‹ Bibliotheque militaire (volume 2)Chapitre 162 sur 205 · VIII. — IX · texte numérisé non relu

VIII. — IX

I. Première observation. On a reproché à l'Empereur: 1" de s'être démis de la dictature au moment où la

France avait le plus grand besoin d'un dictateur ; 2« d'avoir changé les constitutions de l'Empire dans un moment où il ne fallait songer qu'à le préserver de l'invasion ; 3* d'avoir souffert que l'on alarmât les Vendéens, qui d'abord avaient refusé de prendre les armes contre le régime impérial; 4® d'avoir réuni les chambres, lorsqu'il suffisait de réunir les armées ; 5® d'avoir abdiqué et laissé la France à la merci d'une assemblée et divisée et sans expérience; car enfin, s'il est vrai qu'il fut impossible au prince de sauver la patrie sans la confiance delà nation, il ne l'est pas moins que la nation, dans ces circonstances critiques, ne pouvait sauver ni son honneur ni son indépendance sans Napoléon.

Nous ne ferons aucune réflexion sur des matières qui sont approfondies et longuement traitées dans le livre X (1).

IL Deuxième observation. L'art avec lequel les mouvements des divers corps d'armée ont été dérobés à la connaissance de l'ennemi au début de la campagne , ne saurait être trop remarqué. Le maréchal Blûcher et le duc de Wellington ont été surpris; ils n'ont rien vu, rien su de tous les mouvements qui s'opéraient près de leurs avant-postes.

Pour attaquer les deux armées ennemies, les Français pouvaient déborder leur droite, leur gauche, et percer leur centre. Dans le premier cas, ils déboucheraient par Lille, et rencontreraient l'armée anglo-hollandaise : dans le second, ils déboucheraient par Givet et Charlemont, et rencontreraient l'armée prusso-saxOnne.

Ces deux armées restaient réunies ,

(1) Ccite relation portait au titre : livre IX. Le livre X, dont parle ici Napoléon, n*a pas paru.

L'EimBE.

puisqu'elles seraient pressées l'une sur Tautre, de la droite sur la gauche, et de la gauche sur la droite. L*£nipereur adopta le parti de couvrir ses mouvements par la Sambre , et de percer la ligne des deux armées à Charleroi , point de leur jonction , manœuvrant avec rapidité et habileté. Il trouva ainsi dans les secrets de Fart des moyens supplémentaires qui lui tinrent lieu de cent mille hommes qui lui manquaient ; ce plan fut conçu et exécuté avec audace et sagesse.

111. Troisième observation. Le caractère de plusieurs généraux avait été dùLi^empé par les événements de 18i& ; iiâ avaient perdu quelque chose de cette audace, de cette résolution et de cette confiance qui leur avaient valu tant de gloire , et avaient tant contribué au succès des campagnes passées.

i"" Le 15 juin, le troisième corps devait prendre les armes à trois heures du matin , et arriver devant Charleroi à dix heures: il n'arriva qu*à trois heures après midi.

2*" Le môme jour , Tattaque des bois en avant de Fleurus , qui avait été ordonnée pour quatre heures après midi, n'eut lieu qu'à sept heures. La nuit survint avant qu'on pût entrer à Fleurus , où le projet du chef avait été de placer son quartier général ce même jour. Cette perte de sept heures était bien fâcheuse au début d'une campagne.

3*» Ney reçut l'ordre de se porter, le 16, avec quarante-trois mille hommes qui composaient la gauche qu'il commandait, en avant des Quatre-Bras, d'y prendre position à la pointe du jour, et même de s'y retrancher; il hésita, perdit huit heures : le prince d'Orange, avec neuf mille hommes seulement, conserva, le 16, jusqu'à trois heures après midi , cette importante position.

Lorsqu'enfiû le IfaréeW leçut, à nwU,

l'ordre daté de Fleurus, et qu^il vil qoe l'Empereur allait en venir aux laaiBs avec les Prussiens , il se porta sur les Quatre-Bras , mais seulement avec la moitié de son monde; il laissa l'autre moitié pour appuyer sa retraite à deux lieues derrière ; il l'oublia jusqu'à six heures du soir, où il en sentit le besoin pour sa propre dtfense. Dans les autres campagnes, ce général eût occupé à six heures du matin la position en avant des Quatre-Bras, eût défait et pris toute la division belfe, et eût ou tourné l'armée prussienne, en faisant, par la chaussée de Namur, on détachement qui fût tombé sur les derrières de la ligne de bataille , ou« en se portant avec rapidité sur la chaussée de Gennapes , il eût surpris en marche et détruit la division de Brunsv^lck et la cinquième division anglaise qui venait de Bruxelles, et de là marché à la rencontre des première et troisième divisions anglaises, qui ar* rivaient par la chaussée de Nivelles, l'une et l'autre sans cavalerie , ni artillerie, et harassées de fatigue : toujours le premier dans le feu , Ney ouUiait les troupes qui n'étaient pas sous ses yeux. La bravoure que doit montrer un général en chef est difiérente de celle que doit avoir un général de divi* sion, comme celle-ci ne doit pas être celle d'un capitaine de grenadiers.

4° L'avant-garde de l'armée firan* çaise n'arriva, le 17, devant Waterloo, qu'à six heures du soir : sans de ficheuses hésitations, elle y fût arrivée à trois heures. L'Empereur en parut fort contrarié ; il dit , en montrant le soleil : « Que ne donnerais je pas pour o avoir aujourd'hui le pouvoir de Josui^ » et retarder sa marche de dmx heu* » res ! »

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