‹ Bibliotheque militaire (volume 2)Chapitre 150 sur 205 · ÉTAT MILITAIRE DE LA FBAXCS · texte numérisé non relu

ÉTAT MILITAIRE DE LA FBAXCS

I. Situation d6 Tamiée an 1" niars 1815. «* 11. Organisation <i*une armée de buii cent mille bommps. — III. Armemenl, hahillemeut, remonte, finances. — IV. Situation de rarmée aa 1" )aiu iëlS. -V. Faris. — Yl. Lyon.

I. Dans les six derniers mois de 18H l'armée française avait reçu une nouvelle organisation ; en mars 1815, elle se composait de cent cinq régiments d'infanterie, dont trois aux colonies, quatre régiments suisses , quatre régiments d'infanterie de l'ancienne garde , sous la dénomination de grenadiers et chasseurs de France , cinquante-sept régiments de cavalerie de la ligne, quatre régiments de cavalerie de l'ancienne garde, sous la dénomination de grenadiers, dragons, chasseurs et lanciers de France ; huit bataillons du train , deux bataillons de pontonniers, trois régiments de sapeurs-mineurs, ouvriers, dits troupes du génie. Les régiments d'infanterie étaient de deux bataillons, six seulement étaient à trois. L'eflfectif de chaque régiment était l'un portant l'autre de neuf cents hommes, dont six cents disponibles pour la guerre. La cavalerie avait un effectif de vingt-cinq mille hommes, et seize mille chevaux; elle pouvait fournir au plus onze mille chevaux pour entrer en campagne. Les bataillons du train d'artillerie étaient formés de cadres; ils avaiezit deux mille chevaux aux dépôts , et six mille en subsistance chez les paysans. L'effectif général était de cent quarante-neuf mille hommes , pouvant mettre en campagne une armée de quatre-vîngt-lreize mille hommes présents sous les armes , force à peine suffisante pour garder les places fortes et les principaux

CAHrAGIlI DE 1815

éMiKts^oieiits maritimes; car toutes les flottes étaient désarmées , les équipages congédiés , si ce n'est un vais* seau et trois frégates à Toulon , et deux frégates à Rochefort. Les seules troupes qu*eût sur pied la marine, étant huit bataillons de canonniers, Q fallait que l'armée de terre pourvût à la défense de Cherbourg, de Brest , de Lorient , de Bochefort , de Toulon.

le matériel de rartillerie , malgré les pertes éprouvées par la cession des équipages de campagne renfermés dans les places d'Anvers, Wesel, Mayence , Alexandrie, pouvait fournir aux be* soins des plus grandes armées, et réparer lea pertes qu'elles pourraient faire pendant plusieurs campagnes. Il y avait dans les magasins cent cinquante mille fusils neufi, trois cent mille fusils à réparw ou en pièces de rechange, outre ceux dans les mains de Vannée. Cela était très insuflBsant. Toutes les places fortes étaient désar^ mées; les palissades et les approvision* nements de siège avaient été vendus , mais le matériel de Tartillerie pouvait suffire à leur armement

U. Huit cent mille hommes étaient jugés nécessaires pour combattre TEurope à forces égales. Les premiers soins se portèrent sur le moral de l'armée.

On restitua aux régiments les numè* ros qu'ils portaient depuis 179& ; ils avaient été illustrés dans vingt-cinq campagnes et mille combats 1 On créa les cadres des 3% &*, 5<* bataillons des régiments d'infanterie , des k*" et 5* escndrons des régiments de cavalerie; ceux de trente bataillons du train d'artillerie; de vingt régiments de jeune garde, de dix bataillons d'équipages militaires, et de vingt régiments de marine; ce qui donna de l'emploi à tous les officiers à demi-solde de toutes Us armes de terre et de mer. On requit

'ni deux cents bataillons de -garde natio<nale d'élite , chaque bataillon composé de deux compagnies de grenadiers et de deux de voltigeurs, et fort de cinq cent soixante hommes. On i appela sous les drapeaux tous les anciens militaires; il n'y eut pas besoin de loi coercitive pour les contraindre à obéir ; ils accoururent en chantant : laboureurs, artisans , manufacturiers , etc., tous quittèrent leur travail à la fin de la semaine , endossèrent leur vieil uniforme, et rejoignirent leurs anciens régiments. Cet appel devait produire deux cent mille hommes , il n'en rendit que cent trente mille à Tarmée de ligne , parce qu'un grand nombre s'enrôlèrent dans les deux cents bataillons d'élite de garde nationale , que d'autres entrèrent comme remplaçants dans la levée de la conscription de 1815. La conscription de 1815 fut rappelée; elle devait donner cent quarante mille hommes, mais elle n'en avait encore rendu que quatre-vingt mille à la fin de mai. L'insurrection de la Vendée fit éprouver un déficit. D'ailleurs, dans plusieurs départements, les jeunes gens de cette conscription avaient été appelés en 181&<, et ils préférèrent rejoindre leurs drapeaux à titre d'anciens soldats.

Les vingt régiments de marine furent formés avec trente mille matelots des anciennes escadres d'Anvers, de Brest, de Rochefort , de Toulon ; les officiers de marine et les contre-maîtres for* mèrent les cadres. Un appel de deux cent cinquante mille hommes devait être proposé aux Chambres dans le courant de juillet; la levée eût été terminée en septembre. Le nombre des officiers, sous-officiers et soldats en retraite ou réforme, s'élevait à plus de cent mille ; trente mille étaient en état de servir dans les places fortes; ils s'empressèrent do répondre à l'ap-

L'EUVIRE.

pel que leui* fit le ministre de la guerre, le maréchal prince d'Eckmûhl; leur expérience, leur bon esprit, furent fort utiles pour diriger les nouvelles levées et assurer la conservation des places fortes.

III. L'objet le plus important était les armes à feu. Les magasins étaient fournis d'une quantité suffisante de sabres. L'artillerie prit plusieurs mesures pour doubler Taclivité des anciennes manufactures : i^ elle exempta les ouvriers du service militaire ; 2*^ elle donna aux entrepreneurs les avances dont ils avaient besoin ; 3"* elle se relâcha de la rigueur de ses anciennes ordonnances, autorisant ses agents à recevoir des {modèles mixtes, ayant des platines plus simples que celles du modèle de 17T7 ; elle fit couler par milliers des platines en cuivre , et rétablir l'atelier des platines mécaniques à l'estampe. Les fabriques impériales pouvaient fournir vingt mille armes neuves par mois ; par ces moyens extraordinaires , elles en fournirent qua-rante mille , ce qui en six mois aurait fait deux cent quarante mille. Gela était encore insuffisant. On établit dans toutes les grandes places fortes des ateliers de réparation , assez nombreux pour pouvoir en six mois réparer tous les vieux fusils qui étaient dans les magasins de France. Mais la principale ressource fut celle des ateliers qu'on créa dans la capitale* Ils furent de trois sortes. Les premiers, pour remonter les pièces de rechange; les ébénistes du faubourg Saint-Antoine, d'abord maladroits à ce travail , ne tardèrent pas à s'y rendre très habiles. Les seconds , des ateliers de réparation pour les vieux fusils. Les troisièmes, des ateliers fournissant des fusils neu&.

Les ouvriers en cuivre, les garçons horlogers, les ciseleurs, qui sont nom-

breux dans cette grande ville, furent tous occupés. Les officiers d'artiUerie portèrent tant de zèle et d'intelligence dans la direction de tous ces ateliers, que, dès le mois de mai, ils fournirent par jour quinze cents fusils , en juin trois mille ; et ils devaient en fournir quatre mille à commencer du 1^ juillet. Il y eut dans la capitale plus d'activité qu'en 1793 , mais avec cette différence que tout était alors gaspillage, anarchie et désordre; les armes que fabriquaient les ateliers révolutionnaires étaient défectueuses , d'un mauvais service ; mais en 1815 , tout fut conduit avec la plus grande économie, par les principes d'une bonne administration; et toutes les armes qui en scurtirent étûent conformes aux règles de l'art Ce service important se trouva assuré.

Les manufactures de draps propres à rhabiUement des troupes, étaient nombreuses en 1812 et 1813; elle& pouvaient fournir à tous les besoins des armées ; mais en 1814^, elles furent entièrement abandonnées. Le ministre de la guerre ne fit aucune commande, il n'avait fiiit donner aucun effet d'habillement aux corps, si ce n'est aux six régiments qui portaient le nom du Boî ou des Princes. Dès le mois d'avril, le trésor avança plusieurs millions aux fabricants de draps , qui mirent en un mois leurs manuEEtctures en activité.

L'habillement de huit cent mille hommes était une affaire bien considéraUe; il eût été impossible d'y pourvoir à temps. Le ministre adopta la mesure de prescrire aux gardes nationales sédentaires, par un des articles de la Ich qui ordonnerait la levée des deux cent cinquante mille hommes, de fournir cent mille habits et équipements pour l'armée active.

Les fournisseurs avaient livré vingt

CAMPÂONB DB 1815.

oûBe chevaux de cavalerie avant le l*' juin ; dix mille chevaux tout dressés avaient été fournis par la gendarmerie qui avait été démontée; le prix en fut payé comptant aux gendarmes, qui en huit jours se remontèrent en achetant des chevaux de leur choix. On avait le projet de prendre de nouveau moitié de ces chevaux dans le courant de juillet, Ton avait des marchés passés pour quatorze mille autres. On avait donc au 1^ juin quarante-six mille chevaux de cavalme aux dépôts ou en ligne , et on en aurait eu soixante-six mille à la fin de juillet. Cinq mille chevaux d'artillerie étaient rentrés de chez les paysans. Des marchés pour quinze mille chevaux avaient été passés avec les fournisseurs, douze mille étaient livrés au 1^ juin; il y avait donc à cette époque dix-huit mille chevaux d'artiOerie.

La iacilité avec laquelle le ministre des 'finances, le duc de Gaête, et le ministre du trésor, le comte MoUien, pourvoyaient à ces énormes dépenses, était l'objet de Tétonnement général.

Tous les services ne pouvaient se faire qu'argent comptant, la plupart des fournisseurs et entrepreneurs voulaient même des avances. Cependant la dette publique et les pensions étaient servies avec la plus grande exactitude ; toutes les dépenses de l'intérieur, loin d'être diminuées , étaient augmentées ; le grand système des travaux publics avait repris dans toute la France. « On » voit Ûen, disaient les ouvriers, que » le grand entrepreneur est de retour ; »tout était mort, tout renaît; nous » étions oisifs , et aujourd'hui nous » sommes tous occupés. » L'opinion était généralement accréditée que l'Em* p^eur avait retrouvé cent millions en or de son trésor des Tuileries : c'était à tort ; le vrai trésor qu'il retrouva fut

l'affection du peuple, la bonne volonté, non seulement de la masse de la nation . mais aussi des capitalistes français et hollandais. Le trésor négocia quatre millions de rentes de la caisse d'amortissement à cinquante pour cent, qu'il remplaça en crédit de bois nationaux ; cela lui produisit, net de tous escomptes, quarante millions argent comptant, qui rentrèrent avec une incroyable rapidité. Le Roi avait quitté Paris avec une tdle précipitation, qu'il n'avait pu emporter ni l'argenterie de la couronne, évaluée six millions, ni les caisses du trésor qui étaient répandues dans toute la France; il s'y trouvait cinquante millions. Une partie de cette somme était employée par le baron Louis, son ministre des finances, à l'agiotage des bons royaux. Ce système, qui était si vicieux, fut abandonné par le duc de Gaéte , qui put disposer du fonds qui y était afi'ecté. Les contributions ne furent point augmentées, mais le peuple s'empressait d'en accélérer le paiement. Les dons gratuits étaient nombreux; il est des départements où ils dépassèrent un million. A toutes les parades, des citoyens inconnus s'ap* prochaientde l'Empereur, et lui remettaient des paquets de billets de banque , plusieurs fois, à sa rentrée dans les appartements, il remit au ministre du trésor quatre-vingt ou cent mille francs qu'il avait reçus ainsi. Cela ne pouvait produire des sommes bien considérables ; mais nous les citons comme un témoignage de l'élan national.

Ainsi, au i« octobre, la France aurait eu un état militaire de huit à neuf cent mille hommes conifdètement organisés, armés et habillés. Le problème de son indépendance consistait désormais à pouvoir éloigner les hostilités jusqu'au 1^ octobre. Les mois de mai, juin, juillet, août et septembre, étaient

L*BMPIRE.

néoessaires, amis ils suffisaient. A cette époque, les frontières de TEmpire eus* sent été des frontières d'airain , qu'au*> cune puissance humaine n'eût pu franchir inoipunément.

IV. Au 1" juin, Teffectif des troupes françaises sous les armes était de cinq cent cinquante -neuf mille hommes.

Ainsi, en deux mois, le ministère de la . guerre avait levé quatre cent quatone mille hommes , près de sept mille par jour. Sur ce nombre, Teffectif de Tarmée de ligne s*élevait à trois cent soixante-trois mille hommes ; celui de Farmée extraordinaire à cent quatrevingt-seize mille hommes. Sur l'effectif de Tarmée de ligne, deux cent dix-sept mille hommes étaient présents sous les armes, habillés, armés et instruits, dis* pénibles pour entrer en campagne. Us furent formés en sept corps d'armée, quatre corps de réserve de cavalerie , quatre corps d observation et l'armée de la Vendée, répartis le long des frontières, les couvrant toutes; mais les principales forces cantonnées à portée do Paris et de la frontière de Flandre. Le 1* juin , toutes les troupes quittèrent les places fortes, et en abandonnèrent la garde à l'armée extraordinaire. Le premier corps, commandé par le comte d'Erlon , prit ses cantonnements dans les environs de Lille ; il se composait de quatre divisions d'infanterie , chacune d'elles forte de quatre régiments, d'une division de cavalerie légère de quatre régiments et de six batteries d'artillerie. Le deuxième corps , commandé par le comte Reille, fut cantonné autour de Valenciennes; il était composé de même que le preniicr corps , mais un peu plus fort, quelques régiments ayant trois bataillons. Le troisième corps , commandé par le comte Vandamme, fut réuni dans les environs de Méiières ; il avait trois divisions d'in* '

fanlarie , une àm cavalerie et cinq bHteries. Le quatrième corps, commandé par le comte Gérard, était dans les environs de Mets ; il avait trois divisions d'infanterie, une divisbn de cavalerie légère et cinq batteries. Un de ses régiments d'infiinterie était détaché dana la Vendée. Le cinquième «orps , commandé par le comte Rapp, était en Alsace; il avait trois divisions d'infonterie, une divbion de cavalerie légère et ût batteries; mais chacune de ces divisions d'infanterie avait un régiment détaché dans la Vendée. Le septième corps, commandé par le maréchal Su* chet, était à Chambéry ; il était corn* posé de deux divisions d'infanterie de ligne de quatre l'égiments chacune, de deux divisions de garde nationale d'é»

lite de huit bataillons chacune , d'une division de cavalerie légère et de six batteries. Le premier corps d'observa»

tion, dit du Jura, commandé par le général Lecourbe , était fort d'une àj^ vision de trois régiments , de deux di* visions de garde nationale d'élite de huit lataillons chacune , d'une division de cavalerie légère et de cinq batteries. Le deuxième corps d'observation, dit du Var, commandé par le maréchal Brune, se composait d'une division d'infiinterie, forte de trois régiments, dont deux à trois bataillons, d'un régi-* ment de cavalerie et de trois batteries. Ces régiments d'infanterie étaient te»

nus de la vingt-troisième division mtli* taire, où ils avaient été remplacés par des bataillons de volontaires corses. Le troisième corps d'observation , ou des Pyrénéc>M)rienlales, commandé par le général Decaen, étiiit rassemblé à Ton^ louse ; il se composait d'une division d'infanterie de trois ré^pmenta, d'uà régiment de cavalerie, de seize batail* Ions de garde nationale d'élite et de trois batteries. Le quatrième oorpe

d*obserVatlon, commandé par le général Clausel , était à Bordeaux ; sa composition était la même. Ces deux derniers corps s*étaient affaiblis chacun d*un régiment d'infanterie envoyé dans la Vendée. La Vendée, après avoir arboré Taigle impériale pendant avril, s'était insurgée en mai ; le général Lamarque y commandait en chef larmée impériale qui se composait de huit régiments de ligne, de deux régiments déjeune garde, de deux régiments de cavalerie, de dix escadrons de gendarmerie, chacun de quatre cents hommes, de douze bataillons ou détachements de ligne destinés au corps d'armée, et qui avaient été retenus dans la Vendée, vu l'Urgence des circonstances. Les quatre corps de réserve de cavalerie , sous le commandement du maréchal Grouchy, étaient tous cantonnés entre l'Aisne et la Sambre; chaque corps de cavalerie avait deux batteries d'artillerie légère et deux divisions, chaque division de trois régiments. Le premier corps, composé de cavalerie légère, était commandé par le comte Pajol. Le deuxième corps, composé de dragons, était sous les ordres du comte Excelmans.

Le troisième corps, formé de cuirassiers, était commandé par le comte Milhaud ; et le quatrième corps, également formé de cuirassiers, était sous les ordres du comte Kellermann. La garde impériale était composée de quatre régiments de jeune garde, quatre de moyenne garde , quatre de vieille garde , de quatre régiments de cavalerie et de quatre-vingt-seize bouches à feu. Les régiments n'avaient en général, dans les corps d'armée , que deux bataillons ; les bataillons étaient de six c ents hommes présents sous les armes; il leur en manquait deux cent quarante pour leur complet. Ce supplément d'hommes était en route et eût joint

DB 1SI5. rs

avant le 1" juillet. Les troisième, quatrième et cinquième bataillons et les dépôts furent mis en marche de' tous les points de la France pour se réunir à Paris , à Lyon et dans l'ouest. L'artillerie préparait un nouvel équipage de cinq cents bouches à feu de campagne, personnel, matériel, attelage et double approvisionnement. Les deux cents bataillons d'élite de garde nationale, formant un effectif de cent douze mille hommes, étaient entièrement levés. Cent cinquante bataillons , faisant quatre-vingt-cinq mille hommes , tenaient garnison dans les quatre-vingtdix places ou forts sur les frontières de rSmpire. Quarante -huit bataillons, formant vingt-six mille hommes, étaient réunis, comme il a été dit, seize avec le premier corps d'observation , celui du Jura, seize avec le deuxième corps, seize formant une réserve sur la Loire. Le comte Dumas avait porté la plus grande activité dans la levée de ces troupes ; et dans cette circonstance, il a bien mérité de la France. Indépendamment de ces deux cents bataillons de grenadiers et chasseurs d'élite , on leva, dans le courant de mai, quarante-huit bataillons de garde natio^ nale dans le Languedoc , la Gascogne et le Dauphiné; ceux du Dauphiné furent en juin en Provence; ceux du Languedoc portèrent à quinze nnûlle hommes le troisième corps d'observation ; ceux de la Gascogne portèrent à la même force le quatrième corps d*observation) ce qui complétait la défense des Pyrénées. On n'a point compris ces quarante-huit bataillons dans la situation au !«' juin, parce que, à cette époque, ils n'avaient point encore quitté le chef-lieu de leurs départements, et que leur organisation n'était pas complétée ; mais à la fin de juin, ils étaient rendus à leur destination

respective. Des trente mille officiers, sous-officiers et soldats tirés de la retraite , vingt mille hommes augmentaient les garnisons des places fortes, et dix mille tenaient garnison à Marseille, à Bordeaux et autres villes où leur présence était nécessaire pour électriscr l'esprit public et surveiller les malveillants. Les quatre-vingt-dix places fortes étaient armées, palissadées , approvisionnées et commandées par des officiers expérimentés.

La première ligne des frontières du nord , savoir :

Calais , Dunkerque , Saint-Omer , Lille , Condé , Maubeuge , Philippevil le., étaient approvisionnés pour six mois , et avaient des garnisons complètes en nombre d'hommes, mais non habillées ni instruites ; c'étaient les gardes nationales d*élite qui se formaient.

La deuxième ligne , savoir :

Ai'dres , Aire , Béthune , Douai , Valenciennes, le Quesnoy, Àvesnes, Rocroy, étaient approvisionnés pour quatre mois , et avaient la moitié de leurs garnisons.

La troisième ligne , savoir :

Montreuil, Hesdin, Arras, Bouchain, Landrecies, Bapaume , Cambrai , Abbeville , château d'Amiens , Péronne , château de Ham , Laon , étaient approvisionnés pour trois mois, et avaient le quart de leurs garnisons. Sur la frontière de la Moselle , la première ligne , savoir :

Charlemont, Mézières, château de Sedan, château de Bouillon, Longv^y , Thionville, Sarre-Louis, Bitche, étaient approvisionnés pour quatre mois, et avaient leurs garnisons complètes.

La deuxième ligne , savoir :

Verdun, Metz, Phalsbourg, Toul, étaient approvisionnés pour quatre mois, et avaient la moitié de leurs garnisons.

L'fiMPlBE.

Sur la frontière de TAkace , savoir :

Landau, Lauterbourg, Haguenau, Strasbourg, Selestal, Neufbrisach, Huningue, étaient approvisionnés pour six mois, et avaient leurs garnisons complètes.

Sur la frontière de Suisse , savoir :

Béfort , Besançon , Fort FEcluse , Auxonne , étaient approvisionnés pour quatre mois , et avaient des garnisons.

Sur la frontière des Alpes , savoir :

Le fort Barraux , Briançon , Mont- Dauphin, Colmar, Entrevaux, Antibes , étaient approvisionnés pour quatre mois, et avaient leurs garnisons.

Sur la frontière de la Méditerranée, savoir :

Les forts de Sainte-Marguerite , le château de Saint-Tropez, le fort de Bregançon , les forts des îles d'Hyères, Toulon , le fort de Bouc , Aigues-Mortes , Cette , Collioure , avaient des garnisons suffisantes pour mettre ces places à l'abri d'un coup de main , et un commencement d'approvisionnements. Les batteries de côtes étaient réarmées ; toutes les places de la frontière des Pyrénées, de Perpignan à Bayonne , de première et seconde lignes, étaient armées , approvisionnées, et avaient des garnisons plus ou moins nombreuses. On avait peu d'inquiétude de l'Espagne. Enfin toutes les frontières de l'Océan, Bayonne, le Château- Trompette , les forts de l'île d' Aix , de nie d'Oléron , de l'ile de Ré , de la Rochelle, le château de Nantes, l'ile Dieu, Belle-Ile, Brest, le fort SainIrMalo, Cherbourg, le Havre , le château de Dieppe, étaient armés, avaient des garnisons suffisantes pour être à l'abri d'un coup de main , et un commencement d'approvisionnements. Les canonniers gardescôtes étaient levés. Toutes les forces anglaises étant employées en Belgique ou en Amérique , on n'avait aucune

CAMPAGNE DE iSiS.

inquiétude sérieuse du côté de la mer.

V. Si les hostilités, comme il était à craindre , commençaient avec Tau* tomne, les armées de TEurope conjurées seraient beaucoup plus nombreuses que les armées finmçaises , et ce serait alors sous Paris et sous Lyon, que se déciderait le destin de TEmpire. Ces deux grandes villes avaient été jadis fortifiées ainsi que toutes les capitales de l'Europe , et, comme elles , elles avaient depuis cessé de Tétre.

Cependant , si en 1805 Vienne eût été toniOée , la bataille d'Ulm n'eût pas décidé de Tissue de la guerre ; le corps d'armée que commandait le général Kutusoff y aurait attendu les autres corps de l'armée russe, déjà arrivés à Olmutz , et Tarmée du prince Charles arrivant d'Italie. En 1809 , le prince Charles , qui avait été battu à Eckmûhl , et obligé de faire sa retraite par la rive gauche du Danube , aurait eu le temps d'arriver à Vienrie, et de s'y réunir avec le corps du général Hiller et l'année de l'archiduc Jean.

Si Berlin avait été fortifié en 1806 , l'armée battue à léna s'y fût ralUée, et l'armée russe l'y eût rejointe.

Si en 1806 Madrid avait été une place forte, l'armée française, après les victoires d'Espinosa, de Tudella, de Burgos et de Sommosiera, n'eût pas marché sur cette capitale , en laissant derrière Salamanque et Valadolid l'armée anglaise du général Moore , et l'armée espagnole de la Romana ; ces deux armées anglo-espagnoles se fussent réunies , sous les fortifications de Madrid, à l'armée d'Aragon et de Valence.

En 1812 , l'Empereur Napoléon en* tra à Moscou : si les Russes n'avaient pas pris le parti de brûler cette grande ville, parti inouï dans l'histoire et qu'eux seuls pouvaient exécuter, la prise de Moscou eût entraîné la sou-

mission de la Russie; car le vainqueur eût trouvé dans cette grande ville, l» tout ce qui est nécessaire pour rétablir l'habillement et le matériel d'une armée; 2® les farines, les légumes, les vins, les eaux-de-vie, et tout ce qu'il faut pour la subsistance d'une grande armée ; 3^ des chevaux pour remonter la cavalerie , et enfin l'appui de trente mille affranchis, fils d'affranchis ou esclaves, jouissant d'une grande fortune, fort impatients du joug de la noblesse, lesquels eussent communiqué des idées de liberté et d'indépendance aux esclaves : perspective effrayante qui eût conseillé au Czar de faire la paix, d'autant plus que le vainqueur avait des intentions modérées. L'incendie détruisit tous les magasins, dispersa la population; les marchands et le tiers-état furent ruinés ; et cette grande ville ne fut plus qu'un cloaque de dés(Mrdres, d'anarchie et de crimes. Si elle eût été fortifiée , Kutusoff eût campé sur ses remparts, et l'investissement en eût été impossible.

Constantinople , ville beaucoup plus grande qu'aucune de nos capitales modernes , n'a dû son salut qu'à ses fortifications; sans elles, l'empire de Constantin eût été terminé en 700 , et n'eût duré que trois cents ans. Les heureux Mussen y auraient dès lors planté l'étendard du prophète; ils le firent en 14.4.0, environ huit cents ans après. Cette capitale dut à ses murailles huit cents ans d'existence. Dans cet intervalle, assiégée cinquante-trois fois , elle le fut cinquante deux fois inutilement. Les Français et les Vénitiens la prirent, mais après une attaque très vive.

Paris a dû, dix ou douze fois son salut à ses murailles; 1^ en 885; il eût été la proie des Normands ; ces barbares l'assiégèrent inutilement deux

L'iiimt.

ftiis ( r en 11)98 , il Ait assiégé intttile^ ment par le Dauphin , et si quelques années après ^ les habitants lui en ouvrirent les portes , ce fut de plein gré; 3» en 13: 9, Edouard, roi d'Angleterre, campa à Montrouge , porta le ravage jusqu'au pied de ses murailles , mais recula devant ses fortifications et se retirfth Chartres; &• en 11-29, le roi Henri V repoussa l'attaque de Charles VII; 5« en li6l, le comte de Charolais cerna cette grande capitale , il échoua dans toutes ses attaques; 6* en 1W2 , elle eût été prise par le duc de Bourgogne qui fut obligé de se contenter de ravager sa banlieue ; 7" en 1536 , Charles-Quint , maître de la Champtigne, porta son quartier général à Meaux , ses coui'eurs vinrent sous les remparts de la capitale , qui ne dut son salut qu'à ses murailles; 8* et 9* en 1588 et 1589, Henri III et Henri IV échouèrent devant les fortifications de Paris; et si plus tard , les habitants ouvrirent leurs portes , ils les ouvrirent de plein gré , et en Conséquence de l'abjuration de Saint-Denis; 10* enfin, en 1636, les fortifications de Paris en sauvèrent, pendant plusieurs années, les habitants. Si Paris eût été encore une place forte en 181i et en 1815 , capable de résister seulement huit jours, quelle influence cela n'aurait-il pas eue sur les événements du monde ! ! ! Une grande capitale est la patrie de Télite de la nation ; tous les grands y ont leur domicile, leurs familles; c'est le centre de l'opinion , le dépôt de tout. C'est la plus grande des contradictions et des inconséquences que de laisser un point aussi important sans défense immédiate. Au retour de la campagne d'Austerlitz , l'Empereur s'entretînt souvent et fit rédiger plusieurs projets pour fortifier

les hauteurs de Paris, là &ÊbM dinquiéter les habitants, les événements qui se succédèrent avec une incroyable rapidité , l'empêchèrent de donner suite à ce projet. Comment , dira-t-on , vous prétendez fortifier des villes qui ont douze à quintô m lie toises de pourtour? 11 vous faudra quatre-vingts ou cent fronts, cinquante à soixante mille soldats de garnison , huit cents ou mille pièces d'artillerie en batterie. Mais soixante mille soldats sont une armée; ne vaut-il pas mieux l'employer en ligne ? Cette objection est faite en général contre les grandes places fortes, mais elle est feusse en ce qu'elle confond un soldat avec un homme. Sans doute , Il &ut , pour défendre une grande ca* pilale, cinquante à soixante mille hommes, mats non cinquante k soixante mille soldats. Aux époques de malheurs et de grandes calamités , les états peuvent manquer de soldats, mais ne manquent jamais d'hommeS pour leur défense intérieure. Cinquante mille hommes, dont deux à trois mille canonnicrs, défendront une capitale , en interdiront l'entrée à une armée de trois à quatre cent mille hommes; tandis que ces cinquante mille hommes en rase cam-^ pagne, s'ils ne sont pas des soldats faits, et commandés par des officiers expérimentés, seront mis en désordre par une charge de trois mille hommes de cavalerie. D'ailleurs, toutes les grandes capitales sont susceptibles de couvrir une partie de leur enceinte par des inondations, parce qu'elles sont toutes situées sur de grands fleuves, que les fossés peuvent être remplis d'eau, soit par des moyens naturels, soit par des pompes à feu. Des places si considérables, qui contiennent des garnisons si nombreuses, ont un certain

eAMPAUll DI 1815.

nombre de positions domintntes, sans la possession des<luclles il est impossi^ blede se hasarder à entrer dansla ville. Mais , quel que fût le plan de campagne que Ton adoptât en 1815 , que^ que soin qu*on portât à armer , approvisionner, et fournir de garnisons les quatre-vingt-dix places fortes des frontières de la France , si les ennemis commençaient les hostilités avant Tautomno t Puris et Lyon étaient les deux points importants; tant qu'on les occuperait en force , la patrie ne serait pas perdue , ni obligée de se mettre à la discrétion des ennemis 1 1 1

Le géûéral du génie, Haxo, dirt* gea le système des fortifications de Paris. U fit d*abord occuper les hauteurs de Montmartre, celles inférieures des Moulins , et le plateau depuis la butte Chaumont jusqu'aux hauteurs du Père-Lacbaise : quelques jours suffirent pour tracer ces ouvrages et leur donner une forme défensive. Il fit achever le canal de TOurcq, qui de Saint-Denis va au bassin de tat YiUette. Les officiers des ponts et chaussées furent chargés de ce travail ils s'en acquittèrent avec ce zèle et ce patriotisme qui les distinguent; les t^res étaient jetées sur la rive gauche pour former un rempart. Ils construisirent, sur la rive droite, des demilunes couvrant les chaussées. La petite ville de Saint-Denis fut couverie ])ar des inondations. Depuis les hauteurs du Père-Lachaise jusqu'à la Seine, la droite était appuyée à des ouvrages établis à l'Etoile , sous le canon de Vincenncs, et à des redoutes dans le parc de Bercy. Une caponnière de huit cents toises joignait la barrière du Trône à la redoute de l'Etoile. Cette «ftponnière se trouva la chaussée était 1

toute construite ; et MvAtiM

murailles. Ces ouvrages étaient entier rement terminés et armés dd six cents pièces de canon au i*'' juin. Le général Haxo avait tracé les ouvrages de la rive gauche de la Seine , depuis vis^vis Bercy jusqu'à la barri re au delà de l'BcoIe-Militaire : il fallait quinte jours pour les terminer. Ce sysième de fortifications sur les deux rives se communiquait en suivant la rive droite de la Seine ]iar Saint^loud ; NeuiHy et Saint-Denis. La ville ainsi couverte, on devait construire un torï envelop»

pant l'Àro de Triomphe de l'Etoile, appuyant sa droite aux batteries de Montmartre , et sa gauche à des ouvrages construits sur les hauteurs de la barrière de Passy, croisant leurs feux avec des ouvrages établis du côté de TEcole -Militaire sur l'autre rive; enfin, trois forts servant de réduits aux fronts de Belleville, situés sur l'extrême crête du côté de Paris, dô manière que les troupes pussent s'y rallier, et empêcher Tennemî, lors* qu'il aurait forcé Tenceinte , de découvrir Paris do ce côté. Dans utt système de fortifications permanentes pour cette vil!e , il faudrait étendre les inondations sur toutes les parties basses, et occuper, par des petites places, la tête de pont de Charenton et celle de Neuilly , c'est-à-dire , la hauteur du Calvaire, afin que Tarmée pût manœuvrer sur les deux rives de la Marne et de la Seine. Les parcs d'ar-^ tillerie , pour la rive droite et la rive gauche, furent séparés. Les calibres de 6 , là et 18 furent adoptés pour la rive gauche; ceux de &, 8, 16 et 84, pour la rive droite, afin d'éviter la confusion des calibres. Des généraux, des colonels , un grand nombre d'of^ ficiers d'artillerie , étaient uniquement attachés à la direction de ce service, par émx bouaes ^ aiaai que deux bitailtopi deesaontriitri

Page 1