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permet d'espérer désormais quelque sûreté que par la chute de la famille entière. Ils ne quittent donc pas les salons des princes alliés. Les plénipotentiaires les ont trouvés à ce poste, ils ont vu avec inquiétude l'air de contentement qui règne sur leur vi-*
sage Un personnage survient, et
l'inquiétude des plénipotentiaires est au comble.... Leduc de Raguse, à qui ils venaient de parler en changeant de chevaux à Essdnne, ils le voient entrer la tête haute dans le salon des alliés. Bientôt tout s'explique ; ils apprennent de la bouche de Tempereur Alexandre que les troupes du maréchal ont été conduites par le général S"**** (1) à Versailles , et que la déseinion du camp d'Essonne laisse la personne de Napoléon à la discrétion des alliés.
Jusqu'ici les souverains avaient cru devoir user de ménagements envers Napoléon, qui s'appuyait sur les vœux et les affections dç l'armée. Tant qu'on l'avait vu à la tête de cinquante mille hommes d'élite postés à une marche de Paris, les considérations militaires l'avaient emporté sur bien des intrigues.
Maintenant que Fontainebleau a cessé d'être une position militaire , et que l'armée semble abandonner la cause de Napoléon , la question a changé de face; le temps des ménagements est passé : l'abdication en faveur de la régente et de son fils ne suffit plus à un ennemi rassuré ; on déclare aux plénipotentiaires qu'il faut que Napoléon et sa dynastie renoncent entièrement au trône.
Il faut donc aller chercher de nouveaux pouvoirs à Fontainebleau, et
(1) On avait vu, la veille, à Fontainebleau, ce même général puisant deux mille écns dans ia bourse de Napoléon.
L'EMPIRE
c*cst le duc de Vicenco qui remplit encore cette pénible mission.
Le premier mouvement deNapoléon, en le voyant , est de rompre une négociation qui devient si humiliante.
Poussé à bout, il veut secouer les entraves dont on l'embarrasse depuis quelques jours. La guerre n'offre plus rien de pire que la paix ; c'est un fait qui doit être clair maintenant pour tout le monde , et il espère que les chefs de l'armée sont* désabusés de leurs chimères. Il reporte toutes ses pensées vers les opérations militaires.
Peut-être peut-on encore tout sauver; les cinquante mille soldats du maréchal Soult qui sont sous les murs, de Toulouse, les quinze mille hommes que le maréchal Suchet ramène de Catalogne, les trente mille hommes du prince Eugène , les quinze mille hommes de l'armée d'Augereau que la perte de Lyon vient de rejeter sur les Cévennes, enfin les nombreuses garnisons des places frontières et l'armée du général Maison, sont encore des points d'appui redoutables sur lesquels Napoléon peut manœuvrer avec ce qui lui
reste autour de Fontainebleau Il
parle de se retirer sur la Loire.
À ce cri de rupture , i'alanne se répand de nouveau dans les quartiers généraux de Fontainebleau et dans les galeries du palais. On s'unit pour rejeter toute détermination qui aurait pour résultat de prolonger la guerre.
La lutte a été trop longue, Ténergie est épuisée ; on le dit ouvertement : on en a assez ! On ne pense plus qu'à mettre à l'abri des hasards ce qui reste de tant de peines, de tant de prospérités, de tant de naufrages ; les plus braves finissent par attacher quelque prix à la (!onservali(>n de la vie qu'ils ont récliappée de tant de dangers I Peut-être aussi se sent-on entraîné par une vieille
aversion contre la guerre civile. Tout enfin devient contraire à ce qui ne serait pas un accommodement. Non seulement la lassitude a dompté les esprits, mais chacun des chefe qui en valent la peine a déjà reçu de Paris des paroles de conciliation et des promesses pour sa paix particulière. On se platt à envisager la révolution nouvelle comme une grande transaction entre tous les intérêts français, dans laquelle il n'y aura de sacrifié qu'un seul intérêt, celui de Napoléon. C'est à qui trouvera donc un prétexte pour se rendre à Paris, où le nouveau gouvernement accueille tout ce qui abandonne l'ancien. On ne voudrait pas pourtant être des premiers à quitter Napoléon. Mais pourquoi tarde-tril si longtemps à rendre chacun libre de ses actions? On murmure hautement de ses délais, de ses indécisions et des projets désespérés qu'il conserve. Depuis qu'il est malheureux, on ne le croit plus capableque de faire des fautes , et déjà plusieurs tacticiens de fraîche date s'étonnent de l'avoir si longtemps reconnu pour leur maître. Enfin , insensiblement , chacun a pris son parti : l'un va à Paris parce qu'il y est appelé, l'autre, parce qu'il y est envoyé; celui-ci, parce qu'il faut se dévouer aux intérêts de son arme ou de son corps; celui-là pour aller chercher des fonds, cet autre parce que sa femme est malade ; que sais-je encore? Les bonnes raisons ne manquent pas, et chaque homme un peu marquant qui ne peut aller luimême à Paris, y a du moins son plénipotentiaire.
Tandis que les gens de Fontainebleau mettent tant d'intérêt à connaître ce qui se passe à Paris, de leur côté les alliés n'en mettent pas moins à savoir ce qui se passe autour de Napoléon ; depuis qu'ik sont maîtres de la capi^
taie, ib ool toujoun eu les yeux fixés sur lui. Ils n'ont cessé de se tenir en garde contre un de ces coups hardis auxquels il a accoutumé TEurope.
Toutes précautions ont paru bonnes ; aucune des heures qui se sont écoulées n'a été perdue. On a accumulé des troupes sur toutes les avenues. Une armée russe est entre Essonne et Paris; une autre est portée sur la rive droite . de la Seine, depuis Melun jusqu'à Montereau ; d'autres corps ont marché par les routes de Chartres et d'Orléans ; d'autres encore, accourues sur nos pas par les routes de la Champagne et de la Bourgogne , se sont répandues entre l'Tonne et la Loire. Sans cesse on resserre Fontainebleau dans un blocus plus étroit.
Ces mouvements de troupes de la part de l'ennemi secondent admirablement les conseillers qui veulent que Napoléon n'ait plus d'autre parti à prendre que de briser son épée. a Où A iron&-nous ch^cher , disent-ils , les » débris d'armées sur lesquels on sem- » ble compter encore ? Ces différents » corps de troupes sont tellement dis- » perses, que les généraux les plus voir i> sins sont à plus de cent lieues l'un de » l'autre : quel ensemble pourra-t-on » jamais mettre dans leurs mouve- » ments ? Et nous qui sommes ici , » sommes*nous bien sûrs de pouvoir » en sortir pour aller les rejoindre? » Venaient ensuite les nouvelles de la nuit, l'apparition des coureurs de l'ennemi sur la Loire , Pithiviers occupé par eux, notre communication avec Orléans interceptée, etc. , etc.
Napoléon écoutait froidement les propos; il faisait apprécier à leur véritable valeur les forces inégales de ce réseau qu'on affectait de voir tendu tout autour de lui, et promettait de le rompre quand il en serait temps. « Une
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» route fermée à des courriers s'omre D bientôt devant cinquante mille hom- » mes , D disait-il ; et pourtant , quelle que soit la confiance de son langage , on le voit qui hésite dans l'exécution de son projet , retenu sans doute par un secret dégoût dont il ne peut se rendre maître. Il ne sent que trop combien sa position va devenir différente : lui qui n'a jamais commandé que de grandes armées régulières , qui n'a jamais manœuvré que pour rencontrer l'ennemi, qui, dans chaque bataille , avait coutume de décider du sort d'une capitale ou d'un royaume , et qui , dans chaque campagne , a su jusqu'à présent renfermer et finir une guerre! il faut maintenant qu'il se réduise au métier d'un chef de partisans ; il faut se résoudre à courir les aventures, passant de province en province , guerroyant sans cesse , portant le ravage partout, et ne pouvant
en finir nulle part! Les horreurs
de la guerre civile viennent encore rembrunir le tableau , et on ne lui en épargne pas les peintures. Maïs abré« geons ces heures d'hésitation et d'angoisse. Hàtons^nous de dire que ceux qui ont parlé à Napoléon des chances possibles d'une guerre civile ont porté à sa résolution les coups les plus
sûrs a Eh bien, puisqu'il faut re
» noncer à défendre plus longtemps » la France , s^écrie Napoléon , l'Ita- »lie ne m'oflBre-t-elle pas une re- » traite digne de moi? Veut-on m'y » suivre encore une fois? Marchons » vers les Alpes ! » Il dit , et cette proposition n'est suivie que d'un profond' silence. Ah! si dans ce moment Napo- 14on indigné fût passé brusquement de son salon dans la salle des officiers secondaires, il y aurait trouvé une jeunesse empressée à lui répondre!
Quelques pus encore , et il aurait été
tsMPm.
ttlué au bas dt M6 «scaliart par laa Acclamations de tous ses soldats I Leur enthousiasme aurait ranimé son âme I . . . Mais Napoléon succombe sous les habitudes de son règne : il croirait déchoir en marchant désormais sans les grands o/ficiers que la couronne lui adonnés; il lui semble que le général Bonaparte lui-même ne saurait reoom«mencer sa carrière sans le cortège obligé de ses anciens lieutenants, et il vient d'entendre leur silence I II faut donc qu'il cède encore une fois à leur lassitude; mais ce n'est pas sans leur adresser ces paroles prophétiques : « Vous voulez du repos; ayes-en donc.
» Hélai I vous ne savez pas combien 1 de chagrins et de dangers vous at- » tendent sur vos lits de duvet! Quel- » ques années de cette paix que vous » allez payer si cher en moissonneront » un plus grand nombre d'entre vous 9 que n'aurait fait la guerre , la guerre » la plus désespéi'ée I » A ces mots Napoléon se rassied ; il prend la plume, et, se reconnaissant vaincu, moins par ses ennemis que par la grande dé* fection qui l'entoure, il rédige luimôme en ces termes la seconde formule de Tabdication qu'on attend :
a Les puissances alliées ayant pro<- 9 clamé que l'Empereur était le seul 9 obstacle au rétablissement de la paix » en Europe , l'Empereur, fidèle à son » serment, déclare qu'il renonce pour » lui et ses enfants aux trônes de » France et d'Italie, et qu'il n'est au- » cun sacrifice , même celui de la vie , » qu'il ne suit prêt à faire aux inté- » rets de la France. »
Ceux qui approchent de Napoléon apprennent de lui-inéme qu'il a cessé de régner. Il les engage à se soumettre au nouveau gouvernement, non pas au gouvernement provisoire, dans lequel il ne voit qu'on oo-i
mili de trÉttres et de kcliNx; aux Bourbons, dans lesquels il 4 à reconnaître désormais le point de ralliement des Français.
Bientôt la fouie s'écoule de Fontainebleau ; il en est da même à Orléans et à .Blois : l'Impératrice v<Mt presque tout ce qui l'entoure se mettre en route pour Piaria. Le petit nombre qui reste encore dans le vaste palais de Fontainebleau ne sV>ceope plus que de Tlle d'Elbe , et des arrangements à prendra pour s'y rendre. Napoléon bit mettre à contribution la bibliothèque , et s'enferme avec les livres et les cartes, oà il peut prendre une idée de la nonveUa résidence qui l'attend*
Le graadHQoaréchal Bertrand , le général Drouot, le général Cambronne, le payeur des voyages Peyrusae, les fourriers Deschampa et Bâillon , obtiennent la permission de suivre Napoléon. On compose pour l'Ile d'Elbe une maison domestique peu nombreuse. On ne peut emmener que ipiatre c^its hommes de la garde , et preaque tous ces vieux compagnons de Napoléon se pr^ sentent; on n'a que l'embarras du choix (1).
Il avait été convenu que chaque grande puissance enverrait près de Napoléon un coounissaire qui lui aer* virait de sauvegarde , et l'accompagnerait à sa nouvelle deatination. Il faut attendis ces commissaires, et hnit jours s'écoulent encore.
Dans cet intervalle, la dispersion de la famille impériale est consommée.
L'lDQf>ératrioe et son fils aont tombéa au pouvoir des Autrichiens. Cédant aux ordres de aon pèra , qui lui wtt été
(f ) « Cetat ffui persiste I tuffre avec Adélilé 9 un mattie d^chu, est le vaiaqQfur 4a y^w- » qaear de soa msitre. »
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