‹ Bibliotheque militaire (volume 2)Chapitre 3 sur 205 · V«B|»IK · texte numérisé non relu

V«B|»IK

Tf( nommé le terrible. » Un des plus vieux grenadiers s'approcha en lui disant : (( {Impereur, tu n'aurai pas bep soin de t'exposer. Je te promets , au » nom des grenadiers de l'armée , que » tu n'auras à combattre que des yeux, » et que nous t'amènerons demain les » drapeaux et Tartillerie de Tarmée «russe, pour célébrer l'annivOTsaire » de ton couronnement. »

L'Empereur dit en entrant dans son bivouac, qui consistait en une eabane de paille sans toit que lui avaient faite les grenadiers : « Voilà |a plus belle » soirée de ma vie. Mais j'éprouve du » regret à penser que je perdrai beau- » coup de ces braves gens. Je sens , au » mal que j'en éprouve, qu'ils sont » réellement mes enfants ; et , en vé- » rite , je me reproche quelquefois ce » sentiment ; car je crains qu'il ne fi- » nisse par me rendre inhabile h la » guerre. » Si l'ennemi vit ce spectacle, il dut en tHn» ('épouvanté. C<;pciulant, il continuait ses mouvements , et cx)urait à grands pas à sa perte.

Le 2 décembre, à minuit, lorsque l'Empereur rentrait à son bivouac , il reçut le rapport de son aiderde-ciunp , le duc de Rovigo, qu'il avait envoyé aux villages de Telnitz et de Sokolnitz , pour s'assurer si l'ennemi avait de l'infanterie devant ces villages , et en quel nombre cette infanterie pouvait (^tre. L'aidede-camp lui rapporta que le baron Merle, qui commandait sur ce point, avait en présence un corps assez nombreux, non seulement de cavalerie, mais . d'infanterie , qui avait pris position devant lui. « En ce cas, dit l'Empereur, il » faut livrer bataille. Il n'y a plus de » doute sur les projets erronnés qui » dirigent les généraux de cette armée. )) Demain, à cette heure, elle sera à » nous. »

L'Empereur fait sjur-le-champ ses

dispositions. Il ordonne %r\ prinçg

d'Eckmûhl de se rendre à Raygern; de prendre le commandement de la division du troisiènie corps d'armée qui y était arrivée; d'agir d'une manière indépendante et détachée; de se mettre en mouvement av^nt le jour, pqur tâcher de joindre l'ennemi au village de Telnitîs; et, dans le cas où les Russes l'auraient dépassé , de les contenir en les harcelant; mais de ne les attaquer vigoureusement que lorsqu'ils seraient coupés, et qu'il verrait les hauteurs de Pratzen occupées par nos troupes.

Il confie au duc de Dalmatie le commandement de la droite; il lui ordonne d'occuper en force, sur-le-champ, le village de Telnitz, et surtout celui de Sokolnitz , afin qu'ils ne soient pas enlevés par les coureui^ ennemis , et qu'il ne soit pas obligé de faire ses dispositions pour les attaquer en règle; le plan général de la bataille demandant que l'ennemi ne s'empare de ces villages que lorsque nous serons arrivés sur les hauteurs de Pratzen. Le baron Merle, avec le 3' régiment de ligne , le 26* d'infanterie légère et les tirailleurs du Pô, soutenu par la cavalerie légère du baron Margaron et six pièces de canon, est chargé d'occuper ces villages.

L'Empereur ordonne au duc de Dalmatie de faire prendre les armes à petit bruit et à quatre heures du matin ; do faire passer le ruisseau sur les ponts qu'il a établ's, ayant soin cependant de laisser assez de uionde au bivouac pour entretenir les feux jusqu'au jour; de placer en avant de Kobelnitz, sur deux lignes et en colonnes d'attaque, la brigade du baron Levasseur, composée des 18* et 75* de ligne et des tirailleurs corses; de former, sur trois lignes et en colonnes d'attaque , en avant de Puntowitz, les trois brigades de la division du comte Saintrililaire; et de di§po^ d§ps le

CAMP4QIJÇ même ordre , en avant ddGirschikowitz, les trois brigades de la division du comte dTInsbourg.

n donne le commandement du centre au prince de "Ponte-Copvo qui reçoît l'ordre de fiiire partir, une heure avant le jour, le comte de Valmy avec sa cavalerie légère , pour que cette cavalerie se réunisse à celle du grand-duc de Berg ; d'être rendu lui-même avec ses deux divisons d'infenterie à la hauteur du quartier-général; de passer le ruisseau au rillage de Girschikowitz; enfin délier sa droite au duc de Dalmatie et sa gau* che à la cavalerie du grand-duc de Berg.

II ordonne au grand-duc de Berg de prévenir tous les commandants de la cavalerie , et de faire -ses dispositions pour la réunir à la gjauche du village de Girschikowitz ; il lui prescrit aussi d'appuyer sa droite au prince de Ponte- Corvo et sa gauche au duc de MontcbeUo.

L'Empereur confie au duc de Montebello le commandement de la gauche ; il lui ordonne de former les divisions des comtes Suchet et Cafiarelli en avant du ruisseau ; d'appuyer sa droite à la cavalerie du grand-duc de Berg ; d'éclairer sa gauche avec la cavalerie légère du comte Milhaud ; et de laisser le comte Oaparède avec le 17* pour occuper le Santon.

n ordonne aux ducs d'Istrie et de Re^o de se former au point du jour, sur deux lignes , en colonne serrée par bataiDon et à distance de déploiement, avec rartillerie dans les inten^alles, et la cavalerie en colonne serrée par escadron.

Les dispositions de Tennemi étaient toutes différentes.

Le prince Bagration , commandant la droite, composée de douze bataillons et de quarante escadrons, occupait les hauteurs de la Pos^te.

Le prince |.ichtenstein ^ ayoc IfL pl)is grande partie de la cavalerie , se trouvait entre le centre et la droite.

Le général en chef Kutusof occupait le centre et garnissait les collines de Pratzen , avec la troisième colonne forte de 24 bataillons, commandée par le général Przybyszewski , et la quatrième colonne sous les ordres du lieutenantgénéral Kollowrath.

Le général Buxhowden conimandait l'aile gauche, composée de deux colonnes : celle du général Langeron, forte de dix-huit bataillons , occupait les collines au dessus d'Âugezd ; le général Wimpfen , à la tête de dix-huit bataillons, était à l'extrême gauche et occupait le village d'Augezd.

Le général Kienmayer, avec quelque infanterie et de la cavalerie , formait Tavant-garde de Taile gauche. La réserve que commandait le prince Constantin devait occuper la colline de Pratzen. Le prince Repnin devait se placer à la hauteur, à droite de Blazowitz , où ce méme^ prince fut ensuite présenté à l'Empereur, après la charge de la garde.

Par ces dispositions , l'extrémité de la droite de l'armée française se trouvait vers le centre de l'armée russe.

Elle était débordée par la moitié du corps du général Kutusof, par celui du général Buxhowden et par celui du général Kienmayer.

La simplicité et la sagesse des dispositions de TEmpereur animaient tout le monde de la plus grande confiance.

La nuit était belle et éclairée par la lune. L'immense quantité de feux des deux armées embrasait l'atmosphère.

L'Empereur prit trois heures de repos.

Il monta à cheval à trois heures du matin , pour voir si l'ennemi avait fait des mouvements pendant la nuit. La lune s'était couchée; le temps était devenu

L'EMPIRE

plus froid. A Tivresse et aux fêtes de Tarmée française , avait succédé un profond silence. Tout le monde dormait.

L'Empereur se rendit au village de Girschikowitz. Un régiment de dragons était de grand-garde dans la rue principale. Napoléon apprit par le rapport des sentinelles que les bruits de Tarmée ennemie venaient de cesser; mais que jusqu'à deux heures du matin , on avait entendu le mouvement de la marche des troupes qui se dirigeaient toujours sur leur gauche , c'estè-dire sur Telnitz et Sokolnitz. Les feux étaient effectivement prolongés de ce côté. Ce fut un nouvel espoir de succès, et une confirmation des fautes que commettait l'ennemi.

A la pointe du jour, les feux des bivouacs ennemis commencèrent à s'éteindre. Malgré l'obscurité, les collines de Pratzen paraissaient déjà dégarnies.

L'Empereur était sur le petit monticule du bivouac , environné de tous les maréchaux. Ses dispositions avaient été ponctuellement exécutées. Il ne doutait pas que les ennemis ne suivissent l'exécution de leurs projets. Avant de donner le signal du combat , il attendit encore que le jour l'eût assuré qu'ils persistaient dans le même plan.

Cependant les cinq divisions de l'armée ennemie ne tardèrent pas à descendre des hauteurs et à se diriger entre le village de Telnitz et l'étang de Kobelnitz , avec le dessein de se porter sur Turas et de tourner la droite des Français. Le reste de l'armée devait alors appuyer ce mouvement. Le prince Bagration, la garde impériale et la cavalerie du prince Lichtenstein devaient poursuivre, sur le grand chemin de Brûnn , la gauche de l'année française, qu'on supposait devoir reculer pour soutenir la droite.

A la première lueur du jour , quel-

ques coups de fusil se firent entendre au village de Telnitz. La fusillade devint vive, et la canonnade ne tarda pas à s'engager. Cependant les différentes divisions de l'armée étaient placées dans des fonds, et ne pouvaient être aperçues à cause de la fumée des bivouacs et des brouillards qui s'élèvent ordinairement avec l'aurore dans les environs des marais. Bientôt le soleil se montre. Ce jour, anniversaire du couronnement de l'Empereur , qu'allait illustrer un des plus beaux faits d'armes du siècle, parut devoir être aussi une des plus belles journées de l'automne. L'obscurité qui couvrait encore le sommet des hauteurs se dissipa. Bientôt elles parurent dégarnies de cette immense quantité de soldats ennemis qui y avaient passé la nuit; elles n'étaient même que faiblement gardées.

« Combien vous faut-il de temps, dit » l'Empereur au duc de Dalmatie , pour » arriver sur les hauteurs de Pratzen )) avec vos divisions ? — Moins de vingt » minutes , lui répondit le maréchal. » — « En ce cas , dit l'Empereur, atten- » dons e^ncore un quart d'heure. »

Le feu cependant devenait toujours plus vif, au village de Telnitz, où l'ennemi ne pai*aissait faire aucun progrès.

Un aide-de-camp arriva bientôt de la droite , pour annoncer que la gauche des Russes, qui paraissait forte de 40 à 50,000 hommes, descendait sur cinq colonnes ; que déjà leurs masses avaient évacué les hauteurs; qu'elles voulaient forcer les villages de Telnitz et de Sokolnitz; qu'il fallait renforcer ces villages, si on voulait les conserver; que rien ne pouvait résister sur ce point à cette immense supériorité. Cet officier ignorait que l'abandon de ces villages entrait dans les plans de l'Empereur.

Napoléon donne les derniei^s ordres.

Le grand-duc de Berg, le prince de

CAMPAGNE PoDie-Corvo , les ducs de Montebello et de D&lmatie , partent au galop. Il était environ huit heures et demie. L'Empereur courut sur le front de bandîère; il disait en passant : ce Soldats, finissons s cette campagne par un coup de tons nerre qui confonde Torgueil de nos 9 ennemis » Aussitôt les chapeaux au bout des baïonnettes , et les cris de vue ^Empereur devinrent le signal du eombat. .

Les voltigeurs des divisions des comtes d'Unsbourg et Saint-Hilaîre s'avancent et commencent le feu. En un moment, ces divisions gravissent les collines de Pratzen en colonnes et Tarme au bras. La cavalerie du grand-duc de Berg s'ébranle. La gauche de Farmée, commandée par le duc de Montebello , s'avance. Une canonnade terrible s'engage sur toute la ligne. Deux cents pièces de canon tonnent presque à la fois; et deux cent mille hommes sont aux prises.

Cependant Tennemî s'aperçoit du mouvement qui menace son centre. Il renforce les hauteurs de tout ce qu'il peut trouver d'hommes disponibles, sans garder ni rang de division , ni rang de colonne. Il place partout, et au hasard , des bataillons en ligne. Le général Kutusof , qui commande le centre , s'avance avec toute sa réserve : faible et ?aine ressource ! Cette armée , surprise pendant une marche de flanc , se voyant attaquante d'abord et bientôt attaquée , se croit déjà à demi battue.

Le général Kutusof ne néglige aucune des mesures qui dépendent de lui. Il sent que le sort de la bataille est attaché à la possession des collines de Pratzen. L'armée française qu'il voit mardiant sur trois colonnes serrées, pour s'emparer des collines, lui fait pressentir le destin de cette journée.

L'empereur de Russie et le général

Kollovrath, qui avaient dû retarder leur mouvement pour donner le temps aux autres colonnes de filer, aperçoivent l'armée française au moment où , sortant du brouillard des marais, elle se montre à mi-côte, près d'arriver sur le sommet des collines.

A peine le général Kutusof a-t-il le temps de mettre en bataille la quatrième colonne, d'envoyer quelques bataillons dans le village de Pratzen, et de faire quelques dispositions de cavalerie, que le 10** d'infanterie légère du comte Saint-Hiiaire, négligeant le village, passe le ruisseau, et marche droit sur les hauteurs.

Le duc de Dalmatie avait pensé que l'attaque du village le retarderait; il sentait l'importance de couronner les collines, dans le premier moment de surprise et de crainte. A cent cinquante pas, le 10* engagea le feu, culbuta l'enneiiii , et s'empara de la position. Le comte Morand, qui commandait l'avantgarde , était soutenu par la brigade du général Thiébault, composée des 11* et 36* régiments de ligne. Le général Waré, avec la 3* brigade, formée des 43* et 55*, tourna la gauche du village , couronna les hauteurs, prît en flanc deux régiments russes destinés à soutenir ce village , les attaqua encore mal formés, et les dispersa. L'ennemi évacua Pratzen et fut poursuivi ; le désordre et l'épouvante se propagèrent dans ses rangs.

La division du comte d'Unsbourg arrivait en ce moment à la hauteur de la brigade du général Waré. Elle attaqua sur-le-champ la quatrième colonne que le général Kutusof venait de ranger en bataille. Celle-rci , formée sur plusieurs lignes , refusait sa droite , placée sur les sommités du terrain , vers Krzenowitz.

Ces sommités étaient hérissées de bouches à feu. La première ligne fut en-

I/KMPIRK.

foncée et son artillerie prise ; la seconde fut culbutée , et la cavalerie qui la soutenait fuit en désordre. Six bataillons qu'un mamelon masquait dans leurs mouvements, manœuvraient pQur tourner la gauche de la division ; le k^ de ligne les attaqua de front. Le baron Schiner avec le 24* d'infanterie légère prit l'ennemi, en flanc , l'aborda sans tirer un coup de fusil et le tailla en pièces. Un régiment russe et le régiment de Salzbourg autrichien périrent presque en entier.

Cependant, le grand-duc de Berg s'était porté , avec toute sa cavalerie, au village de Blazowitz. La cavalerie ennemie qui, au premier moment, était accoui'ue pour soutenir la quatrième colonne , fut arrêtée brusquement dans son mouvement; elle retourna pour prendre sa première position , appuya la gauche du prince Bagration , et coopéra à la défense du village de Blazô* v^itz où devait arriver la garde impériale et les deux empereurs.

Blazowitz était occupé par douze cents Busses. Le général Ulanius avait placé trois bataillons dans les villages de Kruh et de Holubitz , et les hauteurs de Kruh étaient armées d'une artillerie formidable. Une nuée de Cosaques masquait les dispositions de la cavalerie ennemie. Bientôt cette nuée se dissipe; et au même instant, l'artillerie de position vomit un feu terrible sur la cavalerie légère du comte de Valmy , que le général Essen charge aussitôt avec les hulansde la garde impériale russe. Les chasseurs passent dan^ les intervalles de l'infanterie; les hulans les suivent jusqu'aux batteries, et essuient, à bout portant, le feu de la mousqueterie du comte Cafhrelli. Plusieurs charges se répètent avec le mérae succès. L'infanterie inébranlable fournit toujours un feu nourri. Les régiments des comtes

de Valmy et Walther prennent huit pièces de canon , et renversent tout ce qui tente de leur résister. Le colonel Corbineau prend un drapeau au milieu d'un bataillon russe. Le comte Séfaastiani attaque l'ennemi en flanc, et le force à fuir en désordre.

Pendant ce temps, le duc de liontebello fait attaquer Blazowitz par le 13® d'infanterie légère , soutenu par le 17^ de ligne. La division du comte Suchet marche contre l'infanterie du prince Bagration , dont rextrémité droite dirige d'inutiles attaques sur le Santon ; elles sont constamment repoussées par le comte Claparède , avec le 17*^ d'infanterie légère.

La gauche de l'armée ennemie avait continué ses attaques. Le général Stuterheim , à la tète de quelques bataillons autrichiens, avait d'abord emporté la hauteur près de Telnitz. La première colonne russe, qui suivait l'avant-garde autrichienne , attaqua vivement le village de Telnitz. Les tirailleurs du Pô et le 3® régiment, profitant des fossés, des maisons , des vignes , et suppléant au nombre par le courage, résistèrent longtemps; mais ils durent enfin céder à ces masses , et se replier derrière Sokolnitz. L'ennemi se fortifiait déjà en avant du village , lorsque le prince d'Eckmùhl arrivant de Raygern, à neuf heures, avec la division du comte Priant et les dragons du comte Bourcier, attaqua et reprit le village de Telnitz. Les rues et les maisons furent jonchées de morts , et cinq pièces de canon prises. On fut obligé d'en abandonner deux , faute de chevaux pour les ramener. Le 106*", presque toujours mêlé avec l'ennemi, lui enleva deux drapeaux.

Les Russes culbutés , Cuvantes, dans le plus groad désordre, étaient sur le point de mettre bas les armes.

CAMPAGSÈ

ils paplementaîenl déjà , lorsque le 26« régiment d'infanterie de ligne , qui faisait partie de la division du comte Legniod , formée sur la gauche et en arrière de Sokolnitz , vint se placer derrière le ruisseau, en avant duquel combattait le 108* régiment, te brouillard De lui permettant pas de reconnaître nos troupes , ce régiment engagea un feu très vif qui fit beaucoup souffrir la brigade du comte Heudelet. Alors les Russes reprirent les armes , tandis que quelques-uns de leurs bataillons, se déployant en plusieurs lignes sur la hauteur de Telnitz , y établirent des batteries et s'emparèrent une secopde fois du village : ils Toccupèrent par quelques bataillons , firent passer la cavalerie du général Kienmayer au-delà du défilé , et attendirent pour se porter en axant que la communication fût bien établie avec les deuxième et troisième colonnes. Us attendirent également l'issue du combat sur les hauteurs de Pratzen.

Il était dix heures.

Depuis près de deux heures , les deuxième et troisième colonnes russes, appuyées par une batterie de douze pièces de canon , attaquaient Sokolnitz avec vigueur. Le baron Margaron protégeait ce village avec ses six pièces dartillerie légère établies dans une bonne position.

La division du comte Legrand, accabléa par les deuxième et troisième colonnes russes , fut enfin obligée d*évacuer Sokolnitz , et de se retirer sur les hauteiu^ en arrière. L'ennemi se dé- {Aoyait et manœuvrait pour couper la communication du comte Friant avec le comte Legrand. Alors le prince d'Eckmûhl , laissant le comte Bourcîer avec sa cavalerie pour contenir l'ennemi detant Tetaitz, se porta sur Sokolnitz irec teÈ etîiq régimentâ du comte

DE 1805. tt

Priant. Le baron Margaroti chargea avec sa cavalerie , pendant que le général Lochct , à la tôte du i8 , marchait à l'ennemi , secondé par la brigade du baron Kister et le Ul». Les Russes, enfoncés et culbutés , furent poursuivis jusque dans le village qu'ils abandonnèrent. Le 48* ^'empara de deux drapeaux et de six pièces de canon.

Mais l'ennemi auquel son immense supériorité permettait de renouveler constamment ses attaques avec des troupes fraîches , parvint à repousser le m*' qui tenait la gauche du village de Sokolnitz ; le 48« fut alors livré à lui-même, pendant près de trois quarts d'heure. Le général Lochet, resté avec ce régiment, eut à soutenir le combat dans les rues, dans les granges et dans les maisons. Pour dégager le 48*, le comte Friant se porta sur Sokolnitz avec la brigade du baron Kister, et parvint à rejwusser un moment l'ennemi. Il jeta aussitôt dans le village le 15* régiment d'infanterie légère. Ce régiment, composé en grande partie de conscrits, s'y couvrit de gloire; mais il ne put encore débarrasser le 48* . Il fut repoussé , ainsi que le 33* , après la plus vive résistance. Cette brigade, ralliée immédiatement^ fut ramenée au combat.

Cependant le centre de Tennemi renouvelle ses efforts pour reprendre le plateau de Pratzen qu'occupent les 10*, 14*, 36* et 43* régiments. La gauche de la troisième colonne, commandée par le général Kamensky , qui se trouve à portée, fait front et menace la droite du comte Saint-Hilaire. Les deux régiments russes de la deuxième colonne , Fanagorisky grenadiers et Rhyaski mousquetaires , restés en réserve sur la hauteur que cette colonne avait occupée pendant La nuit, se sont joints au général Kamensky et aux brigades autrichien-

L'EMPIEE.

nés Jurczeck et Rottermund. Une vingtaine de bataillons occupent une ligne très étendue , à la naissance du revers qui tombe sur Augezd et Hostieradeck ; ils s'avancent avec une nombreuse ar- UUerie pour envelopper les quatre régiments français. Le centre de cette ligne , à Taide d'une supercherie, arrive jusqu'à trente pas sans essuyer de feu. Deux officiers crient en se portant en avant : « Ne tirez pas, nous sommes » Bavarois ! » Dès que cette ruse est reconnue , les deux bataillons du 36"* , un bataillon du !&•*' et un autre du 10'' , fondent avec fureur sur cette partie de la ligne, et la dispersent. Le comte Saint-Hilaire est blessé , et le cxylonel Mazastué.

Le reste de cette ligne continuait soii mouvement. Le second bataillon du 10* s'avance et est repoussé. Trois de nos bataillons vont se trouver aux prises avec quinze bataillons ennemis. Le baron Levasseur, resté en réserve en avant de Kobelnitz avec les tirailleurs corses et les 18* et 76* régiments de ligne , s'élance sur le flanc gauche de cette colonne ; taudis que le comte Morand avec le premier bataillon du l&^et les deux bataillons du 10* , charge l'ennemi de front , et le précipite dans les ravins d' Augezd et de Nusle.

La queue de la colonne qui attaquait Sokolnitz suit le mouvement du baron Levasseur; mais elle est contenue par l'artillerie que commandait sur la hauteur le chef de bataillon Fontenay, et bientôt culbutée elle-même. Le comte Saint-Hilaire reste enfin maître du plateau. .

Pendant ce temps , le comte d'Unsbourg, avec sa division , et le général Waré avec le B5«, achevaient de chasser l'ennemi de ses positions, lui enlevaient son artillerie, et le jetaient dans les bas-fonds de Klein-Hostieradeck.

Le prince Lichtenstein accourut avec une partie de sa cavalerie pour couvrir la retraite de la quatrième colonne , dont les débris se retirèrent sur Satzchan , et nous abandonnèrent entièrement les collmes de Pratzen.

A la ^uche, le village de Blazowitz avait été emporté après une vive résistance. Pendant que le IT*' emmenait les douze cents prisonniers faits dans ce village, un corps de cavalerie ennenjie débouchait sur le flanc droit de ce régiment. Le général Debilly fit aussitôt former en bataillon carré le 61*, qui fut placé en seconde ligne derrière le 17*. Ce mouvement fut exécuté avec tant de rapidité , que la cavalerie ennemie se trouva engagée entre ces deux régiments , et écrasée par leur feu croisé.

Dans la confusion causée par sar défaite, cette cavalerie, s'efforçant de se frayer un passage, sabre les Autrichiens qu'elle ne reconnaît plus. Le grandduc de Berg ne peut croire qu'elle est russe, en voyant ce combat ; il la prend pour un corps bavarois, et va faire cesser le feu. Mais bientôt il aper^ çoit son erreur. Exposé à de grands dangers , il est obligé de charger l'ennemi avec son escorte et les officiers de son état-major. Il fait ensuite avancer la première division de grosse cavalerie aux ordres du comte Nansouty.

Jamais on ne vit une charge plus brillante. Jaloux de soutenir leur ancienne réputation , les carabiniers, les 9* et 12* régiments de cuirassiers, enfoncent les escadrons ennemis, et les forcent de se replier; les 2* et 3* de cuiras iers, placés en seconde ligne-, se mettent alors en mouvement. Rien ne peut résister à leurs charges successives. L'ennemi voit ses rangs éclaircis par le grand nombre de morts et de blessés qui tombent sur le chaipp de bataille ; il

fuît en désordre et nous laisse entièrementmattres des hauteurs de Blazowitz et deKruh«

' Pendant ce temps, l'infiinterie du prince Bagration, ayant sa gauche appuyée au village de Kruh et aux batteries formidables qui le flanquaient , avance sa droite soutenue par les Cosaques. Le duc de Montebello feit exécuter à la division du comte Suchet un diangement de front, Taile droite en avant ; tandis que la division du comte Caflhrelli , secondant la belle charge des carabiniers, marche à Fattaque du plateau et du village de Kruh , et y prend huit pièces de canon avec quinze cents hommes.La seconde Ugne du comte Suchet , qui jusque-là avait marché en colonne d'attaque, se déploie; la première marche à l'ennemi en colonnes serrées , Tâwanleet le renverse. Les cuirassiers du général d'Hautpoul le sabrent au même moment. Le général Yalhubert a la cuisse emportée d'un boulet. Quatre soldats se présentent pour l'enlever :

« Souvenez -vous de Tordre du jour ,

> leur dit-il d'une voix de tonnerre, et » serrez vos rangs. Si vous revenez

> vainqueurs , on me relèvera après la

> bataille; si vous ôtes vaincus, je n'at-

> tache plus de prix à la vie. »

Les Russes rompus d'abord , puis pelotonnés, serrés , hérissés de lances , présentent l'aspect des phalanges de Fantiquité. Us ne peuvent arrêter nos intrépides bataillons qui se portent contre eux au pas de chaige. Les cuirassiers s'âancent de nouveau sur l'enwtsà , jonchent le terrain de morts et de blessés, font 3,000 prisonniers, et enlèvent 90 pièces de canon.

Les Russes, culbutés aussi dans les nvins d'Holubitz, derrière Kruh, vont se rallier sur les hauteurs de Rausnitz et d'Austerlitz.

n était nûdi.

ni.

DE 1805. es

Déjà le prince de Ponte-Corvo avait occupé le centre de la position ennemie. La division du baron de La RaSinière était sur la sommité , également éloignée de Pratzen et de Krzenowitz.

La division du comte d'Erlon manœuvrait sur la gauche..

L'Empereur, avec son fidèle corn* pagnon de guerre , le prince de Neuchàtel et de Wagram, son premier aide-de-camp le duc d'Abrantès, qui arrivait de Lisbonne, et tout son état^ major, se trouvait près de la réserve des dix bataillons de la garde et des dix bataillons de grenadiers du duc de Reggio, dont le duc de Frioul commandait une partie.

Cette réserve était rangée sur deux lignes, en colonnes par bataillon, à distance de déploiement, ayant dans les intervalles quarante pièces de canon servies par les canonniers de la garde. C'est avec ces forces que l'Empereur avait le projet de se porter partout où cela deviendrait nécessaire. On peut dire que cette réserve seule valait une armée. Lorsque ce renfort était arrivé au centre, l'Empereur avait fait marcher le comte d'Unsbourg pour appuyer le comte Saint-Hilaire, qu'il avait déjà fait renforcer d'une division de dragons.

Tous les officiers expérimentés, tant autrichiens - que russes, voyaient que la journée était perdue. L'affreuse position des deux tiers de l'armée, cernés dans des bas-fonds et des marais, montrait déjà dans toute leur horreur les suites et les catastrophes de cette journée. L'ennemi n'avait plus qu'un parti à prendre , sinon pour ressaisir la victoire, du moins pour dégager sa gauche et prévenir par une retraite sa ruine totale. C'était de réunir toutes les réserves des troupes d'élite russes qui n'avaient pas encore combattu , et de

LBMHII.

iMrebdf avoo toal6ê cas foroes à Taltaque des haHtaun de Pratzen , pendant queie général Buxbowden marchait de son odté avec les troupes de Taile gauche.

La tète de cette réserve déboudie du village de Krzenowitz; son premier ba* talion est culbuté par un bataiUon du &« régiment de ligne, que le comte d'Unsbourg avait laissé, avec le Sfc* d'infanterie légère, pour garder la gauche des hauteurs de Pratzen. Un bataillon de ce régiment s'étant trop avan* ce, est à son tour cerné par la cavalerie. U n'a que le temps de se réfugier derrière le corps du prince de Ponte^orvo, qui prenait position à cent pas de là.

Mais l'Empereur , ayant pressenti que ce mouvement devenait la seule ressource de Tennemi , était arrivé avec sa réserve sur la sommité des hauteurs de Pratzen, qui se trouve entre ce village et Krzenowitz. Il envoie immédia* tement le duc dlstrie avec ses imincibles pour soutenir le prince de Ponte- Corvo. Le duc d'Istrie détache deux encadrons de chasseurs de la garde et les mamebucks pour dégager le bataillon du k^, et lesf fait soutenir par deux esca» drons do grenadifirs commandés par le colonel Dallemagne. Il envoie par sa droite , pour contenir une colonne de quatcNTze escadrons qui débouchait sur son flanc , le comte Ordener avec tix>is escadrons , soutenus à droite pai* l'escadron du prince Borgbèse en échelons, et à gauche par l'artillerie de la garde.

Les deux escadrons de chasseurs passent dans les intervalles de la division du comte d'Erlon, dégagent le ba* taillon du ^% mettent en déroute la ca- • Valérie ennemie, et la renversent sur l'infanterie qu'ils sabrent. Mais bientôt accablés par le nombre , ils se rallient entre la division du comte d'Erlon et les deux escadrons de rés^^e.

La dhînoa du eomle d'Erlon ««muge avec la garde russe un feu trèa vif dé

mousqueterie. Bientôt, l'mfiueiterie mar^ ehe au pas de charge ; les graeiadiers et les chasseurs de la garde diargent l'ennemi. En un instant, le champ de bataille est couvert de morts et de blessés. Vainement le prince Kepnia accourt avec les chavaliers de la garde russe pour rétablir l'affaire : il est lui* même blessé et &it prisonnier. Infim* terie et cavalerie, tout fuit pèle^naèle, et repasse dans le ptm grand désordre le ruisseau de Krzenowitz. Le 97* ré* giment entre avec Tennemi dans leTÎl* lage, et s'en rend maître. Le prime Repnin , un grand nombre d'oflMers et quafeor2e pièces de oanon , restent cd notre pouvoir.]

Couvert de son sang et de celui des Russes , le comte Rapp vient donner à l'Empereur les détails de cette action, et lui présente le prince RefMoin, con»* mandant les chevaliers de la garde impériale de Russie, et quelques-uns des prisonniers les plus distingués. L'un d'eux, (^Bcier d'artillerie , se jette au devant deNapoléon, et invoqueb mort :

« Je suis indigne de vivre, s*écria-t-41 , » j'ai perdu mes canons. » — « Jeune » homme , lui répond l'En^ereur avec » bonté , j'apprécie vos Urmes ; mais » on peut être battu par mon armée et M avoir des titres à la gloire. »

Ainsi, une seule charge de la garde impériale et la fusillade du comte d'Erlon, rendirent inutile cetto dernière , tentative des Russes, qui était leur unique ressource. Dans la situation des affaires, avec la position qu'occupaienit i le prince de Ponte-Corvo et la réserve, ; l'ennemi n'aurait pas rouvert la com- ' munication avec sa gauche , quand il aurait eu quarante mille hommes de troupes fraîches.

Dès ce moment, l'armée austrcHrosse

CÀHPâONB Mt 1805.

n'éut {dus auettn6 e^^ranee, et ne tenta [dus aucune attaque importante.

Le feu se soutint cependant plusieurs heures encore à l'extrémité de la gau* che de Tennemi. Ces corps , cernés de tous les côtés dans des bas-fonds , se battaient pour disputer leur vie ou chercher une retraite ; mais ils ne se battaient plus pour la victoire. Jamais un phis beau triomphe ne fut décidé en Bioins de temps. On se battit le reste du jour; mais on ne peut appeler des combats les engagements qui eurent lieu , de brigade à brigade, de régiment à régiment. C'était la résistance de braves troupes qui ne voulaient point céder sans combattre.

Il était à peine une heure.

Déjà le combat avait cessé an centre et à la gauche. Toutes les hauteurs de k maison de poste et de Pratxen étaient en notre pouvoir, avec Tartillerie , les bagages et un grand nombre de prisonmers. Les villages seuls de Telnits et de Sobolaita restaient encore au pouvoir de l'ennemi*

La victoire, décidée depuis long* tempe, n'avait pas été un moment douteuse. Pas un homme de b réserve n'a* vait élé nécesaaire , et n'avait paru au combat ; pas un corps n'avait fait un mouvement rétrograde. Aussi, l'Empereurdisait-il : « J'ai donné bien des bar

> tailles comme celle-ci ; mais je n'en

> ai vu aucune oti la victoire ait été ■ aussi prononcée , et les destins si peu

> balancés. » La garde à pied de l'Ém*» pereur , qui n'avait pu donner, en pleurait de rage , et demandait avec instance à se battre. « Réjouissez-vous , 9 lui dit TEmpereur; vous ne devez » donner qu'en r^erve : tant mieux , » si l'on n'a pas besoin de vous aujour- » d'hui. »

Le comte d'Unsbourg avait rejoint la dîiiaî9Q Saînt^BUwe ; et tout le^NHya

d'armée du duc de Datmatie était réuni sur les hauteurs de Prataen , excepté la brigade du baron Merle , qui combats tait avec la division du comte Priant de l'autre côté de Telnitz. Le duc de Dalmatie fit alors descendre sur le mamelon Saint-Antoine la division du comte Saint«Hilaire , et envoya un bataillon du SS*" sur la route d'Augezd à Hostieradeck, pour intercepter cette retraite aux vaincus.

La première colonne ennemie, ren«> forcée des débris des 3* et 4% était formée dans les vignes, au bas d'Augésd et en avant de Sokolnitz ; elle couvrait une partie des parcs d'artillerie. Voulant charger la division du comte Saint- Hilaire , elle gravissait déjà le coteau , quand la division du comte d'Unsbourg arriva. Le Baron Ferrey marcha aussitôt à sa rencontre. En même temps, le comte Saint-Bilaire et le baron Levasseur se précipitèrent sur la ligne ennemie qui fit d'abord un mouveqfient sur Kobelnitz , et bientôt effectua par la droite sa retraite sur Tdnitz.

Aussitôt après la déroute de la garde russe, l'Empereur laissant le corps du prince de Ponte-Corvo en poâtion sur les hauteurs de Krrenowitz, avait iait avancer à grands pas Tinfiinterie de. la garde , pour terminer le combat à la droite , seul point où l'ennemi se dé* fendait encore. Son (^^ifttreté à Telnitz et à SokolnitE assurait sa perte.

U était deux heures, kmque l'Env* pereur arriva avec sa garde et la réserve de grenadiers sur les hauteurs qui do* minent Augezd.

Laissant les grenadiers du due de Reggio en avant de Pratzen , il occupe avec sa garde le mamelon^ de la cha^ p^e Saint- Antoine , fiiit marcher le corps du duc de Ûalmatie pour achever de détruire l'aile gauolie des ennemis; le Wt aouteoir par fai caialma «(

LEMMBE.

•par la moitié de Tinfiinterie de la garde. Il envoie le duc de Frioui avec les grenadiers du côté de Kobelnitz , pour couper toute retraite à Tennemi. Il ordonne au prince de Neuchàtel de se rendre à la droite. « Voyez, lui dit-il , » ce que c'est encore que cette canon- » nade avec ce feu de mousqueterie ; » et faites que. cela finisse. »

Les deux colonnes qui se trouvaient vers Sokolnitz avaient persisté à suivre le premier projet de se porter sur ArQnn , par Schlapanitz et Turas. Depuis le matin, les divisions des comtes Legrand et Priant soutenaient sur ce point un combat que la supériorité de l'ennemi rendait très inégal. La brigade du baron Kister était débordée par sa gaucbe, lorsque le comte Priant ordonna très à propos un changement de front au 33« , rallia ses trois brigades, et se précipita sur l'ennemi, au moment où le comte Saint-Hilaire fiusait attaquer le château de Sokolnitz par le 36« n^ment. Pendant ce temps , le 14' tournait le village par la gauche; le comte Morand, avec le 10* d'infanterie légère et le 43* de ligne, se portait de l'autre côté du village , par la digue des étangs de droite, pour couper toute retraite à l'ennemi.

Lie général Thiébault venait d'être blessé. Le comte Saint-Hilaire, oubUant qu'il l'était aussi depuis le commencement de Faction, se trouvait à kt tète de l'attaque. Port de sa position, l'ennemi défendait le chftteau avec opiniâtreté; enfin il cède à la valeur du 96* qui, poursuivant ses succès, malgré la perte considérable qu'il vient d'essuyer, vase réunirau 33^ et aulll*.

Ces trois régiments le chargent en même temps, renfoncent et le teillent en pièces. En un instant la plaine est jondiée de morts et de blessés. La fureur redouble ; cinq mille hommes sont

égorgés ou pris dans ces défilés. L'artillerie avec les caissons tombe en notre pouvoir. Le général Wimpfen se rend à un détachement conomandé par le lieutenant Sopranzi.

Une colonne ennemie de trois mille honmies, ayant à sa tète trois généraux, avait débouché de Sokohiitz et dépassé la gauche du comte Legrand. La cavalerie légère du quatrième corps d'armée aperçoit cette cok>nne. Le baron Franceschi venait d'arriver avec le 8' de hussards, après avoir fait une marche forcée pour se trouver à la bataille. Il charge de front, sans prendre haleine. Saisissant le général qui commandait cette ligne , il le somme de se rendre avec sa troupe : tous à l'instant mettent bas les armes. Les 11* et 26* de chasseurs avaient manœuvré pour prendre cette cobnne en flanc ; mais le 8' de hussards les prévint contre toute attente.

Le comte Legrand avait été placé pendant toute la journée à un poste très difficile. Par ses manoeuvres, il obligea une colonne de douze cents hommes, qui avait déjà atteint Kobelnitz , à se jeter dans les marais où elle fut noyée en grande partie. Le reste , en cherchant à gagner Schlapanitz , fut fiiit prisonnier.

La brigade de grenadiers, conmiandéeparle comte Dupas, sous les ordres du duc de Frioui, arrivait sur le ruis- « seau de Kobelnitz. Elle manœuvra de manière à serrer et à tourner un corps de cinq mille hommes que poursuivaient le 10« d'infanterie légère et le 43* , commandés par le comte Morand, et lui fit rendre les armes. '

Les troupes qm avaient été dirigées sur la droite, devenant alors en partie inutiles, la brigade du baron Perrey reçut l'ordre de se porter rapidement à la gauche , pour seconder l'attaque que duigeait le comte d'Unsbourg sur les

CAMPAGNE m 1805.

hautean entre Àugezd etTelnitz. L'ennemi venait d*y réunir le reste de ses forces, tant en infiuiterie qu'en cavalerie ; il avait, pour les soutenir, trentesix pièces de canon qui vomissaient le feu le plus terrible.

Au même instant, FEmpereur en- Tde quelques escadrons et rartillerie de sa garde sur le flanc droit de Tennemi , pour le rejeter sur les étangs.

Les Russes veulent hâter leur retraite ; mais il ne leur reste pour l'effectuer que ladigue entre les lacs. L'arméefrançaise, appuyée à ces lacs par les deux ailes, près d'Augezd et de Menitz, est maltresse de tous les débouchés. L'ennemi, cerné de toutes parts , espère se sauver sur les étangs glacés ; plusieurs milliers d'houunes, trente-six pièces de canon, ane grande quantité de caissons et de chevaux, s'engagent sur ces étangs. Les vingt- quatre pièces d'artillerie de la garde brisent la glace , et vomissent la mort. Des colonnes entières sont engbuties. Du milieu de ces lacs immenses, on entend s'élever les cris de plusieurs milliers d'hommes qu'on ne peut secourir. Ceux qui se trouvent le plus prte de la digue défendent le passage en désespérés; ils placent ce qui leur reste d'artillerie sur une hauteur qui couvre la tète de la digue. La cavalerie du gén^^ Rienmayer soutient ces dispositions , pour donner à l'infonterie le temps de se rallier.

Le comte Crardanne, aide-de-camp de l'Empereur, fiiit plusieurs charges avec une division de dragons déjà fatiguée du service de la nuit et des combats de la journée. Pans un mouvement rétrograde , lorsque la cavalerie ennemie s'avance , le chef d'escadron DigeoD , avec six {Hèces d'artillerie de la garde chargées à mitraille , rompt les es^drons autrichiens. Les trois divisions du âne deDalmatie arrivent bien-

tôt, et s'élancent au pas de charge. La cavalerie ennemie veut arrêter leur marche; mais elle est culbutée par deux escadrons de la garde, réunis aux dnk gons.

La hauteur et l'artillerie qui la défend , dernier espoir de l'ennemi, sont emportées. La hauteur est garnie de canons français. Les débris de cette armée se jettent dans les étangs, ou fuient vers Menitz déjà occupé par le comte Priant. Sans ressource , sans retraite , foudroyés par l'artillerie de la garde, ces malheureux saisis d'épouvante se jettent sur la glace , et presque tous y trouvent la mort.

Le soleil achevait alors sa carrière.

Ses derniers rayons, réfléchis par la glace , vinrent éclairer cette scène d'horreur et de désespoir. C'était ainsi qu'on avait vu , dans la journée d'Aboukir, dix-huit mille Turcs, poursuivis par le vainqueur, se jeter à la mer et s'y engloutir.

Il ne restait plus que quelques débris qui s'étaient échappés par les digues.

L'Empereur, toujours infatigable , aussi ardent à compléter la défaite qu'à assurer la victoire, ordonna au duc d'Abran* tes , son premier aide-d^camp , de pour^ suivre l'ennemi à la tète d'une division de dragons, tandis que deux escadrons de la garde, commandés par le colonel Dallemagne, tournaient les étangs au dessus de Menitz. On fit encore 2,000 prisonniers ; on prit plusieurs drapeaux et 11 pièces de canop. Le reste ne dut son salut qu'à la nuit.

L'ennemi perdit dans cette journée 8,000 hommes tués, 15,000 blessés, 23»000 prisonniers, dont 373 officiers, 10 colonels, 8 généraux, 180 pièces de canon , dont lis russes, 150 caissons, enfin plus de 50 drapeaux.

L'armée française eut 1,500 hommes tués sur le champ de bataille et fc,000

L^IMPUB.

èlesêéft , dont 0 ôftderiNgénérftuiK: ; elle perdît 81 peu de prisonni^^ que Tennemi , ne jugeant pas à propos de les garder, les renvoya le lendemain.

Le général Yalhubert, mort des suites de sa blessure , écrivit à l'Empereur une heure avant de mourir : « J'aurais voulu » faire plus pour vous. Je meurs dans une » heure. Je ne regrette pas la vie , parce » que j'ai participé à une victoire qui » vous assure un règne heureux. Quand » vous songerez aux braves qui vous n'étaient dévoués, pensez à moi. Il me » suffit de vous dire que j'ai une fai> mille : je n'ai pas besoin de vous la » recommander. »

Le comte Saint-Hilaire, blessé au commencement de Faction, resta toute la journée sur le champ de bataille , et se couvrit de gloire. Les généraux de ifivision comtes de Valmy et Walther, les généraux de brigade Thiébault, TK)mte Sébastîani , Dumont , Marilly, les comtes Compans et Rapp, aide^e-camp de l'Empereur, furent blessés. C'est ce dernier qui, en chargeant à la tête des grenadiers de la garde, avait pris le prince Repnin , commandant les chevaliars de la garde impériale russe.

Les chasseurs à cheval eurent à regretter leur colonel Morland, tué d'un eoup de mitraille en chargeant l'artil*terie de la garde impériale russe.

Le colonel Mazas du li^ de ligne fut tué, ainsi que le chef d'escadron Chaloppitt, aide-de-camp du prince de Pente-Corvo , et. plusieurs autres colonels et chefs de bataillon.

Le bai^on Corbineau , écuyer de Tlmpératrice , commandant le 5* répriment de chasseurs à cheval , eut cinq chevaux tués; il fut blessé en enlevant un fnnpeau.

Le comte Friant eut tfuatre chevaux Caés »sous lui. Les colonels Conroux et ftiww)tttier«e firent reMrqoer.

Lebas, chaMeur «a 10* d^infiuitariè légère, ayant le bras gauche emporté par un ^boulet de canon, dit à son ca^ marade : <c Aide-moi à ôter mon sac, » et cours me venger. » Mettant ensuite son sac sous le bras droit, il mar* che vers l'ambulance.

Le général Thiébault, dangereuse^ ment blessé, était transporté par quatre prisonniers russes. Six Français blessés l'aperçoivent, écartent les prisonniers russes et saisissent le brancard en disant : « C'est à nous seuls qu'ap- » partient l'honneur de porter nos gé*> » néraux blessés I »

Les traits de courage furent si nom*breux qu'au moment où le rapport se frisait, l'Empereur dit : « Il fout toute » ma puissance pour récompenser di- » gnement tous ces braves gens. »

Les colonels Lacour, du 5« de dragons; le baron Digeonf du S8^ de diasseurs; le baron Bessi^es, du 11' de chasseurs, frère du duc d'Istrie; le baron Gérard, colonel, jaide-de-camp du prince de Ponte-Corvo; Mares, colonel, aide-de-camp du prince d'Eckmûhl , furent blessés.

Les chefs de bataillon Perrier , du 96* régiment de ligne; Guye, du 4* de ligne ; le baron Schwitz , du 67*de ligne ; les chefs d'escadron Grumlot , du 2* régiment de carabiniers; Didelot, du 9« de dragons ; Boudinbon , du &« de hussards; le chef de bataillon du génie Abrissot; les chefe de bataillon Babin et MorbiUiard, du 55* de ligne; Profiil, du iSN les chefs d'escadron Trevilic, du i6* de chasseurs, et David, du ft'^de hussards; les chefs d'escadron de la garde impériale Beurmami, Bohn et Thierry, fiirent aussi blessés.

Le capitaine Thervay , des chasseurs à cheval de la garde, mourut desssites de ses Messures.

Le capMne 6ewl, tes fenteMnis

Boréaux , Barbanè^^rd » Guîod ^ Eour- Dîer, Addé, Bayeux et Renno, des chasseurs à cheval de la garde , et les lieutenants Messager et RoUet, des grenadiers à cheval de la garde , reçurent aussi des blessures.

Lfô voltigeurs rivalisèrent avec les greimfiers. On dtetait le 13*, le 55^ le 14«, le as% le M*, le 17% iêsbatfûlloùs des tirailleurs corses et du Pô , si Ion pouvait nommer quelques corps; mais ce serait une injustice pour les autres. Tous ont fait des prodiges : il n'y avait pas un soldat, pas un officier, pas un général , qui ne fût décidé à vaincre ou à périr.

La cavalerie française se montra avec supériorité.

Les soldats du train méritèrent les éloges de Tarmée. L'artillerie fit un mal épouvantable à Tennemi. Quand on en rendit compte à l'Empereur, il dit : a Ces succès me font plaisir ; car je » n'oublie pas que c'est dans ce corps B que j'ai commencé ma carrière mili- 0 taire, d

Aiofii éclata le coup de foudre si sou*

vml prédit par TEmyereur , pour la fin de Cette immortelle campagne ; ainsi se termina cette journée mémorable , que le soldat se «plaît à nommer la journée de l'Anniversaire; que d'autres ont appelée la bataiUe des trois Empertur*^ et que Napoléon a désignée sous le nom de bataille efAusterlùz,

Aux conSns de la Hongrie , de la Pologne, de k Silésie et de la Bohême , dans les champs de la Moravie , où, des deux extrémités du monde, se trouvaient réunis le sauvi^ du Kamitscbatka et l'habitant du Fixuslère . la de»* tinée avnit marqué le terme de cotte supériorité de l'infantme russe, trop longtemps et trop fiicilemeiitétablie ; de ce prestige d'une puissance militaire, née subiiemeat dans le siècle dernier ; de cette influence politique usurpée sur l'Europe , et désormais renfermée dans les bornes fixées par l'intérêt des peuples et de la civilisation. C'est làquc l'armée voulut célébrer , par la victoire la plus éclatante, f anniversaire du jour où la France reconnaissante avait décerné àNiqioléon le diadème impérial.

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