PAR LE GÉNÉRAL KOCH
Topographie da champ de bataille. ~ Situation politique et militaire de la Capitale. — Dispositions de Défense. -* Plan d*attaqae des
. Allié».
Noos exposerons en peu de mots guello était à cette époqae la situation politique et militaire de Paris, ainsi que le projet conçu et les travaux exécutés pour sa défense matérielle depuis le départ de l'Empereur. *Nous examinerons ensuite Tétat et la force de la garde nationale, de la garde impériale et des troupes de ligne au td mars^ en indiquant le nMe qui leur fut assigne. Une courte analyse des ordres donnés par le roi Joseph , et des dispositions arrêtées par les chefs militaires pour la journée du lendemain, terminera cet exposé.
Quel que soit notre désir de Tcsquisser brièvement, ce développement des ressources de la défense et des causes qui Tout abrégée sera fort étendu ; mais il peut seul, en la dégageant de détails qui rembarrasseraient, rendre intelligible la relation de la journée mémorable du 30 mars , expliquer les incidents variés qui la compliquent, et cette apparente fatalité qui n'a ramené Napoléon sous les murs de Paris, que pour être l'impuissant spectateur de ce grand événement.
Avant d'entrer en maUère» les lecteo»
militaires nous sauront gré d'arrêter un instant leurs regards sur la topographie du champ de bataille, et de les mettre à même, par. une description aussi exacte que possible, d'apprécier ce qu'on a fait et ce qu*on aurait pu faire pour la défense delà capitale.
Du groune des hauteurs de Carnetin qui dominent Claye, Anet et Lagny, se détache sur Auteuil une chaîne continue de collines et de plateaux plus ou moins élevés, séparant le bassin des ruisseaux de Saint-Denis d'avec les eaux qui tombent directement dans la Marne et la Seine, entre Lagny et Saint-Ciond.
Au village de Rosny, cette chaîne s'abaisse et forme un col entre la plaine de Bondi et le bassin des eaux qui vont join* dre la Marne au-dessus de Nogent.
Depuis le col de Rosny jusqu'à la butte de Chaumont sur Paris, s étend un plateau dont la surface de niveau sur une assez grande étendue, a peu d'accidents remarquables.
Entre la butte de Chaumont et celle des Cinq-Moulins sous. Montmartre, la chaîne s'abaisse de nouveau, et ouvre un col occupé par le bassin du canal de l'Ouroq ei par les villages ou faubourgs extérieurs de La Villetteet de La ChapeUe.
Après s*être relevée pour former la butte des Cinq-Moulins, la butte snpéneuré de Montmartre etles mamelons de BatignoUes, la lignedu pendant dea eaux* baweet pea
tue
L^BMPnB.
remarquable^ sait à peu près les boule- 1 varts extériears de Paris lusqa'à la bar- 1 rière de Neailly, où sa crête se relève et sesoutieotjusqu auprès de Passy, séparant ainsi les eaux qui descendent dfans te bois de Boulogne et dans la plaine de Glichy, d*avec celles qui tombent dans le faubourg du Roule, les Gbamps-ÉIysées, les jardins ou marais cultivés de Ghaillot.
Les collines de Passy et d' Auteuil terminent ce contrefort qui s*épanouit en pentes peu sensibles dans le bois de Boulogne et aans la plaine du Point-du-Jour.
On voit par là que dans la li^ne du pendant des eaux, le plateau qui règne de Bosny à la butte de Gliaumont et les hauteurs de Montmartre, méritent seuls l'attention d'un militaire : nous commencerons par examiner le plateau de Rosny dont la configuration offre au premier aspect plusieurs positions. En effet, il projette entre ce village çt Montreuil un grand contrefort qui, se dirigeant par Fontenay à Nogent-sur-Marne, présente une première position contre un ennemi déboucnant des routes de Lagny etdeMontfermeil, pour se
S^rter sur les barrières du Trône et de ontreuil ; toutefois comme elle laisse â sa gauche la plaine qui s^étend de Rosny et e Bondi aux villages de Merlan et de Noisy-le-Sec, et ne couvre pas la route d'Allemagne, nous n'en ferons pas l'examen.
Le plateau principal se resserre entre les gorges^ de Montreuil et de Merlan, et n'a plus qu'une largeur d'environ trois cents mètres; mais après cet étranglement, il s'élargit et projette deux contreforts dont l'un s'étend au nord entre la gorge de Merlan et les carrières de Pantin, et se divise en plusieurs croupes qui séparent les petites gorges de Moisy et de Romainville. Le contrefort opposé forme au sud une croupe assez larse entre les gorges de Montreuil et de Bagnoiet, et se termine à des escarpements de carrières. Le plateau avec ses contreforts, mesuré depuisces escarpements îusqu'à la sommité des pentes qui dominent Noisy , a trois kilomètres de développement, sur une largeur qui varie de neuf cents à quinze cents mètres. Gette position n'est accessible de front et de niveau que par l'étranglement de Merlan et de Montreuil. Ge dernier village, Noisy, Romainville et le clos de Malassise appuient ses flancs, et fournissent de front des défenses successives ; cependant son occupation ne serait avantageuse qu'autant que Tennemi marcherait sur le plateau, car elle couvre seulement la route de Montfermeil, et laisse celles de Lagny et d'Allemagne sur ses flancs.
Au-delà de Romainville, le plateau entre le ruisseau du vallon de Bagnoiet et la gorge située entre Romainville et les car-
rières de Pantin, n'a du nord au sud qu'iiiie largeur d'un kilomètre. G'est derrière ce second étranglement que s'élèvent les deoi contreforts qui forment la position d'oùFoD maîtrise à la fois les routes de Meauxetde
Laguî Ler
premier de ces contreforts se dirige an nord entre Romainville et Pantin , et fa
1)rendre au-dessus de ce dernier village, ne aissant entre le canal de l'Ourcq et les carrières qui sont à son pied qu'ua espace de cinq à six cents mètres.
Le second court au sud entre le vallon de Baff noiet et la gorge de Gharonne , et va s'abaisser en pente douce à hauteur do hameau du Petit-Vincennes.
Gette position,, mesurée dans le déTèloppementdes contreforts opposés, n'a pas moins de trois kilomètres; mais celai de droite se refuse et se trouve protégé paries accidents de toute espèce que présentent en avant le clos de Malassise, le vallon et le parc de Bagnoiet. Gelui de gauche est également proiégé en avant par le village et le parc de Romainville, et par les terrasses qui partagent les croupes sur lesqaelles une partie de ce village est assis.
La position n'est d'un facile accès que par letf anglement derrière lequel elle se trouve; encore cet étranglement n'esl-il pas dépourvu d'obstacles naturels; d'abord sur le contrefort, une butte entre le chemin de Belleville à Romainville et les carrières de Pantin, commande le plateau; ensuite le bois de Romainville et le parc de Bruyères multiplient les moyens de chicane, et peuvent servir à masquer les mouvements de retraite et les retours offensifs.
Pour maîtriser à gauche la roule tf Allemagne, il suffit d'occuper Pantin, et de défendre en avant Tintcrvalle de cinq cents mètres entre les carrières et le canal de rOurcq ; on reste maître à droite de la route de Vincennes, en occupant la tète de la chaussée dont les flancs sont revêtus jusque là par des mars de terrasse.
Lorsqu'on a dépassé cette première position ^ les petits vallons de Pré-Sainl- Gervais et de Gharonne forment un troisième étranglement qui n*a guères qoe cinq ou six cents mètres d'ouverture, w dernier est occupé par le parc de Saim- Fargeau qui serre au nord le chemin de Romainville à Belleville, et occupe an midi la naissance des pentes dont les eaux descendent à Gharonne. 11 est sortent remarquable par les buttes des tourelles et du Télégraphe dans le parc oc Saint-Fargeau, lesquelles procurent a la fois de^j moyens de proléger la premicf* position et de disputer la seconde.
Gelle-ci, considérée dans sa plus grande étendue , est aussi déterminée par deax
BATAILLE DE PARIS
conireforts : le premier s'élève entre les buttes du Télégraphe et de Ghaamont, se proloDfçe aa-deià de Belleville. et va former la butte Beauregard entre la gorge de Pré-Saint-Gervais et celle qui descend de Bclleville au hameau des Maisonnettes ; l'autre prend naissance à la butte du Télégraphe, et va former, au-delà de Ménilmontant, bâti en parti sur sa croupe, Tarète du Mont-Louis qui sépare la gorge de Gharonne.des boulevarts extérieurs.
Les points d'appui de cette position sont : au centre, la butte du Télé^aphe et les tétés des villages de Belleville et Ménilmontant ; à la droite, le cimetière de Mont-Louis, le monticule de Fontarabie, et comme postes avancés, le village et le clos de Gharonne; à gauche, la butte Beauregard, et comme postes avancés, le village et le clos de Pré-Saint-Gervais.
L'ennemi ne peut tourner celte position par la droite qu'en s'emparant de Gharonne et du monticule de Fontarabie, et se glissant par les pentes et les habitations situées entre les boulevarts et le cimetière de Mont-Louis, dans les vieilles carrières des Amandiers entre Mont-Louis et Ménilmontant; ce qui suppose un excès d'audace dans l'attaque, et de faiblesse dans la défense. Malheureusement il n'en est pas ainsi de la gauche. L'intervalle entre les escarpements de la butte Beauregard et le canal de TOurcq, offre une plaine d'un kilomètre, diflicilc à défendre, quand l'ennemi est maître de Pantin et du contrefort entre Bomainville et Pré-Saint-Gervais. Il peut alors, sous la protection de ses batteries, y jeter des masses, et par la gorge des Maisonnettes, attaauer le flanc gauche de Belleville, entre les buttes de Beauregard et de Ghaumont, se déployer sur cette dernière butte, et se porter par le chemin des Moulins, sur les sommités qui dominent la rue Basse de Belleville et les boulevarts extérieurs.
La butte de Ghaumont, isolée entre la plaine de La Villelte et la gorge qui descend de Belleville à Paris, étant séparée des boulevarts extérieurs par un terrain bouleversé par l'exploitation d'anciennes carrières, n'est point une position d'armée. G'est, à proprement parler, celle d'une réserve destinée à soutenir la butte Beauregard, et à proléger la retraite des troupes dans Paris.
En résumant ce qui précède, on voit que le plateau de Rosny et la butte Ghaumont offrent deux positions défensives susceptibles d'être vivement et successivement disputées.
La position de Montmartre, considérée dans son ensemble, s étend, comme on l'a vu, depuis le faubourg extérieur de La Chapelle jusqu'à celui des BatignoUes, sur un développement qui, mesuré par les
crêtes, a près de deux kilomètres et d^ni ; mais dans cette position, le centre, la gauche et la droite forment, en quelque façon, trois positions distinctes.
Celle de droite, appelée butte des Cinq^ Moulins, s^étend sur un développement déplus de.huit cents mètres de La Obapelle à Glignanbourt, comme une courtine élevée dont ces villages forment les saillants. La route de Paris à Saint-Denis, le chemin qui joint les villages en avant de la butte, celui qui règne sur la butte même et les boulevarts extérieurs, permettent à toutes les armes d'y manœuvrer librement.
La position du centre est formée par la crête élevée de Montmartre, sur laquelle on voit le village de ce nom. Mesurée de l'est à l'ouest, elle n'a pas moins de neuf cents mètres de développement ; mais du sud au nord, elle se rétrécit tellement, qu'elle n'a pas cent mètres d'une surface de niveau. Ce n'est, pour ainsi dire, qu'une arête sur laquelle les buttes des Moulins et le chemin qui les unit, sont bordées de part et d'autre par des pentes plus ou moins rapides. Sur celle du nord, des escarpements, des maisons, des terrasses séparées par des rues étroites et d'une pente rapide, offrent mille moyens de résistance. La crête est inaccessible à l'ouest ; à l'est, d'autres escarpements ne laissent d'accès que par un chemin roide et de peu de largeur, qui d'ailleurs abou- , tissant à Glignancourt, unit le centre à la droite, et ne devient praticable à l'ennemi
au'après qu'il s'est au moins rendu maître e ce villaj^. Du côté de Paris, la hauteur offre aussi des escarpements ; mais les anciens chemins et ta nouvelle rampe, donnent toutes les facilités désirables pour porter à son sommet les troupes et l'artillerie nécessaires à la défense.
La position de gauche s'étend depuis les escarpements qui terminent à l'est la crête élevée de Montmartre jusqu'à l'embranchement des routes qui , du faubourg de BatignoUes, descendent à Clichy et a Saint-Ouen. Les deux points saillants de cette position sont formes par le faubourg des BatignoUes, situé en avant des escarpements de Montmartre, et par les mamelons de la hutte des Gardes, d'où s'incline en pente douce une large croupe qui se
Êerd vers la Seine au-dessous de Clichy. ntrc ces saillants, les buttes des Trots^ Moulins et des tertres provenant du déblai des carrières, dessinent une espèce de courtine d'environ six cents mètres. Un chemin qui part du faubourg des BatignoUes, passe en-deçà des Trois-Moulins, se divise en deux branches dont une se dirige par la hutte des Gardes et traverse Glignancourt, et l'autre va gagner le chemin transversal tracé à mi-cote entre la crête de Montmartre et les boulevarts. Ce
i/BimiB.
chemin et «M itbûléyftirU) unissent là gauche an centre et à la droite, et sous ce point de vue, établissent l'unité de défense, autant que le permettent les pentes et les escarpements d'un terrain bouleversé par une exploitation de carrières de plusieurs siècles* On voit assez d*après cette description
guelles ressources peut offrir la défense ien combinée de Montmartre. Sa force naturelle est telle, que, gardé par de Tartillerie et des troupes étaolies d avance, on ne saurait admettre qu'il puisse être enlevé autrement que par surprise. Occupé faiblement, ou à la hâte, par un eénérai qui n'aura pas eu le loisir de l'étudier, on sent qu'une attaque peut réussir, surtout si l'ennemi, maître de Saint-Denîs, ou seulement des routes qui se dirigent de cette ville sur La Chapelle, et de Saint- Ouen sur les Batignolles, marche à la Ibis sur ces deux faubourgs, menace de Glignancourt le centre de la position pour en aborder la droite et la gauche, qui opposeront peu de résistance après la chute des villages situés sur leurs flancs.
Ce coup-d'œil suffit pour montrer le parti qu'on eût pu tirer ou plateau de Romainvllle et de la bulle Montmartre pour la défense de la capitale sur la rive droite de la Seine. Il nous reste maintenant à rendre compte de la situation où elle se trouvait au 29 mars.
Le conseil de Régence venait de prendre des mesures qui indiquaient, même aux yeux les moins clairvoyants, l'approche du danger. L'Impératrice et le Roi \\e Rome, étaient partis pour Tours ; les membres du conseil, les grands dignitaires, les ministres, se disposaient à les suivre. Le roi Joseph, le ministre de la guerre et le ministre-directeur restaient encore ; mais le gouvernement allait être transféré sur la Loire. Paris n'était plus qu'une place, une position abandonnée aux chances de la guerre.
Sous ce rapport, c'est sa situation militaire qu'il importe surtout de faire connaître.
Le roi Joseph était lieutenant-général de l'Empereur dans la première division militaire ; ses attributions, relatives à la défense de Paris, embrassaient, en cette qualité, les forces disponibles , les travaux matériels et le mouvement des armées.
Les forces disponibles étaient de trois espèces, placées cnacune sous un chef particulier. Le maréchal duc de Gonegliano commandait la garde nationale: le comte Hullin les troupes de lipe, et le général Ornano les réserves de la garde. Ces dispositions étaient empreintes d'un vice capital. Le roi Joseph n'avait, comme militaire, ni les connaissances positives, ni le caractère qu'il fallait pour imprimer à ces
rouages Tunité, la force et la rapUlté d'action qu'eussent exigées les circoostaaces ; il n était môme suppléé à cet éganl par personne. Le seul des géoéraoi qsi réunit à retpérience du commaodemeil ou chef le grade qu*il aurait exigé, le doc de Conegliano n'avait sous ses ordres que la garde nationale, laquelle, dans l'état de guerre où était Paris, devait être, ux termes des lois et règlements (1), à U di»-
r>sition du général Hullin, qui se trouvait la fois subordonné au Maréchal, oorane un des aides-maiors-généraux de œtle garde, et indépendant comme commandait de la division et de la place.
Maintenant qu'on connaît rincohéreDoe de cette orjganisation , il est nécessaire de la considérer dans ces divers éiém^.
Napoléon, comme on se le rappelle, ayant rejeté, en janvier, le projet' qui lui hitioamis par le Comité de défense, Paris ne devait être couvert que par des ouvrages en bois, capables seulement de résiat» aux attaques de la cavalerie et dont les événements hâtèrent TexécutioD. Pourflanqœr ou protéger les parties des tambours qui ne se détendaient pas ellesHoèmes, on ciénela les bâtiments élevés aux diverses barrières et quelques parties adjacentes da mur d'enveloppe ; on ferma en maçonnerie on en fortes palissades les lacunes de Tenceinte, et l'on acheva le chemin (tes rondes intérieur, aûn de circuler librement toat autour.
L'artillerie affectée à la défense defenceinte ne consistait qu'en quarante pièces de quatre et vingt de huit , indépendanment de douze pièces de quatre, et de quatre de huit, destinées à jformer une réBerre sur chacune des rives de la Seine.
Les cinquante-six barrières de l'eaceinte furent divisées en grandes et petites. On classa au nombre des premièresi m la rive gauche de la Seine, celles de Foatainebleau, d'Orléans et du Maine; sur la rive droite, celles de Passy, deNeoilly.da Roule, de Clichy, de Saint-Denis,de PanliB, du Trône et de Charenton, où aboutissent les grandes routes^ et que le service public et celui des armées, obligeant de temr ouvertes jour et nuit, mettaient dans la nécessité d'occuper en forces comme pins aposécs à l'insulte des partis. On rangea parmi les petites barrières toutes ceDe> d'où partaient les chemins vicinaux, et l'on condamna celles qui pouvaient être fermées sans graves inconvénients. Us autres restèrentouvertes le jour.
L'artillerie fut concentrée aux grandi^ barrières. Une des réserves fat placée à
(11 Loi duiSjaiUellTOI, cembre 4811.
Régtommtdaaidé-
BATAILLE DB PARIS
eéUedû TrAne, d'où die pouvait se porter sur la barrière de Charenton ou sur celle de Paotin et de la Yillette , suivant que rennemi arriverait par les routes deMelun et de LagDV, ou par celles de Meaux et de Soissons; Vautre fut portée à la barrière de Fontainebleau, sur la route que devait t«nir l'ennemi arrivant par la rive gauctie de la Seine. De ce point, d'ailleurs, rien ne Fempèchait île se porter aux barrières d'Orléans et du Maine, ou de se réunir par le pont d'Austerlitz à la n^serve de la rive droite.
Tels étaient les moyens matériels et l'armement de l'enceinte ; nous verrons, en parlant des forces disponibles, le personnel attaché à ce dispositif.
Au dehors , on avait construit des tambours en charpente aux ponts de Saint- Manr, de Charenton et do Neuiily ; mais les hauteurs de Paris et ses faubourgs extérieurs étaient encore sans défense ' ^and la deuxième marche du maréchal JBljicher sur la capitale convainquit le roi Joseph, qu'incessamment menacés d'attaque par un corps d'armée, ces frêles ouvrages ne donneraient pas même le loisir d'entrer en pour-parler.
Il se fit alors rendre compte du projet rejeté par l'Empereur en janvier, et prit «ur lui d'ordonner an comte Dejean d'en faire l'assiette et le tracé avec les modifications commandées par les circonstances.
Ce général se hâta d'envoyer sur le terrain le peu d'officiers qui se trouvaient disponibles,, pour déterminer l'emplacement et la forme des ouvrages. Le Comité des fortifications léunit ces éléments, et arrêta un système d'ouvrages un peu moins solides, maïs d'une exécution plus prompte que cdle du projet primitif. Joseph ne se croyant pas maître de rien ordonner à cet égard, en référa à l'Empereur, en lui envoyant le plan et l'avis du Comité.
Sa réponse n'était point encore arrivée le 22 mars, et déjà son lieutenant, instruit des mouvements éloignés qu'il méditait, regardait comme inévitable l'arrivée sous Paris d'un corps des armées du Nord ou de Silésie. Il n'y avait pas un moment à perdre pour exécuter le dernier projet du Comité : le chevalier Allent, le comte Maurice Mathieu, et tous les militaii*es consultés partageaient cet avis; cependant telle était la crainte que Napoléon inspirait à son frère même, qu'il n'osa prendre sur lui cette mesure conservatrice, et crut devoir attendre Tordre formel de l'Empereur. Cet ordre ne vint pas. On conduisit bien quelques pièces d'artillerie sur l'emplacement de plusieurs des ouvrages projetés ; mais les oarricades des faubourgs extérieurs rencontrèrent mille obstacles, en sorte que le â9 mars au matin, les tambours des barrières à peine terminés,
étaient encore les seuls ouvrages qui protégeassent Paris.
Par décret du 3 janvier, l'infanterie de la garde nationale parisienne était composée de douze légions, chaque légion de quatre bataillons, chaque bataillon de cinq compagnies, dont une de grenadiers ; ce
3ui donnait quarante-huit bataillons et eux cent quarante compagnies. Les lé- §ions correspondaient aux douze arronissemenls municipaux, et les bataillons devaient, autant que la population le permettrait, correspondre aux quarante-huit quartiers : chaque compagnie devait être a l'effectif de cent vingt-cinq hommes : on aurait en ainsi des bataillons de six cent vingt-cinq hommes, des légions de deux mille ( inq cents, et un complet total de trente mille gardes nationaux.
Des décrets postérieurs attachèrent à cette garde des corps d'artillerie et du génie et une compagnie de guides à cheval. L'artillerie formant deux bataillons, de trois cents élèves de l'école polytechnique, et d'environ quatre cent quatre-vingts canonniers ou servants pris à l'hôtel des invalides, devait servir les batteries et les réserves affectées à la défense des barrières. Les ingénieurs des ponts-et-chaussées composaient l'arme du génie chargée de la construction des travaux des barrières ; la compagnie des guides n'ayant pas au-delà de trois escouades, ne put être employée au service auquel elle avait été destinée.
Le complet de la garde parisienne fut calculé sur le nombre des contribuables ou fils de contribuables portés au rôle de l'impôt personnel pour une cote égale ou supérieure à 10 francs et s'éleva à plus de trente-un mille inscrits. Son organisation ne s'était faite qu'en dépit, et au milieu des obstacles de tous genres; suivant une remaraue du chef de l'état-major, l'Empereur ravait organisée malgré lui, malgré elle. Les Parisiens se ressouvenaient du 13 vendémiaire ; ils se rappelaient avec quelle précipitation l'organisation de la garde nationale commencée à l'époque de rexpéciition de Walcheren, avait été condamnée et détruite. La défiance était extrême ; et aux yeux mêmes de ses officiers, cette institution ne paraissait qu'une sorte de conscription indéfinie et un moyen d'obtenir des levées indirectes par des contingents d'activité. Napoléon de son côté, n'armait qu'avec répugnance une force ennemie de son pouvoir absolu ; et, sous le prétexte d'éviter l'embarras de sa mise en activité, il prenait toutes les mesures pour qu'elle ne pût maîtriser le gouvernement.
Les motifs qui écartèrent, en janvier, le projet de saisir par des ouvrages en terre les sommités et les tètes des faubourgs ex-
LUMFIU.
tériears « firent rejeter à l'Empereiir l'idée émise par son autear d'organiser les ([gardes des arrondissements de Saint^Denis et de Sceaox , et d'attacher qelles des faubourgs extérieurs aux légions corresi)ondantes de Paris; mais les considérations
aui ramenèrent au projet de défense, mili- ^rent en faveur de ce mode d'organisation, et un décret du 15 mars plaça sous le commandement du duc de Cone^iiano toutes les (fardes nationales du département de la Seine ; toutefois , il en fut de cette disposition comme des ouvrages de défense : le temps manaua. A l'exception des gardes nationales deBelleville, de Bercy, (le Saint-Denis et des élèves de l'école d' Alfort, les gardes rurales n'existèrent que sur le papier.
Grâce à la confiance que les manières et les procédés du duc de Gonegliano inspirèrent aux plus défiants, la garde parisienne avait pris un peu de consistance dans les premiers jours de mars; néanmoins la misère du temps apportait des obstacles presqulnsurmontables à son entière organisation. Les grenadiers, surtout dans les quartiers où il y a plus d'industrie que aaisance, n'étaient habillés qu'en partie. Pour engager les fusiliers à faire des uniformes, il fallut les distinguer sous la dénomination de chasseurs. D'un autre cdté, l'arsenal n'avait fourni qu'un petit nombre de fusils de munition ; l'armement se composait en partie de carabines ou mousquetons achetés de hasard ou ramassés sur les champs de bataille, de fusils de chasse et même de pacotille, dontrusa§[e était dangereux. Pour y suppléer, on Êibriqua, il est vrai, sous le nom de lances, des piques ornées de banderolles ; mais les citoyens ne les prenaient qu'avec répugnance ou les rejetaient même avec dédain, leur préférant les plus mauvaises armes à feu. La pénurie de celles-ci était telle, que pour mettre les gardes nationaux habillés en état de paraître à la revue du dimanche Î7, le général Ornano leur prêta deux mille fusils de la garde impériale , sous condition expresse de les rendre le lendemain : ce ne fut que le 29 et le 30 au matin qu'on leur en fit une seconde distribution de quatre mille.
L'effectif de la garde nationale n'excédait pas douze mille hommes . dont six à sept mille seulement armés de fusils de munition, lorsqu'en vertu d'un ordre du roi Josepn du 23 mars , elle releva lé 29 , aux postes de l'intérieur et des barrières , les troupes de ligne qui devaient défendre les faubourgs extérieurs.
Sur la rive droite de la Seine, les 1" et 4*^ légions ffardaient la gauche de l'enceinte, depuis la barrière de Passy jusques et non compris celle de Clichy. Le centre , formé de lapartie la plus étendue et la plus
susceptible d*attaqiie, allait deinis la bu^ 1 ière de Clichy jusques et compris celle de Charonne, et fut confié aux 2*, 3*, 5% ^ et 7* légions ; la droite, gardée par les 8* et 9*, s'étendait depuis la barrière de Ckaronne jusqu'à celle de la Râpée.
Sur la nve gauche de la Seine , h il* légion gardait le centre, depuis la rivièR de Bièvre Jusques et non compris la bvrière des rourneaux; le reste de l'enceiate était occupé, la droite par la 10* léfpon, el la gauche par la 12*.
Outre la grand'garde de l'Hôtèl-de-Ville, les postes d*honneur des Tuileries etdi Luxembourg , ceux de police k chaque miirie, la garde parisienne prit alors les postes des petites barrières et des étaUisiements publics, à l'exception des hôpitm, des prisons, des ports et des marcnés p restèrent sous la surveillance de la gendarmerie et des vétérans de la ligne. Qnant aux grandes barrières, elles furent oocspées par un piquet de cinquante ^nadiers ou chasseurs de la^arde parisieope, concurremment avec la hgne et la gendarmerie, sous les ordres d un licier supérieur nommé temporairement par le gàr verneur.
Douze grand'gardes affectées à chamie légion, et placées dès l'origine en-deçà ia parties de l'enceinte, furent élevées ckacune à cent hommes ; elles étaient char* gées de fournir des postes aux petites barrières, et devaient, en cas d'alerte, se porter au soutien des points menacés.
La garnison de Paris se composait de trente dépôts ou cinquièmes batauloi», de quelques compagnies de vétérans, de h gendarmerie de Paris et du corps de sapeurs-pompiers. Outre ces forces, ilj avait encore dans les environs de la capitale, à une ou deux journées de marches, soixante autres d^ts d'infanterie, qui, a l'époque du 25 mars, ne renfermaient pas moins de vingt mille hommes. L'Emperar voulait qu'au besoin , et à défaut ne soldats, on formât ces cadres en compagnies d'ofiiciers et sous-officiers pour le servies de Paris ; mais au 29 aucune de ces mesures extraordinaires n'avait été ordonnée. D'un autre cAté , il eût été impndenk de détourner la gendarmerie et les pean
i)iers du service d'ordre et de sécurité qv eur était confié ; ainsi le gouverneur n'ed à sa disposition , soustraction faite des troupes nécessaires à la garde des prisons et des hôpitaux, qu'un nombre insuffisast pour le service extérieur gui lui avait été assigné par l'ordre du roi Joseph , dn 23 mars. A peine put-il jeter garnison dans Saint-Denis et Yincennes, et faire occuper par des détachements les ponte de Saint- Maur, Charenton et Neuiliy.
Il n'existait au dépôt général des lemontes à Yersaillee, que nulle '
BATAILLE DE PARIS
montés en état d'entrer en ligne ; mais d'après les ordres de Joseph , te général Préval en forma un régiment de marche qui , sous la conduite du colonel de Garignan , escorta, le 30, ilmpérairice jusqu'à Rambouillet.
£n quittant Paris, l'Ëmiiereur y laissa vingt-deux cadres de bataillons de jeune garde; mais la formation des divisions Charpentier et Boyer de Rebeval les avait enlevés dès le 15 février. Il est vrai de dire <^tt*au fur et à mesure que les régiments s épuisaient à l'armée, leurs cadres revenaient se remplir à Paris ; cependant depuis le renvoi fait de Soissons par le duc de Trévise, de vingt-un officiers et quatrevingt-douze sous-officiers, il n'en était plus revenu, et le détachement parti le 17 mars avec le général Lefebvr^Desnouëltes,avail presque tout enlevé, cadres et conscrits.
Il ne restait de disponible^ aï 28 mars matin, dans tous les dépôts de la garde, que trois mille six cents hommes d infanterie, quinze cents de cavalerie et cent cinauante d'artillerie ou du train, quand, sur lavis de l'approche de l'ennemi, il partit avant midi pour Meaux , un détachement de quinze cents fantassins et sept cents chevaux sous les ordres du général Guye, lequel se réunit à Glaye, comme on Ta vu
Ëlus haut, au corps du général Gompans. ans la journée du 29 , quinze cents hommes d'infanterie et environ trois cents de cavalerie formèrent l'escorte de l'Impératrice et du Roi de Rome ; il n'y avait donc pour renforcer l'armée que six cents hommes de pied et trois cents cavaliers : néanmoins, vu l'urgence du moment, le comte Ornano crut devoir opposer à l'ennemi environ quatre mille conscrits non encore organisés, et en forma une division dont le général Michel, à peine guéri de sa blessure, prit le commandement.
Telle était, le 29 mars au matin, la situation militaire de Paris.
Le départ de l'Impératrice et du Roi de Rome, résolu et préparé en secret, ayant transpiré, on parla de s'y opposer; mais un sentiment unanime se manifesta dans la garde nationale pour protéger au besoin leur départ, et, en général, la libre action des fonctionnaires du gouvernement. Un seul des grands dignitaires , le prince de Bénévent, fut, dit-on, arrêté à l'une des barrières, sans qu'aucune réquisition, nulle plainte , aucun avis de cet incident parvint aux autorités compétentes.
Dès l'aube du jour, tout annonçait à Paris l'approche (lu danger et les craintes qu'il inspirait. On évacuait les archives et les effets précieux .du gouvernement ;. on biûiait dans les ministères les papiers dont la publicité'pouvait nuire à l'Etat ou aux particuliers. La plupart des fonctionnaires publics et des citoyens que leurs servit.
vices ou de grands intérêts retenaient dans la capitale . envoient loin de ce théâtre prochain d'nostilités, leurs femmes et leurs enfants. Paris devient en même temps le refuge des familles qui abandonnent les lieui occupés par l'ennemi; et des convois de voitures, de bestiaux, de meubles, de denrées de toute espèce , encombrent les avenues, obstruent les barrières. Une vague inquiétude porte et retient hors des maisons , sur les places , les quais et les boulevarts , sur les routes et les hauteurs voisines, une partie delà population de la capitale.
On affiche sur tous les murs, on met à l'ordre du jour de la garde nationale et de la garnison , la prodamation si connue du roi Joseph, et, presgue au même moment, on lit dans le Moniteur jqm l'Empereur a battu, le 26 à Saint-Dizier, le général Wintziugerode, lui a fait deux mille prisonniers et pris son artillerie. La foule en conclut que Napoléon peut arriver à Paris en même temps que l'cnnémi , mais ne sera suivi que de loin par l'armée française et même la cavalerie; en effet, cela n était pas impossible, s'il eût pris cette détermination à l'issue du combat de Saint-Dizier; il fallait seulement qu'après avoir cessé de couvrir la capitale pour agir sur les derrières de l'ennemi, il cnangeât de plan, et que la défense de cette ville, qu'il avait considérée comme un objet secondaire , devînt le sujet principal de ses combinaisons. Toute incertitude, tout retard dans un moment si décisif, devait lui faire manquer l'un et l'autre but.
Joseph, mieux instruit des projets de son frère que des desseins de l'ennemi, croyait cependant n'avoir à repousser qu'un de ses corps d'armée, et ne désespérait pas d'en venir à bout avec la réunion de troupes qui allait s'opérer sous les murs de la ca« pitale.
Les trois chefs militaires employés à Paris, reçoivent l'ordre de redoubler de surveillance et d'activité. Le duc de Gonegliano invite, par un ordre du jour, les gardes nationaux à prendre les armes au premier appel , et assimile leur service à celui de la ligne dans les places assiégées ; un tiers seulement se reposera, un autre sera de piquet, le dernier tiers occupera les postes et doublera les plus importants. Les neuf légions, qui défendent la rive droite de la Seine, placeront, outre les grand'gardes , des reserves destinées à soutenir les postes des grandes barrières. Les trois légions de la rive gauche, où, d'après la direction de l'ennemi, l'enceinte n'est point exposée à une attaque immédiate, fourniront à l'Hôtel-de- Ville une forte réserve destinée à se porter au soutien des barrières menacées et sur les points de l'intérieur où l'ordre public serait trou-
im
LmniE.
bléi Un chef de fatUilloD prendra le oommtodement à cbacone des barrières principales afin d'assurer les eomnunicaUons à rinlérieor et aa debors, dégager les
grandes mes et se c«Micerler pour la dense de l'enceinte avec les commandants militaires des faubourgs extérieurs.
Le gouverneur Hullin concourt aux dispositions de défense aQtant que le permettent la faiblesse des troupes dont il dispose et les besoins multiplies de la police militaire.
Le comte Omano prend ses mesures pour que les réserves de la ^ardc puissent le soir même se mettre en ligne avec le corps du général Compans, et se porte de sa personne, avec une partie de sa cavalerie, jusau'au village de Pantin.
Vers midi, le Roi monte à cheval avec le général Maurice Matbieu, son chef d'état-major, et avec celui de la garde parisienne, pour reconnaître les débouchés d*où Tennemi peut se porter sur Paris, et spécialement sur les hauteurs qui le dominent. Le chevalier AUent , qui les a parcourus dans les reconnaissances ordonnées par TEmfiereur, fait remarquer d'abord au Bol le point où la route des petits ponts rejoint celle d'Allemagne. Une colonne ennemie peut, à Villenarisis , gagner cette route par le pont de Mitry sur le canal de rOurcq , et combiner si'» mouvements avec ceux des colonnes aui suivraient les routes d'Allemagne et de âenlis. Joseph examine ensuite le village de Pantin , les hauteurs et les escarpements qui forment ou prolongent à gauche la position de Romainviile, et se lient par les maisons élevées de ce premier village au poste avantageux que sa masse offre dans la plaine entre les collines et le canal de l'Ourcq. U donne ordre au général Oruano de poster sa cavalerie au moulin de la Folie, pour éclairer les débouchés de la plaine, entre Noisy'le-Sec et Bondi. Le Roi se porte à Rosny, au point où les colonnes ennemies, débouchant des routes de Montfermeil et de Lagny, s'élèveraient sur les hauteurs pour marcher de niveau contre la position de Romainville, ou descendre dans les bois de Vincennes, masquer ou insulter le château, et tourner les tambours construits sur la rive gauche de la Marne aux ponts de Saint- Maur et de Charenton. La reconnaissance se dirige ensuite sur ces deux points. Les ouvrages qui les couvrent ne pourront 6tre utiles que dans l'hypothèse où les corps des ducs de Trévise et de Raguse ne seront suivis que par des troupes légères, et que les masses opposées au générai Compans, négligeront le lendemain de s'emparer des débouchés de Montfermeil et de Lagny.
Dans cette reconnaissance , Joseph ne prit qu'une idée imparfaite du terrain, et sa course rapide parait n'avoir eu pou-
objet que de faire U nefllenedistriMiB possible des forces app^ées à le défewin; car il importait, en eBfi , de confier, m troupes les mieux «onstilsées, les vilia^ de la plaine formant des points de ûékm uniques non protégés de l'art ni de la nature, et de réserver, aui moins afcoerries, les positions successives de Romainvile et de Saint-Fargeau, dont ks flancs et les approches semés d'escarpements , de (mhÎ, de vignfs, d'enclos, devaient faciliter les chicanes et les retours offensifs.
Quoi qu'il en soit, cette reconsaissaiitt terminée, le Roi retourna en toute hâtean Tuileries, où, après en avoir conféré aTer les trois Maréchaux, il arrêta les disjMîtions suivantes :
Le lendemain ,30, à la pointe do jov, le duc de Raguse devait occuper la positioi de Romainviile, et les généraux GonpF et Ornano défendre Pré-Saint^^vais et Pantin, ainsi que le terrain entre les haïteurs et le canal de l'Ourcq. Le corps à duc de Trévise avait Tordre d'eotrer ea ligne entre le canal et Montmartre, et d'occuper les longs faubourgs de La TiiletteetdeLa Chapelle. Il futcoDvenoqv le quartier-général du Roi serait placée Montmartre, où le comte HuUia mettraii un poste, et que le reste de ses tioopes ferait, avec la garde nationale, le ser?iœ intérieur, garderait les barrières et défeor drait les parties de l'enceinte que l'amée ne couvrirait pas.
Les deux réserves d'artillerie, ainsiqie toutes les pièoes inutiles sur la rive gasoe de la Seine, attelées de chevaux de po^ et de rivière, furent réunis aa nombre* vingt -huit pièoes à la barrière daTrôie. Le major Evain, de l'artillerie de U \if^ en prit le commandement, et l'on y altaoï. comme pointeurs, des canonniers-véténtf de la garde impériale.
Aucun changement essentiel n'ajint^ jugé par le Roi , dans le dispositif anne dès le mati n par le duc de ConegliaBo poar a garde parisienne, le Maréchal se coaleui de prescrire aux chefs de légions de to prendre les armes, dès qu'ils eoteodrajeiH battre la générale. En leur recommandant d assurer la tranquillité intérieure de act pitale, il les engagea à occuper aH deboi? de l'enceinte quelques avant-postes et i porter, sur les hauteurs de MootffiartrejH de Saint-ChaumoDt, des forces q«i fissent grossir celle de l'armée aux yeui de leanemi : « Je ne veux point, disait-il, en dno* » ner l'ordre ; mais je verrais avec la p^ » vive satisfaction des officiers, so^ > officiers, grenadiers et chasseurs ^ » bonne volonté, se présenter pour oeet* » per cette ligne d'avant-|»ostes. • :
Ce n'était pas sans motif, que le MjJJj chai se bornait à une invitation. €oBifl^ en eifet donne iniUe hommes mal »^^
BATAILLE DE PARIS
pOQvai6Dt-ilg suffire à maintenir Tordre au-dedans, garder TeDceinte et entrer en ligne avec une force capable de seconder l'armée ou d'imposer à l'ennemi. Un corps composé de propriétaires fonciers ou industriels, la plupart établis etpères de famille, en grande partie étrangers au maniement des armes, que le quart môme ne devait recevoir que le lendemain matin, n'était réellement propre qu'à remplir le but de son institution, c'est-à-dire, à rendre les troupes de ligne disponibles en les suppléant dans le service intérieur. Demander comme obligé un service d*armée à la garde parisienne, c'était renoncer à robtenir, car les opinions unanimes sur le maintien de Tordre, étaient divisées à Tégard de la défense. Un grand nombre de citoyens par des motifs différents et souvent contraires, désiraient avec ardeur la chute du gouvernement. Peu de personnes croyaient à la possibilité d'une longue résistance, et les efforts comme les vœux de tous, ne tendaient qu'à préserver la capitale par une courte défense, du pillage, de Tincendie et des horreurs aun assaut.
Frappé de ces considérations, le duc de Gonegliano n'en fit pas moins ses dispositions pour porter au soutien de Tarmée tous les volontaires qui se présenteraient ; il résolut de se rendre lui-même, à la pointe du jour, aux lieux de rassemblement des légions, afin de stimuler par sa Présence et ses exhortations le zèle et honneur des gardes nationaux ; mais il sentit en même temps, avec regret, Teffet de la mauvaise or;(auisation de T£mpereur : il ne pouvait se mettre à leur tète en face de l'ennemi. Les ducs de Raguse et de Trévise, les généraux Compans et Omano commandaient la première ligne, de Montmartre à Charonne; la défense de l'enceinte appartenait de droit au général Hullin, comme gouverneur de Paris:
ainsi, il ne restait de commandement à ce vieux et respectable guerrier , qu'aux points où la garde parisienne se trouverait seule devant Tonnemi.
Récapitulant tout ce qui précède, on voit que, par l'arrivée de Tarmée, sixchefs, parmi lesquels figuraient trois maréchaux, formaient six commandements divers sous les ordres du roi Joseph ^ de qui seul ils pouvaient recevoir Tunite d'action et les directions qu'exigeraient les événements de la journée.
Ainsi le salut ou la chute de TEmpirc allaient être balancés dans les mains d'un homme en qui l'inexpérience n'était pas même rachetée par la vigueur du caractère. Chose étrange ! l'Empereur le savait, et ce péril était moins le résultat des événements que de ses propres combinaisons.
Tandis que ces dispositions se faisaient
à Paris pour la défense des positions qui le couvraient, Tempereur de Russie et le roi de PrusSe à peine établis à Bondi, réunissaient en conseil de guerre le généralissime prince de Schwarzenberg, le maréchal Bliicher, le général en chejf Barclay de Tolly et le ministre comte de ^esselrode.
L'attaque fut décidée pour le lendemain à la pointe du jour. On ne prit le temps ni de rectifier la ligne de Tarmée, ni de reconnaître les positions de Tennemi.
Quoique les derniers rapports annonças^ sent que Napoléon s'était mis en marche le 26 de Saint-Dizier sur la Marne, les corps détachés sur TYoniiO et le Loinj; pouvaient avoir reçu Tordre du roi Josepn de venir en poste au secours de Paris : un jour de plus suffisait pour que Napoléon y arrivât avec les généraux propres à seconder ses desseins : il fallait donc le mettre en défaut par une bataille décisive qui livrât de suite aux Alliés le siège même de son gouvernement, et ajoutât à Tinfériorité de ses forces, l'embarras d'une révolution politique, dont l'occupation de Paris donnerait, d après toute probabilité, le signaL
L'attaque ainsi résolue, on détermina qu'elle aurait pour objet Tnccnpation des hauteurs de Montmartre et de Belleville.
La direction des attaques sur Montmartre fut confiée au maréchal Bliicher, et son armée, débouchant par le Bourget, dut d'abord occuper ou masquer Saint-Denis; du reste, on le laissa maître de faire ses dispositions en arrivant sur le terrain, selon qu'il le jugerait convenable.
Le général en chef Barclay de Tolly débouchant sur la route d'Allemagne, avec le sixième corps et les réserves, fut chargé d'attaquer les hauteurs de Belleville. I^ gardes et réserves russes et prussiennes eurent ordre de garder Pantin, d'agir sur la route d'Allemagne, et de soutenir celles des attaques principales qui auraient besoin d'appui. Le général Rajewski, avec son corps et la cavalerie du comte de Pahlen, eut l'instruction de menacer le village de Pré-Saint-Gervais , d'attaquer le plateau de Belleville, d'occuper Montreuil et Bagnolet, et de porter un corps de cavalerie au pied des hauteurs de Yincennes, pour observer ce poste , et se mettre en rapport avec le prince royal de Wiirtcmberg.
Le corps de ce Prince, soutenu de celui du comte de Giulay, reçut Tordre d'arriver
Sar la route de Lagny sur les hauteurs de osny et de Neuilly-sur-Mame , de s'emparer des ponts de Saint-Maur et de Charenton ^ de nettoyer le bois de Vincennes et d'en investir le château, protégeant dans la plaine, à gauche, les attaques des hauteurs de Belleville. La destination principale de ces deux derniers corps , comme celle .des corps de Sacken et de Wrède lais-
un
L'EHPIIE.
ses à Mcaux et Coulommiers, était de couvrir Topération décisive des ajliés sur Paris , d'arrêter les troupes que l'Empereur aurait pu diriger sur les ponts de la Marne, et de les contraindre à se jeter par ceux de la Seioe sur la route de Fontainebleau. €c plan faisant des hauteurs de Montmartre et de Belleville les principaux points d'attaque , avait pour but évident d'occuper la ligne des sommités qui dominent Paris au «ord. Par une coïncidence qu'explique la seule inspection des lieux, le projet d'attaque fut déterminé d'après le principe qui avait servi de base an plan île défense présenté et rejeté en janvier, reproduit en mars, et si malheureusement ajourné. Par une autre fatalité, Montmartre qui . dans le plan de l'ennemi , devait ètro lin des points d'attaque , n'entra pas dans la ligne de défense de l'armée française, et fut abandonné aux chances de la journée. EnOn, pour achever le tableau, on resta de part et d'<aulre dans l'ignorance des forces et des positions rçsj>ecti ves ; et comme nous le verrons dans les dispositions improvisées sur le terrain , on négligea des deux côtés, et sur quelques points on rencontra, comme obstacles, des accidents faciles à opposer à l'ennemi.
30 Mars 1814.
Avant l'aurore, le tambour appelle aux armes la garde parisienne; les troupes de la garnison se forment dans leurs casernes : les divers corps de l'armée se rassemblent dans leurs bivouacs ou leurs cantonnements. Les ducs de Trévise et de Raguse et les sénéranx qui avaient pris leur quartier à Paris, se rendent à leurs corps pour les mettre en mouvement.
Le roi Joseph quitte à la pointe du jour, le palais du Luxembourg, avec le chef et les officiers de son état- major, et va se placer à Montmartre dans un pavillon situé sur la route de Clignancourt, an point où elle coupe la butte des Cinq-Moulins. Le comte llullin, après avoir porté sur les hauteurs les faibles détachements que la garde et la police de Paris laissaient à sa disposition, arrive au quartier-général du Roi avec les directeurs de l'artillerie et du génie. Le Ministre de la guerre, le Ministre-directeur, le premier Inspecteur-général du içénie s'y rendent successivement. Les officiers-généraux, supérieurs et particuliers qui se trouvaient à Paris sans destination se portent en foule sur ce point, demandent et attendent des ordres.
Du pavillon où le Roi s'était placé, ou
découvrait au loin la i^aiiie de Saint- Denis ; mais on ne pouvait apercevoir ce qui se passait sur les deux rives du canal (te 1 Ourcq, ni sur les hauteurs de Romainville. Conformément à Tordre qu'il en avait reçu du Roi, dans la reconnaissance de la veille, lechef d'ctat-maiordela garde parisienne se porte sur les hauteurs pour observer les forces, ia position et les mouvements de l'ennemi.
Le maréchal duc de Conegliano^ que celle mission obligeait de veiller lui-même à l'exécution du dispositif d'ordre et de défense prescrit à la (çarde parisienne, inspecte les légions, fait renforcer les barrières menacées, harangue les bataillons e les détermine à envoyer des détachements sur les hauteurs, et des tirailleurs sur la ligne ou sur les ailes de l'armée.
Cependant l'armée s'ébranle et se porte sur le champ de bataille.
Sur la ligne assignée auduc<ie Ragose, la cavalerie et les troupes stationnées à Montreuil, Malassise et Bagnolet tenaient déjà la droite et les postes avancés de la position de Romainville et de Pantin. Il restait peu de chemin à faire aux troupes cantonnées à Saint-Mandé, et celles gai se trouvaient à Charonne, n'avaient que Jes pentes à gravir pour arriver sur la position.
A la gauche du Maréchal, le généraJ Compans dont le corps avait bivouaqué sur la butte de Beauregard, pouvait en
Keu d'instants couronner le plateaa entre omainville elles Prés-Saint-Gerrais.
Il n'en était point ainsi du duc de Trévise, dont la majeure partie des tronpcs cantonnée à Cbarenton, Conflans ei daàs les faubourgs de Bercy, de Marengo e( de Picpus, ne pouvait parvenir sur la ligne qui lui était assignée , entre Montmartre et le canal de TOurcq, qu'en déyeloppaot le (çrand arc de cercle des boulevarts extérieurs, et les lignes allongées des faubourgs de La Viilette et de La Chapelle. Les réserves de la garde impériale, sous le général Ornano, destinées à former ou soutenir la droite du Maréchal et le centre de l'armée entre le canal et les bautears de Belleville, se trouvaient toutes encore derrières Pantin et en avant de La Viilette en face de l'ennemi.
Mais par un heureux concours de circonstances, l'armée de Silésie qui devait, sous le maréchal Bliicher, marcher contre Montmartre, La Chapelle et La Viilette, n'avait point occupe Aubervilliers; Tavant-garde était restée au Grand-Drancy, et les corps de Langeron, Kleist, Torck et Woronzow, s'étendaient depuis le Bourget par Aulnay jusqu'à Villepinte. La distance et quelque retard dans l'expédition des ordres tenaient encore cette armée dans ses cantonnements*
BATAILLE DE PARIS
A Textrème gauche de la Grande-Armée alliée» les corps du prince royal de Wurtemberg et du comte de Giuiay, obligés de déûler le long de la Marne, ne pouvaient arriver en ligne que vers le milieu du jour, et leur destination était moins d'ailleurs de contribuer aux succès de la journée, que d'assurer la gauche de l'armée ennemie, en s'emparant des ponts de Saint-Maur et de Gharenton.
Le reste de la Grande-Armée, sous les ordres immédiats du comte Barclay de ToUy, s'étendent depuis Livry jusqu'à Romainville et Pantin ; et le sixième corps, commandé par le général Rayefsky, cantonné dans les villages de la plaine entre Romainville et Bondi» étaient seuls en mesure d'entrer en action, et nul contretemps n'en retarda l'ordre pour eux.
Telles furent, du côté de l'ennemi comme du nôtre, les particularités qui firent engager la bataille d'abord au centre, et par des mouvements qui ne s'étendirent que successivement aux ailes des deux ar-
Vers six heures, le soleil, s'élevant à peine au-dessus de Thorizon, annonçait un jour pur et serein, lorsque le canon apprit tout-à-coup à Paris et à l'armée le commencement d'une action qui allait décider du sort de la France.
Tandis que le général en chef Barclay de Tolly faisait avancer au soutien des attaques une partie des gardes et réserves, une division du corps de Rayefski, sous les ordres du prince Eugène de Wiirlemberg, et les cuirassiers commandés par le général Kretow, débouchaient de Pantin.
La division de jeune garde, aux ordres du général Boyer de Rebeval (1), venait de se former ; mais trop faible pour attendre le choc de l'ennemi, elle se retira sur la droite de la division Michel (2), qui se formait à cent mètres de son bivouac, à gauche de la grand'route d'Allemagne, où elle était venue prendre position la veille dans l'après-midi.
Dans ce mouvement, la division Boyer et bientôt après la division Michel canonnent avec vigueur, et contiennent les co« lonnes russes.
Tandis que l'ennemi faisait ce premier effort dans la plaine, les tirailleurs du général Rayefski s'emparèrent de la butte
(1) Celte division dont le général Boyer de Rebeval, souffant enciire de sa blessure, prit le eommandement Ters six heures du matin, se composait do trois bataillons du il- résiment de voltigeurs, sous le général Guye, auxquels on en Joignit un de tlraiUeurs et un de flanqueurs-grenadlers , et formait environ deux mille nommes.
(3) Cette division se composait d'environ quatre mille hommes de tous les dépdts dUnfanterie do la garde, dont un millier arrivé la veille des départements do rOuest, fut trmé le matin même.
au-dessus de Romainville, ce qui lui donna la facilité de diriger sur le plateau la division Mezenzow flanquée à sa gauche par la cavalerie du comte de Pahlen.
Pendant ce mouvement, le général Gompans couronnait les hauteurs au Pré-Saintuervais, et jetait dans le bois de Romainville la division du général Ledru des Essarts. Le général Vincent, rappelé par le duc de Raguse, se portait de La Chapelle à Belleville avec sa cavalerie.
Ce Maréchal faisait aussi gravir le plateau à ses ^troupes du côté de Bagnolet. Elles s'élevaient déjà sur la berge du fond du vallon, lorsqu'elles aperçurent l'ennemi à la naissance des gorges qui descendent sur Pantin et Romainville. A l'instant même, la brigade Fournier, formant la tôle de colonne et celle du général Joubert se déploient de pied ferme, la première à droite, la deuxième à gauche de la route de Belleville, et cette dernière se met de suite en contact avec les troupes du général Ledru.
Le duc de Padoue se forme alors sur le plateau de Malassise , couvre Bagnolet, et clans ce poste avancé, assure la droite de la position, protégé lui-même par les trou« pes qui occupaient encore Montreuil. La cavalerie s'étend sur deux lignes, de ce dernier village à Charonne ; la première est formée par la division Chastol (1), l'autre par le corps du général Bordesoulle.
La division Ricard se place en réserve dans l'intérieur et sur la gauche du parc de Brières, sous la protection de l'artillerie du corps d'armée qui fut établie aussitôt sur la butte des deux Tourelles, au milieu de l'ancien parc de Saint-Fargeau.
Par l'effet de ce mouvement, la droite du Maréchal, aux ordres du duc de Padoue, menaçait le flanc gauche de l'ennemi ; tandis que la gauche, sous le général Compans, se refusait un peu et laissait le centre au point le plus près des colonnes ennemies. '
Toutefois les Russes ayant prévenu le duc de Raguse à Romainville, qu'il entrait dans son plan d'occuper, la prudence l'oblige à charger le colonel du génie Paris de reconnaître la position en arrière cxîlle du télégraphe ; et au même moment il se détermine avec le général Compans à prendre l'offensive, à débusquer les Russes du bois, et à se rapprocher s'il se peut de Romainville. Le combat s'engage ave vivacité dans les bois et sur le plateau.
Pour seconder le mouvement offensif des
(l}La division Chaslel n'était formée que de la cavalerie commandée précédemment par le général Vincent. -Ce général, à peine remis do ses blessures, en prit le commandement à sept hourcs du matin.
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