‹ Bibliotheque militaire (volume 2)Chapitre 191 sur 205 · MM · texte numérisé non relu

MM

Le comte Diettichstein, maréchal provisoire (k}s Etats,

Lç prélat de Kloslernenbourg,

Le prélat des Écossais,

Le comte Pergen,

Le comte Veterani,

Le baron de BartensteiUt

M. de Mayenberg,

Le baron de Hafen, référendaire de la Basse-Autriche,

tous membres des Etats;

L'archevêque de Vienne,

Le baron de Lederer, capitaine de la ville,

M. Wohlleben, bourgmestre,

M. Meher, vice-bourgmestre,

Egger, conseiller du magistrat,

Pmck, idem,

Heisn, idem.

Sa Majesté assura les députés de sa protection ; elle exprima la peine que lui avait fait éprouver la conduite inhumaine de leur gouvernement, qui n'avait pas craint de livrer sa capitale à tous les malheurs de la guerre, qui portant lui-même atteinte à ses droits, au lieu d'être le roi et le père de ses sujets, s'en était montré l'ennemi et en avait été le tyran. Sa Majesté fit connaître que Vienne serait traitée avec les mêmes ménagements et les mêmes égards dont on avait usé en 1805. La députation répondit à cette assurance par les témoignages de la plus vive recon* naissance.

A neuf heures du matin, le duc de Bivoli, avec la division Saint-CyretBoudet, s'est emparé de Léopolstadt.

Pendant ee temps, le lieutenant-général O'ReiOy envoyait le lieutenant-général de Vaux et M. Belloute, colonel, pour traiter de la capitulation de la place. La capitulation ci-jointe a été signée dans la soirée, et le 15, à six heures du matin, les grenadiers du corps d'Oudinot ont pris posse»* sion de la ville.

Ordre du jour.

Au quarUtr impérial de Sehombt^im^

« Soldats,

> Un mois après que l'ennemi a passé

> rinn, au même jour, à la même heuro^

> nous sommes entrés dans Vienne.

> Ses landwehrs. ses levées en masse,

> ses remparts créés par la rage impuis-

> saute des princes de la maison de Lor-

> raine, n'ont point soutenu vos regards.

> Les princes de cette maison (mt abuH » donné leur capitale, non comme des sol*

> dats d'honneur qui cèdent aux clrcoo»-

> tances et aux revers de la guerre, mais » comme des parjures que poursuivent fleurs propres remords. En fuyant de » Vienne, leurs adieux à ses habitants ont » été le meurtre et l'incendie ; comme Mé- » dés, ils ont, de leur propre main, égorgé » leurs enfants.

> Soldats, le peuple de Vieane, selon ^ l'expression de la députation de ses fan- » bourgs, délaissé, abandonné, veuf, sera » l'objet de vos égards. J'en prends les* » bons habitants sous ma spéciale proleo- ^ tion : quant aux hommes turbulents et

> méchants, j'en ferai une justice exem- » plaire.

> Soldats, soyons bons pour les pauvres

> paysans et pour ce bon peuple qui a » tant de droits à notre estime : ne ooo- » servons aucun orgueil de nos sucoès ;

L'EimBI.

contre les Russes, le ressentiment qn'il éprouvait en voyant la Russie et la France intimement unies, Tor de l'Angleterre, qui avait corrompu le ministre Stadion, la légèreté et l'inconséquence d une soixantaine de femmelettes, Thypocrisie et les faux rapports de l'ambassadeur Metternich , les intrigues des Razumowski , des Dalpozzo, des Schlegel, des Gentz et autres aventuriers que V Ansleterre entretient sur le continent pour y fomenter des dissensions, ont produit cette guerre insensée et sacrilège.

Avant que les Français eussent été vainqueurs sur le champ de bataille, on disait qu'ils n'étaient pas nombreux, qu'il n'y en avait plus en Allemagne, que les corps n'étaient composés que de conscrits , que la cavalerie était à pied, la garde impériale en révoile, les Parisiens en insurrection contre l'empereur Napoléon. Après nos victoires , ou a dit que l'armée française était innombrable, qu'elle n'avait jamais été composée d'hommes plus aguerris et plus braves, que le dévouement des soldafa à Napoléon triplait et quadruplait leurs moyens ; que la cavalerie était superbe, nombreuse, redoutable ; que l'artillerie, mieux attelée que celle d'aw^ne autre nation, marchait avec la rapidité de la foudre, etc., etc., etc.

Princes faibles ! cabinet corrompu I hommes ignorants, légers, inconséquents! voilà cependant les pi^es que l'Angleterre vous tend depuis quinze années, et vous y tombez toujours 1 mais enfin , la catastrophe que vous avez préparée s'est aocompue ; la paix du continent est assurée pour jamais.

I/Empereur a passé hier la revue de la division de grosse cavalerie du général Nansouty. Il a donné des élo^ à la tenue de cette belle division, qui, après une campagne aussi active, a présenté cinq mille i%evaux en bataille. Sa Majesté a nommé aux places vacantes, a accordé le titre de baron, avec des dotations en terre, au plus brave officier, et la décoration de la Légion-d'Honneur, avec une pension de douze cents francs, au plus brave cuirassier de chaque régiment.

On a trouvé à Vienne cinq cents pièces de canon, beaucoup d'affûts, beaucoup de fusils, de poudre, de munitions confectionnées, et une grande quantité de boulets et de fer coulé.

Il n'y a eu que dix maisons brûlées pendant le bombardement. Les Viennois ont remarqué que ce malheur est tombé sur les partisans les plus ardents de la guerre: anissi disaient-ils que le général Andréossi dirigeait les batteries.

La nomination de ce général an gouvernement de Vienne a été agréable à tous 1^ habitants : il avait laisse dans la capi-

tale des souvenirs honoraUes, el il y jQoil de l'estime universelle.

Quelques jours de repos ont £ait beaucoup de bien à l'armée, et le temps est si beau que nous n*avons presque pas dd malades. Le vin que Ton distribue aux troupes est abondant et de bonne qualité.

NEUVIÈME BULLETIN

Viênm, U tS mat iSO».

Pendant que l'armée prenait queJqm repos dans Vienne, que ses corps se ralliaient, que l'Empereur passait des revoes pour accorder des récompenses aux braves qui s'étaient distingués, et pour nommer aux emplois vacants, on préparait tout ce qui était nécessaire pour 1 importante opération du passage du Danube.

Le prince Charles, après la bataille d'EckmnIh , jeté sur l'autre rive du Danube, n'eut d'autre refuge que les montanies de la Bohème.

En suivant les débris de l'armée du prince Charles dans l'intérieur de la Bohème, l'Empereur lui aurait enlevé son artillerie et ses bagages ; mais cet avantage ne valait pas l'inconvénient de promener son armée, pendant quinze jours, dans des pays pauvres, montagneux et dévastés.

L'Empereur n'adopta aucun plan qui pût retarder d'un jour son entrée a Vienne, se doutant bien que, dans l'état d'irritation qu'on avait excité, on songerait à défendre cette ville , qui a une excellente enceinte bastionnée, et à opposer qu^oue obstacle. D'un antre côté, son armée ahtalie attirait son attention, et l'idée qoe les Autrichiens occupaient ses belles provinces du Frioul et de la Piave, ne loi laissait point de repos. '

Le maréchal duc d'Auerstaedt resta en position en avant de Batisbonne pendant le temps que mit le prince Charles à déboucher en Bohème; et, immédiatement après , il se dirigea par Passau et Lintz, sur la rive gauche au Danube, gagnant quatre marches sur oe prince. Le corps da prince de Ponte-Corvo fut dirigé dans le même système. D'abord il fit un mouvement sur Sera, ce qui obligea le prince Charies à détacher le corps dn général Bellegarde ; mais par nne contre- marche, il se porta brusquement sur Lintz, où il arriva avant le général Bellegarde, qui, ayant appris cette contre-marâie, se airi-» gea aussi sur le Danube.

Ces manœuvres habiles, faites jour par jour, selon les circonstances, ont dégagé îltaiie, livré sans défense les barrières de l'Inn, delà Salza, de la Trann, et tons les magasins ennemis, soumis Vienne, désor-

riisé les milices el la landwehr, terminé défaite du corps de Tarchiduc Louis et da général HiUer , et achevé de perdre la réputation du général ennemi. Celui-ci voyant la marche de l'Empereur , devait penser à se porter sur Lintz, passer le pont el s*y réunir aux corps de Tarchidac Louis et du général Hiller ; mais Tarmée française y était réunie plusieurs jours avant qu'if pût y arriver. Il aurait pu espérer de faire sa jonction à Krems ; vains calculs ! il était encore en retard de quatre

tours, et le général Hiller. en repassant le )anuoe, fut obligé de brûler le beau pont de Krems. Il espérait enfin se réunir devant Vienne ; il était encore en retard de plusieurs jours.

L'Empereur a' fait jeter un pont sur le Danube, vis-à-vis le village aEbersdorf, à deux lieues au-dessous de Vienne. Le fleuve, divisé en cet endroit en plusieurs bras, a quatre cents toises de largeur. L'opération a commencé hier 15, à quatre heures après midi. La division Molitor a été jetée sur la rive gauche et a culbuté les faibles détachements qui voulaient lui disputer le terrain et couvrir le dernier bras du fleuve.

Les généraux Bertrand et Pernetti ont fait travailler aux deux ponts, l'un de plus de deux cent quarante, Vautre de plus de cent trente toises, communiquant entre eux par une lie. On espère que les travaux seront finis demain.

Tous les renseignements qu'on a recueillis portent à penser que l'empereur d'Autriche est à Znaim.

Il n'y a encore aucune levée en Hongrie. Sans armes, sans selles , sans argent , et fort peu attachée à la maison d'Autriche, cette nation paraît avoir refusé toute espèce de secours.

Le général Lauriston, aide-de-camp de Sa Majesté, à la tète de la brigade ainfaoterie badoise et de la brigade de cavalerie légère du générai Golbert, s'est porté de Neustadt sur Brug et sur la Simeringberg, haute montagne qui sépare les eaux

Sui coulent dans la mer Noire et dans la [éditerranée. Dans ce passage difiicile, il a foit quelques centaines de prisonniers.

Le général Dupellin a marché sur Mariazell, où il a desarmé un million de landwehrs et fait quelques centaines de prisonniers.

Le mjiréchal duc de Dantzig s'est porté sur Inspruck, où il a rencontré, le 14, à Yorgd, lecénéral Ghastèllier, avec ses Tyroliens. Il Ta culbuté et lui a pris sept cents hommes et onze pièces d'artillerie.

Kufstein a été débloqué le 12. Le chambellan de Sa Majesté, Germain, qui s'était renfermé dans cette place , s'est bien . montré.

Voici <)uelte est aujourd'hui la position de l'armée.

Les corps des maréchaux ducs de Rivoli et de Montebello^ et le corps des grenadiers du général Oudmot, sont à Vienne, ainsi que la garde impériale. Le corps du maréchal duc d'Auerstaedt est reparti entre Saint-Polten et Vienne. Le maréchal prince de Porte-Corvo est à Lintz , avec les Saxons et les Wiirtembergeois ; il a une réserve à Passau. Le maréchal duc de Dantzig est, avec les Bavarois, à Salzbourg et à Inspruck.

Le vice-roi, commandant en chef l'armée d'Italie, mande au ministre de la guerre que le 10 avril, l'archiduc Jean fit remettre aux avantr-postes la lettre ci-jointe (n"" I.) A peine étaitr^lle parvenue, qu'on apprit que tous les avant-postes avaient été attaqués, et une douzaine d'hussards enlevés.

Le lendemain, l'archiduc publia la proclamation ci-jointe (n** II).

Il n'y avait dans le Frioul que les divisions Boursiers et Seras. Le vic&-roi pensa qu'il devait se replier pour aller au-devant de ses différentes divisions. U rencontra la division Grenier et la division italienne Sevaroli à Sacile, et iljugea convenable le 16 d'engager une affaire entre Pardenone et Sacile. La superbe cavalerie de l'armée d'Italie, beaucoup plus nombreuse que celle de l'ennemi, devait être arrivée, mais la crue des rivières et le débordement des torrents retardèrent sa marche, et les ordres du vice-roi n'arrivèrent pas assez à temps pour confremander le mouvement; les troupes étaient engagées et la cavalerie se trouvait encore a une marche en arrière.

On se battit toute la journée avec avantage ; mais le soir, la cavalerie ennemie ayant fait un mouvement sur la Livenza, le vice-roi pensa qu'il avait pour objet de couper sa retraite, et il repassa la Livenza et la Piave. La perte de l'ennemi devait être considérable, et la nôtre n'aurait été qu'égale à la sienne, si le général Sahuc, commandant la veille l'avant-garde, ne s'était laissé surprendre les chevaux de ses hussards, dessellés et débridés, et n'avait laissé entourer de tous côtés le régiment d'infanterie qu'il avait avec lui. L'Empe;reur a ordonné que cette négligence serait l'objet d'un examen particuuer. Un général d'avant-garde qui se couche dans un lit, au heu de se coucher sur de la paille dans son bivouac, est coupable. Nous avons eu la douleur de perdre trois bataillons du 35" régiment, qui ont été presque entièrement faits prisonniers. L armée se plaint des hussards du 6' et des chasseurs du 8* qui, amollis par les délices de l'Italie , ne savent plus faire le service des avantpostes.

Une division de dix mille hommes, par*

L^EMriBB.

earrés M s'empira de q«âlone pièoeè de canon. Un bdolet t«a le général Espagne, combattant glorieusement à la tête des troupes, officier brave, distinj^ué et reconmiandable sous tous les points de vue. Le génial de brigade Foulers fut tué dans «ne charge.

Le général Nansouty, avec la seule brigade commandée par le général Saint-^Germain, arriva sur le champ de bataille vers la An du jour. Cette brigade se distingua par phisieurs belles charges. A huit heures au soir le combat cessa, et nous restAoies entièrement maîtres du champ de bataille.

Pendant la nuit, le corps du général Oudlnot, la division Saint-ttilaire, deux brigades de cavalerie légère et le train d'aruUerie, passèrent les trois ponts.

Le 2i, à quatre heures du matin, leduc de Rivoli ftit le premier engagé. L'ennemi fit successivement phisieurs attaques pour .reprendre le village. Enfin, ennuyé de rester sur hi défensive, le duc de Rivoli attaqua à son tour et culbuta Fennemi. Le général de division Legrand s*est fait remarquer par ce sang-froid et cette intrépidité qui le distmguent.

Le général de division Boudel, placé au viHage d*Esling, était chargé de défendre ce poste important.

Voyant que l'ennemi occupait un grand espace, de la droite à la gauche, on conçut le projet de le percer par le centre. Le duc de MontdMllose mit à la tète de Pattaqoe, ayant le général Oudinot à la gauche, la division Saint-Hilaire au centre, et la division Boudet à la droite. Le centre de l'armée ennemie ne soutint pas les regards de nos troupes. Dans un moment tout fut culbuté. Le duc distrie fit faire plusieurs belles charges, qui toutes eurent du succès. Trois colonnes ainfanterie ennemie furent chargées par les cuirassiers et sabrées. C'en était Dût de Tarmée autrichienne, lorsqu'à sept heures du matin, un aide-de-camp vint annoncer à TEmpereur que la crue subite du Danube ayant mis à flot un grand nombre de gros arbres et de radeaux, coupés et jetés sur les rives, dans les événements qui ont eu lieu lors de la prise de Vienne, les ponts qui communiquaient de la rive droite à la petite tle, et de celle-ci à rtle de In-der-Lobau venaient d^ètre rompus. Cette crue périodique, qui n'a ordinairement lieu qu'à la nû-iuin, par

fonte des neiges, a été accâéréé par la chaleur prématurée qui se fait sentir depuis quâques jours. Tous les parcs de réserve qui déifiaient, se trouvèrent retenus sur la rive droite par la rupture des ponts, ainsi qu'une partie de notre grosse cavalerie et le corps entier du maréchal duc d'Auerstaedt. Ce terrible contre-temps décida l'Empereur à arrêter le mouvement

en avant. Il ordoma au dnc de bello de garder le champ de bataille qui avait été reconnu et de prendre position, ia gauciie appuyée à un rideau qui couvrait le duc de Rivoli, et la droite à £slinff.

Les cartoudies à canon et d'infanterie, que portait notre parc de rteerve, ne pouvaient phis pass^. L'ennemi était dans la phis épouvantable déroute, lorsqu'il a|^it que nos ponts étaient rompus. Le ralentissement de notre feu et le mouvement concentré que faisait notre armée, ne lui laissaient aucun doute sur cet événement imprévu. Tous ses canons et ses équipages d'artillerie, qui étaient en retraite ^ se représenterait sur la ligne, et d«iuis neuf heures du matin jusqu'à sept heures du soir, il fit des efforts inouis, secondés par le feu de deux cents pièces de canon, pour culbuter l'armée française. Ces efforts tournèrent à sa honte : il attaqua trois fois les villages dEsling et de Gross-Àspem, !ét trois fois il les remplit de ses morts. Les fusiliers de la garde, commandés par le général Mouton, se couvrirent de gloire , et culbutèrent la réserve , composée de tous les grenadiers de l'armée autrichienne, les seules troupes fraîches qui restassent à l'ennemi. Le général Gros fit passer au fil de l'épée sept cents Hongrois qui s'étaient déjà logés dans le cimetière du village d'Ësling. Les tirailleurs, sous les ordres au généralCurial, firent leurs premières armes dans celte journée , et montrèrent de la vigueur. Le général Dorsenne, colonel commandant la vieille garde, la plaça en troisième ligne, formant un mur d'airain, seul capabte d'arrêter tous les efforts de l'armée autrichienne. L'ennemi tira quarante mille coups de canon, tandis que, privés de nos parcs de réserve, nous étions dans la nécessité de ménager nos munitions pour quelques circonstances in^révues.

Le soir, l'ennemi reprit les anciennes positions qu'il avait quittées pour l'attaque, et nous restâmes maîtres du champ de bataille. Sa perte est immense. Les militaires dont le coup-d'œil est le plus eiercé, ont évalué à plus de douze mille les morts qu'il a laissés sur le champ de ba- Uille.

Selon le rapport des prisonniers, il y a eu vingt-trois généraux et soixante officiers supérieurs tués ou blessés. Le foldmaréchal-lieutenant Weber , quinze cents hommes et quatre drapeaux, sont restés en notre pouvoir.

La perte de notre côté a été considérable : nous avons eu onze cents tués et trois mille blessés. Le duc de MontebeUo a eu la cuisse emportée par un boulet, le 22, sur les six heures du soir. L'amputation a été faite, et«sa vie est hors de danger. Au pre-

mter moneoft on le crut 0KMrl : transporté snr un brancard anprès de TEmpereur, ses adieax furent ioucbants. Au milieu des sollicitudes de cette journée, l'Empereur se livra à la tendre amitié qu'il porte depuis tant d'années à ce brave compagnon aarmes. Quelques larmes coulèrent de ses yeux, et se tournant vers ceux qui Tenvironnaient : < Il fallait, dit-il, que dans cette journée mon cœur fût frappe par un COUD aussi sensible, pour que je pusse m'abandonner à d'autres soins qu'à ceux de mon armée. » Le duc de Mootebello avait perdu connaissance : la présence de rSmpereur le fit revenir ; il se jeta à son cou en lui disant : « Dans une heure vous aurez perdu celui qui meurt avec la gloire et la conviction d'avoir été et d'être votre meilleur ami* »

Le général de division Saint-Hilaire a été blessé: c'est un des généraux les plus distingués de la France.

Le général Durosiiel , aide-de-camp de l'Empereur, a été enlevé par un boulet en portant un ordre.

Le soldat a montré un sang-froid et une intrépidité qui n'appartiennent qu'à des Français.

Les eaux du Danube croissant toujours, les ponts n'ont pu être rétablis pendant la nniL L'Empereur a fait repasser, le 25, à l'armée, le petit bras delà rive gauche, et a fait prendre position dans Vîie d'Inder-Lobau, en gardant les têtes de pont.

On travaille à rétablir les ponts : l'on n'entreprendra rien qu'ils ne soient à l'abri des accidents des eaux et même de tout ce que Von pourrait tenter contre eux : l'élévation du fleuve et la rapidité du courant obligent à des travaux considérables et à de grandes précautions.

Lorsque, le 25 au matin, on fit connaître à l'armée que l'Empereur avait ordonné qu'elle repassât dans la grande île, l'étonncment de ces braves fut extrême. Vainqueurs dans les deux journées, ils croyaient que le reste de l'armée allait les rejoindre; et quand on leur dit que les grandes eaux ayant rompu les ponts, et augmentant sans cesse, rendaient le renouvellement des munitions et des vivres impossible , et que tout mouvement en avant serait insensé , on eu de la peine à les persuader.

C'est un malheur très grand et tout-àfait imprévu que des ponts, formés des plus grands bateaux du Danube, amarrés par de doubles ancres et par des cinqueneiles, aient été enlevés; mais c'est un grand bonheur que l'Empereur no Tait pas appris deux heures plus tard. L'armée poursuivant l'ennemi aurait épuisé ses munitions, et serait trouvée sans moyens de les renouveler.

Le 23 on a fait passer une grande quantité de vivres au camp d'In-rfer-Lobau.

La bataille d'Esling, dont il fait une relation plus détaillée, mii fera connaître les braves qui se sont distingués, sera, aux yeux de la postérité, un nouveau monument de la gloire et de l'inébranlable fermeté de l'armée française.

Les maréchaux ducs de Montebello et de Rivoli ont montré dans cette journée toute la force de leur caractère militaire.

L'Empereur a donné le commandement du second corps au comte Oudinot, général éprouvé dans cent combats où il a montré autant d'intrépidité que de savoir.

ONZIÈME BULLETIN

Bbendorf, le 34 mat 1809.

Le maréchal duc de Dantzig est maître du Tyrol. Il est entré à Inspruck le 19 de ce mois. Le pays entier est soumis.

Le 11, le duc de Dantzig avait enlevé la forte position de Strub-Pass, et pris à l'ennemi sept canons et six cents hommes.

Le 13 , après avoir battu Chasteller dans la position de Yœrgel, l'avoir mis dans une déroute complète , et lui avoir pris toute son artillerie, il l'avait poursuivi jusqu'au-ddà de Rattenberg. Ce misérable n'a dû son salut qu'à la vitesse de son cheval.

En même temps le général Deroy, ayant débloqué la forteresse de Kufstein, faisait sa jonction avec les troupes que le duc de Dantzig commandait en personne. Ce maréchal se loue de la conduite du major Palm, du chef de bataillon léger bavarois, du lieutenant-colonel Habermann, du capitaine Haider, du capitaine Bernard, du y régiment des chevau-légers de Bavière, de ses aides-de-camp Montmarie. Main-

farnaud et Montélegir, et du cher d'escaron Fontange, officier d etat-major.

Chasteller était entré dans le Tyrol avec une poignée de mauvais sujets. Il a prêché la révolte , le pillage et l'assassinat. Il a vu égorger sous ses yeux plusieurs milliers de Bavarois, et une centaine de soldats français. Il a encouragé les assassins par ses éloges et excité la férocité de ces ours des montagnes Parmi les Français qui ont péri dans ce massacre, se trouvait une soixantaine de Belges, tous compatriotes de Chasteller. Ce misérable, couvert des bienfaits de l'Empereur, à qui il doit d'avoir recouvré des biens montant à plusieurs millions, était incapable d'éprouver le sentiment de la reconnaissance, et. ces affections qui attachent même les barbares aux habitants du pays qui leur a donné naissance.

Les Tyroliens vouent à l'exécration les

L'EHFIIB.

d'OttodialE, et les précipitèrent dans an ravin , où ils en firent un grand carnage. Le ^ros de Tannée dn duc de Eagose était à vingt mille de Zara, le 5 mai, prêt à se mettre en mouvement ponr aller joindre rarméedlUUe.

Voici la lettre dont il est question dans cette note:

Monsieur le duc,

Le bruit des victoires remportées par mes armes sera sans doute parvenu jusqu'à vous. Six jours de combats consécutifs ont poussé Tarmée française des bords de 1*1sonzo au-delà delà Piave; mon avant* garde a passé ce fleuve, et ne trouve (fautre obstacle à combattre q^ue celui de dix mille hommes prisonniers a conduire , de rartillerie et des charrois immenses qui couvrent les chemins. Le peuple en Tyrol s'est soulevé à rapproche des troupes autrichiennes, et a desarmé le corps bavarois répandu dans le pays. Enfin, (le tous côtes les plus brillants succès ont couronné nos efforts. Ces avantages, et Tassurancc que l'armée que j*ai devant moi n*a plus de nouvelles réserves à me présenter, m'ont mis dans le cas de disposer d'une forte colonne que ie vais diriger sur la Dalmatie. Dans cet état de choses , des hostilités de votre part seraient sans but; le sang qu'elles coûtcraiciit , inutilement versé, serait dès-lors perdu pour la gloire. C'est donc. Monsieur le Duc, dans les vues de Vf>tre propre intérêt, autant que par le désir de diminuer les maux de la guerre, Sue je viens vous demander de mettre bas » armes avec le corps que vous commandez. Des conditions honorables, telles que le méritent la réputation de vos troupes, ainsi que le haut rang que vous occupez, vous seront accordées. Mon intention est de venir au secours de l'humanité, et non point d'humilier des braves. J'espère donc. Monsieur le Duc, que vous répondrez d'une manière satisfaisante à l'ouverture que je viens de vous faire, et je désire vivement que vous me procuriez bientôt l'occasion de vous témoigner personnellement l'es- Ume et la considération avec laquelle je suis, etc.

Au quartier-général de Conegliano, le 17 avnl 4809.

Signé, Jiaii, archiduc d'Autriche.

TREIZIÈME BULLETIN

Mhêndorf, U 28 mai 1809.

Dans la nuit du 26 au 27, nos ponts sur le Danube ont été enlevés par les eaux

et par des mouIinB qu'on a déladiés. On n'avait pas encore eu le temps d'achever les pilotis et de placer la grande chaîne de fer. Aujourd'hui, l'un des ponts est rétabli. On espère que l'autre le sera demain.

L'Empereur a passé la Journée d'hier sur la rive gauche, pour visiter les fortifications que l'on élève dans l'tle dln-der- Lobau, et pour voir plusieurs régiments du corps du duc de Rivoli, en position de cette espèce de tète de pont.

Le 17, à midi, le capitaine Bataille, aide-de-camp du Vice-Roi , a apporté Tagréable nouvelle de l'arrivée de l'armée d'Italie à Bnich. Le général Lauriston avait été envoyé au-devant d'elle, et la jonction a eu lieu sur le Simeringberg.Un diasseur du 9% qui était en coureur, en avant d'une reconnaissance de l'armée d'Italie, rencontra un chasseur d'un peloton du 20«, envoyé par le général Lauriston. Après s être observés pendant quelque temps, ils reconnurent qu'ils étaient Français et s'embrassèrent. Le chasseur du 20' marcha sur Bruck. ponr se rendre auprès du Vice-Roi, et cdui du 9* se dirigea vers le général Lauriston. po|or l'informer de l'approche de l'armée d'Italie. Il y avait plus de douze jours que les deux armées n'avaient pas de nouvelles l'une de raotre. Le 26, au soir, le |;énéral Lauriston était à Bruck, au quartier-général du Vice-Roi.

Le Vice-Roi a montré dans toute cette campagne un sang-froid et un coup-d'œil qui présagent un grand capitaine.

Dans la relation des faits qui ont Ulustré l'armée dltalie , pendant ces vingt derniers jours , Sa Majesté a remarque avec plaisir la destruction du corps de Jeltacnich. C'est ce général qui fit aux Tyroliens celte insolente proclamation qui alluma leur fureur et aiguisa leurs poignards. Poursuivi par le duc de Dantzig, menacé d'èlre pris en flanc par la brigade du général Dupellin, que le duc d*Auerslaedt avait fait déboucher par Mariait , il est venu tomber comme dans un piège en avant de l'armée d'Italie.

L'archiduc Jean, qui, il y a si peu de temps, et dans l'excès de sa présomption, se dégradait par sa lettre au duc de Baguse , a évacué Gratz, hier 27, ramenant a peine vingt ou vingt-cinq mille hommes de cette belle armée qui était entrée en Italie. L'arrogance, l'insulte, les provocations à la révolte, toutes ses actions portant le caractère de la rage, ont toorné à sa honte.

Les peuples de l'Italie se sont conduits comme auraient pu le faire les peupk» de V Alsace, de la Normandie et du Daa-

{ihiné Dans la retraite de nos soldats, ils es accompagnaient de leurs vœux el de leurs larmes. Ils reconduisaient, par des

BULLETINS DB Là 0EANDB-ARM£B.

ûhemins détoarnés et jusqu'à cinq marches de l'armée, les hommes égarés. Lorsque quelques prisonniers, ou quelques blesses français ou italiens , ramenés par l'ennemi, traversaient les villes et les villages, les habitants leur portaient des secours. Ils cherchaient, pendant la nuit, les moyens de les travestir et de les faire sauver.

Les proclamations et les discours de Tarchiduc Jean n'inspiraient cjue le mépris et le dédain, et l'on aurait peine à se peindre la joie des peuples de la Piave,- du Tagliamento et du Frioul, lorsqu'ils virent Tarmée de lennemi fuyant en désordre, et Tarmée du souverain et de la patrie revenant triomphante.

Lorsqu'on a visité les papiers de l'intendant de l'armée autrichienne, qui était à la fois le chef du gouvernement et de la police, et qui a été pris à Padouo avec quatre voilures, on y a découvert la preuve de l'amour des peuples d'Italie pour l'Empereur. Tout le monde avait refusé des places; personne ne voulait servir rAutriche; et, parmi sept millions d'hommes qui CI imposent la population du royaume, rennemi n'a trouvé que trois misérables qui n'aient pas repoussé la séduction.

Les régiments d'Italie qui s'étaient distingués en Pologne, et qui avaient rivalisé d'intrépidité dans la campagne de Gâtalofjne avec les plus vieilles oandes françaises, se sont couvertes de gloire dans tontes les affaires. Les peuples d'Italie marchent à grands pas vers le dernier terme d'un ncureux changement. Cette belle partie du continent, où s'attachent tant (le grands et d'illustres souvenirs, que la cour de Rome, que cette nuée de moines, que ses divisions avaient perdue, réparait avec honneur sur la scène de l'Europe.

Tous les détails qui arrivent de l'armée autrichienne constatent que, dans les journées du 21 et du 22, sa perte a été énorme. L'élite de l'armée a péri. Selon les aimables de Vienne, les manœuvres du généuéral Danube ont sauvé l'armée autrichienne.

Le Tyrol et le Yoralberg sont parfaitement soumis. La Carniole , la Styrie , la Carinthie, le pays de Salzbourg, fa Haute et la Basse- Autriche , sont pacifiés et désarmés.

Trieste, cette ville où les Français et les Italiens ont subi tant d'outraj^es, a été occupée. Les marchandises coloniales anglaises ont été confisquées. Une circonstance de la prise de Trieste a été très agréable à l'Empereur ; c'est la délivrance de l'escadre russe. Elle avait eu ordre d'appareiller pour Ancône ; mais, retenue par les vents contraires, elle était restée au pouvoir des Autrichiens.

La jonction de l'armée de Dalmatie est prochaine. Le duc de Baguse s'est mis en marche aussitôt qu'il a appris que l'armée d'Italie était sur TIsonzo. On espère qu'il arrivera à Laybach avant le 5 juin.

Le brigand Schill, qui se donnait, et avec raison, le titre de général au service de l'Angleterre, après avoir prostitué le nom du roi de Prusse, comme les satellites de l'Angleterre prostituent celui de Ferdinand à Séville, a été poursuivi et jeté dans une fie de l'Elbe. Le roi de Westphalie, indépendamment de quinze mille' hommes de ses troupes, avait une division hollandaise et une division française; et le duc de Valmy a déjà réuni, à Hanau, deux divisions du corps d'obnervation, commandées par les généraux Rivaud et Pespeaux, et composées des brigades Lameln. Clément; Taupin et Vaufreland.

La pacifiation de la Souabe rend disponible le corps d'observation du général Beaumont, qui est réuni à Aussbourg , et où se trouvent plus de cinq mille dragons.

La rage des princes de la maison de Lorraine contre la ville de Vienne peut se peindre par un seul trait. La capitale est nourrie par quarante moulins établis sur la rive gauche du fleuve. Ils les ont fait enlever et détruire.

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