont de Doulencourt, et là une troupe de courriers, d'estafettes se présente : retenus longtemps à Nogent et à Montereau, ils ont pu enfin nous rejoindre par Sens et Troyes. Les troupes ennemies qui étaient de ce côté ont suivi le mouvement de Schwarzenberg sur la Marne, et, comme Napoléon l'avait prévu , la route de Troyes est maintenant dégagée.
Napoléon ordonne aussitôt au général Dejean , son aide-de-camp , de partir à franc étrier pour aller annoncer son retour aux Parisiens.
Après cette halte de Doulencourt , on fait un effort de marche, et l'on arrive à Troyes dans la nuit. La garde impériale et les équipages ont fait quinze lieues.
A peine es\M>n arrivé à Troyes que le prince de Neuchàtel dépêche son aide-de-camp , le général Girardin , vers Paris , afin d'y multiplier les avis du retour.
Napoléon n'a pris que quelques heures de repos, et le 30 au matin il est en route. Il croit devoir marcher militairement jusqu'à Yilleneuve-sur-Yannes ; n'ayant plus de doutes alors sur la sûreté de la route, il se jette dans une carriole de poste. 11 apprend successivement, en changeant de chevaux, que l'impératrice et son fils ont quitté Paris, que Tennemi est aux portes, et qu'on se bati Jamais il na mesuré plus impatiemment les distances ; il presse lui-même les postillons ; les roues brûlent le pavé !
Vers dix heures du soir, il n'est plus qu'à cinq lieues de Paris ; il relayait à Fromenteau, près les fontaines de Juvisy, lorsqu'il apprend qu'il arrive quelques heures trop tard. Paris vient de se rendre, et l'ennemi doit y entrer au jour.
Quelques troupes qui évacuent la capitale sont déjà arrivées dans ce village. Les généraux se pressent autour des voitures; parmi eux se trouve l'aide-major général Belliard, et bientôt les plus affligeants détails mettent Napoléon au courant des événements qui ont accéléré cette catastrophe.
Les ducs de Trévise et de Raguse, après le malheureux combat de Fère- Champenoise, n'avaient plus pensé qu'à se retirer en toute hâte sur Paris ; mais à peine étaient-ik parvenus à la Ferté-Gaucher , que les corps prussiens, arrivant par les routes de Reims et de Soissons, étaient tombés sur eux. Dans cette situation, toute autre troupe aurait succombé : les restes de Farmée française avaient forcé le passage. Le 28 mars au matin, Tennemi, suivant leurs pas, était arrivé à Heaux ; à cette nouvelle , la régence avait cru devoir s'éloigner de Paris. Enfin le 29 au soir les alliés avaient vu les murs de la capitale.
Depuis huit jours, Paris était sans nouvelles. L'éloignement de Napoléon, qu'on croyait du côté de Saint-Dizier, avait fait perdre tout espoir d'être secouru. Le départ de l'impératrice et de son fils avait mis le comble au découragement ; et par suite de ce brusque départ, qui avait entraîné les ministres et les principaux chefs du gouvernement, tout était resté dans le désaccord et la confusion. A la vue de l'ennemi , le riche avait pensé à capituler, et le pauvre à combattre ; les ouvriers
Lwmi.
avalant demandé des armes et n'avaient pu en obtenir (1).
Cependant les braves soldats des ducs de Trévise et de Raguse, avant de céder la capitale aux ennemis , avaient voulu tenter un dernier effort : quelques milliers d'hommes qui faisaient le fond des dépôts de Paris , les élèves de Técole polytechnique formés en compagnie d'artillerie , et huit à dix mille braves Parisiens fournis par la garde nationale, étaient sortis des murs pour pnendre part au combat. Ils n'étaient pas en tout vingt-huit mille baïonnettes, et ils n'avaient pas désespéré de faire tête à Tennemi.
Ce matin même, 30 mars, ta bataille s'était engagée dès cinq heures.
L'attaque avait été commencée sur le bois de Romainville par l'avant-gwde du corps d'armée du prince Sehwarzenberg. Pendant toute la matinée, on avait combattu sur ce point avec une grande ténacité. Les villages de Pantin et de Romainville, pris et repris plusieurs fois, étaient restés au pouvoir des troupes françaises, et les alliés avaient été forcés de faire avancer leurs réserves pour soutenir le combat (â).
Mais à raidi, le plan d'attaque des alliés s'était développé. Blûcher, arrÎA'ant sur la droite , s'était avancé à travers la plaine Saint-Denis, et avait marché
(i) a Lesblliés étaient devant Paris, et rapproche de ce moment suprême ne nous avait
pas trouvés eadoimis Le Jaor de Fattaque,
je courus cbet M- de TaAIeyrMid; je trouvai chez lui le duc de Plaisance ei le baroo Louis.» (M. de Pradl, pages 57 et 58.)
(S) La résistance des troupes françaises mul-^ tipliait les obstacles i tel point qu'il devenait douteiix nu'on p^i 8*emparer dans ta Jouniée des hauteurs qui dominent Paris ; dès lors tout devenait problématique^ car rapproche subite de Napoléon, au centre de tant de ressources, pouvait changer en un onmient Tétat de la gaem. <Beiaohapip^ tome il, page ao04
sur Montmartre : à gauche les ecrfonnes du duc de Wurtemberg s'étaient portées sur Charonne et sur Vincennes.
Dès ce moment, nos braves , enveloppés de toutes parts, et d'heure en heure resserrés davantage , avaient perdu tout espoir, et ne combattaient plus que pour mourir I
Le prince Joseph , commandant en chef l'armée parisienne, voyant les flots de l'ennemi parvenus au pied de Montmartre, avait reconnu qu'on ne pouvait davantage différer de capituler. Il en avait donné l'autorisation au duc de Raguse , et était aussitôt parti pour aller rejoindre le gouvernement sur la Loire.
Dans l'espace de temps qui s'était écoulé an pourpariers pour obtenir l'armisUce, nous avions achevé de perdre nos positions les plus importantes.
L'ennemi s'était emparé des hauteurs de Mont-Louis , et du Père-Lachaise ; au centre, il avait pénétré dans Belleville et Méniimontant; il s'était établi sur la butte Chaumont, qui domine tout Paris. Sa droite s'était groupée en grandes masses autour de La Villette ; le duc de Kaguse était acculé sur la barrière de Belleville ; Montmartre venait d'être forcé; Blûcher allait enfin attaquer la barrière Saint-Denis, lorsc[tt'on était convenu de suspendre les hostilités. C'était vers cinq heures du soir; des officiers d'état-major des deux armées s'étaient aussitôt réunis.
Les bases d'une capitulation avaient été posées ; mais dans la soirée ^ la rédaction n'était pas encore terminée, et rien n'était signé.
Voilà ce qu'on, raconte à Napotéon :
dans cette. extrémité, il envoie le duc de Vicence à Paris , pour voir s^il est encore possible d'intervenir au traité ; il lui donne tout pouvoir. Il expédie len même temps un courrier à Fimpé-
GiOfPAMfl W 1814.
rttrioe, tlpHMBle Mtto do cette nuit à attendre des nouvelles.
Dans ces mom^ts d'anxiété, Napoléon n'eel séparé dae avanl-poates en* nemis que par la rivière. Les alliés , descendus des hauteurs de Yinoennes, ont forcé le pont de Charenton , et se sont répandus dans la plaine de Ville* nenve-Saint^eorges ; leurs bivouacs jettent des lueurs d'incendie sur les collines de la rive droite , tandià que Tobscurilé la plus profonde protège, sur la rive opposée , le coin' où Napo«* léon se trouve arrêté avec deux vmtures de poste et quelques serviteurs.
 quatre heures du matin, arrive un piqueur dépêché par le duc de Vicence: il annonce que tout est consommé; b capituhtioa a été signée à deux heures de la nuit , et les alliés entreront ce matin même dans Paris.
Napoléon fait aussitôt rebrousser ohenûn à sa voiture, et va descendre à Fontainebleau.
L'MlliB SB BAin AUTWn DB POB* TAINBBLBAU« — BO0VKLLB8 BB PA- RIS. — SUGCàS DU PARU ttÔTA- USV'B.
( Du 31 mars au 2 avril. }
Le 31 mars , à six heures du matin , Napoléon se retrouve à Fontainebleau.
Or ne prend dans le château qu'un logement militaire ; les grands appartements re^nt fermés ; Napoléon s'établit dans son petit appartement situé au premier étage, le tong de la galerie de François !•'.
Dans la soirée et dans la matinée du lendemain, on voit arriver par la route de Sens h 4ôte des colonnes que Napoléon ramène éa la Champagne , eft par
la route d'Sssonne l^vwtigiurd^ des troupes qui sortent de Paris. Ces débris se groupent autour de Fontainebleau.
Le due de Gonegliano, qui con^man^* dait la garde nationale de Paris; le duc de Dantng , qui , malgré son grapd âge , vient de foire la campagne; la prince de la Moskowa , le duc de T^ rente, le duc de Beggio et le pri/u;e4e Neuchâtel, qui arrivent de Troyes ; Im dues de Trévise et de Bagui^e, qui sortent de Paris , r^ignent successive^ ment le quartier impérial.
Le duc de Bassano est le seul ministre qui soit en ce moment auprès 4e Napoléon; le duc de Vicenee est m mission auprès des alliés, les autres nû^ nistres sont sur la Loire avee l'imjpéra*' trice.
À BMStwe que les troupes défilent »
on leur feit prendre position derrière la rivière d'Essonne. Le duc de Baguse friace son quartier-général à ËssonuB, le duc de Trévise établit le sien à Uennecy. Ce qui vient de Paris est rallié derrière cette ligne, ce qui arrive de la Champagne prend une position intermédiaira du c6té de Fontainebleau ; les bagages et le grand parc d'artillerie sont dirigés sur Oriéans.
Napoléon a donc etteore «ne armée dans sa nnin. Tandis qu'il médite sur les ressourees 4e sa posîp tien militaire , l'attention autour de lui est entièvement abaorbée^r tout ce qui se passe à Paris. On recueille avec avidité les moindres détails qui arrivent de ce cêté, et c'est d'abord du succès de la mission du duc de V^ oence que l'on s'informe avee le plus d'inquiétude. Ce mmistre s'étaât pré»* sente, dans la nuit même du 30 au 31, aux avant-postes des alliés ; il était parvenu )us(pi'à l'empereur Alexandre» il en avait reçu un accueil honorable :
LinniB.
mais oe souverain tenait dans ses mains les clés de Paris qu'on venait de lui apporter ; il était occupé à donner des ordres pour son entrée, qui devait avoir lieu à dix heures du matin ; avant de parler d'aflhires, il voulait être à Paris. Tout ce qu'avait pu obtenir le duc de Vicence, c'était la promesse qu'on lui donnerait les premiers moments dont on pourrait disposer après Foccupation militaire de la capitale.
Cependant les chefs de l'armée ennemie avaient commencé à s'expliquer contre le gouvernement de Napoléon ; le général en chef autrichien, qui, en l'absence de son maître , devait montrer le plus de circonspection dans cette grande circonstance, avait été des premiers, au contraire, à prendre l'initiative avec un empressement tout à fait inexplicable. « Parlant au nom de » l'Europe sous les armes au pied des » murs de Paris , Schwarzenberg ve- » naît de proclamer que les souverains » alliés cherchaient de bonne foi une » autorité salutaire en France pour » traiter avec elle de l'union de toutes » les nations et de tous les gouveme- » ments ; » et méconnaissant déjà les droits et l'autorité de Napoléon, il avait indiqué aux Parisiens non seulement l'exemple de Lyon (1), qui venait de se rendre , mais encore celui de Bordeaux, qui avait reconnu les Bourbons.
A ce signal, les agents que la maison de Bourbon entretenait à Paris n'avaient plus craint de se montrer ; ils avaient compris que tout allait dépendre de la manière dont Paris aurait l'air de se prononcer. L'importance du moment les avait fiiit redoubler d'ef-
(1) Us alUés tnlêùi oocopé Ljm le 91 nuura.
forts. Le peuple était dans k stupeur ; il n'y avait plus ni administration ni police ; le pavé était au pranier occupant , les royalistes n'avaient plus qu'à s'en emparer.
Le 31 , à midi , l'empereur Alexandre et le roi de Prusse avaient fiiit leur entrée. Cette marche militaire, d'atxwd paisible, avait fini par devenir bruyante ; des cris en faveur des Bourbons s'étaient fait entendre, des cocardes blanches avaient été arborées ; et les Parisiens étonnés , cherchant dès yeux l'empereur d'Autriche, avaient appris avec inquiétude qu'il était enocnre bien loin.
C'était chez M. de Talleyrand que l'empereur Alexandre était allé descendre. Cet ancien ministre aurait dû suivre l'impératrice sur la Loire, il en avait reçu l'ordre ; mais il s'était bit arrêter à la barrière et ramener dans Paris pour en Caire les honneurs aux alliés.
A peine le Czar était^il installé dans son logement, qu'il avait tenu un conseil sur le parti politique que les alliés devaient adopter. M. de Talleyrand et ses principaux confidents n'avaient pas manqué d'être appelés à la délibàration.VainementleducdeVicence s'était présenté pour obtenir l'audience qu'on lui avait promise; h cause de son prince était déjà perdue qu'il n'avait encore pu se. foire entendre.
Au surplus , le public n'avait pas tardé à être mis dans la confidence ; déjà M. de Nesselrode avait écrit au préfet de police de mettre en liberté tous les individus détenus pour attachement à leur ligUime simveram , et , bientôt après, les murs de Paris avaient été placardés d'une déclaration de l'empereur Alexandre, foite tant en son nom qu'en celui des alliés, portant qu'on ne voulait plus traiter des
intérêts de la France avec Napoléon ni avec aucun membre de sa fomiUe.
Cependant les alliés voulaient avant tout assurer la vie de leurs soldats. Depuis deux mois, quinze à vingt mille étaient tombés sous les coups des paysans français ; il était urgent de désarmer cette animosité.
On désirait le rétablissement des Bourbons ; mais on ne voulait pas que cette révolution parût être commandée par la force des armes ; il fallait aller doucement, ménager Topinion, faire parler des voix françaises, et ne paraître accéder qu'au vœu national. Tel était le plan des alliés; leur langage était devenu celui de la générosité, les partisans des Bourbons faisaient le reste (l).Jls trouvaient d'utiles auxiliaires dans cette foule de gens en place
(i) Les coalisés promirent la conservation de la garde nationale , des musées , des monuments publics et des instituiipns citiles. Plusieurs considérai ions les engagèrent k cette condescendance dont la France n*est pas tenue de leur savoir beaucoup de gré. Leur but n'était et ne pouvait pas être ôb rester à Paris, et de continuer de là une guerre régulière contre l'empereur Napoléon. Une telle entreprise aurait été la cause de leur ruine. En s'étendant^ leur armée s'affaiblissait; en s*éloignant du Rhin, leurs communications devenaient plos difficiles. La population des départemeuls, qu'ils étaient obligés de quitter et de laisser peu garnis, sHnsurgeait et menaçait de les isoler de toutes leurs ressources futures. D*un autre cùté. Napoléon, en repassant la Loire, ralliait à lui les dépôts de Tlntérieur qui auraient bientôt pu lui fournir une armée de pins de quatre-vingt mille hommes. Il s'appuyait à l'armée du Rhône, à celle des Pyrénées, à celle d'Aragon qu'il pouvait faire revenir, et au corps que le général Decaen réunissait dans les environs de Périgueux. La guerre se transportait dans un pays plus difficile, où la supériorité numérique devait disparaître devant les combinaisons stratégiques. Les coalisés ne s'étaient décidés à marcher sur la capitale, que fl'après l'assurance que leur avaient donné les chefs de la conspiration qui b'était organisée
qui ne pensent qu'à conserver leur emploi ; ils recrutaient surtout des prosélytes actifs parmi tous ces ambitieux que les honneurs et les grâces n'avaient pu encore atteindre depuis qidnze ans qu'ils les sollicitaient.
Totites les fomilles qui avaient perdu à la révolution avaient calculé tout ce qu'une contre-révolution pouvait leur rendre. L'oreille des vieillards se prétait volontiers à d'anciens noms, à d'anciens droits qui réveillaient les souvenirs de leur jeunesse ; l'imagination des femmes se laissait séduire par l'intérêt romanesque de quelques grandes infortunes ; la population des bou»
tiques , inquiète au bruit du sabre étranger qui battait le pavé, s'empressait de renier le souverain qu'elle admirait hier : en un mot, les passions ja-
dans le sem du gouvernement. C'était pour diriger et proléger une révolution qu'on leur représentait comme infaillible , qu'ils avaient commis une faute militaire, en entassant toutes leurs forces au- centre de la France. Rien loin que la conquête de Paris pût, par ellemême, compenser rabandon de leurs lignes d'opérations, l'occupation d'une ville de ceUe étendue, et d'une aussi forte population, leur imposait de grands embarras et les exposait à des désastres presque inévitables. Ce qu'ils devaient donc chercher à éviter le plus soigneusement possible, était de mécontenter et d'irriier ane population qui pouvait leur devenir aussi dangereuse. Tous les Français n'étaient pas initiés dans la conspiration qu'ils voulaient favoriser, et la majorité delà nation était loin d'être préparée i un changement de gouvernement fait sousTInfluence des étrangers. Le sentiment de l'honneur national l'emportait, malgré les revers que Ton avait éprouvés; et quelques titres de conciliation ou de respect humain que pi^t présenter un gouvernement nouveau, il eût été repoussé en lé présejitant sans préparation. Il convenait doue de laisser, en apparencCt jouir la capitale de l'exercice de ses droits politiques, afin de mieux préparer les voies au changement qu'on projetait. {Histoire des Campagnes de ISli et 1815, par le général Vaudoncourt.)
ITLMim.
louses, le ressentiment des ambitions trompées , des vanités blessées , des torts justement punis ; les lâchetés de ringratilude et même celles de la peur, tout concourait à seconder les enne»
mis de Napoléon (1).
En général , Fidée de la conquête était insupportable aux Parisiens; on voulait à tout prix échapper à cette situation, et Ton courait se réftigier dans ridée plus tolérable d'une restauration.
Les chefs de parti avaient saisi habile* ment ce retour de Tamour-propre national sur lui-même. La volonté des alliés n'était présentée que comme l'appui delà nôtre, et l'oppression que six cent mille étrangers exerçaient sur notre malheureux pays commençait à s'appeler îa délivrance de la France.
Mais il fallait un organe à cette opinion publique qu'on voulait faire parler, et l'on n'avait pas eu de peine à le trouver (2). Le sénat était en possession du droit de suppléer, dans toutes les circonstances imprévues, à Tabsence du pouvoir populaire. A ce titre , le gouvernement de Napoléon lui avait donné Tinitiative dans les plus grandes affidres. Le sénat avait donc été choisi pour prendre enoore l'initiative dans celle-ci. Dès le 31 au
(1) « La plupart des conjurés avaieut été coml)lés de bienfaits par l'Empereur ; ils avaient trouvé de grands avanta>;es dans ses victoins; mais plus leur foi tune était devenue brillanle, plus ils s'occupaient d*éclinpper au malheur commun... «Comblez un homme de bienraits, la première idée qtie vous lui inspirez, c'csl de chercher les moyens de les conserver. » ( Montesquieu , Grandeur et décadence des Romains, cbap. 11 et 13. )
{"i) « L'empereur Alexandre ayant demandé à M. de Talleyrand quel nv>yen il se propo.«ait d'employer, celui-ci réftondit que ce seraient les autorités constituées, et qu'il se faisait fort du Sénat, » ["Suite des révélations de Tabbé de Pradt, pag«67.)
soir, Tempereur Alexandre avait im^ ce corps à pourvoir aux besoins des circonstances et au salut de l'Etat; il lui avait commandé dfe s'occuper d'une nouvelle constitution et de la composition d'un gouvernement pro* vlsoire.
Le sénat, habitué à obéir, s'était rassemblé le f avril , sous la présidence de M. de Talleyrand, et avait accepté, pour composer le gouvernement provisoire, MM. de Tdleyrand, deBeumon* ville, de laucourt, de Dalberg et l'abbé de Montesquieu,
Au même moment , le conseil général du département de la Seine, convoqué illégalement par son président Vel« lard, avait déclaré que le vœu de Paris était pour le rappel des Bourbons,
Telles sont en substance les nouvelles de Paris que Ton reçoit à Fontainebleau dans les trois premiers jours. Elles font une grande sensation parmi les chefs de llirmée, mais elles ne peuvent distraire Napoléon de ses dispositions militaires. Il est au moment de se retrouver à la tête de cinquante mille hommes; c'est sur Paris qu'il veut marcher. II espère que le bruit de son canon réveillera les Parisiens et ranimera l'amour-^ropre national, comprimé tm instant par la présence de l'étranger. L'ennemi est fatigué ; il vient de perdre douze mille hommes dans les fossés de Paris. Depuis quelques heures, il se repose dans ta sécurité du succès ; ses généraux sont dispersés dans nos hôtels; ses soldats s'égarent dans le dédale des carrefours de la capitale ; un coup de main sur Paris peut avoir le plus grand résultat; le mouvement des troupes commence (1) I
(1) Vers six heures, toute la garde se mit en mouvement sur Essomie. Obligée de filer
UFLOIUIOI DBS ÉVÉHEMBHTB DE PARIS SUR FONTAIHËBLBAV.
Sur ces entrefaites, M. le duc de Viçence arrive ; c'est dans la nuit du S au 3 avril qu'il se présente à Napoléon.
Si les alliés se sont déclarés contre la personne de Napoléon , cependant tout espoir ne semble pas encore perdu, le duc de Vicence est parvenu à se faire entendre^ il a obtenu un retour favorable aux intérêts de la régente et de son fils. Ce parti, qui a aussi sa légitimité, réunit de grands moyens d'opinion; il balance maintenant dans l'esprit des souverains les résolutions opposées qu'on leur suggère en faveur des Bourbons : mais une prompte décision est nécessaire de la part de Napolécm ; et c'est son abdication que le duc de Vicence vient demander (1).
par la roule qui traverse la forêt de Fontainebleau, sa marche se prolongea fort at ant dans la nuitqa*éclairait un beau clair de Ivne. Elle avait je ne sais quoi de majesteux et de solennel. Un profond silence régnait dans les colonnes ; Ton ii*entcndait qu*un cliquetis unifbrme dé sabres et de baïonnettes. D'austères réfleiions préoccupaient ces soldats échappés à tant de batailles, et dont les regards sévères et sombres se fixaient par intervalles sur plusieurs batteries d'obusiers qui marchaient au milieu d'eux, suivies de Télite de l'art llerie. L*epprit frappé du serment qu'ils avaient fait le matin, et du souvenir de vingt ans de victoires , ils s'apprêtaient, dans un recueillement héroïque, à terminer leur carrière devant les murs ou sous Us décombres de la capitale. Erreur sublime , que la patrie a désapprouvée, m;iis qui mérita des éloges de l'ennemi même. {Mémoi' ret pour iervir à VEUsMre de la Campagne de 1811, par le général Koch.)
(1) Voyez rhistoire de M. Beauchamp, page 363, tome II. Le duc de Vicence n'avait rien négligé pour Ikire prévaloir la régence ....;< l^npesreur AlttutadreptraissaitélNraDlé. . . . j
GAMPA6NS Dl 1814. ?M
Napoléon ne pense pas qti^un pareil parti puisse se prendre à Timproviste ; il résiste aux instances du duc de Vicence et refuse de s'expliqtier. Le jour vient, et il monte à cheval pour visiter la ligne de ses avant-posteô. La journée du 3 se passe ainsi en inspectiotls militaires.
Le soldat était bien disposé , et accueillait par des cris de joie le projet d'arracher la capitale à l'ennemi ; les jeunes généraux n'écoutaient que leur ardeur guerrière , redoutant peu de nouvelles fatigues; il n'en était pas de même dans les rangs plus élevés , et nous en avons assez dit pour faire voir l'influence de Paris.
On fîrémissait à l'idée des malheurs particuliers qu'une seule marche pouvait attirer sur les hôtels où l'oii avait laissé femmes, enfants, parents, amis, etc. La disposition que thontr^it la troupe à s'élancer dans ce grand désordre achevait de jeter l'effroi; on tremblait aussi de perdre, par ce que l'on appelait un coup de tête, la fortune et le rang qu'on avait si péniblement acquis , et dont on n'avait pas encore pii jouir en repos. Peut-être Napoléon a-t-il déjà parlé à trop de personnes de l'abdication qu'on lui demande ; cette question délicate est livrée au public ; on l'agite dans la galerie du palais, et jusque sur les degrés de l'escalier du Cheval blanc. Malheureusement Tabdication convient à bien du monde , c'est un moyen qui s'offre de quitter Napoléon sans trop de honte, on se voit ainsi dégagé par lui-
Schwarzenberg s'était refusé à faire marcher sur Fontainebleau... L*Autriche inclinait pour la régence... «El, ajoote-t-il, page 3i>7, malgré la déchéance, la régence pouvait encore prévaloir, sept jours après l'entrée des aUiés à Paris U