DB L'ARMÉE D'ITALIE
Du 1 hrumairt a» X/K.
Le général en chef a fait attaquer l'ennemi ce matin vers les cinq heures.
Pendant qu'à sa gauche la division du général Seras passait l'Adige à Polo, et qu'à sa droite celle du général Yerdier manœuvrait depuis Ronco jusau'A Albaro, les divisions des généraux ûardanne et Duhesme, se déployant en avant du pont du Yieux-Château de Vérone, attaquèrent les hauteurs du Val-Pantena et tournèrent le château de San-Félice; profitant alors de leur position . le général en chef força les Autrichiens a évacuer Véronette. Les palissades du pont neuf furent aussitôt abattues; la division des chasseurs ache-
vai aux ordres du général Espagne, celle des grenadiers aux ordres du général Par* touneaux, la réserve de cavalerie commandée par le général Monnet, et la division du général Molitor, traversèrent Véronette et se portèrent sur la grand'route de Saint- Michel, où les Autrichiens nous opposèrent de l'infanterie et de la cavalerie protégées par plusieurs pièces de canon : il fut ordonné diverses charges de cavalerie qui furent vivement exécutées, et que soutenaient les grenadiers de la division Molitor. Dans Tune de ces charges, l'escadron des guides fit mettre bas les armes à cinq cents fantassins : l'ennemi a été culbute, chassé du village de Saint-Michel et jusqu'au-delà de Saint-Martin. Nous avons pris position à Vago.
Seize cents prisonniers et deux pièces de canon sont le résultat de la journée. Les Autrichiens ont laissé beaucoup de monde sur le champ de bataille. Notre perte est de quelques hommes ; nous comptons à peu près cent blessés. L*année va poursuivre ses avantages.
Les divisions, les différents corps ont manœuvré avec précision, et le général en chef se loue de l'ardeur et de l^udace que les troupes ont montrées dans l'atta-
?ue : il leur a rendu auprès de Sa Majesté Empereur et Roi le témoignage qu'elles brûlent du désir d'imiter les exemples de la Grande-Armée, et de mériter d'avoir part aux nobles recompenses que Sa Majesté décerne à leur valeur.
QUATORZIÈME BULLETIN
De BrtmMUf U 8 krwmaiirt on J/F.
Le maréchal Bemadotte est arrivé le 8, à dix heures du matin , à Salzbourg.
L'Electeur en était parti depuis plusieurs jours; un corps de six mille hommes, qui y était, s'était retiré précipitamment la veille.
Le quartier-géoéral impérial était le 6 à Haag, le 7 à Mulhdorf, et le 8 à firaunau.
Le maréchal Davout a employé la journée du 7 à faire réparer entièrement le pont de MulhdorL
Le 1*' régiment des chasseurs a exécuté une belle charge sur l'ennemi^ lui a tué une vingtaine d'hommes et lui a fait plusieurs prisonniers, parmi lesquels s'est trouvé un capitaine de hussards.
Dans la journée du 7, le maréchal Lannes est arrivé avec la cavalerie légère au pont de Braunau. Il était parti de Landshut. Le pont était coupé. Il a sur-le-champ fai t embarquer sur deux bateaux une soi xan- (aine d'hommes. L'ennemi, qui d'ailleurs élait poursuivi par la réserve du prince
LEMPIBI.
llQfat, a ahàndonné la ville. L*antlace des chasseurs du 15* a contribué à pré^ cipiler s« retraite.
La mésintelligence entre les Russes et les Autrichiens contmence à s apercevoir. l'en Russes pillent tout. Les officiers, les
(lus instruits (iVirtre eux, co;nprennenl ien quêta guerre qu'ils font est impolitiqoe, puisqu'ils n ont rien à gagner contre les Français, que la nature n'a pas placés pour être leurs ennemis.
Bfaunau, comme il se trouve, peut être t»nsidéré comme une des plus belles et des plus utiles acquisitions de l'armée. Cette place est entourée d'une enceinte bastionnée avec poot-levis, demi-lune et fossés pleine d*eau. Il y a de nombreux ma(;asins d artillerie, et tous en bon état ; Ênais ce qui paraîtra difficile à croire, c'est on*elie est parfaitement approvisionnée. On y a trouvé quarante mille rations de pain prêtes à être distribuées, plus de mille sacs de farine ; Fartillerie de la place consiste en quarante-cinq pièces de canon avecdouble affût de rechange, en mortiers approvisionnés; de plus de quarantemille boulets et obusiers. Les Russes y ont laissé une centaine de milliers de poudre, une grande quantité de cartouches, du plomb, un mdiier de fusils, et tout rapprovislonnement nécessaire pour soutenir un grand siège.
L'Empereur a nommé le général Lauriston, qui arrive de Cadix , ffouverneur de cette place, oh il a établi leoépôt du quartier-général de l'armée.
QUINZIÈME BULLETIN
Braunau, le 9 brumaire an XIV.
Plusieurs déserteurs Russes sont déjà arrivés, entre autres un sergent-major natif de Moscou, homme de quelque intelligence. On s'imagine bi^n que tout 'e monde ra questionné. Il a dit que Tarmée russe était dms d^s dispositions bien différentes pour les Français que dans la dernière guerre; que les prisonniers qui étaieil revenus de France s'en étaient beaucoup loués; qu'il y en avait six dins sa compagnie qui , au moment du dé;)art de Pologne, avaient été envoyés plus loin ; qup si on avait laissé dans les régiments tous les hommes revenus de France, il n'y avait pas de d >ute qu'ils n'eussent tous deserlé; que les Russes él lient fâc'iî^s de se battre p:>ur les Allernan Is qu'ils n'aiment pas, et
Îf'i ils avaient uie haute idée delà valeur ranraise. On lui a deniiKié s ils aimuent i'empereur Alexandre. Il a répmJu quils étaient trop misérables pour lui porter de l'attachement : que les soldats aimaient
mieux l'empereur Pan), nais qtf e la n#blesoe préferait l'empereur Alexandre; qoe les Russes, en général, étaient contenta d'être sortis de chei eux, parce qu'ils dé-^ siratent tous ne pas retourner en Russie^ et qu ils préieraient s établir dans d'autrei climats à retourner sous la verge d'une aussi ru le discipline; qu'ils savaient que les Autrichiens avaient perdu toutes leura batailles, et ne faisaient que pleurer.
Le prince Murât s'est mis à la poursuit» de l'ennemi. Il a rencontré l'arriere-ffarda des Autrichiens, forte de six mille nommes, sur la roule de Merobach; l'apercevoir et la charger n'a été qu'une même chose pour sa cavalerie. Cette arrièregarde a été disséminée sur les hauteurs de Ried. La cavalerie ennemie s'est alors ralliée pour protéger le passage de l'infanterie par un délilé. Mais le t*' régiment de chasseurs et la division de dragons du général Beaumont l'ont culbutée, et se sont jetés avec Tinfanlerie ennemie dans le dé^ filé. La fusillade a été assez vive; mais l'obscurité de la nuit a sauvé celle division ennemie; une partie s>st éparpillée dans le bois; il n'a été fait que cinq cents prisonniers. L'avant-garde du corps du pnooe Murât a pris position à Haag. Le colonel Monlbrun, du 1*^ des chasseurs, s'est couvert de gloire, le 8* régiment de dragons a 83ulenu sa vieille réputation. Un maréchal-des-togis de ce régiment ayant eu le poignet emporté, dit, devant le pri:ice, au moment où il passait : J** regrette ma main, parce qu'elle ne pourra plus servir notre brave Kmpereur. L'Eapereur, eo apprenant ce trait, a dit : • Te reconnais * bien là les sentiments du H*, Qu'on donne » à ce maréchaldes-logis une place avan* » tageuse, et selon son état, dans le palais » de Versailles. »
Les habitants de Rraunau, sel m l'usage, avaient porté dans leurs maisons une grande partie des magasins de la place. Une proclaiiiation a tout fait rapporter. Il y a à présent on millier de sacs de farine, une grande quantité d avoine, des magasins d'artillerie de toute espèce , une très belle manutention, et soixante mille rations de pain, dont nous avions grand besoin : une partie a été distribuée au corps du maréchal Soult.
Le maréchal Bernadotte est arrivé è Salzbourg L ennemi s'est retiré sur la route de Carinlliie et de Wels. Un régK giment d'infanterie voulait tenir au villaige de Hallem; ita ddt se retirer sur le villaJM de Goliing, où le Maréchal espérait que le général Kellermann parvienJrait à lui couper la retraite et à l'enlever.
Les ha itants aasurent que, dans son inquiétu le, l'empereur d'Allemagne s'était porté jusqu'à Wels , où il avait appris le désastre de son armée» Il y avait appris
•Si
«Msi toê elcnenn de m8 pmi^ de Bo« keme et d'Autricbe contre le» Russes, q[ai pilleDt et violent d'une manière si effrénée, qu'on désirait l'arrivée des Français pour tes délivrer de ces singuliers allies.
Le maréchal Davout, avec son corps d'armée, a pris position entre Ried et Haa^. Tous les autres corps d'année sont en grand mouvement, mais le temps est affreux : il est to nbé uo demi-pied de neige; ce qui a rendu les chemins détestables.
Le ministre seerétaire- d'état Marei a joint l'Empereur à Braunau.
L électeur de Bavière est de retour à Munich ; il a été reçu avec le plus grand enthousiasme par le peui)1e de sa capitale.
Plusieurs malles ae Vienne ont été in terceptées : les lettres les plus récentes étaient du 18 octobre. On commençait à y avoir des nouvelles de l'affaire de Wertingen : elles y avaient répandu la eonsternation. Les vivres y étaient d'une cherté à laquelle on ne pouvait atteindre. La famin3 menaçait Vienne. Cependant la récolte a été abondante; mais la dépréciation du papier-monnaie et des assignats , qui perdaient plus de 40 pour cent, avaient
Sorte tout au plus haut prix. Le sentiment e la chute du papier-monnaie autrichien était dans tous les esprits.
Le cultivateur ne voulait plus échanger ses denrées contre un papier de nulle valeur. Il n'est pas un homme en Allemagne qui ne considère les Anglais comme les auteurs de la guerre , et les empereurs François et Alexanilre comme victimes de leurs intrigues, il n'est personne qui ne dise : Il n y aura point ae paix tant que les oligarques gouverneront TAngleterre, et les oligarques gouverneront tant que Georges respirera. Aussi le règne du prince de Galles est-il désiré comme le terme de celui des oligarques , qui , dans tous les
Kays, sont égoïstes et insensibles aux maleurs du monde.
L'empereur Alexandre était attendu à Vienne, mais il a pris un autre parti : on assure qu'il s'est rendu à Berlin.
danne attaqua au centré; el celle ÔA Général Duhesme à la droite. Ces diverwi attaques furent bien exécutées et heureusement conduites. Le village de Caldiero fut em])orté aux cris de vive CEmpereur ! et l'ennemi fut poursuivi jusque sur leé hauteurs.
A quatre heures et demie, le prince Charles fit avancer sa réserve, forte de vingt- quatre bataillons de- grenadiers et de plusieurs régiments. La bataille devint alors plus vive Les troupes de Sa Majesté déployèrent leur intrépidité ordinaire : la cavalerie chargea plusieurs fois , et toujours avec succès ; des bataillons de grenadiers de la réserve donnèrent en même temps, et la baïonnette décida du sort de la journée. L*ennemi avait fait jouer plus de trente pièces d'artillerie qui ffarni%saient ses retranchements. Malgré 1 acharnement de sa résistance , il a été culbuté et poursuivi jusqu'aux pieds des redoutes au-delà de Caldiero.
Nous avons fait trois mille cinq œntg prisonniers ; le champ de bataille est jonché d'Autrichiens ; le nombre de leurd morts et de leurs blessés égale au moins celui de leurs prisonniers. Le prince Char* les a fait demander une trêve pour enter^ rer les morts.
Notre perte est très peu considérable en comparaison de celle de l'ennemi.
I.e Maréchal général en chef applaudit à la valeur et au dévouement de Tannée ; il fera connaître particulièrement les belles actions qui ont signalé la journée , et mettra sous les yeux de S. M. l'Empereur et Roi les noms des braves à qui l'honneur en est dû.
TROISIÈME BULLETIN
DB L'ARllfiB d'ITALIB.
Au quartier -générai de faço, U B brumaire an XIV,
Après l'affaire du 7 , l'armée avait pris position à Vago , deux milles en deçà de <:aldiero. Le 8, à deux heures après midi, elle attaqua Tennemi sur toute la ligne. La division Molilor, formant la gauche, commença l'action ; celle du général Gar-
QUATRIÈME BULLETIN
DE L ARMÉE DITAUE.
Au quarlier-ifénéral de Mtmtebeiht ie ii brumaire an XIV,
Après la bataille du S , par l'effet de la position de l'armée en avant de Caldiero, et par suite des mouvements ordonnés le 7 à la division Seras , une colonne ennemie forte de cinq mille hommes commandés par un brigadier, fut séparée du corps du général Rosemberg , et se trouva coupée de manière à ne pouvoir redescendre dans les vallées ni rejoindre son armée. Le général en chef, instruit qu'elle s^élait portée le 10 sur les hauteurs de Saint- Léonard, envoya un de ses aides-de-camp pour la sommer de mettre bas les armes, l/oflicier général Hir.ingcr, qui a commandait, s apercevant qu'il n'avait pas de troupes devant lui, manifesta Tinten* tention de combattre.
LTMPIRE.
Le 2i« régiment d'infanterie légère, conduit par son colonel Gogaet, eut ordre de se porter de suite en avant de Yéronette; l'ennemi fit un mouvement sur lui, et le força de prendre position sous le château de San-Felice. Le général en chef se porta bientôt sur les lieux, et fit marcher quatre bataillons de grenadiers pour cerner entièrement Tennemi; le général Charpentier, chef de rétal-major, chargé de ces dispositions, les exécuta avec précision de concert avec le général Solignac.
Il fut fait alors une nouvelle sommation à Tenneini, qui sentit qu'il fallait se résoudre à mettre bas les armes. Une capi* (ulation signée par Tofficier général commandant la colonne ennemie, et par le général Solignac, nous a livré cinq mule prisonniers avec armes et bagages , soixante-dix officiers , un brigadier, un major, un colonel, quatre-vingts chevaux, etc., etc.
Le prince Charles, de son côté, voyant qu'une colonne de son armée avait été coupée, et craignant d'être tourné dans sa position, s'occupa d effectuer sa retraite. On fut instruit qu'il avait fait quelques mouvements dans la nuit : dès la pointe du jour, de fortes reconnaissances furent poussées sur la ligne; la division des chasseurs à cheval, commandée par le général Espaffne, et les voltigeurs de la division Gardanne, se mirent à la poursuite des Autrichiens, qui furent harcelés toute la journée , et auxquels on fit six cents prisonniers.
Nous occupons aujourd'hui Montebello; demain l'armée continue sa marche.
SEIZIÈME BULLETIN
th Riêd, U il brumaire an XIV.
Le prince Murât a continué sa marche en poursuivant l'ennemi l'épée dans les reins, et est arrivé le 9 en avant de Lambach. Les généraux autrichiens, voyant que leurs troupes ne pouvaient plus tenir, ont fait avancer huit bataillons russes pour protéger leur retraite. Le 17« régiment a infanterie de ligne, le l"" de chasseurs et le 8* de dragons chargèrent les Russes avec impétuosité, et, après une vive fusillade, les mirent en désordre et les menèrent jusqu'à Lambach. On a fait cinq cents prisonniers, parmi lesquels une centaine de
Le 10 au matin , le prince Murât mande que le général AValter, avec sa division de cavalerie, a pris possession de Wels; la division de dragons du général Beaumont, et la première division du corps d'armée du maréchal Davout, commandée par le
général Ihsson , ont pris position à Lamach ; le pont sur la Trann était coupé ; le maréchal Davout y a fait substituer un pont de bateaux. L'ennemi a voulu défendre la rive gauche ; le colonel Valterre, du 30' régiment, s'est jeté un des premiers dans un bateau et a passé la rivière. Le général Bisson, faisant ses dispositions de passage, a reçu une balle dans le bras.
Une autre division du corps du maréchal Davout est en avant de Lambach sur le chemin de Steyer ; le reste de son corps d'armée est sur les hauteurs de Lambacn.
Le maréchal Soult arrivera ce soir à Wels.
Le maréchal Lannes arrivera ce soir à Lintz.
Le général Marmont est en marche pour tourner la position de la rivière de l'Enns.
Le prince Murât se loue du colonel Conroux, commandant du 17* régiment d'infanterie de ligne; les troupes ne sauraient montrer dans aucune circonstance plus d'impétuosité et de courage
Au moment de son arrivée à Salzbonrff, le maréchal Bernadette avait détaché le général Kellermannà la tète de son avantn garde, pour poursuivre une colonne ennemie qui se retirait sur le chemin de la Carinthie. Elle s'était mise à couvert derrière le fort de Passling, dans le défilé de Colling. Quelque forte que fût sa position, les carabiniers du ^7« régiment ainfanterie légère l'attaquèrent avec impétuosité. Le général Werié fit tourner le fort par le capitaine Campobane, par des chemins presque impraticables. Cinq cents hommes, dont trois officiers, ont été faits prisonniers. La colonne ennemie, forte ae trois mille hommes, a été éparpillée dans- les sommités. On y a trouvé une si grande quantité d'armes, qu'on espère ramasser eucore beaucoup de prisonniers. Le général Kellermann donne des éloges à la conduite du chef de bataillon Barbès-Latour. Le générai Werlé a eu son habit criblé de balles.
Nos avant-postes mandent de Wels que l'empereur d'Allemagne y est arrivé le 25 octoore; qu'il y a apprisle sort de son armée d'Ulm, et qu'il s est convaincu par ses gropres yeux des ravages affreux que les lusses font partout, et de l'extrême mécontentement de ses peuples. On assure qu'il est retourné à Vienne sans descendre de voiture.
La terre est couverte de neige; les pluies ont cessé ; le froid a pris le dessus ; il est assez vif; ce n'est pas un commencement de novembre, mais un mois de janvier. Ce temps plus sec a l'avantage d'être plus sain et plus favorable à la marche.
BULLETINS DE LAl GRANDE-ARMÉE.
DIX-SEPTIÈME BULLETIN
Il est arrivé aujotirdlitiî plasieurs désertears russes.
lambaeh, U 2 brwmair» an XIV,
Aujourd'hui 12, le maréchal Davout a ses avant-postes près de Steyer. Le général Milhau<l, avec la réserve de cavalerie aux ordres du prince Murât, est entré à Lintz le iO. Le maréchal Lannes y est arrivé le 12 avec son corps d'armée. On a trouvé à Lintz des magasins considérables dont on n*a pas encore l'inventaire, beaucoup de malades dans les hôpitaux, parmi lesquels une centaine de Russes. On a fait des prisonniers, dont cinquante Russes.
Au combat de Lambacn, il s'est trouvé deux pièces de canon russes parmi celles qui ont été prises. Un général russe et un colonel de hussards autrichiens ont été tués.
La blessure que le général Bisson, commandant la première division du corps d^armée du maréchal Davout . a reçue au bras, est assez sérieuse pour i empêcher de servir tout le reste de la campagne. Il n'y a cependant aucun danger. L'Empereur a donné au général Cafarelli le commandement de cette division.
Depuis le passage de Tlnn, on a Tait quinze à dix-huit cents prisonniers, tant Autrichiens que Russes, sans y comprendre les malades.
Le corps d'armée du général >f arment est parti de Lambaeh le 1*2, à midi.
L'Empereur a établi son quartier -général à Lambaeh, où Ton croit qu'il passera la nuit du l!2.
La saison continue à être rigoureuse ; la terre est couverte de neige; le temps est très froid.
On a trouvé à Lambaeh des magasins de sel pour plusieurs millions. On a trouvé dans la caisse de Lintz plusieurs centaines de milliers de florins.
Les Russes ont tout dévasté à Wels, à Lambaeh et dans tous les villages environnants. Il y a des villages où ils ont tué huit ou dix paysans.
L'agitation et le désordre sont extrêmes à Vienne. On dit que l'empereur d'Autriche est établi au couvent des Iténédictins de Molk. il parait que le reste du mois de novembre verra des événements majeurs et d'une grande importance.
M Lezay, ministre de France à Salzbourg, a eu une audience de l'Empereur, au moment où Sa Majesté partait de Braunau. U n'avait pas cessé jusqu'alors de résider à Salzbourg.
On n'a |)oint de nouvelles de M. de Larochefoucaukl ; on le croit toujours à Vienne. Au moment où 1 armée autrichienne passa rinn, il demanda des passeports quon lui refusa.
CINQUIÈME BULLETIN HE l'armée d'italie.
Dv 14 brumaire.
Après quelques heures de repos à Mootebeilo, l'armée poursuivit l'ennemi sur Vicence. Les portes de la ville avaient été murées; on le somma de l'évacuer; sa réponse fut négative. Un s'intiment d!humanité avait dicté la sommation du général en chef; il fallut bien forcer le passage, et diriger du canon et des obusiers contre les portes , et malheureusement contre la ville même. Nous y entrâmes à *la pointe du jour. La précipitation avec laquelle la retraite de I ennemi s opéra lui nt abandonner mille blessés, jet laisser quelques restes de magasins à notre disposition.
Dans la journée, nous lui avons fait huit cents prisonniers.
Les Autrichiens s'étaient retirés par le chemin de Bassano. L'armée les y suivit, et entama continuellement leur arrière-
garde. A l'embranchement des routes de lassano et de Treviso, ils se dirigèrent vers cette dernière ville, en brûlant derrière eux le pont qui se trouve sur le torrent près de La Palu. Arrivés au village de Saint-Pierre in i,u, nous le trouvâmes occupé par un corps de troupes qui fut chargé vigoureusement. Le village fut enlevé après un combat qui nous valut encore six cents prisonniers et une pièce de canon.
Nous marchâmes vers la Brenta. L'avantgarde arriva au moment où l'ennemi tentait de détruire le pont. U s engagea d'une rive à l'autre une forte canonnade que la nuit seule fit cesser.
L'armée bivouaqua sur la rive droite.
A ({uatre heures du matin, je fis passer à gué plusieurs régiments de cavalerie avec les voltigeurs en croupe , pendant qu'on réparait le ponL L'armée défila bientôt, et nous arrivâmes à Citadeila assez à temps pour enlever les derniers postes de l'ennemi. A cinq heures du soir, nous entrions dans Castelfranco , et nos chasseurs occupaient déjà en avant Salratrunda et Albaredo. Le général en chef sentit la nécessité d'aceorder quelques heures aux besoins de l'armée.
Dans notre marche depuis Montebello, nous avons fait plus de dix-huit cents prisonniers.
La division de droite s'est dirigée sur Padoue, où elle arrive aujourdhui; celle de gauche s'est portée par les setie cam»
L1IIFII1.
muni snr Basatn», qv'elle oocapora demain.
L'armée marche vers la Piave.
DEL-HOITIÈME BULLETIN.
Lintx, U 14 vmiémiairê an XIV,
Le prince Murât ne perd pas Fennemi de vue. L'ennemi avait iaissé dans Ebersberg trois ou quatre cents hommes pour retarder le passade de la Traun ; mais les dragons du général Walter se jetèrest dans des bateaux, et, sous la protection de lartillerie, attaquèrent avec impétuo* site la ville. Le lieutenant Villaudet, du iS*" régiment de dragons, a passé le premier dans une petite barque.
Le général Walter, après avoir passé le pont sur la Triun, se porta sur Ënns. La brigaiie du général Milhaud rencontra Tenuemi au village d'Asten , le culbuta, le poursuivit jusque dans Enns. et lui fit deux cents prisonniers, dont cinquante hussards russes. Vingt hussards russes ontélé tués. ' L'arrière-garde des troupes autrichiennes , soutenue par la cavalerie russe, a éié partout culbutée : ni l'une ni l'autre nont tenu à aucune charge. Les âs* et IG* de chasseurs et leurs colonels, La^ taur-^Maubourg et Durosnel, ont montré la plus grande intrépidité. L*aide^de*camp du prince Murât, Flahault, a eu une balle dans le bras.
Dans la journi^du 13, nous avons {^assé TËnns, et aujourd'hui le prince Murât est à la poursuite de Tennemi. Le maréchal Davout est arrivé le lâ à Steyer - le i3, dans la journée, il s'est empare de la ville, et a fait deux cents prisonniers : Tennemi paraissait vouloir s y défendre. La division de dragons du général Beaumont a soutenu sa réputation. L'aide-decamp du général Beaumont a été tué. L'un et l'autre des ponts sur i'Enns sont parfaitement rétablis.
Au combat de Lambach, le colonel autrichien de Graffen et le colonel russe Koloffkin ont été tués*
L'empereur d'Autriche , arrivé à Linlz, a reçu des plaintes de la régence sur la mauvaise conduite des Russes, qui ne se sont pas contentés de piller, mais encore ont assommé à coups de bâton les paysans ; ce oui avait rendu déserts un grand nombre de villages. L'Empereur a paru très affligé de ces excès , et a dit qu'il ne pouvait répondre des troupes russes' comme des siennes; qu'il fallait souffrir
Kaliemment; ce qui na pas consolé les abitauts.
On a trouvé à Lintz beaucoup de magasins , et une grande quantité de draps
et de capotes dans les manu&etavea impériales.
Le général Deroi , à la tète d'un corps de Bavarois, a rencontré à Levers l'avantgarde d'une colonne de cinq régiments autrichiens venant d Italie, l'a empiétement battue, lui a fait quatre cents pri* sonniers et pris trois pièces de canon. Les Bavarois se sont battus avec la plus grande opiniâtreté et avec une extrême braivoure* Le général Deroi lui-même a été blette d'un coup de pistolet.
Ces petits combats donnent Uea à ift grand nombre de traits de courage de k part des officiers particuliers. Le Maiof général n'occupe d une relation détaiuée où chacun aura la part de gloire qu'aura méritée son courage.
L'ËuDS peut être eontidéré comme la dernière ligne qui défend les approcbes de Vienne. On prétend que l'ennemi veut tenir et se retrancher derrière les hauteurs de Saint-Hippolyte, à dix lieues de Vienae* Notre avant-garde y sera demain.
DIX-NEUVIÈME BULLETIN
LifUt, le \% knuMdrê M Xtf.
Le combat de Levers a été très bril»
tant pour les Bavarois. Les Autrichiens occupaient au-delà de Lovers un défilé presque inaccessible, flanqué à droite elà gauche par des montagnes à pic. Le couronnement était couvert de chasseurs tyroliens qui en connaissent tout les sestiers ; trois forts en maçonnerier fermant les montagnes, en rendent l'accès presque impossible. Après une vive résistance, les Bavarois culbutèrent tout, firent six cents prisonniers, prirent deux pièces de canon, et s'emparèrent de tous les forts. Mais a l'attaque du dernier, le lieutenant-général Deroi, commandant en chef farmée bavaroise, fut blessé d'un coup de pistolet. Les Bavarois ont eu douze officiers tués ou blessés, cinquante soldats tués et deux cent cinquante blessés. La conduite du lieutenant-général Deroi mérite les plus grands éloges : c'est un vieil officier pU»i d'honneur, extrêmement attaché à l'Ëleoteur, dont il est l'ami.
Tous les moments ont été teUemeit occupés, que l'Empereur n'a pu enoore pas* ser en revue l'armée bavaroise , ni connaître les braves oui la composent.
Le prince Murât, après la prise d'Ewit, poursuivit de nouveau l'ennemi. L'armée russe avait pris position sur les hauteurs d'Amstetten; le prince Murât l'a attaquée avec les grenadiers du ^néral Oudinot ; le combat a été assez opiniâtre. Les Ruasses ont été dépostéa de toutes leurs
tMM, eni Iftisaé ipatre oenls morte sur \e champ de bataille et quinze cents prison^ nier«. Le prince Murât se loue particulièment du général Oudinot; son aidenlecamp Lagrange a été blessé.
Le maréchal Davoat, au passage de TEnns h Steyer , se loue spécialement de la conduite du général Heudelet, qui commande son avant-garde. Il a continué sa marche, et s'est porté à Wabidoffen.
Toutes les lettres interceptées portent que les meubles de la cour sont deià embarqués sur le Damit)e, et qu'on s attend à Vienne à la prochaine arrivée des Fran< çais.
VINGTIÈME BULLETIN
LifUx, le 16 bruPMire an XIV.
Le combat d*Àmstetten a fait beaucoup d*honnenr à la cavalerie, ot particulièrementaux 9« et 10* régiments de hussards, et aux grenadiers de la division du gêné rai Oudinot
Les Russes ont depuis accéléré leur retraite; ils ont en vain coupé les ponts sur rips, qui ont été promptement rétablis, et le prince Murât est arrivé jusqu'auprès de 1 abbaye de Molk.
Une reconnaissance s'est portée sur la Bohè.ne. Nous avons pris lies magasins t. es considérables, soit à Ffeystadt, soit à Matihausen.
Le maréchal Mortier, avec un corps d'armée, manœuvre sur la rive gauche du Danube
Une députation du Sénat vient d'arriver à Lintx. L'électeur de Bavière y est attendu dans deux heures.
Linttj h 17 brumaire an XIY,
L'électeur de Bavière et le prince électoral sont arrivés hier soir à Lintz. Le lieutenant-général comte de Giulay, envoyé par l'empereur d'Aufriche, y est arrivé dans la nuit. Il a eu une très longue conférence avec l'Empereur. On ignore l'oblet de sa mission.
On a fait an combat d'Amslellen dixhuit cents prisonniers, dont sept cents Russes.
Le prince Murât a établi son quartiergénéral à l'abbave de Molk. Ses avantpostes sont sur Saint-Poiten (Saint-Hippolyte).
Dans la journée du 17, le général Marniont s'est dirigé sur Léoben Arrivé à >Vcyer, il a rencontré le réjçiraent de Giulay, l'a chargé et lui a fait quatre cents prisonniers , dont un colonel et plusieurs officiers. Il ft poursuivi sa route. Toutes
leseolomies de Farmée iont eh gnmde mancBUvre.
VINGT-UNIÉME BULLETIN
Moik, iê 19 brumaire an Xif.
Le 46 brumaire, le corps d'armée dt maréchal Davout se dirigea de Steyer Mr Nardhoffen, Marienzell et IJlienfiid. Pdf ce mouvement, il dé!îordait entièrement la gauche de l'armée ennemie, qu'on sup* posait devoir tenir sur les hauteurs de Saint-Hippolvte; et de Lilienfeld il se dirigeait sur Vienne par un grand cheaiin de roulage qui y conduit directement.
Le 17, l'avant ççarde de ce maréchal étant encore à plusieurs lieues de Marienzell, rencontra le corps du général >ieef*" feld, qui marchait pour se porter sur Neudsladt et couvrir Vienne de ce eftté. Le général de brigade Heudelet, comman^ dant l'avant garde du maréchal Davout , attaqua l'ennemi avec la plus grande vipieur, le m t en déroule, et le poursuivit Tespace de cinq lieues.
Le résultat de ce combat de Harien^eU a été la prise de irois drapeaux, de seize pièces (le canon , et de quatre mille prisonni«T3 , parmi lesquels se trouvent les colonels des régiments Joseph de CoUorêdo et Deutschmeisler, et cinq majors.
Le \'^'' régiment d'infanterie légère et le 108" régiment de ligne se sont parfaitement comportés.
Le 18 au matin, le prince Murât est arrivé a Saint Hippolyte. 11 a dirigé le gé^ néral de brigade de dragons Sébastiani sur Vienne. Toute la cour et les grands sont partis de cette capitale. On avait déjà annoncé aux avant-postes que TEnw pereur se préparait à quitter Vienne.
L'armée russe a effectué sa retraite à Krems en repassant le Danttbe, craignant sans doute de voir ses communicaliotis avec la Moravie coupées par le mouvement qu'a fait le maréchal Mortier sur la rive gauche du Danube.
Le général Alarmont doit avoir dépassé Léoben.
L'abbaye de Molk , où est logé l'Empereur, est une des plus belles de 1 Europe. Il n'y a en France ni en Italie aucun couvent ni abbaye qu'on puisse lui comparer. Elle est dans une position forte et domine le Danube. C'était un des principaux postes des Romains, qui s'appelait la Maison de fer , bâtie par l'empereur Commode.
Les caves et les celliers de Tabbaye se sont trouvés remplis de très bon vin de Hongrie, ce qui a été d'un très grand se* cours à l'armée, qui depuis longtemps en
8eo
manquait : mais mms voilà dans le pays da vin ; il y en a beaucoup dans' les environs de Vienne.
L'Empereur a ordonné qu'on mit une sauvegarde particulière au château de Lustcmoss , petite maison de campagne de l'empereur d'Autriche , qui se trouve sur la rive gauche du Danube.
Les avenues de Vienne, de ce côté, ne ressemblent pas aux avenues des grandes capitales. De Lintz à Vienne il n'y a qu une seule chaussée ; un grand nombre de rivières, telles que l'ips , l'Ëslaph , la Molk, la Trasen, etc., n ont que de mauvais ponts en bois. Le pays est couvert de forêts de sa])ins ; à chaque pas des positions inexpugnables où Tennemi a en vain essayé de tenir. Il a toujours eu à craindre de se voir débordé et tourné par les colonnes qui manœuvraient au-delà de ses flancs.
Depuis rinn jusqu'ici le Danube est superbe; ses points de vue sont pittoresques; sa navigation, en descendant, rapide et facile.
Toutes les lettres interceptées ne parlent que de Teffroyable chaos dont Vienne offre le spectacle. La guerre a été entreprise par le cabinet autrichien contre l'avis de tous les princes de la famille impériale. Mais CoUoredo , mené par sa femme qui , Française, porte à sa patrie la haine la plus envenimée; Cobentzel, accoutumé à trembler au seul nom d'un Russe, dans la persuasion que tout doit fléchir devant eux, et chez qui d'ailleurs il est impossible que les agents de l'Angleterre aient trçuvé moyen de s'introduire , et enfin ce misérable Mack, qui avait déjà joué un si grand rôle pour le renouvellement de la seconde coalition : voilà les influences qui ont été plus fortes que celles de tous les hommes sages et de tous les membres de la famille impériale.
Il n'est pasjusqu'au dernier bourgeois, au dernier officier subalterne qui ne sente que cette guerre nest avantageuse que pour les Anglais ; que Ton ne s'est battu que pour eux; qu'As sont les artisans du malheur de l'Europe, comme, par leur monopole, ils sont les auteurs de la cherté excessive des denrées.
SIXIÈME BULLETIN
DB l'armés D'ITALIE.
Au quartier-général de PatiinanOf le sa brumaire an XÊY.
L'armée, dans sa marche sur la Piave, n'a rencontré que de faibles obstacles. De la Piave au Tagliamento , elle a vu fuir
devant elle quelques corps de cavalerie « qui semblaient 1 observer, mais dont la retraite était calculée de manière à éviter tout engagiement.
C'est au Tagliamento que l'ennemi pa* rut vouloir nous attendre. Il avait réuni sur la rive gauche six régiments de cavalerie et quatre régiments d'infanterie, et sa contenance faisait présumer qu'il défendrait vivement le passage. Le général en chef n'avait eu d'abord que le dessein de faire reconnaître la position par de la cavalerie. Le général Espagne, commandant la division des classeurs à cheval, les dragons aux ordres du général Mermet, et les cuirassiers aux ordres du général Pully, s'étaient portés sur le fleuve, tandis que les divisions Duhesme et Seras marchaient sur Saint-Vilto, celles des généraux Molitor et Gardanne se dirigeaient sur Valvasone.
Le général Espagne avait reçu Tordre de pousser des reconnaissances : le 21 , à six heures du matin , un escadron qa*il avait fait passer fut chargé par un régiment de cavalerie autrichienne. Il soutint l'attaque avec intrépidité, et donna le temps au général Espagne de se porter au-devant de l'ennemi, qui bientôt fut repoussé cl mis en fuite. Notre artillerie cependant s'élant mise en position . la canonnade commença d'une rive à l'autre ; elle fut très vive, et se prolon^ toute la journée. L'ennemi avait place trente pièces de canon derrière une digue; nous n'en avions que dix-huit, et nos artilleurs conservèrent leur supériorité ordinaire.
Les divisions d'infanterie arrivèrent vers le soir. Le général en chef , satisfait des avantages qu*il avait obtenus , et qui lui en assuraient de nouveaux, ne voulut pas de suite effectuer le passage; il se contenta de faire ses dispositions pour ]r lendemain, persuadé qu'il pourrait porter des coups plus décisifs. Les divisions étaient réunies aux points indiqués à Saint Vilto et à Valvasone : c'est sur ces deux points qu'elles devaient passer le fleuve , tourner et couper l'ennemi. Le prince Charles craignit sans doute l'exécution de ce plan; il ne jugea pas devoir attendre le jour dans sa position , et dès minuit il était en retraite sur le chemin de Palma-Nova. L'armée passa le Tadiamenlo avec le regret de n'avoir plus aennemis à combattre ; et ce fut alors qu'elle connut mieux encore tous les résultats de la journée de la veille La rive gauche du fleuve était couverte d'hommes et de chevaux qui avaient péri par Teffel de notre artillerie. L'armée continue sa marche; l'espoir de rencontrer et de combattre l'ennemi ajoute à son impatiente ardeur. Elle apprend tout ce que fait la Grande-Armée, et le désir de seconder ses mouve-
BULLETINS DB LA GRANDE-AaMÉE.
ments, et de répiondre à la confiance ae l'Empereur, l'agite et Taignillonne sans cesse.
L'avant-garde enlève chaque jour des prisonniers qui vont grossir le nombre de ceux que nous avons déjà faits. Le temps est constamment favorable; on travaille à réparer les ponts de la Piave et du Tagliamento.
VINGT-DEUXIÈME BULLETIN
A Saint-Folten, h S2 brumaire an IIV,
Le maréchal Davout a poursuivi ses succès. Tout le corps de Heereld est détruit. Ce général s*esl sauvé avec une centaine de hulans.
Le général Marmont est à Léoben. Il y a fait cent hommes de cavalerie prisonniers.
Le prince Murât était depuis trois jours à une demi-lieue de Vienne. Toutes les troupes autrichiennes avaient évacué cette ville. La garde nationale y faisait le service; elle était animée d'un très bon esprit.
Aujourd'hui, le 22 brumaire, les troupes rrançaises ont fait leur entrée dans cette capitale.
Les Russes se sont refusés à toutes les tentatives que Ton a faites pour les engager à livrer bataille sur les hauteurs de Saint-Pollen (Saint-Uippolyle). Ils ont passé le Danube à Krems, et, aussitôt après leur passage, brûlé le pont, qui était très beau.
Le 20, à la pointe du jour, le maréchal Mortier, à la tète de six bataillons, s'est porté sur Stein; il croyait y trouver une arrière-garde; mais toute l'armée russe y était encore, ses bagages n'ayant pas nie; alors s'est engagé le combat ueDiernstein, à jamais mémorable dans les annales militaires. i>epuis six heures du malin jusqu à quatre heures de l'aprèsmidi, ces quatre mille braves firent lèle à l'armée russe, et mirent en déroule tout ce qui leur fut opifosé.
Maîtres du village ne Léoben , ils croyaient la journée finie; mais l'ennemi, irrilé d'avoir perdu dix drapeaux , six pièces de canon, neuf cents hommes f?ils prisonniers , et deux mille hommes tués, avait fait diriger deux colonnes par des gori;cs diificiles , pour tourner les Français. Aussitôt que le maréchal Mortier s'aperçut de cette manœuvre , il marcha droit aux troupes qui I avaient tourné, et se fit jour aux travers des lipes de l'ennemi, dans l'instant même ou le b* régiment d'infanterie légère et le 32* d'infanterie de ligne ayant chargé un autre corps
russe, avaient mis ce corps en déroute « après lui avoir pris deux drapeaux et quatre cents hommes.
Cette journée a été une journée de massacre. Des monceaux de cadavres couvraient un champ de bataille étroit; plus de quatre mille Russes ont été tués ou blessés : treize cents ont été faits prisonniers; parmi ces derniers se trouvent deux colonels.
De notre côté, la perte a été considérable. Le 4" et le 9« d'infanterie légère ont le plus souffert. Les colonels du 100* et du i05« ont été légèrement blessés. Le colonel Wattier, du 4* réffiment de dragons, a été tué. Sa Majesté 1 avait choisi pour un de ses écuyers. C'était un officier d'une grande valeur. Malgré les difficultés du terrain, il était parvenu à faire contre une colonne russe une charge très brillante , mais il fut atteint d'une balle , et trouva la mort dans la mêlée.
II paraît que les Russes se retirent à grandes journées.
L'empereur d'Allemagne, l'impératrice, le ministère et la cour, sont à Briin en Moravie. Tous les grands ont quitté Vienne. Toute la bourgeoisie y est restée. On attend à Brun l'empereur Alexandre, à son retour de Berlin.
Le général comte de Giulay a fait plusieurs voyages, porteur de lettres des empereurs de France et d'Allemagne. L*em- Sereur d'Allemagne se résoudra sans oute à la paix , lorsqu'il aura obtenu l'assentiment de l'empereur de Russie.
Fin atlendant. le mécontentement des peuples est exlrémc. On dit à Vienne , et dans toutes les provinces de la monarchie autrichienne, que Ton est mal gouverné ; que pour le seul intérêt de l'Angleterre, on a été entraîné dans une guerre injuste et désastreuse; que l'off a inondé l'Allemagne de barbares mille fois plus à craindre que tous les fléaux réunis ; que les finances sont dans le plus grand désordre; que la fortune publique et les fortunes particulières sont ruinées par l'existence d'un papier monnaie qui perd cinquante pour cent ; qu'on avait assez de maux à réparer , pour qu'on ne dût pas y ajouter encore tous les malheurs delà guerre.
I es Hongrois se plaignent d un gouvernement illibéral,' qui ne fait rien pour leur industrie, et se montre constamment jaloux de leurs privilèges et inquiet de leur esprit national.
En Hongrie comme en Autriche, à Vienne comme dans les autres villes , on est persuadé que l'empereur Napoléon a voulu la paix, qu'il est Tami de toutes les nations et de toutes les grandes idées.
Les Anglais sont les per|jéluels objets des imprécations de tous les sujets de l'empereur d'Allemagne, et de la haine la
vaumE.
ptas iHÛveneUe. N*eët-il pu temps eufin que les priiices écouteat la voix de leurs peuples, et qu'ils s*arractient à la iaUie influeDce de l'oli^cfate anglaise.
Depuis le passage de llnu , la Grande- Armée a fait, dans les différentes affaires d'avant -garde, et dans les diverses reneoBtres (|iii ont eu lieu, environ dix mille prisoauiers.
Si Tannée russe avait voulu aUejMire les Français, elle était perdue. Plusieurs corps d*armée la [îoursuivent vivement.
VINGT-TROISIÈME BULLETIN
Du cAâieau de Srhœnbrmm^ h S.3 in^maire an liV.
Au combat de Diemstein, oà quatre mille Français attaqués dans la journée du âO, par vin^ cinq ou treote mille* Russes , ont garde leur position, tué à l'en nemi trois à quatre mille liummes, enlevé des drapeaux et fait treize cents prisonniers, Ies4« et 9' régiments d'iiiianlerie légère, et les KM)* et 3-i* régime. Is d iafaoterie de ligne se sont couverts de gloire. Le général Gazan v a montré I eaucoup de valeur et de conauite. i es Busses, le leodemain du combat, ont évacué Krems et quitte Le Danube , en i ous laissant quinze cents de leurs prisonniers dans le
g us absolu dénuement. On a trouvé dans urs ambulances beaucoup d hommes qui avaient été blesses , et qui étaient morts dans la nuit.
l/intentioD des Russes paraissait 6tre d'attendre à Krems des reaforts , et de se maintenir sur le Danube.
^ Le combat de Diernstein a déconcerté leurs projets lis rmt vu, par ce qu'avaient f«it quatre mille Français, ce qui leur arriverait à forces égales.
Le maréchal Mortier s'est mis à leur poursuite; pendant que d'auttes corps ijCarmée passent le Danube sur le pont de Vieune pour les déborder par la droite, le corps du marécbal Bernadotle est en marebe pour les déborder par la gauche.
Hier 2i , à dix heures du matin , le prince Murât traversa Vienne. A la pointe du jour, une colonne de cavalerie s'est portée sur le pont du Danube, et a passé, «l>rès différents pourparlers avec des généraux autrichiens. Les artificiers ennemis, chargés de brûler le pont , l'essayèrent plusieurs fois, et ne pureni y réussir.
Le maréchal Lannes et le général Bertrand , aide-de-'Camp de 1 Empereur, ont passé le pont les premiers. Les troupes ne «e sont point arrêtées dans Vienne, et ont coniiEttie leur marche pour suivre leur direction.
Le prince Murât a établi sod quarliei* général dans la maison du duc Albert Le (tue Albert a fait beaucoup de bien à la ville. Plusieurs quartiers ipaiM|oaient d'eau, il eu a fait venir à ses frais, et a dépensé des sommes notables pour cet objet.
La maison d'Autricbe n'a pas d'aulro fonderie ni d'autre arsenal oue Vienne.
Les Aulrichiens n'ont pas eu le tamps (f^ vacuer au-delà du cinquième ou do quart de leur artillerie, et d un matériel coDsidérable. Nous avons des munitions poar faire quatre campagnes et renouveler quatre lois nos équipages d'artillerie, si nous les perdions. Nous avons aussi des approvisionnements de sîége pour armer un grand nombre de places.
L'ËmiKM'eur s'est éla li au palais d^ Scbœubrunn. Il s'est rendu au.ounl'hiù î N ienne à deux heures du matin. Il a passé le reste de la nuit à visiter les avaalposles sur la rive gaucbe-du Danube, ainsi que les positions, et à s'assurer si «e servie^' se faisait coavenablemeat. 11 était rentré à Schusub^unn à la petite poiala du jour
Le temps est devenu très beau. La
joiirnée est une des [>lus bellee de l'hiver,
i quoique froide. Le commerce et toutes les
I tiaiisaclioBs vont à Vienne comme a l'or-
I dinaire ; les habitants sont pleins de coa-
' fiance et très tranquilles chez eux. La po-
! pulatuH) de cette ville est de denx cent
: cinquante mille âmes. On UfO l'esUoie pas
diminuée de dix mi le personnes par l'ab-
sifice de la cour et des grands seigneurs.
L'Empereur a reçu à midi M. de V/Vrboa, qui se trouve à la tète de l'administratioo de toute l'Autriche.
Le corps u' armée du maréchal Soull a traversé Vienne aujourd'hui à neuf heures du matin. Celui du maréchal Davout la traverse en ce moment.
Le général Maimont a eu à Léoben différents petits avantages d'avant-postes.
L'armée bavaroise reçoit tous les jours un grand acTToissement.
L Empereur vient de faire à rEledeor de nouveaux présents, il lui a donné quinze mille fusils pris (km Larsenal de vienne, et lui a fait rendre toute l'artillerie que, dans différente^s circonstances, rAuii'iche avait prise dans les états de Bavière.
La ville de Kuffstein a capitulé entre les mains du colonel PompeL
Le général Miliiaud a poussé TenneiBi sur la route de Briin jusqu'à Voikersdorff. Aujourd'hui à midi il avait fait six cents prisonniers et pris un parc de quarauie pièoos de canon attelées.
Le maréchal Lannes eei arrivé à deux heures après midi à StokerMi. U y a trouvé un magasin immense d*habuiements, huit mille paires de soulien et de
bittiMs, et lift dnp pour fur» te capotes i lnote raroiée.
On a aussi arrêté sur ie Danube pluflieun bateaux qui desoeodaient le fleuve, al <|iU étaient ohargés d'artillerie , de cm el d'effet» d'habillement.