‹ Bibliotheque militaire (volume 2)Chapitre 185 sur 205 · L-SMFniB · texte numérisé non relu

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et les [cuirassiers saions éUient en réserve derrière le centre.

Cependant Tennemi avait déployé toute son armée. U déployait sa gaucne à la ville de Friedlana, et sa droite se prolongeait à une lieue et demie.

L'Empereur, après avoir reconnu la position, décida d'enlever suMe-champ la ville derriedland, en faisant brusquement un changement de front, la droite en avant, et fit commencer l'attaque par Textrémité de sa droite.

A cinq heures et demie, le maréchal Ney se mit en mouvement ; quelques salves d*une batterie de vingt pièces de canon furent le signal. Au même moment, la division du maréchal Marchand avança, l'arme au bras, sur l'ennemi, prenant sa direction sur le clocher de la ville. La division du général Bisson le soutenait sur la gauche. Du moment où Tennemi s'aperçut que le maréchal Ney avait quitte le bois, où sa droite était d'abord en position, il le fit déborder par des régiments de cavalerie, précédés d'une nuée de Cosaques. La division de draip>ns du général Latour-Maubourg se forma sur-lechamp au galop sur la droite, et repoussa^ la charge ennemie. Cependant le général Victor fît placer une natterie de trente pièces de canon en avant de son centre ; le général Sennarmont, qui la commandait, se porta à plus de quatre cents pas en avant, et fit éprouver une horrible perte à l'ennemi. Les différentes démonstrations que les Russes voulurent faire pour opérer une diversion, furent inutiles. Le maréchal Ney, avec un sang-froid et avec celte intrépidité qui lui est particulière, était en avant de ses échelons, dirigeait luimême les plus petits détails, et donnait l'exemple a un corps d'armée qui toujours s est fait distinguer, même parmi les corps de la Grande-Armée. Plusieurs colonnes d'infanterie ennemie, qui attaquaient la droite du maréchal Ney, furent chargées à la baïonnette et précipitées dans l'Aile, plusieurs milliers d hommes y trouvèrent la mort; quelques-uns échappèrent à la nage. La gauche du maréchal Ney arriva sur ces entrefaites au ravin qui entoure la ville de Friediand. L'ennemi, qui y avait embusqué la garde impériale russe à pied et a cheval, déboucha avec intrépidité, et fit une charge sur la gauche du maréchal Ney, qui fut un moment ébranlée; mais la division Dupont, qui formait la droite de la réserve, marcha sur la garde impériale, la culbuta, et en fit un horrible carnage.

L'ennemi tira de ses réserves et de son centre d'autres corps pour défendre Friediand. Vains efforts I Friediand fut forcé et ses rues jonchées de morts.

Le centre que commandait le maréchal

Lannea. se traita dans oe nowni es* oagé. L effort que l'ennemi avait fait sur 1 extrémité de la droite de rarmée française ayant échoué, il voulut essayer un semblable effort sur le centre. Il y fut reçu comme on devait l'attendre des braves divisions Oudinot et Verdier, et du maréchal qui les commandait.

Les diarges d'infanterie et de cavalerie ne purent bas retarder la marche de nos colonnes. Tous les efforts de la bravoure des Russes furent inutiles. Ils ne purent rien entamer, et vinrent trouver la mort sur nos baïonnettes.

Le maréchal Mortier, qui, pendant toute la journée, fit preuve de sang-froid el d'intrépidité, en maintenant la gauche, marcha alors en avant, et fut soutenu par les fusiliers de la garde, que commandait le général Sayary. Cavalerie, infanterie, artillerie, tout fe monde s'est distingué.

La garde impériale à pied et à dievai , et deux divisions de la réserve du premier corps, n'ont pas été engagées. La victoire n'a pas hésUé un seul instant. Le champ de bataille est un des plus horribles qu'on puisse voir. Ce n'est pas exagérer que de porter le nombre des morts du côté des Russes de quinze à dix-huit mille hommes. Du côte des Français, la perte ne se monte pas à cinq cents morts, ni à plus de trois mille blessés. Nous avons pris quatre-vingts pièces de canon et une grande quantité de caissons. Plusieurs drapeaux sont restés en notre pouvoir.

Les Russes ont eu vingt-cinq généraux tués, pris ou blessés. Leur cavalerie a fait des pertes immenses.

Les carabiniers et les cuirassiers, cobh mandés par le eénéral Nansouty, et les différentes divisions de dragons, se sont fait remarquer. Le général Gronchy, qui commandait la cavalerie de l'aile gaocae, a rendu des services importants.

Le général Drouet, chef de l'état-majOT du corps d'armée du maréchal Lannes ; le général Cohorn ; le colonel Begnaud, du 15* de ligne; le colonel Lajonquière, du 60" de ligne ; le colonel Lamotte, du 4* de dragons, et le général de brigade Brun, ont été blessés. Le général de division Latour-llaubourg l'a été à la main. Le colonel d'artillene Destoorneaux^ et le chef d'escadron Ilutin, premier aide-decamp du général Oudinot, ont été tués. Les aides-de-camp de l'Empereur, Mouton et Lacoste, ont été légèrement blessés.

La nuit n'a point empêché de poursuivre l'ennemi ; on la suivi jusqu'à onie heures du soir. Le reste de la nuit, les colonnes qui avaient été coupées ont essayé de passer l'Aile à plusieurs gués. Partout, le lendemain, à plusieurs lieuee, nous

BULLETINS DE LA 6RANDE-AEMÉE.

avons troavé des caissons, des canons et des Yoilares perdus dans la rivière.

La bataille de Friedland est digne d'être mise à cMé de celles de Marengo, d'Ansterlitz etd'Iéna. L'ennemi était nombreux, avait une belle et fbrte cavalerie, et s'est battu avec courage.

Le lendemain 15, pendant que l'ennemi essayait de se rallier, et faisait sa retraita sur la rive droite de l'Aile, l'armée française continuait sur la rive gauche ses manœuvres pour le couper de Kœnigsberg. . ^

Les tètes des colonnes sont arrivées ensemble à l\rehlau. ville située au confluent derAlleetdelaPr^eL

L'Empereur avait son quartier-général au village de Paterswalde.

Le 16, à la pointe du jour, l'ennemi ayant coupé tous les ponts , mit à profit cet obstacle i)our continuer son mouvement rétrograde sur la Russie.

A huit heures du matin. l'Empereur fit jeter un pont sur la Prégel, et l'armée s'y mit en position.

Presque tous les magasins que l'ennemi avait sur l'Aile ont été par lui jetés à l'eau ou brûlés : par ce qui nous reste on peut connaître les pertes immenses qu'il a faites. Partout dans les villages les Russes avaient des magasins, et partout, en passant, il les ont incendiés. Nous avons cependant trouvé à Wehlau plus de six mille quintaux de blé.

A la nouvelle de la victoire de Friedland, Kœnigsberg a été abandonné. Le maréchal Sonlt est entré dans cette place, où nous avons trouvé des richesses immenses, plusieurs centaines de milliers de quintaux de blé, plus de vingt mille blessés Russes et Prussiens, tout ce que l'Anfeterre a envoyé de munitions de (guerre la Russie, entre autres cent soixante mille fusils encore embarques. Ainsi la Providence a puni ceux qui, au lieu do négocier de bonne foi pour arriver à l'œuvre salutaire de la paix, s'en sont fait un jeu, prenant pour faiblesse et pour impuissance la tranquillité du vainqueur.

L'armée occupe fci le plus beau pays possible. Les bords de la Prcgcl sont riches. Dans peu les magasins et les caves de Danlzig et de Kœnigsberg vont nous apporter de nouveaux moyens d'abondance et de santé.

Les noms des braves qui se sont distingués, les détails de ce que chaque corps a fait, passent les bornes d'un simple bulletin , et l'état-major s'occupe de réunir tous les faits.

Le prince de Neuchâtel a, dans la bataille de Friedland , donné des preuves particulières de son zèle et de ses talents. Plusieurs fois il s'est trouvé au fort de la mêlée, et y a fait des dispositions utiles.

L'ennemi avait recommencé les hostilités le 5. On peut évaluer la perte qu'il a éprouvée en dix jours, et par suite de ses opérations, à soixante mille hommes pris, blessa, tués ou hors de combat. Il a perdu une partie de son artillerie, presque toutes ses munitions, et tous ses magasins sur une ligne de plus de quarante eues. Les armées françaises ont rarement obtenu de si grands succès avec moins de perte.

QUATRE-VINGTIÈME BULLETIN

TUêUt, U 19/iiiti.

Pendant le temps que les armées françaises se signalaient sur le champ de bataille de Friedland, le grand-duc de Berg, arrivé devant Kœnigsberg, prenait en flanc le corps d'armée du général Lestocq.

Le 15, le maréchal Soult trouva à Greutzbourg l'arrière -garde prussienne.

La division de dragons Milhaud exécuta une belle charge, culbuta la cavalerie prussienne, et enleva plusieurs pièces de canon.

Le li, l'ennemi fut obligé de s'enfermor dans la place de Kœnigsberg. Vers le milieu de la journée, deux colonnes ennemies coupées se présentèrent pour entrer dans la place. Six pièces de canon et trois ou quatre mille hommes qui composaient cette troupe furent pris. Tous les faubourgs de Kœnigsberg furent enlevés. On y nt un bon nombre de prisonniers.

En résumé, les résultats de toutes ces affaires sont quatre à cinq mille hommes et quinze pièces de canon.

Le lo et le 16, le corps d'armée du maréchal Sonlt fut contenu devant les retranchements de Kœnigsberg; mais la marche du gros de Tarmée sur Wehlau obligea renncmi à évacuer Kœnigsberg , et cette place tomba en notre pouvoir.

Ce qu'on a trouvé à Kœnigsberg en subsistances est immense. Deux cents gros bâtiments, venant de Russie, sont encore tout chargés dans le port. Il y a beaucoup plus de vins et d'eau-de-vie qu'on n était dans le cas de Tespérer.

Une brigade de la division Saint-Hilaire s'est portée devant Pillau pour en former le siège, et le général Rapp a fait partir de Dantzig une colonne chargée d'aller, par le Neiruug, établir devant Pillau une batterie qui ferme le Haff.

Des bâtiments montés par des marins de la garde nous rendent maîtres de cette petite mer.

Le 17. l'Empereur porta son quartiergénéral a la métairie de Drucken , près Klein-Schirau ; le 18, il le porta à Sgais-

L'UlPiBE.

Sirren ; le 49, à deux keares après midi, entra dans Tilsitt.

Le grand-duc de Berg, à la tèle de kt pins grande partie de la cavalerie lé^re» des divisions de dragons et de eairassiers, a mené battant lennemi ces trois jours derniers, et lui a fait beaucoup de mal. Le 5' régiment de hussards s'est distin- ^. Les Cosaques ont été culbutés pkh sieurs fois et ont beaucoup souffert dans ces différentes charges. Nous avoBS eu peu de tués et de blessés. Au nombre de ces derniers se trouve le chef d'escadron Piéton, aide-de-camp du grand-duc de Berg.

Après le passade de la Prégel, vis-à-vis Wehlau, un tambour fut chargé par un Cosaque et se jeta ventre à terre. Le Cosaque prend sa lance pour en percer le tambour ; mais celui-ci conserve toute sa présence d*espril, tire à lui la lance, désarme le Cosaque et le poursuit.

Un fait particulif^r, qui a excité le rire des soldats, a eu Heu pour la première fois vers Tilsitt ; on a vu une nuée de kalmoncks se battant à coups de flèches. Nous en sommes fâchés pour ceux qui donnent l'avantage aux armes anciennes sur les modernes ; mais rien n'est plus risible que le jeu de ces armes contre nos fusils.

Le maréchal Davout, à la tèle du troisième corps, a débouché par Labiau, est tombé sur Tarrière-garde ennemie, et lui a fait deux mille cinq cents prisonniers.

De son côté, le maréchal ^ey est arrivé le 17 à Intcrsbourg, y a pris un millier de blessés , et a enlevé à I ennemi des magasins assez considérables.

Les bois, les villages sont pleins de Russes isolés, ou blesses ou malades. Les pertes de l'armée russe sont énormes ; elle n'a ramené avec elle qu'une soixantaine lie pièces de canon. La rapidité des marches empêche de connaître encore toutes les pièces qu'en a prises à la bataille de Friedland; on croit que le nombre passera cent vingt.

A la hauteur de Tilsitt, les billets cijoints n*' 1 et II, ont été remis au grandduc de Berg, et par suite le prince russe lieutenant-général Labanoffapassé le Niémen, et a conféré une heure avec le prince de Neuchâtel.

L'ennemi a brûlé eu (çrande hâte le pont de Tilsitt sur le Niémen, et parait continuer sa retraite sur la Russie. Nous sommes sur les confins de cet empire. Le Niémen, vis-à-vis Tilsitt, est un peu plus large que la Seine. L'on voit de la rive gauche une nuée de Cosaques qui forment Tarrière-garde ennemie sur la rive droite.

Déjà l'on ne commet plus aucune hostilité.

Ce m\ restait an rm de FniMe est cm* quis. Cet infortuné prince n'a phis en ten pouvoir que le pays situé entre le Niémen et Memel. La phis grande partie de son armée on plutôt de la division de ses troupes, déserte, ne voulant pat aller m Russie.

L'empereur de Russie est resté trois semaines à TilMtl avec le roi de Prusse. A la nouv^ de ta bataille de Friedland, i'u et l'autre sont parUs eft tottle hâte.

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