CAMPAGNE D'AUSTERLITZ
I^REMIBR BULLETIN.
Parti, le 30 wt^émiaire a% XIV.
L'Empereur est parti de Paris le 2 vendémiaire, et est arrivé le 4 à Strasbourg.
Le maréchal Bernadette, qui, au moment où l*armée était partie de Boulogne, s'était |M>rté de Hanovre sur Grottingue, s'est mis en marche par Francfort, pour se rendre à Wiirtzbourg,où il est arrivé le 1" vendémiaire.
Le général Marmont, gui était arrivé à Mayence, a passé le Rhin sur le pont de Cassel, et s'est dirigé sur Wiirtzbourg, où il a fait sa jonction avec l'armée bavaroise et le corps du maréchal Bernadette.
Le corps du maréchal Davout a passé le Rhin le 4, à Manheim, et s'est porté par Heidelberg et Necker-Eltz sur le Necker.
Le corps du maréchal Soult a passé le Rhin le même jour sur le pont qui a été jeté à Spire, et s'est porté sur Heilbronn.
Le corps du maréchal Ney a passé le Rhin le même jour sur le pont qui a été jeté vis-à-vis de Duriach, et s'est porté A Stuttgard.
Le corps du maréchal Lannes a passé le Rhin à Keih le 3, et s'est rendu à Louisbourg.
Le prince Murât, avec la réserve de cavalerie, a passé le Rhin à Kelh le 3, et est resté en position pendant plusieurs jours devant leâ débouchés de la Forêt-Noire ; ses patrouilles, qui se montraient fréquemment aux patrouilles ennemies, leur ont fait croire que nous voulions pénétrer par ces débouchés.
Le grand parc de l'armée a passé le Rhin à Keln, le 8, et s'est rendu à Heilbronn.
L'Empereur a passé le Rhin à Kelh le 9, a couché à Etlungen le même Jour, y a reçu l'Electeur et les princes de Bade , et s'est rendu à Louisbourg chez l'électeur de de Wiirtemberg, dans le palais duquel il a loffé.
Le 10, les corps du maréchal Bernadette et du £[énéral Marmont, et les Bavarois, qui étaient à Wiirtzbourg, se sont réunis et se sont mis en marche pour se rendre sur le Danube.
Le corps du maréchal Davout s'est mis en marche de Necker-Eitz et a suivi la route de Meckmiihl , Ingelfingen , Ghreil-
L'EMPIRE
sheim, Dunkelsbûhl, Ffimbdinfi^n,€|tUn<gen, Haarburg et Doaawefth.
Le corps ou maréchal Soult s'est mis en marche d'Heilbroun et a suivi la route d'OchriDcen, Hall, Gaildorff, Abstgmuqd, Aalen et Nordlingen.
Le corps du maréchal Ney s'est mis eu marche de Stuttgard , et a suivi la route d'Esslingen ; Goppingeq , Weisseoslein , Hevdenlieim, NatAieim et Nordtingen,
Le corps du maréchal Lan nés s est mis en marche de Louisbourg, et a suivi la route de Gross-Beutelspaca à Pludershausen. Gemund, Aalen et Nordlingen.
Voici la position de l'armée au ik :
Le corps du maréchal Bernadotte et les Bavarois étaient à Weisseubourg.
Le corps du maréchal Davout a OEttingen, à cheval sur la Reinitz.
Le corps du maréchal Soult à Donawerth, maître du pont de Munster, et faisant rétablir celui de Donawerth.
Le corps du maréchal Ney à Kœssingen.
Le corps. du maréchal Lannes à Neresheim.
Le prince Murât, avec ses dragons, bordant le Danube.
L'armée est pleine de santé, et brûlant du désir d'en venir aux mains.
L'ennemi s'était avancé jusqu'aux débouchés de la Forèt-Noire , on il parait qu il voulait ie naintenir et nous empècher de pénétrer.
Il avait fait fortifier l'iller. Memmingen et TJlm se fortifiaient en grande hâte.
Les patrouilles qui battent la campagne assurent qu'il a contremandé ses projets, et qu'il paraît fort déconcerté par nos mouvements aussi nouveaux qu'inattendus.
Les patrouilles françaises et ennemies se sont souvent rencontrées : dans ces rencontres nous avons fait kO prisonniers du régiment à cheval de Lalour.
Ce grand et vaste mouvement nous a portés en peu do jours en Bavière; nous a fait évit^^r les montagnes Noires, la ligne de rivières parallèles gui se jettent dans la vallée du Danube , l'inconvénient attaché à un système d'opérations qui auraient toujours en flanc les débouches du Tyrol, et enfin nous a placés à plusieurs marches derrière l'ennemi, qui n a pas de temps à perdre pour éviter sa perte entière.
Proelatnation de l'Empereur des Français à l'armée bavaroise.
Soldats bavarois,
Je me suis mis à la tète de mon armée pour délivrer votre patrie des plus injustes agresseurs.
La maison d'Autriche veut détruire votre indépendance et vous incorporer à ses
vaa|esét||s. Veuturez fidèles à la m&mom de vos ancAlres gui, quelquefois opprimés, ne furent jamais abattus, et conservèrent toujours cette indépendance, cette existence politique qui sont les premiers biens des nations, comme la fidfâité à la maison palatine est le premier de vos devoirs.
En bon allié da votre souveiain, j'ai été touché ée$ marquer d'amour que vous loi avez données dans cette circonstance im-
Sortante. Je connaifi votre bravoure : je me atte qu'après la première bataille, je pourrai dire*à votre prince et à mon peuple, que vous ôles dignes de combattra dans les rangs de la Grande-Armée.
DEUXIÈME BULLETIN
Paru, le Sf vendémiairt.
Les événements se pressent avec la plus
grande rapidité. Le SA, la seconde division u corps d'armée du maréchal Soult, que commande le général Yandamme, a forcé de marche, ne s'est arrêtée à Nordlingen que deux heures, est arrivée à huit heures du soir à Donawerth, et s'est emparée du pont que défendait le régiment de Ck>noredo. 11 y a eu quelques hommes tués et des prisonniers.
Le 1 5, à la pointe du iour, le prince Murât est arrive avec ses uragons; le pont a été à l'heure même raccommode, et le prince Murât, avec la division de dragons que commande le général Watter , s'est porte sur le Lech, a fait passer le colonel Waticr, à la tète de deux cents dragons du A' régiment, qui , après une charge très brillante, s est emparé du pont de Lech , et a culbuté Tennemi, gui était du double de sa force. Le môme jour, le prince Murat a couché à Rain.
Le 16, le maréchal Soult est parti avee les (leox divisions Yandamme et Legrand, pour se porter sur Augsbour^ , dans le même temps que le général Samt-Bilaîre, avec sa division, s'y portait par la rive gaucho.
Le 16 , à la pointe du jour, le prince Murât, à la tète des divisions de draoons des généraux Beaument et Klein, et de la division de carabiniers et de cuirassiers» commandée par le général Nansouty, s'est mis en marcne pour couper la route d'Uim à Augsbourg. Arrivé à wertingeo, il aperçut une division considérable d'infanterie ennemie, appuyét». par quatre escadreas de cuirassiers a Albert. Il enveloppe aussitôt tout ce corps. Le raaré45hal Lannes, qui marchait derrière ces divisions de car Valérie, arrive avec la division Oudinot, et, après un engagement de deux heures , drapeaux, canonsi bagages, oiBciers ei
soldais, toutQ la division ennemie e«t prise. Il y avait dmze bataillons de grenadiers qui venaient en grande hâte du Tyrol an seœurs de l'armée de Bavière. Ce ne sera que dans la journée de demain qu'on connaîtra tous les détails de cette action vraiment brillante.
Le maréchal Soult, avec ses divisions, a roanœuvr*^ toute la journée du 15 et du 16 sur la rive gauche du Danube pour interce^ter les déoouchés d'Ulm, et observer ie coips d'armée qui paraît encore réuni clans cette place»
Le corps lu maréchal Davout est arrivé seulement lo 16 à Neubourg.
Le corps du général Marmont y est égaineiit arrivé.
Le(»rps <lu général Bernadotte et les Bavarûrt sont arrivés le 10 à Aichstett.
Pai les renseignements qui ont été pris, il paraît que douze régiments autrichiens Ofit quitte ritalie pour renforcer Farmée de Bavière.
L'i relation officielle de ces marches et d) ces évcoements intéressera le public , et fera le plus grand honneur à Tarmée.
TROISIÈME BULLETIN
Zutmerthauienf le 18 vendémiaire an XI V4
Lo> maréchal Soult a poursuivi la division autricbienne qui s'était réfugiée à Aicba, Ta (.hassée, et est entré le 17, à midi, à AUgsbourg, avec les divisions Van lamme, ^aint-Hilaire et Legrand.
Le 17 au soir, le maréchal Davout, qui a passé le Danube à Neubourg, est arrivé à Aicba avec ses trois divisions.
TiO général Marmont, avec les divisions Boudet. Grouchy, et la division batave du générai Duoiooceau, a passé le Danube, et pris position entre Aicha et Augsbourg.
lîiifla le corps d'armée du maréchal Bernadotte ave<*/ farmée bavaroise, commandée par les généraux Deroy et Verden, a pris position à Ingolstadt : la garde impériale, commindée par ie maréchal Bessières, s*cst rendue à Au^bourg , ainsi que la division de cuirassiers aux ordres du général d'Hautpoult.
lie prince Murât , avec les divisions de draj;ons de Klein et de Beaumont, et la division de carabiniers et de cuirassiers du général Nansouly, s'est porté en toute dili- ^nco au village de Zusmershausen, pour intercepter la route d'Ulm à Auffsbourg.
lie inaréclial Lannes, avec Ta division de grenadier 4 d'Oudinot et avec la division Su^et, a pris poste le même jour au village de Zusmershausen.
L'iîmpereor a passé en revue les drago:ia au village de Zusmershausen : il s'est
fait présenter le nommé Marente , dragon du 4* répiment, un des plus braves soldats de rarmée, qui, au passage de Lech, avait sauvé son capitaine qui, peu de jours auparavant, l'avait cassé de son graae de sous-oificier. Sa Majesté lui a donné Taigle de la Légion-d'Honneur. Ce brave sol* dat a répondu : < Je n'ai feit que mon devoir; mon capitaine m'avait cassé pour quelque faute de discipline ; mais il s^it que rai toujours été un bon soldat. »
L'Empereur a ensuite témoigné aux dragons sa satisfaction de la conduite qu'ils ont tenue au combat de Wertineen. Il s'est fait présenter par régiment un dragon, auquel il a également donné l'aigle de la Légion-d'Honneur.
Sa Majesté a témoigné sa satisfaction aux grenadiers de la division Oudinot, Il est impossible de voir une troupe phis belle, plus animée du désir de se mesurer avec 1 ennemi , plus remplie d'honneur et de cet enthousiasme militaire qui est le présage des plus grands succès.
Jusqu'à ce que l'on puisse donner une relation détaillée du combat de Wertingen, il est convenable d'en dire quelques mots dans ce bulletin.
Le colonel Arrighi a chargé, avec sou régiment de dragons , le régiment de cuirassiers du duc Albert. La mêlée a été très chaude. Le colonel Arrighi a eu son cheval tué sous lui : son régiment a redoublé d'audace pour le sauver. Le colonel Beaumont, du 10« de hussards, animé de cet esprit vraiment français, a saisi, au milieu des rangs ennemis, un capitaine de cuirassiers, qu'il a pris lui-même après avoir sabré un cavalier.
Le colonel Maupetit , à la tète du 0* de dragons, a chargé dans le village de Wer** tingen : blessé mortellement (1) , son dernier mot a été : « Que l'Empereur soit ins* truit que le 9* de dragons a été digne de sa réputation, et qu'il a chargé et vaincu aux cris de vive i Empereur. »
Cette colonne de grenadiers , l'élite de l'armée ennemie , s'etant formée en carré de quatre bataillons, a été enfoncée et sabrée. Le deuxième bataillon de dragons a chargé dans le bois.
La division Oudinot frémissait de l'éloignement qui l'empochait encore de se mesurer avec Tennemi ; mais à sa vue seule les Autrichiens accélérèrent leur retraite : une seule brigade a pu donner.
Tous les canons, tous les drapeaux* presque tous les officiers du corps ennemi qui a combattu à Wertingen, ont été pris ; un grand nombre a été tué : deux lieutenants-colonels, six majors , soixante offi-
(i) Le colonel MaapetU n'est poittt mort d« f bleiiurei, comme on l'i m depoi».
su
L'EMPIRE
ciers, quatre mille loldats sont restés en notre pouvoir: le reste a été éparpillé, et ce qiu a pu échapper a dû son salut à un marais qui a arrêté une colonne qui tournait l'ennemi.
Le chef d'escadron Excelmans, aide-decamp de S. A. R. le prince Murât, a eu deux chevaux tués. C*esl lui qui a apporté les drapeaux à l'Empereur, qui lui a dit : « Je sais qu'on ne peut être plus brave que vous ; je vous fais officier de la l-égiona Honneur. »
Le maréchal Nev, de son côté, avec les divisions Malher, Dupont et Loison, la division de dragons à pied du général Baraguey-dHjlliers et la division Gazan, ont remonté le Danube, et attaqué l'ennemi sur sa position de Grumberg. Il est cinq heures, le canon se fait entendre.
Il pleut beaucoup ; mais cela ne ralentit pas les marches forcées de la Grande-Arm^. L Empereur donne l'exemple : à cheval lour et nuit, il est toujours au milieu des troupes, partout où sa présence est nécessaire. 11 a fait hier quatorze lieues à cheval : il a couché dans un petit village sans domestiques et sans aucune espèce de bagage. Cependant révoque d'Augsbourg avait fait illuminer son palais et attendu Sa Majesté une partie de la nuit.
QUATRIÈME BULLETIN
Àuçêbotirg, le i» «MMi^taire on X/F. - (Uocto6r«i805.}
Le combat de Wertingen a été suivi, à vingt-quatre heures de distance, du combat de Cfiintzbourg. Le maréchal Ney a fait marcher son corps d'armée . la division Loison sur Langenau, et la division Malher sur Giintzbourg. L'ennemi, qui a voulu s'opposer à cette marche, a été culbuté partout. C'est en vain que le prince Ferdinand est accouru en personne pour défendre Giintzbourg. Le général Malher l'a fait attaquer par le 59* régiment ; le combat est devenu opiniâtre, corps à corps. Le colonel Lacttée a été tue à la tète de son ré^ment, qui , malgré la plus vigoureuse résistance, a emporté le pont de vive force ; les pièces ae canon qui le défendaient ont été enlevées, et la belle position de Giintzbourg est restée en notre pouvoir. Les trois attaques de Tennemi sont devenues inutiles; il s'est retiré avec précipitation ; la réserve du prince Murât arrivait à Burgau , et coupait l'ennemi dans la nuit.
Les détails circonstanciés du combat , qui ne peuvent être donnés que sous quelques jours, feront connaître les officiers qui se sont distingués.
L'Empereur a passé toute la nuit do 17 au i8, et une partie de la journée du 18 entre les corps des maréchaux Ney et Lannes.
L'activité de l'armée française, l'étendue et la complication des combinaisons qui ont entièrement échappé à l'ennemi, le oéconcertent au dernier point»
Les conscrits montrent autant de bravoure et de bonne volonté que les vieux soldats. Quand ils ont une fois été au feu, ils perdent le nom de conscrits; aussi tous aspirent-ils à l'honneur du titre de soldais. Le temps continue à être très mauvais depuis plusieurs jours. Il pleut encore beaucoup; l'armée cependant ^t pleine de santé.
L'ennemi a perdu plus de deux mîHe cinq cents hommes au combat de Giintzbourg. Nous avons fait douze cents prisonniers et pris six pièces de canon.
Nous avons eu çiuatre cents hommes tués pu blessés. Le général major d'Aspre («l au nombre des prisonniers.
L'Empereur est arrivé à Au«sbourg le i 8, à neuf heures du soir. La ville est occupée depuis deux jours.
La communication de l'armée ennenâe est coupée à Augsbourg et Landsberg , et va l'être à Fuessen. Le prince Murât, avec les corps des maréchaux Ney et Lann^-s, se met a sa poursuite. Dix régiments ont été retirés de l'armée autrichienne d'Italie et viennent en poste depuis le Tyrol. Plusieurs ont été déjà pris. Quelques corps russes, qui voyagent aussi en poste , s'avancent vers llnn; mais les avanta^s de notre position sont tels, que nous pouvons faire face à tout.
^ L'Empereur est logé i Augsbourg chei I ancien électeur de Trêves, qui a traité avec magnificence la suite de Sa Majesté, pendant le temps que ses équipage ont mis à arriver.
CINQUIÈME BULLETIN
(lSo«to6r« ISOS.)
Le maréchal Soult s'est porté avec sou corps d'armée à Landsberg, et par là a coupé une des grandes communications de rennemi ; il y est arrivé le 19, à quatre heures après midi, et y a rencontré le légiment de cuirassiers du prince Ferdinand, qui, avec six pièces de canon , se rendait à marches forcées à Ulm. Le maréchal Soult le fait charger par le SG** régiment de chasseurs ; il sW trouvé déconcerté à un tel point , et le 26* de chasseurs était animé d'une telle ardeur, que les cuirassiers ont pris la fuite dans la charge, et
ont laissé cent vingt soldais prisonniers, un iJeatenant-colonel , deux capitaines et deux pièces de canon. Le maréchal Soult, qui avait pensé qu*ils continueraient leur roule sur Memmingen, avait envoyé plusieuis régiments pour les couper; mais ils s*élaient retirés aans les bois , où ils se sont ralliés pour se réfugier dans le Tyrol,
Vingt pièces de canon et les équipages de p)nton8 de Tennemi étaient passés dans la journée du 18 par Landsberg. Le maréchal Soult a mis à leur poursuite le général Sébastian! avec une brigade de dragons. On espère qu'il sera parvenu à les atteindre.
Le 20, le maréchal Soult s'est dirigé sur Memmingen, où il arriva le 21 à la pointe du jour.
L(i maréchal Bernadette a marché toute la j(»urnée du 19, et a porté son avant-
farde jusqu'à deux lieues de Munich. Les agages de plusieurs généraux autrichiens sonl tombés au pouvoir de ses troupes lé-
§ères. Il a fait une centaine de prisonniers e différents régiments.
Le. maréchal Davout s'est porté à Dachau. Son avant-garde est arrivée à Moisach. Les hussards de Blankenstein ont été mis en désordre par ses chasseurs, et dans différents engagements il a fait une soixantaine d'hommes à cheval prisonniers.
Le prince Murât, avec la réserve de cavalerie et les corps des maréchaux Ncy et Lan nés, s'est placé vis-à-vis de l'armée ennemie, dont la gauche occupe Ulm, et la droite Memmingen.
Le maréchal r^ey est à cheval sur le Danube, vis-à-vis Ulm.
Le maréchal Lannes est à Welssenhorn.
Le général Marmont se met en marche forcée, pour prendre position sur la hauteur d'Illersheim, et le maréchal Soult déborde de Memmingen la droite de l'ennemi.
La garde impériale est partie d'Augsbourg, pour se rendre à Burgau, où l'Empereur sera probablement cette nuit.
Une affaire décisive va avoir lieu. L'armée autrichienne a presque toutes ses communications coupées. Elle se trouve à peu SI es dans la même position que l'armée de lélas à Marenço.
L'Empereur était sur le pont du Lech , lorsque le corps d'armée du général Marmont a défilé. Il a fait former en cercle chaque régiment, leur a parlé de la situation ae l'ennemi, de l'imminence d'une grande bataille, et de la confiance qu'il avait en eux. Cette harangue avait lieu pendant un temps affreux. Il tombait une neige abondante, et la troupe avait de la boue jusqu'aux genoux et éprouvait un froid assez vif ; mais les paroles de l'Empereur étaient de flamme ; en l'écoutant, le soldat oubliait ..es fatigues et ses privations, et était im-
patient de voir arriver l'heure du combat.
Le maréchal Bemadotte est arrivé à Munich le 20, à six heures du matin ; il a fait huit cents prisonniers , et s'est mis à la poursuite de Tennemi. Le prince Ferdinand se trouvait à Munich. Il paraît que ce prince avait abandonné son armée de nifer.
Jamais plus d'événements ne se décideront en moins de temps. Avant quinze jours , les destins de la campagne et des armées autrichiennes et russes seront fixés.
CINQUIÈME BULLETIN (bis).
Elchingm, le 93 vendémiaire an XIV. -^ (15 octobre 1805.)
Aux combats de Wertingen et de Giinzbourg ont succédé des faits d'une plus haute importance , les combats d'Albeck, d'Elchingen , les prises d'Ulm et de Memmingen.
Le maréchal Soult arriva le 21 devant Memmingen, cerna sufle-cbampla place, et après différents pourparlers , le commandant capitula.
Neuf bataillons, dont deux de grenadiers, faits prisonniers, un général major, trois colonels, plusieurs officiers supérieurs, dix pièces de canon, beaucoup de bagages et beaucoup de munitions de toute espèce ont été le résultat de cette affaire. Tous les prisonniers ont été au moment même dirigés sur le quartier-général.
Au même instant, le maréchal Soult s'est mis en marche pour Ochsenhausen , pour arriver sur Biberach et être en mesure découper la seule retraite qui restait à l'archiduc Ferdinand.
D'un autre côté, le 19, l'ennemi fit une sortie du côté d'Ulm , et attaqua la division Dupont, qui occupait la position d'-Albeck. Le combat fut des plus opiniâtres. Cernés par vingt-cinq mille hommes, ces six mille braves firent face à tout , et firent quinze cents prisonniers. Ces corps ne devaient s'étonner de rien ; c'étaient les 9» légère, 32e, 69» et 76* de ligne.
Le 21 , TEmpereur se porta de sa personne au camp devant Ulm, et ordonna l'investissement de l'armée ennemie. La première opération a été de s'emparer du pont et de la position d'Elchingen.
Le 22, à la pointe du jour, le maréchal Ney passa ce pont à la tète de la division Loison. L'ennemi lui disputait la possession d'Elchingen avec seize mille hommes; il fut culbute partout, perdit trois mille hommes faits prisonniers, un général major, et fut poursuivi jusque dans ses retranchements.
Le maréchal Lannes occupa les petites
su
L'EMPIRE
ciers, quatre mille loldats sont restés en notre pouvoir- le reste a été éparpillé, et ce qui a pu échapper a dû son salut à un marais qui a arrêté une colonne qui tournait l'ennemi.
Le chef d'escadron Excelmans, aide-decamp de S. A. R. le prince Murât, a eu deux chevaux tués. C/est lui qui a apporté les drapeaux à l'Empereur, qui lui a dit : « Je sais qu'on ne peut être plus brave que vous ; je vous fais officier de la l-égiond Honneur. »
Le maréchal Nev, de son côté, avec les divisions Malher, Dupont et Loison, la division de dragons à pied du générai Baraguey-d Hjlhers et la division Gazan, ont remonté le Danube, et attaqué l'ennemi sur sa position de Grumberg. Il est cinq heures, le canon se fait entendre.
Il pleut beaucoup ; mais cela ne ralentit P^s 1^ marches forcées de la Grande-Armée. L Empereur donne l'exemple : à cheval jour et nuit, il est toujours au milieu des troupes, partout où sa présence est nécessaire. II a fait hier quatorze lieues à cheval : il a couché dans un petit village sans domestiques et sans aucune espèce de bagage. Cependant révoque d'Augsbourg avait fait illuminer son palais et attendu Sa Majesté une partie de la nuit.
QUATRIÈME BULLETIN
Àugibourçt h 1» vendémiaire an XIV. - (4ioeto6r«18a5.)
Le combat de Wertingen a été suivi, à vingt-quatre heures de distance, du combat de Giintzbourg. Le maréchal Ney a fait marcher son corps d'armée . la division Loison sur Langenau, et la division Malher sur Giintzbourg. L'ennemi, qui a voulu s'opposer à cette marche, a été culbuté
Sartout. C'est en vain que le prince Ferinand est accouru en personne pour défendre Giintzbourg. Le général Malher l'a fait attaquer par le 59* r^iment ; le combat est devenu opiniâtre, corps à corps. Le colonel Lacuée a été tué à la tète de son régiment, qui , malgré la plus vigoureuse résistance, a emporté le pont de vive force ; les pièces ae canon qui le défendaient ont été enlevées, et la oelle position de Guntzbourg est restée en notre pouvoir. Les trois attaques de lennemi sont devenues inutiles; il s'est retiré avec précipitation ; la réserve du prince Murât arrivait à Burgau , et coupait l'ennemi dans la nuit.
Les détails circonstanciés du combat , qui ne peuvent être donnés que sous quelques jours, feront connaître les officiers qui se sont distingués.
L'Empereur a passé toute la nuit du 17 au 18, et une partie de la journée dv 18 , entre les corps des maréchaux Ney et Lannes.
L'activité de l'armée française, l'étendue et la complication des combinaisons qui ont entièrement éciiappé à l'ennemi, le oéconcertent au dernier point.
Les conscrits montrent autant de bravoure et de bonne volonté que les vieux soldats. Quand ils ont une fois été au feu, ils perdent le nom de conscrits; aussi tous aspirent-ils à l'honneur du titre de soldais. Le temps continue à être très mauvais depuis plusieurs jours. Il pleut encore beaucoup; l'armée cependant est pleine de santé.
L'ennemi a perdu plus de deux mille cinq cents hommes au combat de Giintzbourg. Nous avons fait douze cents prisonniers et pris six pièces de canon.
Nous avons eu quatre cents hommes tués ou blessés. Le général major d'Aspre (!St au nombre des prisonniers.
L'Empereur est arrivé à Augsbourg le 4 8, à neuf heures du soir. La ville est occupée depuis deux jours.
La communication de larmée ennenâe est coupée à Augsbourg et Landsberg , et va l'être à Fuessen. Le prince Murât, avec les coros des maréchaux Ney et Lanms, se met a sa poursuite. Dix régiments ont été retirés de l'armée autrichienne d'Italie et viennent en poste depuis le Tyrol. Plusieurs ont été déjà pris. Quelques corps russes, qui voyagent aussi en poste, s'avancent vers llnn; mais les avantaj^ de notre position sont tels, que nous pouvons faire face à tout.
L'Empereur est logé à Augsbourg chei l'ancien électeur de Trêves, qui a traité avec magnificence la suite de Sa Majesté, pendant le temps que ses équipages ont mis à arriver.
CINQUIÈME BULLETIN
Àug$boÊÊrg, U SO wndimiaif amXtV»'^ (ISocloftreiSOS.)
Le maréchal Soult s'est porté avec son corps d'armée à Landsberg, et par là a coupé une des grandes communications de l'ennemi ; il y est arrivé le 19, à quatre heures après midi, et y a rencontré le légiment de cuirassiers du prince Ferdinand, qui, avec six pièces de canon , se rendait à marches forcées à Uim. Le maréchal Soult le fait charger par le 26« régiment de chasseurs ; il s est trouvé déconcerté à un tel point , et le 26* de chasseurs était animé d'une telle ardeur, que les cuirassiers ont pris la fuite dans la charge, et
ont laissé cent vingt soldats prisonniers, an lieutenant-colonel , deux capitaines et deux pièces de canon. Le maréchal Soult, qui avait pensé (|u*ils continueraient leur roule sur Memmingen, avait envoyé plusieuis régiments pour les couper; mais ils s'étaient retirés dans les bois , où ils se sont ralliés pour se réfugier dans le Tyrol,
Vingt pièces de canon et les équipages de pontons de Tennemi étaient passés dans la journée du 18 par Landsber^. Le maréchal Soult a mis à leur poursuite le général Sébastiani avec une brigade de dragons. On espère qu'il sera parvenu à les atteindre.
Le 20, le maréchal Soult s'est dirigé sur Memmingen, où il arriva le 21 à la pointe du jour.
L(} maréchal Bernadotte a marché toute la j(»urnée du 19, et a porté son avant-
farde jusqu'à deux lieues de Munich. Les agages de plusieurs généraux autrichiens sont tombés au pouvoir de ses troupes lé-
§ères. Il a fait une centaine de prisonniers e différents régiments.
L(î maréchal Davout s'est porté à Dachau. Son avant-garde est arrivée à Moisach. Les hussards de Blankeustein ont été mis en désordre par ses chasseurs, et dans différents engagements il a fait une soixantaine d'hommes à cheval prisonniers.
Le prince Murât, avec la réserve de cavalerie et les corps des maréchaux Ney et Lan nés, s'est placé vis-à-vis de l'année ennemie, dont la gauche occupe Ulm, et la droite Memmingen.
Le maréchal r^ey est à cheval sur le Danube, vis-à-vis Uim.
Le maréchal Lannes est à Weissenhorn.
Le général Marmont se met en marche forcée, pour prendre position sur la hauteur d'Illersheim, et le maréchal Souit déborde de Memmingen la droite de l'ennemi.
La garde impériale est partie d'Augsbourg, pour se rendre à Burgau, où l'Empereur sera probablement celte nuit.
Une affaire décisive va avoir lieu. L'armée autrichienne a presque toutes ses communications coupées. Elle se trouve à peu près dans la même position que l'armée de Mêlas à Marengo.
L'Empereur était sur le pont du Lech , lorsque le corps d'armée du général Marmont a défilé. Il a fait former en cercle chaque régiment, leur a parlé de la situation ae l'ennemi, de l'imminence d'une grande bataille, et de la confiance qu'il avait en eux. Cette harangue avait lieu pendant un temps affreux. Il tombait une neige abondante, et la troupe avait de la boue jusqu'aux genoux et éprouvait un froid assez vif; mais les paroles de l'Empereur étaient de flamme ; en l'écoutant, le soldat oubliait ï.es fatigues et ses privations, et était im-
patient de voir arriver Theure du combat.
Le maréchal Bernadotte est arrivé à Munich le 20, à six heures du matin ; il a fait huit cents prisonniers , et s'est mis à la poursuite de l'ennemi. Le prince Ferdinand se trouvait à Munich. Il parait que ce prince avait abandonné son armée de niler.
Jamais plus d'événements ne se décideront en moins de temps. Avant quinze jours, les destins de la campagne et des armées autrichiennes et russes seront fixés.
CINQUIÈME BULLETIN (bis).
Elchingen, te 93 vendémiaire an XIV, —
(15 octobre 1805.)
Aux combats de Wertingen et de Giinzbourg ont succédé des faits d'une plus haute importance , les combats d'Albeck, d'Elchingen , les prises d'Ulm et de Memmingen.
Le maréchal Soult arriva le 21 devant Memmingen, cerna sun>le-champla place, et après différents pourparlers , le commandant capitula.
Neuf bataillons , dont deux de grenadiers, faits prisonniers, un général major, trois colonels, plusieurs officiers supérieurs, dix pièces de canon, beaucoup de bagages et beaucoup de munitions de toute espèce ont été le résultat de celte affaire. Tous les prisonniers ont été au moment même dirigés sur le quartier-général.
Au même instant, le maréchal Soult s'est mis en marche pour Ochsenhausen , pour arriver sur Biberach et être en mesure découper la seule retraite qui restait à l'archiduc Ferdinand.
D'un autre côté, le 19, l'ennemi fit une sortie du côté d'Ulm , et attaqua la division Dupont, qui occupait la position d'Albeck. Le combat fut des plus opiniâtres. Cernés par vingt-cinq mille hommes, ces six mille braves firent face à tout , et firent quinze cents prisonniers. Ces corps ne devaient s'étonner de rien ; c'étaient les 9" légère, 3>, 69« et 76» de ligne.
Le 21 , l'Empereur se porta de sa personne au camp devant Ulm, et ordonna l'investissement de l'armée ennemie. La première opération a été de s'emparer du pont et de la position d'Elchingen.
Le 22, à la pointe du jour, le maréchal Ney passa ce pont à la tête de la division Loison. L'ennemi lui disputait la possession d'Elchin^çen avec seize mille hommes; il fut culbute partout , perdit trois mille hommes faits prisonniers, un général major, et fut poursuivi jusque aans ses retranchements.
Le maréchal Lannes occupa les petites
L'BMPIBE.
hauteurs qui dominent la plaine au-dessus du village de Pfoël. Les tirailleurs enlevèrent la tète du pont d*Ulm : le désordre fut extrême dans toute la place. Dans ce moment le prince Murât faisait manœuvrer les divisions Klein et Beaumont, qui partout mettaient en déroute la cavalerie ennemie.
Le %% le général Marmont occupait les
Fonts de Unterkircher, d'Oberkirch , à embouchure de Tlller dans le Danube, et toutes les communications de Tennemi sur riller.
Le 23, à la pointe du jour, l'Empereur se porta lui-même devant Ulm. Le corps du prince Murât, et ceux des maréchaux Lannes et Ney , se placèrent en bataille pour donner l'assaut et forcer les retranchements de l'ennemi.
Le général Marmont , avec la division de dragons à pied du général Baragueyd'Hilliers , bloquait la ville sur la rive droite du Danube.
La journée est affreuse: le soldat est dans la boue jusqu'au genou. 11 y a huit jours que l'Empereur ne s'est débotté.
Le prince Ferdinand avait filé la nuit sur Biberach, en laissant douze bataillons dans la ville et sur les hauteurs d'Ulm, lesquels ont été pris avec une grande quantité de canons.
Le maréchal Soult a occupé Biberach le 3^ au matin.
Le prince Murât se met à la poursuite de l'armée ennemie, qui est dans un délabrement effroyable.
D'une armée de quatre-vingt mille hommes, il n'en reste que vingt-cinq mille, et on a lieu d'espérer que ces vingt-cinq mille ne nous échapperont pas.
Immédiatement anrès son entrée à Munich, le maréchal Bernadotte a poursuivi le corps du général Kienmayer, lui a pris des équipages et fait des prisonniers.
Le général Kienmayer a évacué le pays et repassé rinn. Ainsi la promesse de TEmpereur se trouve réalisée, et l'ennemi est chaisé de toute la Bavière.
Depuis le commencement de la campagne, nous avons fait plus de vingt mille prisonniers, enlevé à 1 ennemi trente pièces de canons et vingt drapeaux ; nous avons de notre côté éprouvé peu de pertes. Si Ton joint à cela les désertions et les morts , on peut calculer que l'armée autrichienne est déjà réduite de moitié.
Tant de dévouement de la part du soldat, tant de preuves touchantes d'amour gu'il donne à l'Empereur , et tant de si auts faits, mériteront des détails plus circonstanciés. Us seront donnés du moment que ces premières opérations de la campagne seront terminées, et que Ton saura déflnitivemeut comment les débris
de Tannée autrichienne se tireront de Biberach et la position qu'ils prendront.
Au combat d'Elchingen, qui est un «les plus beaux faits militaires qu'on puisse eiter, se sont distingués le 18* régiment de dragons et son colonel Lefèvre , le <:<>lonei (Hi 10* chasseurs Colbert, qui a eu un cheval tué sous lui , le colonel L;ii(.n* quières, du 76*, et un grand nombre d'au* très officiers.
L'Empereur a aujourd'hui son quaitiergénéral dans l'abbaye d'Elchingen.
SIXIÈME BULLETIN
Elehingen, le 26 ttndémiaire on XI F. — (18 octobre 1805.}
La journée d'Ulm a été une des plus belles journées de l'histoire de Fran^^^e. L'Empereur eût pu l'enlever d'assaut; mais vingt mille hommes, défendus pai (!es ouvrages et par des fossés pleins d'eau, eussent opposé delà résistance, et le vif désir de Sa Majesté était d'épargner le sang. Le général Mack , général en cl.ef de l'armée, était dans la ville : c'est la destinée des généraux opposés à l'Empereur d'être pris dans des places. On se souvient
âu'après les belles manœuvres de la renta , le vieux feld-maréchal Wîinn?er fut fait prisonnier dans Mantoue ; Mêlas le fut dans Alexandrie; Mack Test daas Ulm.
L'armée autrichienne était une des plus belles qu'ait eues l'Autriche : elle se composait de quatorze régiments d'infanleiie formant l'armée dite ae Bavière, de lieize régiments de l'armée du Tyrol, et de cinq régiments venus en poste d'Italie, faisant trente-deux régiments d'infanterie , et de quinze régiments de cavalerie.
L'Empereur avait placé l'armée fia prince Ferdinand dans la même situation où il plaça celle de Mêlas. Après avoir hésité longtemps, Mêlas prit la n(»bIo résolution de passer sur le cor|)s de Tarm-kï française; ce qui donna lieu à la bataille de Marengo. Mack a pris un autre parti : Ulm est l'aboutissant d'un grand nombre de routes. 11 a conçu le projet de faire échapper ses divisions par chacune de ces routes , et de les réunir en Tyrol et en Bohème. Les divisions Hohenzollern et Werneck ont débouché par Heydenheiin.
Une petite division a débouché par Memmingen. Mais l'Empereur , dès le âO, accourut d'Augslourg devant Ulm, déconcerta sur-le-champ les projets de Fennemi, et fit enlever le pont et la position dElchingen ; ce qui remédia à tout.
Le marécbal Soult, après avoir pi is Memuiingen, s'était mis à la poursuite <ks
aotres eolonnes. Enfin, i) ne restait plus au prince Ferdinand diantre ressource que de se laisser enfermer dans Uim, ou d'essayer, par des sentiers, de rejoindre la division de Hohenzoliern ; ce prince a pris ce dernier parti, il s'est rendu à Aallen avec quatre escadrons de cavalerie.
Cependant le prince Murât était à la poursuite du prince Ferdinand. La divi* sion WernecK a voulu l'arrêter à Langenau : il a fait trois mille prisonniers, dont un officier général , et lui a enlevé deux drapeaux. Tandis qu'il manœuvrait par sa droite à Heydenbeim, le maréchal Lannes marchait par Aalen et Nordiingen. La marche de la division ennemie était embarrassée par cinq cents chariots, et affaiblie par le combat de Langenau. A ce combat le prince Murât a été très satisfait du général Klein. Le 20* régiment de dragons , le 9" d'itifanterie légère , et les chasseurs de la garde impériale , se sont particulièrement distingués. L'aidede-camp Brunet a montré neaucoup de bravoure.
Ce combat n'a point retardé la marche du prince Murât, il s'est porté rapidement sur Neresheim, et le 25, à cinq heures du soir, il est arrivé devant cette position. La division de dragons du général Klein a chargé l'ennemi. Deux drapeaux, un officier général et mille hommes ont été de nouveau pris au combat de Neresheim. Le prince Ferdinand et sept de ses généraux n'ont eu que le temps de monter a cheval. On a trouvé leur dîner servi. Depuis deux jours, ils n'ont aucun point pour se reposer. Il parait que le prince Ferdinand ne pourra se soustraire a l'armée française qu'en se déguisant ou en s'enfuyant avec quelques escadrons par quelque route détournée d'Allemagne.
L'Empereur traversant une foule de prisonniers ennemis, un colonel autrichien témoignait son étonnemorit de voir l'Empereur des Français trempé , couvert de boue, autant et plus fatigué que le dernier tambour de rarmée : un de ses aides de-camp lui ayant expliqué ce que disait le prisonnier autrichien , l'Empereur lui fit répondre : « Votre maître a voulu me faire ressouvenir que j'étais un soldat ; j'espère qu'il conviendra que le trône et fa pourpre impériale ne m'ont pas fait oublier mon premier métier. »
Le spectacle çnie l'armée offrait dans la journée du 25 était vraiment intéressant. Depuis deux jours la pluie tombait à seaux, tout le monde était trempé; le soldat n'avait point eu de distributions ; il était dans la boue jusqu'au genou, mais la vue de l'Empereur lui rendait la galté, et du moment qu'il apercevait des colonnes dans le même état, il faisait retentir le cri de vive l'Empereur !
On rapporte aussi qtie l'Empereur répondit aux officiers qui l'entouraient et qui admiraient comment, dans le moment le plus pénible, les soldats oublient toutes les privations, et ne se montrent sensibles qu'au plaisir de le voir : « Us ont raison, car c'est pour épargner leur sang que je leur fais essuyer de si grandes fatigues. »
L'Empereur, lorsque l'armée occupait les hauteurs qui dominent Ulm , fit appeler le prince de Lichtenstein, général major, enfermé dans cette place , pour lui faire connaître qu'il désirait qu'elle capitulât , lui disant que s'il la prenait d'assaut, il serait obligé de faire ce qu'il avait fait a Jaffa , où la garnison fut passée au fil de répée; que c'était le triste droit de la guerre ; qu'il voulait qu'on lui épargnât et à la brave nation autrichienne la nécessité d'un acte aussi effrayant • que la place n'était pas tenable; qu'elle devais donc se rendre. Le prince insistait pour que les officiers et soldats eussent la faculté de retourner en Autriche. « Je l'ac-
veau ! » Puis, après avoir hésité un moment, il ajouta : « Eh bien , je me fie à la parole du prince Ferdinand. S'il est dans la place , je veux lui donner une jpreuve de mon estime , et je lui accorde ce que vous me demandez , espérant que la cour de Vienne ne démentira pas la parole d'un de ses princes. » Sur ce que M. de Lichtenstein assura que le prince Ferdinand n'était point dans la place : « Alors je ne vois pas, dit l'Empereur, qui peut me garantir que les soldats que je vous renverrai ne serviront pas. »
Une brigade de quatre mille hommes occupe une porte de la ville d'Ulm.
Dans la nuit du 24 au 25 il y a eu un ouragan terrible; le Danube est to!it-àfait débordé, et a rompu la plus grande partie de ses ponts, ce qui nous gène beaucoup pour nos subsistances.
Dans la journée du 23, le maréchal Bernadette a poussé ses avant-postes jusqu'à Wasserbourg et Uaag sur la chaussée de Braunau. Il a fait encore quatre à cinq cents prisonniers à l'ennemi, lui a enlevé un parc de dix-sept pièces d'artillerie de divers calibres; de sorte que, depuis son entrée à Munich , sans perdre un seul homme , le maréchal Bernadette a pris quinze cents prisonniers , dix-neuf pièces de canon, deux cents chevaux et un grand nombre de bagages.
L'Empereur a passé le Rhin le 9 vendémiaire, le Danube le 14 à cinq heures du matin, le Lech le môme jour à trois heures après midi ; ses troupes sont entrées à Munich le 20. Ses avant-postes sont arrivés sur Tlnn le 23. Le même jour
L'EHPIBE.
il était maître de Memmingen , et le S5 d'Ulm.
II avait pris à Fennemi aax combats de Wertingen, de GiiDtzbourg, d'Elchingen, aux journées de Memmingen et dTlm, et aux combats d'Albeck, de Langenau et de Neresheim, quatre mille hommes, tant infanterie que cavalerie, plus de quarante drapeaux, un très grand nombre de pièces de canon,{de bagages, de voitures, etc. Et pour arriver à ces grands résultats, il n'avait fallu que des marches et des manœuvres.
Dans ces combats partiels, les pertes de Tarmée française ne se montent qu'^ cinq c^nts morts et à mille blessés. Aussi le soldat dit-il souvent : l'Empereur a trouvé une nouvelle méthode de faire la guerre, 11 ne SQ sert que de nos jambes et de nos baïonnettes. Les cinq sixièmes de Tarmée n'ont pas tiré un coup de fusil, ce dont ils s'affligent. Mais tous ont beaucoup marché, et ils redoublent de a^érilé quand ils ont l'espoir d'atteindre l'ennemi.
On peut faire en deux mots l'cloge de l'armée : elle est digne de son chef.
On doit considérer l'armée autrichienne comme anéantie. Les Autrichiens et les Russes seront obligés de faire beaucoup d'appels de recrues, pour résister à l'armée française, qui est venue à bout d'une armée de cent mille hommes, sans éprouver, pour ainsi dire, aucune perte.
SEPTIÈME BULLETIN
BUhmgen, U Î7 venâérniairB an J/F. — ( 19 oclo6r# 1805.)
Le 26 vendémiaire , à cing heures du matin, le prince llurat est arrivé à Nordlingen, et avait réussi à cerner la division Werneck. Ce général avait demandé à capituler. La capitulation, qui lui a été accordée, n'arrivera que dans la journée de demain. Les lieutenants généraux Werneck, Baillet, HohenzoUern, les Généraux Vogel , Mackery , Hohenfeld , Weiber et Dienesb^g, sont prisonniers sur parole , avec la réserve de se rendre chez eux. Les troupes sont prisonnières de guerre et se rendent en France. Plus de deux mille hommes de cavalerie ont mis pied à terre, et une brigade de dragons à pied a été montée avec leurs chevaux. On assure que le parc de réserve de l'armée autrichienne, composé de cinq cents chariots, a été pris. On suppose que tout le reste de la colonne du prince Ferdinand doit, à l'heure qu'il est, être investi, le prince Murât ayant débordé sa droite par Aalen , et le maréchal Lannes sa gauche par Nordlingen.
On attend le résultat de ces manœuvres ;
il ne reste au prince Ferdinand que peu de monde.
Aujourd'hui, à deux heures après midi , l'Empereur a accordé une audience au généra Mack; à l'issue de cette audience, le maréchal Berthier a signé avec le générai Mack une addition à la capitulation , qui porte que la garnison d'Ulm évacuera la place demain 28. Il y a dans Ulm vingtsept mille hommes , trois mille chevaux , dix-huit généraux et soixante ou quatrevingts pièc^'s de canon attelées.
La moitié de la garde de l'Empereur était déjà partie pour Augsbourg; mais Sa Majesté a consenti à rester la journée de demain pour voir défiler l'armée autrichienne. Tous les jours on est davantage dans la certitude que , de cette armée de cent mille hommes, il n'en sera pas échappé vingt mille; et cet immense résultat est obtenu sans effusion de sang.
L'Empereur n'est pas sorti aujourd'hui d'Elchingen. Les failles et la pluie continuelle que depuis huit jours il a essuyées ont exige un peu de repos. Mais le repos n'est pas compatible avec la direction de cette immense armée. A toute heure du jour et de la nuit, il arrive des officiers avec des rapports, et il faut que l'Empereur donne des ordres. Il parait fort satisfait de l'activité et du zèle du maréchal Berthier.
Demain 28, à trois heures après midi , vingt - sept mille soldats autrichiens , soixante pièces de canon , dix-huit généraux défileront devant l'Empereur, et mettront bas les armes. L'Empereur a fait présent au Sénat des drapeaux de la journée d'Ulm. Il y en aura le double de ce qu'il a annoncé, c'est-^à-dire quatre-vingts.
Pendant ces cinq jours, le Danube a débordé avec une violence qui était sans exemple depuis cent ans. L abbaye d'Elchingen, dans laquelle est établi le quartier-général de l'Empereur, est située sur une nauteur d'où 1 on découvre tout le pays.
On croit que demain au soir l'Empereur partira pour Munich. L'armée russe vient d'arriver sur l'Inn.
HUITIÈME BULLETIN
Bléhingtnt ie S8 wndêmiain on JIF.*
On a reçu les deux capitulations annoncées dans le bulletin d'hier, conclues par ordre du prince Murât , Tune signée par le chef d'etat-major du prince Murât, l'autre par le général Fauconnet.
L'Empereur a passé aujourd'hui 28, depuis deux heures après midi jusqu'à sept
Je
heures du soir, sur la hauteur d*Ulra , où l'armée autrichienne a défilé devant lui. Trente mille hommes, dont deux mille de cavalerie , soixante pièces de canon et quarante drapeaux ont été remis aux vainqueurs. L'armée française occupait les hauteurs. L'Empereur, entouré de sa garde, a fait appeler les généraux autrichiens ; il les a tenus auprès de lui jusqu'à ce que les troupes eussent défile. Il les a traités avec les plus grands égards. II y avait sept lieutenants-généraux, huit
généraux et le général en chef Mack. On Dnnrra dans le Bulletin suivant le nom des généraux et des régiments.
On peut donc évaluer le nombre des prisonniers faits depuis le commencement de la guerre à soixante mille , le nombre des drapeaux à quatre-vingts, indépendamment de rartitlerie . des bagages, etc. Jamais victoires ne furent plus complètes et ne coûtèrent moins. On croit que VEmpereur partira dans la nuit pour Augsbourg et Munich , après avoir expédié ses courriers.
NEUVIÈME BULLETIN
Eiehingen, le SO vendémiaire an XiY. — (31 octobre 1805. )
L'Empereur vient de faire la proclamamation et de rendre les décrets ci-joints.
A midi, Sa Majesté est partie pour Augsbonrg.
On a enfin le compte exact de l'armée renfermée dans Ulm : elle se monte à trente-trois mille hommes , ce qui , avec trois mille blessés, porte la garnison prisonnière à trente-six mille hommes. 11 y avait aussi dans la place soixante pièces de canon avec leur approvisionnement, et cinquante drapeaux.
Rien ne fait un contraste plus frappant
aue l'esprit de l'armée française et celui e l'armée autrichienne. Dans farmée française, l'héroïsme est porté au dernier point; dans l'armée autrichienne, le découragement est à son comble. Le soldat est payé avec des cartes ; il ne peut rien envoyer chez lui, et il est très maltraité. Les Français ne songent qu'à la gloire. On pourrait citer un millier de traits comme le suivant : Brard, soldat du 7<5*, allait avoir la cuisse amputée ; il avait la mort dans l'âme. Au moment où le chirurffien se préparait à faire l'opération , il rarrête : < Je sais que je n'y survivrai pas ; mais n'importe : un homme de moins u empêchera pas le 75* de marcher , la baïon* nette en avant et sur trois rangs , à l'ennemi. > L'Empereur n'a à se plaindre que de la
vu.
trop «rande impétuosité des soldats. Ainsi le iT a'infanterie légère, arrivé devant Ulm, se précipita dans la place : ainsi, pendant la capitulation, toute l'armée voulait monter à l'assaut, et l'Empereur fut obligé de déclarer fermement qu'il ne voulait pas d'assaut.
La première colonne des prisonniers faits dans Ulm part dans ce moment pour la France.
Voici le compte de nos prisonniers , d« moins de ceux actuellement connus, et les lieux où ils se trouvent : dix mille dans Augsbourg, trente-trois mille dans Ulm ^ douze milleà Donawerth, et douze mille qui sont déjà en marche pour la France. L'Empereur dit dans sa proclamation que nous avons fait soixante mille prisonniers; il est probable qu'il y en aura davantage. Il porte le nombre des drapeaux pris à quatre-vingt-dix ; il est probable aussi que nous en aurons davantage.
L'Empereur a dit aux (B^énéraux autrichiens qu'il avait appelés près de lui, pendant que l'armée ennemie défilait :
« Messieurs, votre maître me fait une {çuerre injuste : je vous le dis franchement, je ne sais point pourquoi je me bats, je ne sais ce qu on veut de moi.
> Ce n'est pas dans cette seule armée que consistent mes ressources. Cela seraitil vrai, mon armée et moi ferions bien du chemin. Mais j'en appelle au rapport de vos propres prisonniers, qui vont bientôt traverser la France ; ils verront quel esprit anime mon .peuple, et avec quel empressement il viendra se ranger sous mes drapeaux. Voilà l'avantage de ma nation et ue ma position. Avec un mot, deux cent mille hommes de bonne volonté accourront près de moi , et en six semaines seront (le bons soldats; au lieu que vos recrues ne marcheront que par force, et ne pourront, qu'après plusieurs années, faire des soldats.
» Je donne encore un conseil à mon frère Tempereur d'Allemagne : qu'il se hâte de faire la paix. C'est le moment de se rappeler que tous les empires ont on terme ; l'idée que la fin de la dynastie de la maison de Lorraine serait arrivée doit l'effrayer. Je ne veux rien sur le continent, (^e sont des vaisseaux, des colonies, du commerce que je veux , et cela vous est avantageux comme à nous. » M. Mack a répondu que l'empereur d'Allemagne n'aurait pas voulu la guerre, mais qu'il y a été forcé par la Russie : • En ce cas, a répondu l'Empereur, vous n'êtes donc plus une puissance ? >
Du reste, la plupart des oflSciers généraux ont témoigne combien cette jçuerre était désagréable, et avec quelle peine ils voyaient une armée russe au milieu d'eux.
Ils blâmaient cette politique assez aveu-
ase
L^SHPUB.
gle pour aUirar an oœnr de PEnrope m
peuple accoutumé à vivre dans ud pays inculte et agreste, et qui, comme ses ancêtres, pourrait bien avoir la fantaisie de s*étai)tir dans de plus beaux climats.
L'Empereur a accueilli avec beaucoup de grâce le lieutenant-général Klenau, •tt'il avait cooDu commandant le régiment de WiirnMer ; les lieutenants-généraux Giulay, Gottesheim, Ries, les princes de lichteustein, etc.
Il les a consolés de leur malheur, leur a dit que la guerre a ses chances, et qu'ayant été souvent vainqueurs, îb pouvaient être ' * \ vaincus.
Du quartitr-général impérial d'EldUng^i^, ie 29 vendémiaire an XIV,
Soldats de la Grande Armée,
En quinze jours nous avons fait une oampagne. Ce que nous nous proposions est rempli. Mous avons chassé les troupes de la maison d'Autriche de la Bavière , et rétabli notre allié dans la souveraineté de ses États, luette armée qui, avec autant d'ostentation que d'imprudence , était venue se placer sur nos frontières, est anéantie. Mais qu'importe à t'Angleterre ! son bot est rempli. Nous ne sommes plus à Boulogne, et son subside ne sera ni plus ni moins grand.
De cent mille hommes qui composaient celte année, soixante miAe sont prisonniers: ils iront remplacer nos conscrits dans les travaux de nos campagnes : deux eents pièces de canon , tout le parc, quatre-vingt-dix drapeaux, tous les généraux sont en notre pouvoir; il ne s'est pas échappé de cette armée quinze mille hommes. Soldats, je vous avais annoncé une grande bataille; mais, grâce aux mauvaises combinaisons de I ennemi, j'ai pu obtenir les mêmes succès sans courir aucune ohance ; et, ce qui est sans exemple dans rhistoire des nations, un aussi grand ré- Mltat ne nou;) affaiblit pas de plus da quinze cents hommes hors de combat.
Soldats, ce succès est dû à votre confiance sans bornes dans votre Empereur , à votre patience à supporter les fatigues et les privations de toute espèce, à votre rare intrépidité.
Mais nous ne nous arrêterons pas là :
trous êtes impatients de commencer une
éprouver le même sort.
A ce combat est attaché plus spécialement 1 honneur de l'infanterie; c'est là que va se décider pour la seconde fois cette question qui Ta déjà été en Suisse et en
Hollande : si l'infanterie française est la seconde ou la première de l'Europe. Il n'j a point là de généraux contre lesquels je puisse avoir de la gloire à acquérir : tout mon soin sera d'obtenir la victoire avec le moins possible d'effusion de sang : mes soldats sont mes enfants.
De mon eamv impérial é^Elehénaen.
le Sf «anMMUNV on Jir7
Napoléon, empereur des Français, ete.^
Considérant que la Grande-Armée a obtenu, par son courage et son dévouement, des résultats qui ne devaient être espérés qu'après une campagne ;
Et voulant lui donner une preuve de notre satisfaction impériale, nous avons décrété et décrétons ce qui suit :
Article I"'. Le mois de vendémiaire de Tan XIV sera compté comme une campagne à tous les individus composant la Grande Armée.
Ce mois sera porté comme tel sur les états, pour Févaluation des pensions et pour les services militaires.
il. Nos minist.'-es de la guerre et du trésor public sont chargés du présent décret. Signé Napoléon.
Par l'Empereur:
Le Ministre Secrétaire-^d^ÉM H.-fi. Maret.
PREMIER BULLETIN
DE L'ARMÉE D'lT4UE.
Du iS wnéémimive «m XtW,
A quatre heures du matin, le général en chef a fait attaquer le pont du Vieux- Château de Vérone ; le mur qui en barrait le milieu a élé renversé par l'effet d'un pétard ; les deux coupures que les Autrichiens avaient faites ont été rendues praticables à l'aide de planches et de madriers; et vingt-quatre compagnies de voltigeurs se sont élancées de l'autre côté du fleuve , où elles ont été suivies par la première division.
L'ennemi a vivement défe6*du le passage; il a été culbuté et chassé de toutes ses positions, après un combat qui a duré jusqu'à six heures du soir. Il a perdu sept pièces de canon et dix-huit caissons.
Nous lui avons fait quatorze à quinze cents prisonniers, et tué ou blessé un nomhre d hommes à peu près égal ; il n'a péri (le notre cêté qu'un petit nombre de combattants.
Nous avons environ trois cents Uessés qui le sont peu dangereusement.
BULLETINS DE LA GftANDE-ARMÉE.
fl a étécenstruH sur-le-champ une tète de pont au pont du Vieux-Château.
Nous ferons connaître les suites de cette heureuse journée.
DIXIÈME BULLETIN
Àugibourg, /« 80 tendéminire an XIV. —
Lors de la capitulation du général Wernek, près Nordlmgen, ie prince Ferdinand, avec un corps de mille chevaux et une portion du parc, avait pris les devants : il s'était jeté dans le pays prussien, et s'était dirigé par Gunzenhausen sur Nurem-
berg. Le prince Murât ie suivit à ia piste, et parvint à ie déborder; ce qui donna lieu à nn combat sur la roule de Furth à
Nuremberg, le '^9 au soir. Tout le reste du parc d'artillerie, tous les bagages sans exception, ont été pris. Les chasseurs a cheval de la garde impériale se sont couverts de gloire ; ils ont culbuté tout ce qui s'est présenté devant eux ; ils ont chargé le régiment de cuirassiers de Mack. Les deux régiments de carabiniers ont soutenu leur réputation.
On est rempli d'étonnement lorsqu'on considère la marche du prince Murât, depuis Albeck jusqu'à Nuremberg. Quoique se battant toujours, il est parvenu à gagner de vitesse l'ennemi, qui avait deux marches sur lui. Le résultat de cette prodigieuse activité a été la prise de quinze cents chariots, de cinquante pièces de canon^ de seize mille hommes, y compris la capitulation du général Wernek, et d'un grand nombre de drapeaux. Dix<èuit g;énéraux ont posé les armes , trois ont été
Les colonels Morland, des diasseurs de la garde impériale; Cauchois, du i*' régiment de carabiniers; Rouvillois, du 1*' réfiment de hussards, et les airies-de-camp lahant et Lagrange, se sont particulièrement distingués. Le colonel Cauchois a été blessé.
Le *i9 au soir, le prince Murât a couché à Nuremberg, où il a passé la journée du 30 à se reposer.
Au combat dElchingen, le 23 vendémiaire, le 69"^ régiment de ligne s'est distingué Après avoir forcé le pont en colonne serrée, il s'est déployé à portée i.u feu des Autrichiens avec un ordre et un sang-froid qui ont rempli 1 ennemi de stupeur et d'admiration.
Un bataillon de la garde impériale est entré aujourd'hui à Augsbourg. Quatrevingtsgrenadiers portaieat chacun un orapeau. Ce spectacle a produit sur les habimits d A«g8bQiii^ un étoopemeai que
partagent les paysans de toutes ces con-^ trées.
La division des troupes de Wurtemberg vient d'arriver a Gcisslingen.
Les bataillons de chasseurs qui avaient suivi l'armée depuis son passage à Stuttgard, sont partis pour conduire eu Frauoe une colonne de 10,000 prisonniers. Les trçupes de Bade, fortes de trois à quatre mille hommes, sont en marche peut se rendre à Augsbourg.
l'Empereur vient de faire présent aux Bavarois de vingt mille fusils autrichiens, pour l'armée et les gardes nationak».
11 vient aussi de faire un présent à l'électeur de Wurtemberg de six pièces de canon autrichiennes.
Pendant qu'a duré la manœuvre d'Ulm, l'électeur de Wurtemberg a craint un moment pour lélectrice et sa famille , qui se sont rendues alors à Heidelberg ; il a disposé ses troupes pour défendre le cœur de ses états.
Les Autrichiens sont détestés de toute l'Allemagne, bien convaincue que, sans la France, l'Autriche la traiterait comme ses pays héréditaires.
On ne se fait pas une idée de la misère de l'armée autrichienne; elle est payée en billets qui perdent 40 pour cent : aussi nos soldats appellent-ils très plaisamment les Autrichiens des soldats de papier. Ils sont sans aucun crédit : la maison d'Autriche ne trouverait nulle part A emprunter! 0,000 fr. Les généraux eux-mêmes n'ont pas vu une pièce d'or depuis plusieurs années. Les Anglais, du moment qu'ils ont su l'invasion de la Bavière, ont fait à l'empereur d Autriche un petit présent qui ne Ta pas rendu plus riche ; ils se sont engagés à lui taire remise de 48 millions qu'ils lui avaient prêtés pendant la dernière guerre. Si c'est un avantage pour la maison d'Au^ triche, elle l'a déjà payé bien cher.
ONZIÈME BULLETIN
Munich, h 4 brumaire an XIV.
L' Empereur est arrivé â Munich le 2 brumaire à neuf heures du soir, la ville était illuminée avec beaucoup de goût. Un grund nombre de personnes avaient décoré Te dedevant de leurs maisons d'cmb!êmes qui étaient les expressions de leurs sentiments.
Le 5 au matin, les grands officiers de l'É.ecteur, leschaml ellans et gentilshommes de la cour, les niiulslris, les généraux, les conseillers intimes, le corps oiplomatique accrédité près S. A. Electorale, les députés des états de Bavière, les magistrats
de la ville de Munich, ont été présentés à Sa Majesté, mii les a entretenus fort longtemps des affaires économiques de leur pavs.
Le prince Murât est arrivé à Munich. Il a montré dans son expédition une prodi-
Êieuse activité. Il ne cesse de se louer de i belle charge des chasseurs de la garde impériale et des carabiniers.
Un trésor de 200,000 florins est tombé en leur pouvoir; ils ont passé outre sans en rien toucher, et ont continué à poursuivre l'ennemi.
- Le prince Ferdinand s'est trouvé au dernier combat, et s'est sauvé sur le cheval d'un lieutenant de cavalerie.
Toute la ville de Nuremb^rj^ a été témoin de la bravoure des Français. Un grand nombre de déserteurs et de 'fuyards des débris de l'armée autrichienne remplissent la province de Franconie, où ils commettent beaucoup de désordres. Tous les bagages de l'ennemi ont été pris.
Le soir, l'Empereur s'est rendu au théâtre, où il a été accueilli par les démonstrations les plus sincères de joie et de gratitude.
Aujourd'hui, l'Empereur, après avoir vu défiler les troupes du corps d'armée du maréchal Soult, est allé à la chasse à Numphenbourg, maison de plaisance de l'Électeur.
Tout est en mouvement; nos années ont passé User, et se dirigent sur l'inn, où le maréchal Bernadette d un côté, le général Marmont d'un autre, et le maréchal Davout, seront ce soir
DOUZIÈME BULLETIN
MwMch, iê S brumaire an XIV.
Au cinquième bulletin de l'armée il faut joindre la capitulation deMemroingen,qui a été oubliée.
On travaille dans ce moment avec la plus grande activité aux fortifications d'IngolsUdt et d'Augsbourg.
Dos tètes (ie pont sont construites à tous les ponts du Lcch, et des magasins sont élalilis sur les derrières.
Sa Majesté a élé extrèmem ni satisfuile du zèle et de ractivilé du général <le brigade lkrtrai»d , son aiile-Je-eamp, qu'elle a fiéqueinment employé à des ra'ounaissances.
Elle a ordonné la démolition des fortifications des villes d'Ulm et de Menimingen.
'LElecleur de BavitTC est attendu à tout instant; l'Empereur a envoyé so . aide-ilecamp, le colonel Lebrun, pour le recevoir et lui offrir sur sa route des escortes d'honneur.
Un Te Deum a été chanté à ADgsbouv et à Munich. Une proclamation a êé afin chée dans toutes les villes de Bavière. Le peuple bavarois est plein de bons sentiments ; il court aux arnoes, et forme des gardes volontaires pour défendre le pays contre les incursions des Cosaques.
Les généraux Deroi et de Wrede montrent la plu« grande activité : ce dernier a fait beaucoup de prisonniers autrichiens. U a servi pendant ia guerre passée ^ans l'armée autrichienne, et il s'y est distingué.
Le général Mack ayant traversé en poste la Bavière pour retourner à Vienne, rencontra le général de Wrede aux avantr postes, près Tlnn.'Ils eurent une longue conversation sur la manière dont les Français traitaient l'armée bavaroise.
< Nous sommes mieux qu'avec vous, lui dit le général de Wrede, nous n*avons ni roorg;ue ni mauvais traitement à essuyer ; et loin d'être exposés les premiers aux coups, nous sommes obligés de demander les postes périlleux, parce que les Français se les réservent de préférence. Chez vous, au contraire, nous étions envoyés partout où il y avait de mauvaises affaires à essuyer. »
Un officier d'état-major vient d'arriver de l'armée d'Italie. La campagne a commencé le 26 vendémiaire. Cette armée formera bientôt la droite de la Grande-Armée.
L*Empereur a donné hier un concert à toutes les dames de la cour. U a fait un accueil très distingué à madame de Montgelas, femmedu premier ministre de l'Electeur, et distinguée d'ailleurs par son mérite
Il a témoigné son contentement à M. de Winter, maître de musique de l'Electeur, sur la bonne composition de ses morceaux, tous pleins de verve et de talent.
Aujourd'hui dimanche, 5 brumaire, l'Empereur a entendu ia messe dans la chapelle du palais.
Le nombre des officiers autrichiens qui ont été faits prisonniers est de quinze cents à deux mille. Chaque officier a donné sa parole d'honneur de ne pas servir : on espère qu'ils la tiendront exactement ; s'il en était autrement, les lois de la guerre seraient suivies dans toute leur rigueur.
TREIZIÈME BULLETIN
Haag , U 6 brwnairt anllV.
Le corps d*armée du maréchal Bernadotte est p:irli de Munich le 4 brumaire. Il est arrivé le h à Wasserburit, sur Tlno, et est allé couché à Altenmarkt : sia arches du pont étaient brûlées. Le comte Manucci^ colonel de l'armée bavaroise, s'était porte
d6 Bolh à Rosenheim. Il avait trouvé également le pont brûlé et l'ennemi de l'autre côté. Après une vive canonnade, l'ennemi céda la rive droite. Plusieurs bataillons français et bavarois passèrent Tlnn, et le 6 à midi, l'un et l'autre ponts étaient entièrement rétablis; le colonel du génie Moris et Somis ont mis la plus grande activité à la réparation desdits ponts; l'ennemi a été vivement poursuivi dès qu'on a pu passer; on a fait à son arrière -garde cinquante prisonniers.
Le maréchal Oavout, avec son corps d'armée, est parti de Freysiog le i> et s*est trouvé le 5 à M uhidorf ; 1 ennemi a défendu la rive droite, où il avait établi des batteries très avantageusement situées. Le pont était tellement détruit qn*on a eu de la peine à le rétablir ; le 6, à midi , une grande partie du corps du maréchal Davout était passée.
Le prince Murât a fait passer une brigade de cavalerie sur les ponts de Mulhdorf, a fait rétablir les ponts crOEting et de Ma* rekhi, et les a passés avec une partie de sa réserve. L'Empereur s'est porte de sa personne à Haaff.
1^ corps a armée du maréchal Soult est bivouaqué en avant de Haag; le corps du général Marmont couche ce soir A Wihsbiburg ; celui du maréchal Ney à Landsberg ; celui du maréchal Lannes sur la route de Landshut à firaunau; tous les renseignements que l'on a sur l'ennemi portent que l'armée russe marche en retraite.
Il a beaucoup plu toute la journée; tout le pays situé entre User et llnn n'offre qu'une forâtcontinue de sapins, pays fort ingrat. L'armée a eu beaucoup à se louer du zèJe et de l'empressement des habitants
de Munich à lui fournir les subsistances qui étaient nécessaires.
DEUXIÈME BULLETIN