‹ Bibliotheque militaire (volume 2)Chapitre 145 sur 205 · L-EMPIUS · texte numérisé non relu

L-EMPIUS

même : on trouve commode d*en finir de cette façon , et si Napoléon se refusait à ce grand parti, quelques-uns parlent déjà de briser le pouvoir dans sa main.

C'est dans ces dispositions que Ton apprend que le sénat a proclamé la déchéance. Napoléon a reçu le sénatusconsulte , dans la nuit du 3 au i, par un exprès du duc de Raguse. La nouvelle est connue presque en même temps de tous les personnages marquants qui sont à Fontainebleau, et c'est le sujet général des conversations.

Cependant, le k^ les ordres étaient donnés pour transférer le quartier impérial entre Ponthiéry et Essonne.

Après la parade , qui avait lieu tous les jours à midi dans la cour du Cheval blanc, les principaux de l'armée avaient reconduit Napoléon dans son appartement. Le prince de Neuchfttel , le prince de la Moskowa, le duc de Dantzig, le duc de Reggio, le duc de Tarente , le duc de Bassano ^ le duc de Vicence, le grand-maréchal Bertrand, et quelques autres, se trouvaient réunis dans le salon; on semblait n'attendre que la fin de cette audience pour monter à cheval et quitter Fontainebleau»

Mais une conférence s'était ouverte sur la situation des afiaires; elle se prolonge dans l'après-midi , et lorsqu'elle est finie on apprend que Na^ poléon a abdiqué.

Une seule chose a frappé Napoléon, c'est le découragement de ses vieux compagnons d'armes, et il a cédé à ce qu'on lui a dit être le vœu de l'armée.

Mais s'il abdic^ue , ce n'est qu'en faveur de son fils et de sa femme régente. Il en rédige l'acte de sa main, et en ces termes :

« Les puissances alliées ayant pro- » clamé que l'empereur Napoléon était

» le seul obstacle au rétablissement de » la paix en Europe, l'empereur Napo- » léon , fidèle à son serment, déclare » qu'il est prêt à descendre du trône, à » quitter la France et même la vie pour » le bien de la patrie, inséparable des » droits de son fils, de ceux de la ré- » gence de l'impératrice^ et du maintien » des lois de l'Empire.

» Fait en notre palais de Fontaine- » bleau, le k avril 1814.

» I^APOLÊON. »

Un secrétaire transcrit cet acte, et le duc de Vicence se dispose aussitôt à le porter à Paris. Napoléon lui adjoint le prince de la Moskowa. Il voudrait aussi lui adjoindre le duc de Raguse; c'est le plus ancien des compagnons d'armes qui lui restent, et dans une circonstance aussi grave, où les derniers intérêts de sa famille vont être décidés , il croit avoir besoin de s'appuyer sur le dévouement de son vieil aide-de-camp. On allait donc dresser les pouvoirs du duc de Raguse, lorsque quelqu'un fait observer à Napoléon que dans cette négociation, où l'armée doit intervenir et être représentée , il serait utile d'employer un homme comme le duc de Tarente, qui apporterait d'autant plus d'influence, qu'il est connu pour avoir vécu moins près de la personne de Napoléon, et pour être entré moins avant dans ses affections. Le duc de Bassano, interrogé à ce sujet par Napoléon , lui répond que quelles que puissent être les opinions du maréchal Macdonald , il est trop homme d'honneur pour ne pas répondre religieusement à un témoignage de confiance de cette nature ; Napoléon nomme aussitôt le duc de Tarente pour son troisième plénipoteritiaire.

Mais il veut encore qu'en traversant Essonne, les plénipotentiaires commu-

CAMPAGN iiiquent au duc de Raguse ce qui vient de se passer ; qu'on le laisse maître de voir s'il ne sera pas plus utile en restant à la tête de son corps d'armée, et que s'il tient à remplir la mission que la confiance particulière de Napoléon lui destinait, on lui enverra à Tinstant des pouvoirs.

Les trois plénipotentiaires, après avoir reçu ces dernières instructions , montent dans la voiture qui les attend au pied de l'escalier ; MM. de Rayneval et Rumigny les accompagnent comme secrétaires.

Immédiatement après leur départ, Napoléon envoie un courrier à l'impératrice ; il a reçu de ses lettres datées de Vendôme ; elle doit être arrivée le 2 à Blois ; il faut bien l'informer de la négociation à laquelle on est réduit.

Dans une telle extrémité , l'absence de son père, l'empereur d'Autriche, est un malheur qui grandit d'heure en heure ! Notre marche sur Fontainebleau ayant coupé les routes, a prolongé le séjour de ce souverain en Bourgogne. Napoléon autorise l'impératrice à lui dépécher le duc de Cadore pour le presser d'intervenir en faveur

d'elle et de son fils Mais il est bien

tard.

Succombant à l'agitation de cette journée, Napoléon s était enfermé dans sa chambre ; il lui restait à recevoir le coup le plus sensible qui eût encore été porté à son cœur.

Dans cette nuit du k au 5, le colonel Gourgaud , qui avait été porter des ordres, revient d'Essonne en toute hâte:

il annonce que le duc de Raguse a quitté son poste ; qu'il est allé à Paris; qu'il a traité avec l'ennemi; que ses troupes, mises en mouvement par des ordres inconnus , traversent en ce moment les cantonnements des Russes, et que Fontainebleau restée découvert, vu.

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Napoléon ne peut croire d'abord à celle inconcevable défection: lorsqu'il ne lui est plus permis d'en douter, son regard devient fixe, il se tait, s'assied, et paraît livré aux idées les plus sombres. Vingrai ! s'écrie-t-il en rompant un douloureux silence , il sera plus malheureux que moi (1) !

(1) Sur celle quesUon si souvent soulevée , nous croyons devoir mettre en regard l'opinion des deux bisloriens les plus remarquables de celte méiaorable campagne; ce sont deux écrivains militaires que leur talent met hors de lif^ne. On ne nous accu.^era pas de prendre nos dIaUons chez les flaticuis de Napoléon.

« L'intention justifie toutes les entreprises po- » litiques; Monck, rétablissant la dynastie des » Stuarls sur le trône d'Angleterre, et Marlbo- » rough la sacrifiant à la famille de Guillaume » d'Orange, n'envisagèrent, dit Thistoirc, que » la prospérité de leur pays. Si tel fui aussi » Tobjet du duc de Raguse, qui oserait le blâ- » mer ? » [Mémoireê pour ieriir à V Histoire de la Campagne de 1814, par le général Koch.)

« On dit que le motif principal qui l'engagea » h sacrifier ainsi la reconnaissance qu'il de- » vail à son bienfaiteur, fut le désir d'empè* » cher la guerre civile et de terminer la révoi> lullon, en jouant le rôle de Monck cl de » Marlborough. l\ vaut mieux qu'il ail été » guidé par cette illusion du l'amour-propre, » que par un motif moins honorable; mais ce » n'était qu'une illusion. Le danger de la guerr » civile c'exislail pas alors, puisque l'autorité » de NapoltOï était reconnue sans coniradlc- » lion dans les départements non occupés par » renuemi ; que môme dans la plupart de ceux » occupés, le peuple s'insurgeait en sa faveur; «que l'armée lui était dévouée, et que les » places et leurs garnisons lui étaient fidèles. » Quant au rOIe de Monck et de MarlJwrougb, » il n'y avait aucune parilé.Ces derniers étaient » dans une position bien différente; Us entrai- » nèrent leurs armées en entier, et le duc » de Raguse fut obligé d'user de surprise, pour » enlever ses troupes qui, irritées de se voir 9 livrées à l'ennemi à leur insu, pensèrent mn criùerleuK chefs.» {Histoire des Campagnes dei9ii et 1815 en France, par le général Guillaume de Yaudoncourt.)

« Les troupes crurent assez longtemps qu'on

L'EMPIBE.

Napoléon avait le cœur oppressé par des sentiments trop pénibles pour n'a* voir pas besoin de les épancher : c'est à Tarmée elle-même qu1l veut confier ses peines : laissons-le parler.

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