DEUXIÈME PARTIE
IMM
IfèiiTwneiiU de l'année, depoii la af itaUtlen d*DUn jQaqa'à la balaUle d'AnalerliU.
Après la capitulation d'Ulm, deux objets importants occupèrent Napoléon: il frUait d'abord compléter cette victoire; ensuite vder à de nouveaux succès, en prévenant et surprenant d'antres ennemis qui s'avançaient, comme il avait surpris l'armée autridûenne de Souabe.
Pour compléter sa victoire, il ne restait à TEmpereur qu'à empêcher les colonnes autrichiennes éparses de se lalier , et à les prendre en détail. Pour remporter de nouveaux avantages, U suffisait que l'armée française et son invincible chef pussent joindre promptement l'ennemi.
Lesordreset les instructions partirent en conséquence du quartier impérial, le 18 octobre, à une heure du matin. Le djand-duc de B^ , avec deux divisions de dragons et les chasseurs delà garde, iht envoyé directement à la pourMiite de l'archiduc Ferdinand qui suivait la loute de la Franconie, dans l'intention de gagner la Bohême. Pour soutenir le gtand-duc deBei^, le duc de MontebeOo, à la tête des grenadiers du duc de R^gio et de la division de cuiras-* siers du comte Nansouty, fiit dirigé sur Heydenheim. La division de dra-r gons du comte Bourcier fut détachée plus à gaudie, à Geisslingen, afin de ramaaser les fuyards ennemis qui, venant de Stoduich ou des environs du lac de Constance, voudraient se jeter
sur la rive gauche du Danube. Le corps du maréchal duc d'Ekhingen fut provisoirement destiné à rester devant Ulm.
Celui du duc de Baguse reçut d'abwd la destinatiçn de rem|daoer à Bibench le maréchal duc de Dalmatie. Tous les autres corps de l'armée furent dirigés vers les frontières de l'Autriche : le prince de Ponte-Corvo en première ligne ; le junnce d'Eckmûhl en seconde ligne ; le duc de Dabnatie en troisième. La garde impériale reçut Tordre d'être rendue à Àugsbourg le 19 octobre.
Le grand-duc de Berg, après avoir pressé vivement l'archiduc Ferdinand pendant deux jours, déborda enfin sa colonne à quelque distance de Nuremberg, ce qui donna lieu, le 21 au soir, à un conÂat dans lequel tout le reste du parc d'artillerie, tous les bagageset une foule de soldats ennemis furent pris. Les chasseurs de la garde se couvrirent de gloire dans cette action. L'archiduc Ferdinand n'échiq[>pa qu'avec peine , et se sauva en Bohême avec un bible corps de cavalerie. Le soir, le grandrduc de Berg entra dans Nuremberg ; et le lendemain il se mit en mouv^nent pour rejoindre l'armée en Bavière , par Neumarck.
Cependant l'armée russe, commandée iwr legénéralKutusof, et évaluéeà quarante mille h<Hnmes , était arrivée sur rinn, où elle avait joint le général autridii^ Ueomayer » qui avait déj^ fait
LEMPIRE.
sa retraite sur cett« rmère# Ainsi renforcé , le général Hutrfcbien médita de prendre TofFensive. Il repassa Tlnn ; et son avantr-garde était déjà arrivée à
Haag, à douze lieues de Munich, low^ ^ de prévoir les mouvements que
qu'il apprit que toute l'armée française se dirigeait sur lui. A cette nouvelle , le général ennemi renonça à toute résolution d*attaque; pouf la seconde fois, il retourna à la hâte derrière llnn. On avait aussi des avis que l'archiduc Charles f aveo une partie de son armée, méditaitde revenir d'Italie par le Tyrol, pour s'efforcer d'atteindre Saltzbourg avant les Français. Dans ces conjonctures , les derrières de l'armée étant dé^ livrés de la présence de l'ennemi , le septième corps arrivant d'ailleurs sur le Rhin, et les armées de réserve s'organisant, l'Empereur appela encore en Bavière le duc de Montebello et toutes les troupes qu'il commandait. Il y fit venir également le second corps et la division de dragons du comte Sourcier.
Le ai , Napoléon arriva à Augsbourg.
La situation de cette place lui ayant paru avantageuse pour ses desseins, l'Empereur décida qu'on en mettrait l'enceinte à Tabri d'un coup de main , qu'elle deviendrait dorénavant lentrepôt général des armes , des magasins et des hôpitaux de l'armée. En conséquence le duc d'Ëlchingen reçut l'ordre de faire transporter à Augsbourg toute l'artillerie autrichienne prise à Ulm. Il fut prescrit en môme temps à ce maréchal , de fidre détruire tous les ouvrages élevés par les Autrichiens à Ulm et à Menmiingen.
Le duc de Castiglione venait de passer le Rhin à Huningue. Le prince Major^énéral lui écrivit le 33 octobre : « Sa Majesté ordonne que vous vous » mettiez en marche avec votre corps n d'armés 1 pour vous rendre à Rempli teti. Voue me feras ofMMte le Jour
D qve rmê y crriveTez, en désignant » chaque journée, afin que je puisse » vous faire parvenir de nouveaux or- » dres. Mais, comme il est impossible
ï) pourra faire l'ennemi , vous êtes au- » torisé à vous porter partout où vous » croirez lui faire le plus de mal possi- » ble et déconcerter ses projeta.
» Quant à la manière dont vous ferez » vivre votre armée , vous frapperez des » réquisitions régulières. Vous ferez » donner dans les pays neutres des » bons circonstanciés, lesquels servi** » ront à rembourser ce qui aura été » ainsi fourni.
» Sur le pays ennemi , vous frappe»
y> rez également des réquisitions, maû » sans donner de bons.
» Conformément à l'ordre du jour que » je vousenvoie,vousverréz qu'il ne doit 7i pas être levé de contributions, puisque » l'Empereur les a données à l'armée.»
La mai'che continuait. Tous les corps avaient dépassé Muntdi. Napoléon entra dans cette capitale le 2k octobre, à six heures du soir , et fut reçu en triom-phe. On supposait que l'Empereur resterait plusieurs jeun dans cette ville ; mais il la quitta le 28, et arriva à onze heures du soir à Haag. Les ordres étaient déjà partis pour le passage de rinn. Le premier corps fût dirigé sur Wasserbourg par Harthausen et Grôflng. Le second corps marchait en seconde ligne , à une journée de distance , •derrière le premier. Le troisième corps Ait dirigé sur Mûhldorf pat* iËfding et Dôrfen. La réserve avait sa direction sur le môme point par Hohenlihden et Haag. Le quatrième corps marcha derrière la réserve par la môme route. Les ordres du cinquième corps lui assi* gnaient le point de Braunan pour le passage de llnn ; ce corps s'y porta par Landshut et Wiisbiboutfg.
CAMFAfiHI 9E iWS.
Qorp» avaieni Tordre depaaser llw, si Ff oaeim ne se présentait pas en force. S'il iais^ii mine d*empéctier la passage , il était prescrit aux marécbaux de prendre position, et d'aUendre des instruit tiens nouvelles ; Tintention formellede . rEoqpereiur étant de s'engager aucune âffiùre particulière. Dans le naAme teoips que les ordres s'expédiaient pour ce mouvement général, le diuc d'Slcbingen en recevait pour quitter Ulm, et enirer en Bavière par la route de liandsbtrg.
L'ennemi, incertain du point d'attaque, défendit fiiibleaient l'Inn. Le |)rince de Poote^Corvo, se présentant de«ant WassôrlM>urg» trouva le pont brûlé ; il le fit bientôt rétablir et passa rino. Les Busses voulurent arrêter le pnnoed^EckoMîbl au pont de Mûhldorf ; une vive canonnade les contraignit de rahandonner ; ils brûlèrent le pont en s:.^ retirwt. L*£n)pereur qui était à flaag arriva à Mûbldorf , une heure avant le jour. Il monta à cbeval pour leeonnaltre les localités, et presser la réparation du pont, qui ne tarda pas à être achevée. Le pirince d'JEckœûhl paiîsa rino, et continua sa tnardie sur AM^ing pour attendre la Salza auprte de Burghauaen. Le quatrième corps, qui le suivait, accéléra sa mar* ebe sur Môbldorf , 0Ù il pawa l'Ian le Imleonaio.
L'ennami était partagé endaax corps.
Le gros des forces autncbiennes s'^it porté sur Sabsbouigi et l'armée russe 8ur Brauaan. Ce darnier point allait être atteint par le duc de Montebello, qui continuait sans reUcbe son mouveineat en avant. Le priooe de Ponle- Corvo a<it l'ordre de pouvsuivre les iutricbions sur la route de Sal^urg, cl de a'Miparar de celte ville. Le so* tmd eorpawtpasierl'IonàWasaeiw
bourg. De ce poiiH, 1# dic de Bigutt reçut une direction intennédiaire entie le troisième corps et le prraiier. Gstte marche était importante. L'Empereur fit écrire auducde BagusetleaDoetobnB:
«D'après las disponliona arrêtées » par Sa Majesté, il but, Monsimir le » Duc, que vous eomaisaies le rôle 1» qu'elle voue destine. Son ialeiition » est que vous vous porties à Strass- » walchen, WoeUebtuek, GoiûiideB ]» et Steyer. Parla, voua voas trouveras » avoir tourné toutes les posîtiofis de )» rennemi , s'il veut défouÂna la rivière » qui coule à Wels; vousaurac passé » cette, rivière dans les endroits où elle » doit être très &iUe, et conséquenH » ment fadle è frandiir. Si rennemi T» veut tenir le long de l'Emis, il fout » que vous bssiee reDonnaltre la posi- » tion entre SteyeretU source de celle » rivière, afin que vous puissiez lapas'- » ser à une jourôée au deasus de Sieyer, » où elle doit être peu large. Mais il » est nécessaire que vous sachiez que » l'ennemi annonce vouloir livrer ba- » taille dans la plaine de Wels; et alors » il est indispensable que vos roouve^ » ments soient réglés de manière que » vous puissiez vous trouver à la ba- » taille, si elle a lieu. »
Pendant qvele groadeTarmée avançait en Autriche, il était presork au due d'Elehîngen de se porter sur Inspruek , de sei«ndre mettre à tout prix de l'Importante forteresse de (ufetein; d'entretenir une communication avec le maréchal prince de Ponto-Cqrvo à Sal^ bourg, et également avec le maréehal duc de Castiglione qui arrivait à Kempten. Par cesdifférentesdisposîtions, tous les débouchés de l'Itriie étaient coupés à l'ennemi. Il perdaitlapoasibMilé d'agir de concert avec l'armés de farehiduc Gbaries. Foraé de faeakreurla Kum
L'EMPTEE.
de Vienne , devant led forces i^outables des Français, il n'avait aucun espoir d'arrêter leur marche en opérant sur leurs flancs.
La rapidité de tous ces mouvements en imposa à l'ennemi qui fit sa retraite en toute hâte. Dès ce moment, les événements se succédèrent avec une promptitude extraordinaire. Le 29, le duc de , M<mtebello arriva devant Braunau . Cette place forte, armée de kO pièces de canon , approvisionnée de munitions de guerre, de 3,000 tonneaux de fSurine, et de 80,000 rations de pain , tomba au pouvoir de l'armée française. Une conquête de cette importance ne retarda pas d'une heure les mouvements de l'armée, qui continua sa marche.
LeSO, TEmperear paj^tit de MûhMorf, et s'arrêta deux heures à Burghausen , poor voir marcher les trains d'artillerie qui avaient beaucoup de peine à passer le défilé. Il arriva à Braunau à cinq heures. Le temps était pluvieux. Au milieu des embarras de l'artillerie et de toutes les &tigues d'une marche forcée, les soldats voyaient avec plaisir leur Empereur, couvert de pluie et de boue , partager leurs fiitigues. Beaucoup de régiments , qui ne devaient pas s'arrêter à Braunau, passèrent à une portée de fusil des glacis de cette place. Telles étaient la nécessité des drconstances et la rapidité des mouvements, que les soldats marchèrent deux ou trois lieues encore, au lieu de se reposer pendant le mauvais temps.
L'Empereur dut s'arrêter à Braunau les 90 et 31 octobre , pour organiser les subsistances de l'armée et U défense de cette place importante, qui forme une si belle tête de pont sur l'Inn. Pendant ces deux jours, malgré le froid et la pluie , il resta constamment à cheval.
Le grand-duc de Berg, avec le corps du princed'Edunûhl, se porta sur Ried.
Le corps du duc de Montebdlo se mit en marche de Scharding sur Lintz ; fe duc de Dalmatie quitta à Ried le chemin de Lambadietseportasur Wels. Cette marche fut si rapide , que , le 1* novembre, le grand-duc de Berg entra à Lambach .
Une rencontre de cavalerie avait eu lieu sur la route de Mersbach. Mais à Lambach , le 17* de ligne se trouva , pour la première fois , aux prises avec huit bataillons russes. Ceux-ci, voulant donner le temps à leurs bagages de passer la Traun , firent halte et prirent position pour retarder d'une heure la marche des Français.
Culbutés, mis en fuite, ils laissèrent un grand nombre de prisonniers avec trois pièces de canon. Dès ce moment , les généraux autrichiens commencèrent à craindre que leurs alliés ne leur fussent pas d'un aussi grand secours qu^ilsFa-valent espéré.
Le pont de Lambach était coupé; il ne put être rétabli que sous la protection d'une vive fusillade. Le prince d'EckmûM fit passer quelques troupes sur les bateaux qui servaient au transport du sel. Le général comte Bissonfut blessé dangereusmient. La terre était couverte de neige; la saison rigoureuse, et le pays assez difiicile. Mais l'ennemi n'essaya [dus de disputer le terrain.
Le comte de Vahny, comnuindant ravant-garde du prince de Ponte- Corvo, poursuivit une colonne ennemie qui de Salzbourg se retirait sur la Carinthie; il l'attaqua dans le défilé de Golling, tourna et prit le fort de Werfen; fit 50 prisonniers, et dispersa le reste de la colonne dans les montagnes. Le prince de Ponte-Corvo et le duc de Ra^se se dirigèrent de Salzbourg et Laufien sur Lambach. Le duc de Dalmatie arriva à Wels; et le duc de MoBtebello àLintz, où il s'empara du pont
CAMPAGNE DE t8û6.
SOT le Danube , que rennemi voulut lui ifispater.
L'Empereur arriva à Ried le l*' no- Temlve. Le temps était devenu beau.
Un air firoid et sec avait remplacé la pfaiie. Les chemins étaient couverts de neige. Le 2 , Napdéon établit son quarlier--génârfd à Haag. Le froid avait conâdérableiiieDt augmenté. Cette journée 6tt l'une des plus froides de l'hiver.
L'Empereur arriva le 3 à Lambach , où fl logea au couvent; et le ii^ à Wels, où il passa le pont. Il fit le tour des collines enviroonantes. Le soir, il établit son (juartier-^néral à Lintz , au palais des États. Il y resta jusqu'au 9, et reconnut fe système des positions qui environnaient la ville.
Le ^, le prince d'Eckmûhl, appuyé par le duc de Raguse, se porta sur Sieyer. Le grand-duc de Berg et le duc de Montebello se dirigèrent sur Enns.
Le duc deDalmatie et le prince dePonte- Gorvo suivirent la même route. Nous entrâmes à Enns et à Steyer, et la ri- YÎère d'Enns fut passée.
Le grand-duc de Berg et le duc de Montebdlo joignirent, le 5, Tarrièregude des Russes , qui s'était postée sur les hauteurs d'Amstettai ; elle voulait gi^per la journée pour donner le temps à ses immenses bagages de passer la rivière dips. Les grenadiers du duc de Beggio attaquant et culbutant, après une vive résistance , cette arrière-garde eon^oiie, lui firent 1,800 prisonniers.
On trouva à Amstetten des vivres et une bdle manutention. On raccommoda le pont de rips; le grand-duc de Berg arriva à Marik le 7 novembre.
Amesure que l'on marche sur Vienne, le pays devient plus difficile; il n'y a pins qu'une seule route qui longe le Danube. C'est par cette route que toute l'année fut obligée de passer, excepté le eorps du prince d'Eckmuhl qui fut en«-
voyé par Waidhofen et Saint4Saming sur Mariazell. Le 8, l'avantrgarde étant encore à plusieurs lieues de Hariazell, recentra le corps du général MafeM, l'attaqua avec vigueur, le mit en déroute, et lui iH*it trois drapeaux et seize pièces de canon, avec &,000 soldats.
Il devenait impossible de suivre cons* tamment cette route , sans s'édairer sur la rive gauche du Danube. Le duc de Trévise avait été chargé de marcher en corps d'observation , sur la rive gauche, avec les divisions des généraux Dupont et Dumonceau , et la division de dragons du comte Klein. Il était parti de Lintz le 7 novembre, et était arrivé le même jour à Mauthausen, où il avait trouvé des magasins très considérables.
Le duc de Raguse mardiait de Stey^ sur Léoben , où il fit des prisonniers.
Cependant la confusion devenait grande dans la capitale de l'Autriche.
L'empereur d'Allemagne ouvrant enfin les yeux sur ses dangers, envoya, pour faire des propositions de paix, le lieutenant-général Giulay, prisonnier de guerre , revenu d'Ulm avec l'autorisation de Napoléon. L'empereur François déclarait toutefois qu'il ne pouvait en venir à un traité définitif avant de s'être concerté avec son allié l'empereur de Rusffle. Napoléon dit au g^àral Giulay que son souverain était le maître d'attendre le consentement de l'empereur de Russie ; mais que lui ne l'était pas de perdre son tempsà de vains armistiees; qu'il ne retarderait pas sa marche d'un Jour, ni même d'une heure; que c'était à l'empereur François à voir ce qu'il lui convenait de faire, et s'il devait mettre en balance les intérêts de ses alUés avec ceux de ses peuples et de sa capitale, qui allait être exposée à toutes les horreurs de la guerre.
Le roi de Bavière venait d'airiver à Lintz. L'Empereur avait retardé son dé^
lEMNaC.
p^ri d'un iottr pour se ecwcerter av^ c^ souverain. N84K>léon partit immédiatement après , et s'arrêta plusieurs heui^ au passage de llps pour presser la rép»* ration du pont. Il arriva le 10 à Hœlk , et le il à Saint-Polten où il séjourna le 13. A son arrivée, il apprit que les Russes, en faisant une mardie de flanc , avaient pris le cbemin par lequel ils étaient ve^ nus, et avaient repassé le Iknube sur le pont de Krems , qu'ils avaient ensuite brûlé.
Cependant le due de Trévise , instruit que Tennemi battait en retraite par la rive gauche, et qu'il se retirait sur Znaym et la Moravie, se porta le 11 à Diernstein, culbuta tous les postes en* nemis , et s'empara de Léoben. Il n'avait avec lui que la division du comteGazan ; celle du comte Dupont, restée en ar«* rière, et la division Batave, étaient en retEird d'une maiche. Le duc de Trévise croyait n'avoir aâSsure qu'à une arrière* garde; mais les Russes, qui n'avaient pas eu le temps de faire filer leurs bagages , étaient restés sur ce point au nombre de trente^x mille. Ëtonnés de raudace de cettedivisionqu'ilsapprirent bicntôtn'è»
tre forte que de neuf bataillons, ils se laissèrent conduire par le général Smith, oUicier autrichien distingué, qui fit pas* ser un corps de douze mille hommes sur les derrières de la division française. Ces douze mille hommes, arrivés au châ* teau de IMernstein, culbutèrent les quitte compagnies qu'on y avait lais* flées, et marchèrent de tous les côtés à l'attaque du village de Léoben.
Le duc de Trévise avait occupé près de ce vâbge une assez belle position.
Cerné de toutes parts, il avait résisté partout, et avait iait à l'ennemi un mal eflfroyftble. Le combat fut en effet des plus opiniâtres et des plus meurtriers.
Hais l«a cartouches venant à manquer, le due daTuéuM wjmk l'impossibilité
de résiater dana cette position, prit k parti de marcher sur le corps des Russes, et de s'ouvrir le chemin de Diemstein.
Le général Marchand, commandant Tavant-garde du comte Dupont, ayant^ entendu la canonnade , arriva avec le 9* d'infanterie légère et le aB*de ligne; il attaqua le général Smith qui se trouva lui-même pris entre deux feux. Cette heureuse diversion bcittta le mouvement de la division du comte Gazan. Le général Smith fut tué de deux balles; sa division , mise en déroute et oUigée d'abandonner la position aux troupes françaises, qui y passèrent la nuit. De part et d'autre , on fit des prisonniers. Les Russes prirent quatre cents hoat* mes , et les Français trois cents.
Sept cents hommes, que le général Kutusof avait embarqués sur leDanube, furent fiûts prisonniers par le oMfnte Milhaud , vis à vis de Tuln. Un autre bataillon de cinq cents hommes fut ar^ rété aussi deux heures après.
Au même moment, le général Kutu^ sof s'était mis en marche pour efiectuer sa retraite, et avait abandonné mille huit cents blessés. Cependant, le grand-duc de Bei^ était arrivé le 11 à Sieghartskir* chen, au débouché de la forêt de Vienne, aux portes de cette grande capitale. Il avait reçu une députation de cette ville , qui lui en apportait les clés et qui faisait connaître cpie six mille habitants étaient armés pour maintenir le bon ordre et empêcher le pillage.
Pendant ce temps, le général Giulay était envoyé auprès de Napoléon à Saintr Poltcn par l'empereur d'AHemagne.
Mais ce prince, au lieu de négocier branchement , afin de sauver sa capitale, avait chargé M. de Giulay de communiquer une note de M. de Cobenzell, qni annonçait que le roi de Crusse amt signé, le i novembra, «m ooBveatioQ
CAMPAGNE De i805.
ftt laquelle il adhérait à la coalition, l'empereur d'Autriche demandait de BOQveau un armistice; proposition inoûosidérée , plus propre à accélérer la ooirchede Napoléon qu'à la retarder.
L'Empereur envoya, dans ces cirœostances, le comte Bertrand, son tide-de-camp, porter au grand-duc de ierg Tordre de se saisir du pont de rieone. Les habitants de la capitale, et toat ce qu'il y avait de plus estimable pirmi les Autrichiens, demandaient la piiià grands cris. Les idées d'armistice étaient dans toutes les tètes; personne ne croyait qu'on voulût encore tenter les hasards d'une guerre, qui paraissait sus espoir de succès et conduisait la monarchie à sa perte.
Ce fiit dans cet état de choses que, le 13, le grand-duc de Berg, après avoir bit tourner la viUe par plusieurs batailk)os, employant la force et les négociations, s'empara du pont au moment où le général d'Auersperg venait d'ordonœr qu'on le brûlât. A onze heures du 2oîr, rSmpereur se porta au delà du poDtLe général Giulay, qui l'avait laissé à Saint-Pôlten , fut étonné de le trouver, dès la pointe du Jour, à la tète de iOQ avant-garde , déjà en marche sur la Moravie. Dans la soirée, l'Empereur vint établir son quartier-général à Schonbrann.
L'ennemi abandonna dans sa capitale pbs de 4eux mille bouches à feu, une salle d'armes garnie de plus de cent QÛQe fusils , et une immense quantité <ie munitions de guerre de toute espèce.
L'armée ne s'arrêta pas à Vienne; ^ traversa la ville et se mit en marche ^8 l'espérance de rencontrer le gênénlKutusof. Le 14, à la pointe du jour, ^ comte Milhaud se porta à Wolkers- ^, sur la route de Brûnn , avec un <^ips de cavalerie ; il fit 600 prisonniers, va.
et prit le parc d'artillerie de campagne de l'ennemi , composé de 191 pièces de canon munies de leurs caissons, qu'on évacua sur Vienne.
Le grandduc de Berg avait couché, le 13, à Stockerau. Une division de quatre mille Autrichiens , dont faisaient partie deux régiments de cuirassiers qui se prouvaient sur le bord du Danube, fut enveloppée par ce mouvement. Maison avait tant parié d'armistice, que nos généraux eurent la simplicité d'y croire. Déjà ils avaient ordonné aux cuirassiers de mettre p!ed à terre ; ils étaient sur le point de les désarmer, de les traiter comme prisonniers; mais ils commirent la faute de les laisser aller, avec la promesse de ne point se battre contre nous pendant le reste de la campagne. Il est vrai qu'après la prise de Vienne , nos troupes ne pouvaient plus s'accoutumer à considérer les Autrichiens comme des ennemis. D'après les sentiments que la population de cette capitale témoignait à l'armée , et la haine générale que le pays montrait 'contre les Busses, le soldat se regardait en Autriche comme chez lui.
Le ik novembre, le grand-duc de Bei^ séjourna à Stockerau. Le 15, il rencontra l'armée russe qui était sur les hauteurs d'HoUabrûnn. L'inquiétude des généraux ennemis était extrême. Ils avaient lieu de craindre qu'une colonne française ne fût déjà arrivée à la hauteur de Brûnn. Ils envoyèrent M. de Wintzingerode, aide^ de-camp de l'empereur de Bussie, proposer qu'on leur permit de se retirer.
Le grand-duc de Berg leur accorda la capitulation suivante :
a II a été convenu ce qui suit entre » M. le général comte Belliard , chef de » rétat-major général, et d'après l'au- » torisationde S. A. I. le grand-duc de » Berg, grand-amirai et lieutenant de
L'EMPIRI.
» 8. M. rKmpeVnur (U^s Français et roi » d*Italîe ;
» Et M. le haron '^'^'VVint^^njr^rode, )) aide -de -camp de S. M. Tempej> reur de toutes les Russies , d*îiprès )) son autorisation, etgénéhil-tnâjor de «rarmée:
» I! y aum armistice eiltre le corps j) d*armée ailx ordres de S. A. I. le » gtand-duc dé Berg et rtirmée russe D oommandée par le général en chef » totirite de Kutudof , du moment de la » signature des présentes conditions;
» L'armée russe quittera TAllemagne » et 88 mettra aussitôt en manche parla » route qu'elle a prise pour s'y rendî*e, » et par journées d'étapes. Alors , le » grand-duc de Berg consent à suspen- )$ dre sa marche sur la Morarie.
» Leà présentes conditions ne pouf- » ront être exécutées qu'après la ratifi- » cation de S. M. l'empereur Napoléon ; » et en attendant, l'armée russe et le » corps d'armée du grand-duc de Bferg , » resteront dans les positions qu'ils oc- » cupent maintenatit. Dans le cas de » non acceptation dé la part de l'Em- » pereur, on se préviendra quatre )) heures avant de rompre l'armistice. »
Cependant là capitulation était à peine signée, que le général Kutusof se mit en marche avec la moitié de son armée.
L*Empereur, se doutant qu'on tendait un piège au grand-duc de Berg, pour se tirer d'un mauvais {teis, lui envoya l'ordre de rompre la capitulation , et de iSiire à l'ennemi le plus dé mal possible. Sa Majesté partit alors de Vienne, et arriva le soif àHoBabrQtttt.
Èiàf^ la route, l'Empereur fUt arrêté par les flammes qui dévoraient un village.
Letf malheureux habttanta ^'occupaient «ans se plaindre , avec le saAi^^H) qui caractérise le Morave, à éteindre Tirt- •endKe. L'Bmpereilr reirla utfie détniheure ail nàlim d'eus , et don escorte
les aida à sauVeV leiirS chalihilères.
Le grand-duc de Berg Rt ses dlspo*iltions , et attaqua 1'r»r»nPtririo m^^mp îour , le 16 , apr^s midi. Lé dUc do Montebello assaillit les Russes de front; pendant qu'il les fidsait tourner sur la gauche par la brigade de grenadiers du comte l)upas , le duc de Dalmatie les faisait tourner sur* la droite par la brigade Levasscur , composée des 3* et 18« de ligne. Le comte Walther, avec sa brigade de dragons, chargea l'ennemi, et fit trois cents prisonniers. La brigade du baron Laplanche-Mortière se distingua. Sans la nuit, rien n'eût échappé. On se battit plusieurs fois à l'arme blanche. De;s bataillons russes montrèrent de l'intrépidité. Le duc de Reggio fut blessé. L'Empereur, voulant donner aux grenadiers une preuve de son estime , nomma le duc de Frioul pour les commander.
L'arrière-gardé russe perdit, dans cette journée, 12 pièces de canon, 100 voitures de bagages, 2,000 prisonniers et 2,000 hommes restés sur le champ de bataille.
Le 17, à la pointe du jour, l'Empereur se mit à la tête dé l'armée pour suivre lés Russes, et passa laTaya à Znaym. La journée était belle, mais IVoide.' Napoléon , tant pour encourager les soldats à la marche , que pour diminuer les fatigues de la journée , allait une lieue en avant, faisait allumer des feux , et attendait ainsi que la colonne fût arrivée à sahauteur.il suivit l'arrièregarde ennemie jusqu*à Tesswîtz , revint à Znaym , où il établit son quartier général, et y séjourna le 18. Le comte Sébastiani , avec sa brigade de dragons , tamassa cinq à six cents ftiyards russes.
L^aspect qu'offraient les beaux villages de Moravie, était horrible. Les ftusses mettaient le feu partout. Bien n'égalait lé désespoir dés habitante. Ils recex-aieût les Françak t^otnine leurs libérateui^ él
coaraient de tous les côtés pour arrêter les Russes , dont un grand nombre furent massacrés par les habitants.
On se figure facilement combien Tarmée française devait être fatiguée.
Quelque intérêt que TEmpereur eût de poursuivre les Russes, il crut devoir doaner à ses troupes la journée du 18 pour prendre du repos. Le 19, à trois heures après midi , Tavant-garde entra àBriinn queTennemi avait évacué avec UDeteDe précipitation, qu*il y avait laissé quatre mille barils de farine, tous ses mapàm de vivres , tous ses magasins de poudre et six cents pièces de canon. La citadelle fut occupée sur-le-champ. Napoléon coucha le 19 à Pôhrlitz, et entra àBrûnn le 20 , à dix heures du matin.
Se mettant aussitôt en marche pour sui^Te^ennemi avec sa cavalerie, il s'établit près du village de Latein. Nos coureurs apprirent bientôt que la cavalerie ennemie était placée dans la plaine, tjintsadroite vers le S: nton; elleparaisait vouloir disputer le terrain , et se naintenir sur uh champ de bataille qui devint célèbre, peu de jours après, par ondes plus grands faits d'armes des temps modernes. L'infanterie ennemie bivouaquait derrière le village de Ilau&nitz.
La cavalerie française était au pied de la hauteur, appelée depuis le bivouac de l'Empereur ; la cavalerie de la iMe, une lieue en arrière, et en avant de Latein. Il s'engagea un combat de cavalerie de cinq à six mille chevaux de part et d'autre. Les cuirassiers français, fidèles à leur ancienne réputation, manœuvrèrent avec intrépidité et sangiroid. Un escadron du li« de dragons, ([uiavaitfait une marche de flanc sur ^ droite, fut chargé iai même moment ^ oUigé de se replier en tirailleurs.
Dans le désol*dre, le porte-étendard ^t été tué) sou aigle fiit prise. Les
fik IB05. Si
différentes lignes ennemies aWdèreht cet escadron k plusieurs reprises. A la fm de la journée, le duc d'Istrie fit, avec la gardé, une charge brillante qui décida la déroute de la cavalerie russe; elle fut repoussée l*épée dans les reins jusqu'à Rausnitz. Une colonne de dragons russes, plusieurs officiers et une centaine d'honmies, restèrent en notre pouvpir.
Le 20 au soir , Napoléon revint à Brunn, où il resta jusqu'au 28, jour où les Russes attaquèrent les avants postes français à Wischau. Le 21 , le grand-duc de Berg porta son quartiergénéral à Rausnitz ; et toute la cavalerie prit ses cantonnements entre Rausnitz et Wischau. Quatre cents chasseurs oc-^ cupèrent cette petite ville en forme de grand-garde.
Le temps s'était considérablement adouci. Les fourrages et les vivres étaient en abondance ; mais la chaussure se trouvait dans le plus mauvais état, et l'armée harrasaée de fatigues.
L'Empereur occupait la position qu'il désirait prendre. Il voulut laisser à son armée quinze jours de repos dont elle avait besoin, pour se mettre à même d'agir ensuite selon les circonstances et la saison.
Derrière les cantonnements de la cavalerie , le corps du duc de Monteb^llo occupait les villages en avant de Brunn , avec l'ordre dç prendre position, à la première alerte, sur la hauteur de Latein. Le duc de Dalmatie, qui avait passé par le couvent de Raygern , couronnait les hauteurs d'Àusterlitz , qui dominent la route de Brunn à Wischau.
La garde impériale était à Brunn ; la division du comte CafParelli , à Pôhr^ lltz; les deux autres divisions du prince d'Eckmùhl , à Wolkersdorf et à Vienne ; le duc de Raguse , à Gratz. Le prince de Ponte-Corvo occupait Trebitsch,
Eybentsbitz, Bud^ivitz, Jarmeritz et Znaym. Les Bavarois étaient à Iglau.
Lesempereurs de Russie et d'Allemagne se trouvaient à Olmiitz, avec les deux armées réunies. Le prince Ferdinand, avec un corps de quinze à vingt mille hommes, était en Bohème. Le prince Charles, avec un corps de quarante à cinquante mille hommes, battant en retraite devant le prince d'Essling, était déjà arrivé à Laybach. Le général Chasteler, avec le corpsr qui s'était échappé du Tyrol, occupait OEdenbourg ; ce corps pouvait être considéré comme Tavant-garde du prince Charles. Telles étaient les positions respectives des deux armées.
LTmpereur , occupant un point central, pouvait réunir en peu de jours plub Je forces que Tennemi n'était capable de lui en opposer.
Les deux Empereurs marchaient-ils pour lui livrer bataille ? il pouvait en trois jours être renforcé des corps du prince de Ponte-Corvo et du prince d'Eckmûhl , ainsi que d'une partie de la garnison de Vienne. Restaient-ils au contraire sur !a défensive, et le prince Charles marchait-il sur Vienne? Napoléon pouvait employer comme avantgarde le corps commandé par le duc de Raguse , et le renforcer en deux jours par les corps du prince d'Eckmùhl et du duc de Trévise ; tandis que par une retraite sûre et lente , les corps des ducs de Dalmatie et de Montebello et du prince de Ponte-Corvo retardaient la marche des deux Empereurs dans les défilés de Nikolsbourg, ou sur tout autre point de leur route, autant de temps qu'il aurait convenu. Napoléon se trouvait à cheval sur le Danube , avec des magasins considérables et toutes les ressources de Vienne, et en position d'attaquer Tune ou l'autre armée avec toutes ses forces réunies.
Le prince Charles prenaît-îl le parti
de traverser la Hongrie et de passer le Danube plus bas, pour se réunir aux deux armées russe et autrichienne?
L'Empereur avait calculé qu'il fallait un mois à ce prince pour obtenir ce résultat. Alors, quand il l'aurait su engagé assez avant pour ne pouvoir plus marcher sur Vienne , il eût fait revenir le duc de Raguse dans cette capitale , et aurait réuni le reste de ses forces pour tomber sur l'armée des deux Empereurs, et les culbuter en Pologne.
Cette combinaison lui paraissait la plus probable , parce qu'elle lui semblait ofinr à l'ennemi l'avantage de réunir le plus de forces possible pour une grande bataille. Elle assurait à l'Empereur quelques semaines de délai , qu'il avait jugé nécessaire pour le ralliement et le repos de son année. Chaque jour, ses forces augmentaient de plus de cinq cents hommes; car son armée, qui s'était rendue de Boulogne à Brûnn, presque sans séjour, se renforçait à chaque instant de tous les détachements qui n'avaient pu rejoindre ; de tous les moyens qu'on organisait dans les pays conquis, et de ceux même qui avaient été préparés sur le Rhin et en France, dans l'hypothèse d'une retraite ou d'une guerre incertaine.
Vers le 26 ou le 27 novembre on ne tarda pas à s'apercevoir, d'après les mouvements que l'ennemi faisait à 01mûtz, qu'il ne resterait pas longtemps tranquille. Le 27, le général Giulay et M. de Stadion vinrent au quartiergénéral de Brûnn , avec des pleins pouvoirs de l'empereur d'Allemagne pour négocier et signer un traité de paix définitif. Diflërentes négociations eurent lieu. Il ne fut pas difiicile à l'Empereur d'apercevoir que les espérances des ennemis étaient rehaussées. Pour mieux connaître encore leurs véritables sentiments , il leur proposa formel-
lemeDt une suspension d'armes; ils écartèrent cette proposition , sous le prétexte que Tempereur d'Allemagne ne pouvait y consentir sans le concours deTempereur de Russie, qui dirigeait les opérations de l'armée , et qu'ils n'avaient point de pouvoirs de cet Empereur. Napoléon avait de la peine à concevoir que l'empereur d'Allemagne voulût courir les plus grands risques et tenter les hasards d'un événement décisif, qui lui présentaient peu de chanœs favorables. Il envoya les plénipotentiaires à Vienne , dans l'intention de rouvrir les conférences de Môlk.
M. le comte de Haugwitz , ministre des affaires étrangères du roi de Prusse, arriva, le 28, au quartier-général de Brûnn. Ce fut pendant la conférence que l'Empereur accorda au ministre prussien , qu'on vint lui annoncer que l'avant-garde russe paraissait devant Wîschau. Cette conférence dura quelques heures. L'Empereur alla plusieurs fois dans son cabinet, pour donner des ordres et écouler les officiers d'état-major. La conférence étant finie , il fit connaître à M. de Haugwitz que Brunn allait devenir le théâtre de grands événements, et qu'il pourrait se trouver au milieu du choc.
L'Empereur lui conseilla d'aller à Menne. Le ministre partit dans la nuit pour cette capitale.
Cependant Wischau était cerné par l'ennemi. Toute l'armée russe prenait position. La cavalerie des deux armées était à cheval et en présence. Cent hommes du 6*^ régiment de dragons, qui étaient dans Wischau, ne tardèrent pas à se rendre. Le 28, l'Empereur, après avoir expédié les ordres aux princes de Ponte-Corvo et d'Eckmùhl, ainsi qu'à t cavalerie, partit de Brûnn, et se rendit, à neuf heures du soir, à la maison de poste dite PoRorzitzer-Post. Les trois
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divisions du duc de Dalmatie bivouaquaient sur les hauteurs situées entre Austerlitz et Welspitz; leur droite s'étendait vers Hodiegitz. La brigade Treilhard occupait encore Rausnitz, devant lequel se montraient quelques bataillons de chasseurs russes.
Des hauteurs d'Austerlitz, qu'occupait le duc de Dalmatie, on voyait l'armée ennemie placée derrière Wischau sur sept lignes, indépendamment de la réserve et de l'avant-garde. L'Empereur monta à cheval pour se porter sur ces hauteurs , et s'assurer lui-même de la présence de l'ennemi et de la force de son armée. Ne voulant pas recevoir la bataille dans la position où il se trouvait, il avait intérêt cependant à ne pas perdre un pouce de terrain et à rester encore un jour dans cette position , si l'aspect des bivouacs ennemis ne faisait pas penser qu'ils voulussent attaquer le lendemain. Mais au moment où Sa Majesté montait à cheval , le duc de Rovigo, qu'il avait envoyé à l'empereur Alexandre, arriva de son quartier-général, et fit connaître que toute l'armée russe était en présence.
Le duc de Rovigo , parti de Brûnn , était resté deux jours à Olmûtz, et avait eu plusieurs conférences avec Alexandre. Il se louait beaucoup de l'Empereur et du grand-duc Constantin ; mais il témoignait beaucoup de dédain pour les propos légers et inconsidérés de cette foule d'officiers qui accompagnait les deux princes. A les entendre , ils marchaient moins à une bataille qu'à une victoire. Selon eux, les Français n'avaient vaincu que par la lâcheté des Autrichiens; et ces propos, ils se les permettaient devant les officiers autrichiens eux-mêmes: ils s'ôtaient par cela seul un moyen de vaincre.
Les Russes étaient dans une telle ignorance» des événements passés , que
Faffiure d'HoIlabrlînQleur était présentée comme une victoire, et qu'ils croyaient avoir fait quatre à cinq mille prisonniers. L'empereur Alexandre lui-même, malgré sa modération , partageait cette illusion. Toujours à cheval, il s'occupait des moindres détails du quartiergénéral. L'imprudente confiance des officiers et leurs préventions ne pouvaient échapper à un soldat aussi expérimenté que le duc de Rovigo. D'après ce qu'il annonçait, comme d'après les rapports du duc de Dalmatie , qui arrivaient dés hauteurs d'Austerlitz , l'Empereur n'avait plus besoin de s'y rendre; son opinion était fixée.
Il ordonna au duc de Dalmatie de battre en retraite. Le 29 novembre , au point du jour, il plaça lui-même son armée. Le temps était beau , mais froid. A huit heures du matin , tous les corps étaient placés , et la retraite finie. Lorsque l'Empereur eut coordonné les positions que devaient occuper les divisions de l'armt'ie , il se rendit à son quartiergénéral (jui fut établi dans une mauvaise grange appelée Gandïo, sur le plateau, en arrière de Kritschen , et à gauche de la route.
La position de Tarmée , le 29 novembre, était fixée ainsi qu'il suit : lelT*' d'infanterie légère se trouvait au Santon, très belle position où il commençait à se retrancher; en avant de cette position et à la hauteur de Bozenitz , étaient les brigades Milhaud et Treilhard , sur les deux côtés de la route. La division du comte Suchet était diagonalement en arrière du Santon, au delà du ruisseau do Wellatitz , sur la iîau('1io de la route. En arrière, étaient h'sgn;aadiers du duc de Reggio; et la garde, en troisième ligne , derrière Kritschen. ta cavalerie occupait les villages de Schlaptfmitz , Girschikowitz , Kritschen , Wellatitz et Bozenitz. l/^ di\ision du comte
d'Unsbourg avait sa ^uche appuyée ai| boisdeBellowitz, et refusait sa droite, ayant en deuxième ligne , et diagonalement en arrière, la division du comte Saint-Hilaire. La division du comte Legrand était derrière Kobelnitz. La cavalerie du baron Margaron couvrait l'extrémité méridionale des hauteurs de Pratzen. Les villages de Telnitz et de Sokobiitz étaient occupés par le bataillon Corse et le bataillon du Pô , qui se trouvaient éclairés par le corps du baron Margaron. Le comte Caffarelli , arrivé de Pôhrlitz à dix heures du matin , fut placé en réserve sur la hauteur de Latein , la droite appuyée à la route.
L'éminence, où fut établi depuis le bivouac de l'Empereur, fut armée de douze pièces.
Napoléon, en battant en retraite, avait envoyé le duc de Rovigo auprès de l'empereur Alexandre pour lui demander une entrevue , ce prince ayant paru en témoigner quelque désir, dans les différentes conversations qu'il avait eues avec cet aide-de-camp. Le 29, à midi, le duc de Rovigo revint annoncer à Napoléon qu'Alexandre avait désiré lui envoyer M. de Novosilzof ou le prince de Czartoryski. II ajouta qu'il ne s'était pas cru autorisé à amener des envoyés diplomatiques, mais qu'il avait conduit jusqu'à nos avant-postes le prince Dolgorouki, aide-de-ciimp de l'empereur Alexandre. Napoléon s'y rendit. Le prince Dolgoroukî fit à l'Empereur des propositions de paix qui tendaient non seulement à lui faire évacuer toute rAIleinagne et à rétablir remperour d'Autriche dans tous ses états , mais encore îi lui faire évacuer Tltalie entièrcî, à rétablir le roi de Sardaigne en Loinbardie et en Piémont, à replacer en Hollande l'ancien stathouder, et à livrer les places de la Meuse à l'Autriche , à la Prusse et à la Russie.
CAMP^GIiR P¥ 1805.
If'Eoipeffiur ent la p^tiepca tf écouter de sefnblables proposHioiis : (c Mais ne 1 serait-il pas juste , dit-il , que l' Angle- » terre re\1nt sur ses odieuses préten- B tiens du droit de blocus; qu'on ren- È dit vaine cette négociation de la Balti- 9 que que Nelson a signée en Finlapde, 9 et dans laquelle Tempereur çie Russie » a ab^dopné la cause des souverains B et de toutes les natjops? »
Le prince Dolgorouki répondit que l'Angleterre n'était pas une puissance continentale, et qu'aucune puissance du continent ne pouvait se mêler de ses opérations. Ace discours, l'Empereur ne put contenir son indignation, et congédia Taide^le-camp d'une jpanière assez brusque. Tous ceux qui l'entouraient s'en aperçurent.
Le 30 , le prince d'EJckmùhl était arrivé à Nîkolsbourg , avec le con)te Priant et deux divisions de dragons. Le prince de Ponte-Corvo avec son corps d'armée était à une demi-journée , en arrière de Brûnn. Le lendemain , les ennemis encore éloignés ne pouvaie^it que se placer devant l'armée française, et commencer tout au plus quelques attaques qui n'auraient pas été décisives. Ils n*occupaîent pas encore les hauteurs de Pratzen qui étaient couvertes par notre cavalerie. Dès lors, ils ne pouvaient plus faire une attaque en tqrce dans la journée du 1*' décembre. Ils ne pou\'aient plus déborder pi atteindre, dans cette journée , la droite de l'armée placée en arrière comme elle l'était.
En supposant même que l'ennemi voulût attaquer dans la journée du 1^ décembre, il était évident, d'après ses dispositions de la nuit, qu'il ne pouvait attaquer que la position comprise entre le Santon et Girscbikowitz, sur plusieurs colonnesen masse, comme les Russes ont fiût quelquefois. Douze pièces de canon placées sur le Santoa , sû( çur le Revers
de cette hauteur, vingt-quatre placées dans les intervalles de la division du comte Suchet et des dragons, auraient fait un feu terrible , et arrêté la marche des colonnes russes. Dans une position aussi avantageuse , la perte de l'epnerni, réuni en masse , paressait indubitable , même sans un engagement sérieux de la part de l'armée française.
Jtf ais s'il eût marché toute la journée du 29 , s'il eût passé la nuit devant l'armée française , qu'eût fait alors l'Enipereur ? eût-il donné la bataille avec vingt ou vingt-cinq mille hommes de moins, qui devaient lejoîndredansla journée dul^^Mécembre? Non. Son intention dans ce cas était de se placer sur les hauteurs de Brùnn , derrière la Schwartza.
^Aussi l'Empereur avait-il constamment placé son armée, pendant I4 journée du 29, en deçà des défilés, de manière à p'^ prouver aucun retard, et à battre en retraite avec autant de promptitude que s'il n'eût eu que huit mille hommes ; ce qui mettait nécessairement un jour de différence dans l'attaque.
Huit jours auparavant, l'Empereur avait reconnu les hauteurs de Brûnn , et choisi un champ de bataille ; il avait compris que l'ennemi mettrait tous ses soins à déboucher par le couvent de Raygern , pour lui couper la route de Vienne et déborder sa droite. Par ce mouvement , la gauche de l'ennemi aurait été elle-même au devant du duc de Trévîse qui occupait Vienne ; celui-ci attendait que l'armée du duc dé Raguse, qui avait déjà évacué Gràtz , vînt garder à son tour cette capitale, pour joindre avec toutes ses forces le corps du prince d'Eckmûhl à Nikqlsbourg.
L'Empereur , appuyé à une forteresse couvrant le défilé de la Bohêpie et d'Iglau , par lequel arrivait le prince de Ponte-Corvo , aurait manœuvré sur les ^lles positions àê ^runn contre Far
L EMPIRE
mée russe qui , par sa tendance à arriver sur Vienne avant l'Empereur, se serait placée elle-même entre deux cx)rps d'armée , et aurait eu contre elle trente mille hommes de plus qu'à la bataille d'Austerlitz.
Toute marche en arrière retardait l'affaire d'un jour ; et chaque jour de retard rassemblant l'armée française, mettait l'armée russe dans une position plus critique.
L'Empereur choisit dès lors son champ de bataille , et résolut d'y attendre l'ennemi. Assuré d'être renforcé dans la journée du l**' décembre par les corps des princes d'Eckmùhl et de Ponte-Corvo , il fit passer le défilé de HVellatitz à la division du comte Suchet, qui fut remplacée par la division du comte Caffarelli.
Pendant la journée du 30, il parcourut tous les plateaux en avant d'Àugezd, de Pratzen et de Girschikowitz , il s'avança même si loin avec peu de monde , que le piquet de son escorte fut chargé par les cosaques.
« Si je voulais, dit l'Empereur, em- » pécher l'ennemi de tourner ma droite, » je me placerais sur ces belles hau-
village. Le comte Caffarelli fut placé en deuxième ligne, à cheval sur la route, ayant sa gauche appuyée à un mamelon. Les hauteurs qui séparent le Santon du village de Wellatitz et de Horakow étaient couronnées par différents postes. Le corps du duc de Dalmatie formait la droite et la refusait ^ étant campée derrière Puntowitz et les lacs de Kobelnitz. Ces dispositions montraient l'intention de l'Empereur de ne pas engager une affaire sur ces points.
La journée du 1*^ se passa en reconnaissances respectives. L*armée ennemie se montrait cependant de tous les côtés. Sa droite était appuyée à Posorsitz ; son centre , au village de Blazowitz ; sa gauche couronnait toutes les hauteurs de Pratzen. Différents mouvements de cavalerie eurent lieu; ils étaient peu importants en eux-mêmes, mais plus propres cependant à encourager l'ennemi dans ses attaques qu'à le décourager.
Vers trois heures après midi , l'ennemi parut faire sur sa gauche un mouvement plus décidé. Il exécuta, à trois portées de canon de nos avant-postes ,
» teurs , où je n'aurais qu'une bataille une marche de flanc dont on apercevait
» ordinaire. J'aurais, il est vrai , l'avan- » tagc du poste. Mais outre que je pour- » rais courir les risques d'avoir un )/ engagement sérieux le l*', l'ennemi » nous voyant ainsi à découvert, ne » pourrait guère commettre que des » fautes de détail. Avec des généraux )) peu experts dans la grande guerre , » nous devons chercher à profiter des )) fautes capitales. »
Le 1^ décembre , à la pointe du jour, le comte Suchet avait sa première ligne en bataille et la seconde en colonne , sur le revers qui se prolonge depuis le Santon jusqu'à Girschikowitz ; les dragons du comte Walther occupaient le
tous les détails sans lunette. Nos éclaireursde cavalerie, placés sur la hauteur d'Augezd, se replièrent ; à la nuit, ils se trouvèrent en avant de Telnitz et de Sokolnitz. Pendant la nuit, les deux ar mées occupèrent les positions qu'elles avaient prises dans la journée.
Les mouvements de l'ennemi, que l'Empereur avait toujours devinés, étaient alors entièrement démasqués.
Il était évident que les Russes voulaient tourner la droite par les villages de Telnitz et de Sokolnitz ; mais ils ne pouvaient faire ce mouvement qu'en occupant quatre lieues de teiTain, qu'en s'enfonçant dans les vallées et en occu«
put fidblement les hauteurs principales. L'Empereur vit alors qu'en faisant une manœuvre contraire à celle des Russes, en réunissant toutes ses forces, de manière que l'extrémité de sa droite se trouvât placée vis-À-vis de leur centre, il s'emparerait aisément des hauteurs de Pratzen, couperait l'armée ennemie en deux, jetterait toute la gauche dans les marais et les bas-fonds, où elle se trouverait prise entre l'armée et le corps du prince d'Eckmûbl qui était à Nikolsbourg, et dont Tavantgarde était déjà arrivée au couvent de Baygern. Il vit encore que la ligne d'opéialions de l'armée russe, qui était la route d'Olmûtz, serait fa'blement gardée et facile à enlever ; qu'avec une bonne contenance et un peu de fortune, on vaincrait presque sans combattre cette armée, qui se trouverait perdue et anéantie , quelques efforts de coulage qu'elle pût faire ensuite.
A neuf heures du soir, l'Empereur visita les bivouacs de son armée : c'était la veille de l'anniversaire de son couronnement. Il avait fait lire aux troupes la proclamation suivante:
« Soldats !
» L'armée russe se présente devant »vous, pour venger l'armée autri- » chienne d'Ulm. Ce sont ces mêmes » bataillons que vous avez battus à Hol- > labrûnn , et que vous avez poursuivis » constamment jusqu'ici.
» Les positions que nous occupons » sont formidables. Pendant qu'ils mar- » cheront pour tourner ma droites iU * me présenteront le flanc.
» Soldats ! je dirigerai moi-même » tous vos bataillons. Je me tiendrai » loin du feu , si , avec votre bravoure » accoutumée , vous portez le désordre » et la confusion dans les rangs enne- » ona. Mais si la victoire était un mo-
)) ment incertaine, vous verriez votre )) Empereur s'exposer aux premiers » coups. Car la victoire ne saurait hési- » ter, dans cette journée surtout, où il » y va de l'honneur de l'infanterie fran* » çaise, qui importe tant à l'honneur » de toute la nation.
» Que sous le prétexte d'emmener » les blessés, on ne dégarnisse pas les » rangs ; que chacun soit bien pénétré » de cette pensée qu'il faut vaincre ces » stipendiés de l'Angleterre, qui sont » animés d'une si grande haine contre » notre nation.
» Cette victoire finira la campagne.
» Nous pouiTons reprendre nos quar- » tiers d'hiver, où nous serons joints » par les nouvelles armées qui se for- » ment en France. Alors, la paix que » je ferai sera digne de mon peuple, » de vous et de moi.»
II serait impossible de peindre l'enthousiasme des soldats. Par un mouvement spontané, qui caractérise l'esprit dont ils étaient animés, des bottes de paille embrasées furent placées en un instant au haut de plusieurs milliers de perches; et quatre-vingt mille hommes se portèrent au devant de l'Empereur, en le saluant par des acclamations qui fêtaient l'anniversaire de son couronnement, et qui lui annonçaient que l'armée lui donnerait le lendemain un bouquet digne de lui.
En passant devant le 28' de ligne, qui avait beaucoup de conscrits du Calvados et de la Charente-Inférieure, l'Empereur lui dit : (( J'espère que les Nor- » mands se distingueront aujourd'hui. »
Napoléon , qui connaît la composition de chaque régiment , dit un mot à chacun ; et ce mot , arrivant au coeur de ceux auxquels il était adressé, devenait le cri de ralliement au milieu du feu. Il dit au 67* : « Rappelez-vous qu'A » y a bien des années, je vous ai sur-