‹ Bibliotheque militaire (volume 2)Chapitre 163 sur 205 · IV. Quêtriètne observaiiom. Jamais · texte numérisé non relu

IV. Quêtriètne observaiiom. Jamais

GAMPAONI D8 1815.

le soldat français n'a montré plus de courage, de bonne volonté et d'enthousiasme ; il était plein du sentiment de sa supériorité sur tous les soldats de l'Europe, Sa confiance dans l'Empereur était tout entière, et peut-être encore accrue; mais il était ombrageux et méfiant envers ses autres chefs. Les trahisons de 181^ étaient toujours présentes à son esprit ; tout mouvement qu'il ne comprenait pas, l'inquiétait ; il se croyait trahi. Au moment où les premiers coups de canon se tiraient près de Saint-Amand, un vieux caporal s'approcha de l'Empereur et lui dit : « Sire, méfiez-vous du maréchal Soult, soyez certain qu'il nous trahit. — Sois tranquille , lui répond ce prince , j'en réponds comme de moi. » Au milieu de la bataille, un ofiicier fit le rapport au maréchal Soult, que le général Yandamine était passé à l'ennemi ; que ses soldats demandaient à grandsicris qu'on en instruisît l'Empereur. Sur la fin de la bataille, un dragon, le sabre tout dégouttant de sang, accourut, criant:

tt Sire, venez vite à la division ; le général Dhénin harangue les dragons pour passer à l'ennemi. — L'as-tu entendu? — Non, Sire , mais un officier qui vous cherche l'a vv, et m'a chargé de vous le dire. » Pendant ce temps, le brave général Dhénin recevait un boulet de canon qui lui emportait une cuisse, après avoir repoussé une charge ennemie.

Le 1%> au soir, le lieutenant général 8**"^**% le colonel C****'' et l'officier de rétat-major Y********* , avaient déserté du quatrième corps et passé à l'ennemi. Leurs noms seront en exécration tant que le peuple français formera une nation. Cette désertion avait fort augmenté l'inquiétude du soldat.

U parait à peu près constant qu'on a

crié sauve qui pêuê à la quatrième division du premier corps, le soir de la bataille de Waterloo, à l'attaque du village de la Haye par le maréchal Blûcher. Ce village n'a pas été défendu comme il devait l'être. Il est également probable que plusieurs officiers, porteurs d'ordres, ont disparu.

Mais si quelques officiers ont déserté, pas un soldat ne s'est rendu coupable de ce crime. Plusieurs se tuèrent sur le champ de bataille oà ils étaient restés blessés, lorsqu'ils apprirent la déroute de l'armée.

Y. Cinqutëmê obienmtion. Dans la journée du 17 , l'armée française se trouva partagée en trois parties.

Soixante-neuf mille hommes, sous les ordres de l'Empereur, marchèrent sur Bruxelles par la chaussée de Charieroi ; trente-quatre mille, sous les ordres du maréchal Grouchy , se dirigèrent sur cette capitale par la chaussée de Wavres , à la suite des Prussiens ; sept à huit mille hommes restèrent sur le champ de bataille de Ligny , savoir : trois mille hommes de la division Girard , pour porter secours aux blessés et former , dans tous les cas imprévus, une réserve aux Quatre- Bras; quatre à cinq mille hommes, formant les parcs de réserve, restèrent à Fleurus et à Charleroi. Les trentequatre mille hommes du maréchal Grouchy , ayant cent huit pièces de canon, étaient suffisants pour culbuter l'arrière-garde prussienne dans toutes les positions qu'elle prendrait, presser la retraite de l'armée vaincue et la contenir. C'était un beau résultat de la victoire de Ligny , de pouvoir ainsi opposer trente-quatre mille hommes, à une armée qui avait été de cent vingt mille hommes. Les soixante-neuf mille hommes, sous les ordres de l'Empereur , étaient suffisants pour battre

L'EMPIBE.

Tarmée anglo-hoUaDdaise de quatrevingt-dix mille hommes. La disproportion qui existait le 15 entre les deux masses belligérantes, qui était alors dans le rapport d'un à deux , était bien changée ; elle n'était plus que dans le rapport de trois à quatre. Si l'armée anglo-hollandaise avait battu les soixanteneuf mille hommes qui marchaient contre elle, on eût pu reprocher à Napoléon d'avoir mal calculé; mais il est constant, même de Taveu des ennemis, que sans Tarrivée du maréchal Blûcher, l'armée anglo-hollandaise aurait perdu son champ de bataille entre huit et neuf heures du soir. Sans Farrivée du maréchal Blûcher à huit heures du soir avec ses premier et deuxième corps, la marche sur Bruxelles sur deux colonnes, pendant la journée du 17 , avait plusieurs avantages :

la gauche poussait et contenait l'armée anglo-hollandaise ; la droite, sous les ordres du maréchal Grouchy, poui^ suivait et contenait l'armée prussosaxonne, et le soir toute I armée française devait se trouver réunie sur une ligne de cinq petites lieues de Mont- Saintniean à Wavres, ayant ses avants postes au bord de la forêt Mais la faute que fit le maréchal Grouchy de s'arrêter le 17 à Gembloux, n'ayant foit dans la journée que deux petites lieues, au Ueu de continuer jusque visA-vis Wavres, c'est-à-dire, d'en faire encore trois, fut aggravée et rendue irréparable par celle qu'il fit le lendemain, 18, en perdant douze heures et n'arrivant qu'à quatre heures après midi devant Wavres , au lieu d'y arriver à six heures du matin.

l^" Chargé de poursuivre le maréchal Blûcher, Grouchy le perdit de vue pendant vingt-quatre heures , depuis le 17 à quatre heures après midi jusqu'au 18 à quatre heures après midi.

â<^ Le mouvement de la cavalerie sur le plateau, pendant que l'attaque du général Bulow n'était pas encore repoussée, fut un accident fâcheux ; l'intention du chef était d'ordonner ce mouvement, mais une heure plus tard, et de le faire soutenir par les seize bataillons d'infanterie de la garde et cent pièces de canon.

3° Les grenadiers à cheval et les dragons de la garde , que commandait le général (iuyot, s'engagèrent sans ordre. Ainsi à cinq heures après midi l'armée se trouva sans avoir une réserve de cavalerie. Si , à huit heures et demie , cette réserve eût existé , Forage qui bouleversa le champ de bataille eût été conjuré ; les charges de cavalerie ennemie repoussées, les deux armées eussent couché sur le champ de bataille , malgré l'arrivée successive du général Bulow et du maréchal Blûcher; l'avantage eût encore été pour l'armée française , car les trentequatre mille hommes du maréchal Grouchy, ayant cent huit pièces de canon , étaient frais et bivouaquèrent sur le champ de bataille ; les deux armées ennemies se fussent dans la nuit couvertes par la forêt de Soignes.

L'usage constant , dans toutes les batailles , était que la division des grenadiers et dragons de la garde ne perdit pas de vue l'Empereur , et ne chargeât qu'en vertu d'un ordre donné verbalement par ce prince au général qui la commandait.

Le maréchal Mortier, qui commandait en chef la garde, quitta ce commandement , le 15 , à Beaumont, comme les hostilités comniençaient ; il ne fut pas remplacé , ce qui eut plusieurs inconvénients.

VI. Sixième observation, i^ L*armée française manœuvra sur la droite de la Sambre le 13 et le 1&. Elle campa,

la nuit du ti au 15 , à une demi-lieue des avantp-postes prussiens ; et cependant le maréchal Blûcher n'eut connaissance de rien , et lorsque le 15 , dans la matinée , il apprit à son quartier général de Namur que l'Empereur était à Charleroi, l'armée prusso-saxonne était encore cantonnée sur une étendue de pays de trente lieues; il lui fallait deux jours pour se réunir. Il eût dû, dès le 13 mai, porter son quartier général à Fleurus , concentrer les cantonnements de son armée dans un rayon de huit lieues , tenant des avant-gardes sur les débouchés de la Meuse et de la Sambre ; son armée eût pu alors être réunie à Ligny, le 15, à midi , y attendre l'attaque de l'armée française , ou dans la soirée du 15 marcher con(re elle pour la jeter dans la Sambre.

2<» Cependant, quoique surpris, le maréchal Blûcher persista dans le projet de réunir son armée sur les hauteurs do Ligny, derrière Fleurus, bravant la chance d'y être attaqué avant que son armée n'y fût arrivée. Le 16, au matin , il n'avait encore réuni que deux corps d'armée , et déjà l'armée française était à Fleurus. Le troisième corps rejoignait dans la journée, mais le quatrième , que commandait le général Buiow, no put arriver à la bataille. Le maréchal Blûcher eût dû , aussitôt qu il sut les Français à Char-. leroi , c'est-à-dire , dans la soirée du 15, donner pour point de rassemblement à son armée , non Fleurus , non Ligny , qui se trouvaient déjà sous le canon de son ennemi , mais Wavres, où les Français ne pouvaient arriver que le 17 ; il eût eu de plus toute la journée du 16 au 17 pour opérer le rassemblement total de son armée.

3° Après avoir perdu la bataille de Ligny, le général pruss-en, au lieu

de faire sa retraite sur Wavres , eût dû Fopérer sur l'armée du duc de Wellington , soit sur les Quatre-Bras , puisque celui-ci s'y était maintenu , soit sur Waterloo. Toute la retraite du maréchal Blûcher , dans la matinée du 17 , fut à contre-sens , puisque les deux armées, qui n'étaient qu'à trois mille toises l'une de l'autre, pendant la soirée du 16 , ayant pour communication une belle chaussée, ce qui les pouvait faire considérer comme réunies, se trouvèrent, le soir du 17, éloignées de plus de mille toises et séparées par des défilés et des chemins impraticables.

Le général prussien a violé les trois grandes règles de la guerre : 1« tenir ses cantonnements rapprochés ; 2<^ donner pour point de rassemblement un lieu où ils puissent tous arriver avant l'ennemi ; 3" opérer sa retraite sur ses renforts.

Vil. Septièmç observation. 1» Le duc de Wellington a été surpris dans ses cantonnements ; il eût dû , le 15 mai, les concentrer à huit lieues autour de Bruxelles , tenant des avant-gardes sur les débouchés de Flandre. L'armée française manœuvrait depuis trois jours à portée de ses avant-postes ; elle avait, depuis vingt -quatre heures, commencé les hostilités ; son quartiergénéral était depuis douze heures à Charleroi , que le général anglais ignorait encore tout à Bruxelles , et tous les cantonnements de son armée étaient encore en pleine sécurité, occupant un terrain de plus de vingt lieues.

â® Le prince de Saxe-Weimar, qui faisait partie de l'armée anglo-hollandaise, était, le 15, à quatre heures du soir , en position en avant de Frasne, et savait que l'armée française était à Charleroi ; s'il eût envoyé directement un aide-de-camp à Bruxelles, il y serait

L*BMPIU.

arrivé à six heures du soir, et cependant» oe ne fut qu'à ouze heures du soir, que le duc de Wellington fut ins^ truit que Tannée française était à Charleroi ; il perdit ainsi cinq heures dans une ctrcqpstance et contre un homme où la perte d'une seule heure était d'une grande importance.

3"* L'infanterie, la cavalerie et l'artillerie étaient cantonnées séparément, de sorte que l'infanterie se trouva en* gagée aux Quatre-Bras sans cavalerie ni artillerie, ce qui lui fit éprouver une grande perte, puisqu'elle fut obligée de se tenir en colonnes serrées pour faire lace aux charges de cuirassiers, et sous la miti*aille de cinquante bouches à feu. Ces braves étaient ainsi à la boucherie , sans cavalerie pour les protéger, et sans artillerie pour les venger. Comme les trois armes ne peuvent pas se passer un moment l'une de l'autre, elles doivent toujours être cantonnées et placées de manière à pouvoir toujours s'assister.

4® Le général anglais , quoique surpris « donna pour point de réunion à son armée les Quatre-Bras, depuis vingt-quatre heures au pouvoir des Français. Il exposait ses troupes à être défaites partiellement et à mesure de leur arrivée ; le danger qu'il leur faisait courir était bien plus considérable encore, puisqu'il les âiisait arriver sans artillerie et sans cavalerie; il livrait son iafiinterie morcelée et sans l'assistance des deux autres armes à son ennemi.

Son point de rassemblement devait être Waterloo. Il aurait eu alors toute la journée du 16 et la nuit du 16 au 17 , ce qui était suffisant pour y réunir toute son armée, infanterie, cavalerie, artillerie. Les Français ne pouvaient y arriver que le 17, et eussent trouvé toute son armée en position.

Vin. Buitième obierwoim. i^ Le général anglais a Kyré, le 18, la bataille de Waterloo. Ce parti était contraire aux intérêts de sa nation , au plan g6> néral de guerre adopté par les alliés, il violait toutes les règles de la guerre. Il n'était pas de Tintérêt de l'Angleterre, qui a besoin de tant d'hommes pour recruter ses armées des Indes, de ses colonies d'Amérique et de ses vastes établissements, de s'exposer, de gatté de cœur , à une lutte meurtrière qui pouvait lui faire perdre la seule armée qu'elle eût , et lui coûter tout au moins le plus pur de son sang. Le plan de guerre des alliés consistait à agir en masse et à ne s'engager dans aucune affaire partiale. Rien n'était plus contraire à leur intérêt et à leur plan , que d'exposer le succès de leur cause dans une bataille chanceuse, à peu près à forces égales, où toutes les probabilités étaient contre eux. Si ^a^ mée anglo-hollandaise eût été détruite à Waterloo, qu'eût servi aux alliés ce grand nombre d'armées qui se disposaient à franchir le Rhin, les Alpes et les Pyrénées ?

S"" Le général anglais, en prenant la résolution de recevoir la iiataille de Waterloo, ne la fondait que sur h coopération des Ihrussiens ; mais cette coopération ne pouvait avoir lieu que dans l'après-aûdi ; il restait donc exposé seul, depuis quatre heurei du matin jusqu'à cinq heures du soir, c'est-à-dire , pendant treize heures.

Une bataille ne dure pas or(hnairement plus de six heures. Cette coopération était donc illusoire.

Mais , pour compter sur la coopération des Prussiens, il supposait donc que l'armée française était tout entière vis-à-vis de lui ; et, si cela était, il prétendait donc, pendant treize heures, avec quatre-vingt-dix mille hommes

UAlffâQHI M 1815.

de trempes de diverses nations, déTendre son dmmp de betailie contre une armée de cent quatre mille Français ?

Ce calcttl était évidemment feux, il ne se fût pas maintenu trois heures, tout aurait été décidé à huit heures du matin, et les Prussiens ne seraient arrivés que pour être pris à revers.

Dans une même journée, les deux armées eussent été détruites. S'il comptait qu'une partie de Tarmée française aurait, conformément aux règles de la guerre, suivi l'armée prussienne, il devait dès lors lui être évident qu'il n'en aurait aucune asnstance, et que les Prussiens, battus à Ligny, ayant perdu vingt-cinq à trente mille hommes sur le champ de bataille, en ayant eu vingt mille d'éparpiltés, poursuivis par trente-cinq à quarante mille Français victorieux, ne se seraient pas dégarnis et se seraient crus à peine suffisants pour se maintenir. Dans ce cas, l'armée angloboUandaise aurait dû seule soutenir reffort de soixante-neuf mille Français pendant toute la journée du 19, et il n'est pas d'Anglais qui ne convienne que le résultat de cette lutte n'était que douteux, et que leur armée n'était pas constituée de manière à supporter le choc de l'armée impériale pendant quatre heures.

Pendant toute la nuit du 17 au 18, le temps a été horrible, ce qui a rendu les terres impraticables jusqu'à neuf heures* du matin. Cette perte de six heures, depuis la pointe du jour, a été tout à l'avantage de Tennemi ; mais son général pouvait-il faire dépendre le sort d'une pareille lutte du temps qu'il faisait dans la nuit du 17 au 18 ? Le maréchal Grouchy , avec trenteqnatre mille hommes et cent huit pièces de canon , a trouvé le secret, qui paraissait introuvable, de n'être, dans

la journée du 18 5 ni sur le ohamp de bataille de Montr-Saint-Jean , ni sur Wavres. Mais le général anglais avaifr il l'assurance de ce maréchal qu'il se fourvoierait d'une si étrange manière? Il était aussi impossible de prévoir la conduite du maréchal Grouchy, qu'un tremblement de terre qui aurait englouti son armée sur sa route.

Récapitulation, Si le maréchal Grouchy eût été sur le champ de bataille de Mont-Saint-Jean, comme l'ont cru le général anglais et le général prussien pendant toute la nuit du 17 au 18 et toute la matinée du 18, et que le temps eût permis à l'armée française de se ranger en bataille à quatre heures du matin, avant sept heures l'armée anglo-hollandaise eût été écharpée, épaçpillée; elle eût tout perdu. Et si le temps n'eût permis à l'armée française de prendre son ordre de bataille qu'à dix heures, à une heure après-midi l'armée anglo-hollandaise eût fini ses destins , les débris en eussent été rejetés au-delà de la forêt ou dans la direction de Hall, et l'on eût eu tout le temps, dans la soirée, d'aller à la rencontre du maréchal Blûcher, et de lui faire éprouver un pareil sort. Si le maréchal Grouchy eût campé devant Wavres la nuit du 17 au 18 , l'armée prussienne n'eût fait aucun détachement pour sauver l'armée anglaise, et celle-ci eût été complètement battue parles soixante-neuf mille Français qui lui étaient opposés (1).

(Ij Groucby, arrivé à Gembloux, 7 apprit dans la soirée que Bulow et Thielman 8*y étaient réunis dans la matinée» et avaient ensuite pris la direction de Wavres (ces deux corps formaient une masse de cinquante-deux mille hommes).

Le corps de G6iiard, n'étant arrivé qu*à onze heures du soir à Gembloux^par suite d*aa

852 L'EMPIBE

S"" La position de Mont-SaintrJeair était mal choisie. La première condition d'un champ de bataille est de n'avoir pas de défilés sur ses derrières.

Tiolenl orage qui avait abîmé les routes et harassé ses troupes, Groucby résolut de se diriger le lendemain, à six heures du malin, sur Wavres. avec le corps de Vandamme, que GÊ- RA.BD suivrait à huit heures seulement. Cette résolution, bien qu'elle parût conforme à Tordre que Napoléou lui avait donné de suivre les Prussiens sur les talons, était une faute réelle- Eu eflet, dès que Blûcher renonçait à sa base naturelle delà Meuse, il était évident qu*il ne songeait qu'à se réunir k Wellington, pour reprendre roffensive, et se venger de Taffront qu'il venait d'essuyer. Dèa-lors, en admettant même que Napoléou eût primitivement indiqué la poursuite sur Namur, Grouchy, certain que cet ordr« se trouvait inexécutable, redevenait maître d*aglr selon ses propres iuspirations. D'ailleurs, l'ordre transmis postérieurement par le général Bertrand, d'aller sur Gembloux,* avait assez indiqué le but que le Maréchal devait atteindre. Poursuivre les Prussiens était son devoir, mais il y avait plusieurs manières de le Caire : l'une consiste à ne poursuivre que la queue des colonnes en retraite, l'autre consiste k harceler seulement les arrière-gardes ennemies par des corps légers, et à diriger ses forces principales sur le flanc des colonnes, afin de les entamer sérieusement, ainsi que les Russes ravalent fait en 1818, à Viazma, Krasnoï et la Bérésina.

Dans les circonstances où Grouchy se trouvait, c'était plus que jamais le cas de suivre ce dernier système ; car sa première mission était bien d'empêcher de revenir sur Napoléon, et le second pouit seulement, éuit de harceler leur retraite. Or, en lougeant les colonnes prussiennes avec son infanterie, tandis que la cavalerie légère les harcelait en queue, il au* rait le doublo avantage de s'opposer à toute jonction avec les Anglais, et d'éviter les combats de défilé qu'il serait forcé de livrer sans cela à Wavres.

Trois principaux chemins sVffralent à lui : celui de droite, parSart k-Valain, qui avait été suivi par Bulovr ; celui de gauche, par Mont- Saint-Guibert, d'où il pouvait marcher à Wavres, soit en longeant la droite de la Dyle, soit en passant cette rivière à Moustier, pour ga-

Pendant la bataille , le général anglais ne sut pas tirer parti de sa nombreuse cavalerie ; il ne jugea pas qu'il devait être et serait attaqué par sa gauche, il

gner Wavres par la rive gauche, en évitant ainsi un horrible combat de déGlé. Tous étaient également long^, mais celui de gauche le rapprochait de deux lieues de l'armée de Napoléon, et celui de droite, au contraire, l'en éloignait d'autant. On gagnait donc près d'uae marche à suivre le premier, sans compter que Ton s interposait entre les deux armées alliées.

Le Maréchal n'avait donc pas à hésiter; il devait dès le iS, au point du Jour, se porter en toute bâte par Moustier, avec Excelmans, Vandainme et Gérard, en dirigeant la cavalerie de Pajol et la division Teste sur Wavres, à la poursuite des arrière-gardes ennemies. Pouvant arriver à Moustier vers dix heures, il eût été maître alors de diriger son infanterie sur Wavres, par Limate, en poussant les dragons d'Ëxcelmans sur Saint-Lambert, ou bien de marcher h Lasne lui-même, dès qu'à midi il aurait entendu la violente canonnade de Waterloo.

Au lieu de prendre cette habile résolution, Grouchy, jaloux sans doute de suivre à la lettre les Prussiens sur les talons, comme en le lui avait prescrit, et trompé par les rapports qui lui signalaient encore des colonnes prussiennes sur la direction de Perver, dirigea les siennes sur Sart-à-Yalain, parce que c'était bien le chemin que Bulow avait suivi: le Maréchal s'y décida d'autant mieux qu'il ignorait complètement que la moitié de l'armée prussienne eût passé par Geutines et Mont-Saint-Guibert, parce que les reconnaissances envoyées de ce côté, le 17, avaient iùi leur rapport à Napoléon et non à lui. A cette faute, on ajouta celle de partir un peu tard, en sorte que vers midi seulement Yandamme avait dépassé Sart-à-Valatn, et que les tètes de colonne de Gébard atteignaient ce vtllage.

Grouchy venait d'y être rejoint parce général, lors^tue le bruit d'une canonnade sourde et lointaine, mais vive et soutenue, vint signaler une bataille sérieuse. Alors le comte Gérard proposa au Maréchal de se diriger sur le champ de ce côté, persuadé qu*en marchant au canon, comme Ney l'avait fait à Eylau, on pourrait décider la victoire.

crut qu'il le serait par sa droite. Malgré la diversion opérée en sa faveur par les trente mille Prussiens du général Bulow, il eut deux fois opéré sa retraite dans la journée, si cela lui eût été possible. Ainsi, par le fait, ô étrange bizarrerie des événements humains I le mauvais choix de son champ de

Biea que oe conseil f&t fort sage en luimême, il faut avouer que i*on ne pouvait pas a*en promettre les mêmes avantagest que si ce mouvement eût été opéré de Gembloux, dès le point de Jour, et qu'il fût arrivé un peu tard pour être décisif ; car, en supposant que Vandamme, dont le corps se trouvait en tête, pût commencer son mouvement vers une heure, et cela à la hauteur de Saint-MarUn, il est probable qu'il ne serait arrivé que vers cinq heures à Mouslicr. Or, Tétat affreux des chemins, le mauvais état des ponts, le déGlé marécageux de la Dyle, et surtout le corps de Tbielman qui se fût prolongé des hauteurs de Bierge sur Limale pour s'opposer au passage, autorisent à croire que Groucby ne fût arrivé à Lasne ou Saint-Lambert, qu'entre sept et huit heures du soir. Alors les corps deThielman et Pireh, formés derrière le ruisseau de Lasne, l'eussent empêché de pousser plus loin ; Bulow et Ztelhen n'en eussent pas moins décidé la bauille de Waterloo. Elle eût été certainement moins désastreuse pour les vaincus,mais il n'était guère possible de la gagner*

Une grande controverse s'est élevée à ce sujet : chacun a interprété ^ sa guise et selon ses vues , les suites qu'aurait pu amener ce mouvement conseillé par le «général GÉRAnn.

Quelle résolution eussent prise Blûcber et ses conseillers, si le bruit inquiétant du canon de Groucby avait tonné vers cinq heures entre MoosUeret Saintr-Lambert? Voilà où est le nœud de la question; faire halte et recevoir l'attaque dans une position à la fois décousue et dangereuse, ce n'eût pas été seulement per» dre tout le fruit d'une habile et audacieuse manœuvre, c'eût été une folle qui eût compromis l'armée prussienne dans un vrai coupegorge. Blûcher n'avait donc que trois partis à prendre : lo de rétrograder sans délai sur la route de Bruxelles; 2» d'arrêter ses colonnes , et de les diriger promptement sur la Dyle,pour en disputer le passage à Groucby ; 3* de précipiter son mouvement sur Chain et Planche- >1L

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