PREMIÈRE PARTIE
Situation des aigres militaires et politiques & TarriTée de l*Empereur sur le Mdo, «- Mouvements des deux années. — Bataille d'Iéna.
Lorsque TEmpereur parut au milieu de son armée , la guerre n'était pas encore déclarée entre la France et la Prusse. C'était im spectacle remarquable de voir cette dernière puissance s'agiter, s*ébranler en masse, réunir ses forces, les transporter sans cesse d'un lieu à un autre, leur faire foire des' marches et des contre-marches , menacer la France par ses mouvements militaires , par ses écrits et par ses propos , annoncer non seulement le désir de combattre, mais même la certitude de vaincre, parler enfin de ses triomphes comme s'ils étaient certains.
Cependant la Prusse ne s'arrêtait à ancttu plan fixe. Elle n'entamait aucune opération, reculait à l'instant de décla* Ter officiellement ses intentions hostiles, paraissait étonnée et confuse de ce que tant de bruit n'avait pas l'air d'être entendu par la France, et devoir Farmée que les Prussiens disaient être sàrs de battre, se porter tranquillement au devant de sa ruine.
Cette conduite bizarre était l'effet du délire qui s'étmt emparé de toutes les têtes prussiennes, et surtout de Firrésolution où était plongé le roi de Prusse lui-même. Ce prince se trouvait réellement entraîné à la guerre par une faction puissante , à la tête de laquelle était la reine. Mais avec son coup d'œil juste, il découvrait parfoitement les conséquences funestes de la démarche qu'on hiifiBiisdt faire, et l'abîme qu'on ouvrait sous ses pas. Napoléon lui avait fait senvu.
tir plusieurs fois la faute qu'il commettait en se séparant de l'alliance de la France. Frédéric III n'était que trop pénétré de cette vérité; cependant il cédait à une impulsion qui agissait coutinuellementsur lui, et Tempéchait de se conduire d'après sa volonté.
Du côté des Français, il régnait autant de calme et d'ordre qu'il y avait de trouble et de confusion chez les Prussiens. À la tête d'une armée superbe, constamment victorieuse et qui ne respirait que les combats. Napoléon, tranquille sur les événements, laissait néanmoins encore à son ennemi le choix de la paix ou de la guerre. Cependant il ne n^ligeait aucune précaution. Dès son arrivée à Wûrtzbourg , les ordres furent donnés pour assurer, par des réquisitions , la subsistance des troupes , et pour construire des fours à Bamberg, Cronach, Forcheim, Wûrtzbourg. Un ordre du jour, publié dans tous les corps, désigna les mêmes places pour devenir les dépôts où seraient renvoyés les convalescents,* et où devraient se rendre les hommes qui arriveraient de France, une fois que l'armée aurait commencé à se porter en avant. Il fut également prescrit aux commandants des corps d'armée de diriger sur ces places les femmes, les bagages qui ne, seraient pas absolument nécessaires, enfin toute espèce d'embarras, pour que l'armée fût plus mobile et plus légère.
Il y eut quelques changements dans
L'EMPIRE
riUîsiette des canlonnenients. Le quatrième corps eut l'ordre d'étendre les siens entre Amberg et Bayreuth; le sixième, entre Nuremberg etBamberg.
Le cinquième dut se réunira Schweinfurt, en tenant des piquets de cavalerie en avant d'Ummerstadt , et sur Heldbourg, afin d'intercepter les communications entre Wùrtzbourg et la Saxe, et de favoriser les reconnaissances des officiers de l'état-major. Il fut ordonné aux généraux Milhaud et Lasalle, chefe de la cavalerie légère de la réserve , de tenir leurs brigades réunies, et d'avoir des piquets sur les communications de Cobourg. Le prince de Ponte-Corvo fut chargé de faire éclairer la communication de Leipsig. Le troisième corps était toujours à Bamberg.
Il fut ordonné au septième de cantonner aux environs de Wûrtzbourg, sur la route de Bamberg.
Le 5 octobre, de nouveaux ordres partis du quartier-général impérial imprimèrent un mouvement à toute l'armée , dans le but de la concentrer toujours davantage, et de la rapprocher des lieux où était l'ennemi. Le cinquième corps fut dirigé sur Cobourg; arrivé là, il devait continuer sa route sur Graffenthal. Le septième corps, destiné à appuyer le cinquième , eut également sa direction assignée sur Cobourg; et il devait âtre , le 8 , entre Bamberg et cette ville. Il fut enjoint au duc de Dalmatie d'entrer à Bayreuth le 7, avec ses forces réunies. Son ordre portait de continuer ensuite sa marche sur Hoff.Le duc d'Elchingen eut l'ordre d'appuyer ce mouvement; « Comme il » n'y a qu'une chaussée dans le pays )) de Bayreuth (manda le prince Miyor- » général au Maréchal ), Sa Majesté a » jugé convenable que vous marchiez » toujours à une demi-journée du corps » dii due de Dalmatie ; mais vous vous
» réuniries à lui dans toutes les posi- » tiens où cela serait nécessaire. Vous » observerez que la guerre ne doit pas )) être considérée comme déckrée.
» Votre langage sera constamment que » l'Empereur fait occuper le pays de » Bayreuth , pour appuyer son aile » droite menacée par le rassemblement » des Prussiens et par l'invasion de la » Saxe. »
La division bavaroise du général comte de VSTrede suivait les quatrième et sixième corps; elle f ut destinée à s'eOH parer de Kulmbach , petite forteresse du pays de Bayreuth, située sur le Mein, dans une forte position. Cependant il fut mandé au comte de W^rede de ne point arrêter toute sa division devant cette place; si elle résistait à la première sommation , il devait en £ûre le blocus par un ou deux régiments.
Le 6 , le grand quartier-général fut transporté à Bamberg , où la garde inn périale arriva le même jour. Le troisième corps n'avait pas bougé de ses cantonnements près de cette ville; et le premier était toujours en avant de toute l'armée, près de Lichtenfels et de Cronach. La réserve de cavalerie était entre les premier et troisième corps , poussant des postes plus loin que Cronach.
Dans cette position , les cinquième et septième formaient la gauche de la Grande-Armée, à une demi-journée l'un de l'autre.Les premier et troisième étaient au centre, à la même distance.
Les quatrième et sixième formaient la droite dans un pareil éloignement.
Ce fut le 7 octobre que l'Empereur reçut un courrier de Mayence, dépéché par le prince de Bénévent,son ministre des relations extérieures, etqui était por^ teur d'une longue lettredu roi de Prusse. Ce monarque, se répandant en plaintes amères contre la France, et énonçant toutes les raisons qu'il croyait «voir de
CÀMPAGNt DS 18Û6 ET 1807.
recourir à la voie des armes , lignait lui-môme la déclaratiou de guerre, au jour de la réception de sa lettre. Napoléon se tourna vers le prince de Neuchàtel. c( Connétable, lui dit-il, on nous 9 donne unr rendez -vous d'honneur B pour le 8. Jamais un Français n'y a » manqué. Mais, comme on dit qu'il y » a une belle reine qui . veut être té- D moin du combat, soyons courtois, et j» marchons vers la Saxe sans nous » arrêter. » La . reine de Prusse était effectivement à l'armée, habillée en amazone, excitant, par ses discours, Tardeur et le courage des troupes.
A k veille de commenceroette guerre, dans laquelle le gouvernement prussien, abusé, croyait .voir un moyen de gloire et d'agrandissement, et dont le résultat a été si complètement contraire à ses espérances, l'Empereur, ayant arrêté ses dispositions, les transmit aux chefs des différents corps d'armée par Forgane de son Major-général.
11 fut ordonné au prince de Ponte- Corvo de porter sur-le-champ son quartier-général à Cronach ; de placer deux de ses divisions en position sur les frontières de Saxe, et de laisser la troisième à Zettliz, en avant de Lichtenfels, jusqu'à l'arrivée du troisième corps^ qui devait occuper ce point. Le premier devait se réunir, le 9, sur les hauteurs de Lobenstein, en Saxe. Lichtenfels fut assigné pour le quartiergénéral du prince d'Eckmûhl. Ce maréchal fut averti que l'intention de VEmpereur était que , le 8 , tout son corps d'armée put être réuni en masse en iàvant de Cronach , et être eu mesure de soutenir le prince de Ponte-Corvo qui devait, dans la journée du 9, se porter mr Lobenstein et sur la Saale.
Le roi ie Naples eut l'ordre de porter son quartier-général à Cronach , et de rapprocher toutes ses divisions de ce
point, a Quoique Ton puisse considérer » la guerre comme déclarée dès au- » jourd'hui, » lui faisait mander l'Empereur, « aucune cavalerie ne doit ce- )) pendant dépasser la frontière , afin de }) ne pas instruire l'ennemi plus tôt » qu'il ne doit Fétre , du commence^ » ment des hostilités. Mais, demain « » les deux brigades de cavalerie légère » de Votre Majesté, et celle du premier )) corps qui se trouve réunie à elles, )) passeront le Mein, se porteront en » avant, et iront battre et éclairer le )) pays. Il sera attaché unofûcierdugé- )) nie à chacune des brigades pour iaire » des reconnaissances, de sorte que » demain , vers minuit , l'Empereur m puisse recevoir à Cronach , où il se » trouvera, des renseignements sur les » points suivants : savoir, s'il y a des » communications de Saalbourgà Saal- » feld, de Saalbourg à HofT, de Lobens- » tein à HofT et k Graffenthal ; si ces » communications sont propres à l'in- » fanterie,àla cavalerie et à l'artillerie; » quelle est la situation de l'ennemi du » côté de Hoff , du côté de Saalbourg, » et particulièrement sur la grande » chaussée deLeipsig; quelle est enfin » sa position sur Graffenthal et Saal- » fc'ld. L'Empereur désire que Votre » Majesté dirige. personnellement cette » reconnaissance; car l'Empereur veut » connaître, autant que possible,la po- » sition de l'ennemi , et profiter de » notre première irruption pour frap- » per un grand coup. »
Le mouvement des cinquième et septième corps, à la gauche, et des qua-trièmc et sixième , à la droite , fut continué tel qu'il avait été prescrit par les ordres du 5. Le quartier-général impérial partit le 8 , à trois heures du matin, pour se transporter ce môme jour à Cronach. Delà, Tordre fut envoyé à Jérôme , roi de Westphalie, de prendre
lie
L'EMPna.
le commandement de la division bavaroise qui était devant Guimbach, ainsi que la direction du siège de cette place, que FEmpereur désirait presser vivement. Ce fut aussi de Cronach que Napoléon fit ordonner au prince de Ponte- Corvo et au duc de Montebello d'attaquer Tennemi , le premier à Saalbourg, où Ton présumait qu'il devait le rencontrer, le second à Saidfeld , où Ton était instruit que cînqrégimens avaient pris position.
L'Empereur fit écrire au duc de MontebeHo : uSi les forces de l'ennemi se » trouvent plus considérables qu'on ne » le croit , il est convenable , M. le Maré- » cbal , que vous pressiez l'arrivée du » duc de Castiglione. Mais s'il n'y avait » que dix ou douze mille hommes, » dans une situation qui vous donnât » Tavantaige, vous pouvez les attaquer, » après les avoir reconnus, en activant » seulement l'arrivéeduseptièmecorps.
B L'intention de l'Empereur est que, » dans l'ordre de bataille, chaque divi- » sion forme une aile, et soit rangée sur 9 plusieurs lignes,|àquatre-vingts toises i> de distance (1). Vous êtes prévenu » que le quartier-général de l'Empereur » sera )e 9 au soir à Ebersdorf . Le prin- » ce d'Eckmûhl sera à Lobenstein; le roi » de Naples, à Schleitz; le prince de » Ponte-Ciorvo, entre ce dernier lieu » et Saalbourg ; le duc de Dalmatie, vis- » à-vis de Plauen; et le duc d'Elchingen » à Hoff. Si l'on apprend demain que » l'ennemi veuille défendre Saalfeld, et » qu'il y ait réuni des forces considéra- » blés, l'intention de l'Empereur est de » marcheravecvingtouvingt-cinqmille » hommes, dans la nuit du 9 au 10, pour 9 arriver avant midi sur Saalfeld p«r
(1) Taicz, pour Teipllcation de cette formilîoB, r«rdre do IS, page 181.
9 Saalbourg. Dans cettehypothèse, vous » prendrez position àGraffenthal; l'en- » nemi n'osera pas vous attaquer, ayant » des forces si considérables sur son » flanc gauche. Si cependant il le fai- » sait, nul doute que vous ne dussiez » battre en retraite pour l'engager et » l'exposer à être pris par son flanc. Si, » au contraire, l'ennemi fait sa retraite » devant vous, arrivez le plus prompte- » ment possible à Saalfeld, et placez- » vous-y militairement. »
Le premier engagement entre les Français et les Prussiens eut lieu à Schleitz. Ce bourg, assez considérable et fermé de murs, est situé en Saxe, dans un défilé entouré de hautes montagnes, entre Saalbourg et Auma , à peu de distance de la rivière de la Saale. Le général prussien comte de Tauenzien, qui avait été quelque temps à Hoff à la tète des troupes prussiennes de la Franconie, s'était retiré à l'approche des Français, et avait dirigé sa marche sur Schleitz, pour se réunir à l'armée du prince de Hohenlohe. Il avait avec lui six mille hommes d'infanterie et mille cinq cents de cavalerie. L'ennemi fut rencontré par les troupes avancées du premier corps, le 9 octobre, à cinq heuresdu matin,à SaaIbourg,où son arrièregarde était postée. Malgré la position avantageuse deSaalbourg, surunrocher qui domine la rive gauche de la Saale, où se présentaient les Français , l'ennemi ne défendit point cette ville, et se retira après avoir échangé quelques coups de canon.
Le 4^ de hussards et le 27«d*infant6rie légère le suivirent ; le reste du corps d'armée appuyait cette petite avantgarde. La division du comte d'Erbn, qui avait la tète de la colonne , arriva devant Schleitz , vers les quatre heuces aprèsmidi. L'ennemi occupait la iiUe avec de l'infanterie, et s'était étaU à mi-eôte,
sur les hautenrs, à la rive gauche de la Wiesentha! ; il appuyait sa droite à la chapelle de Bergfried, et refusait sa gauche. Le comte d'Erlon, chargé de l'attaque , jeta des voltigeurs et des grenadiers à travers le faubourg , pour passer la Wiesenthal à gué, gagner le vallon à droite de la chapelle , et tourner la position de Tennemi. Le reste de la division s'avançait en même temps sur la ville. L'ennemi voulut la disputer; mais Q en fut bientôt chassé. Sa droite fut culbutée au delà de la chapelle ; et, pour la seconde fois, il se mit en retraite, se dirigeant sur Ottersdorf .
Le 4« de hussards, ayant à sa tête le roi de Naples , qui arriva de sa personne sur le lieu du combat, poursuivait chaudement l'ennemi. Pour ralentir ce mouvement, et avoir le temps de filer sur Auma , le général Tauenzien prit position sur la crête , en arrière d'Ottersdorf , avec toute sa cavalerie, et porta de l'infanterie à côté du bois. Le k^ de hussards traversa ce village avec quelques compagnies du 27*. En même temps , les 94* et 95* de ligne marchaient par la gauche, menaçant toujours le flanc de l'ennemi. Celui-ci, qui avait une cavalerie très supérieure et qui se trouvait sur un terrain favorable à cette arme , repoussa trois charges du 4* hussards. Mais un bataillon du 27* d'infanterie légère, s'étant formé en colonne, marcha au devant de la cavalerie ennemie, arrêta sa poursuite, et donna au h^ régiment de chasseurs le temps d'arriver. Ce régiment, en débouchant d'Ottersdorf , n'eut pas le temps de se déployer; il fit eu colonne une charge qui fut heureuse, et détermina la retraite de Tennemi. Vivement poursuivis, les Prussiens se retirèrent avec précipitation, laissant 400 hommes morts sur le champ de bataille, et 5 à 800 prisonniers. Le premier corps 1>i-
vouaqua le soir à Ottersdorf; et le len-* demain 10, il suivit le général Tauenzien dans sa retraite, et prit position à Auma.
Ce même jour 10, éclaira une nouvelle victoire; et ce fut le cinquième corps qui en eut l'honneur. Suivant les ordres qu'il avait reçus, le maréchal duc de Montebello se rendit deGrafienthalà Saalfeld, où l'on avait la certitude que l'ennemi n'avait pas plus de troupes que les premiers avis n'en avaient annoncé.
Saalfeld est situé en Saxe, dans une plaine d'une demi-lieue de largeur, sur les bords de la Saale, que l'on passe sur un pont de pierre. Cette ville, entourée de murs et de fossés, domine assez bien la plaine et surtout la rive droite de la rivière, ce qui facilite la défense du pont. La vallée de Saalfeld est formée, particulièrement du côté gauche de la Saale, par des niontagnes boisées; La situation de Saalfeld, à l'entrée de cette vallée , qui devient de plus en^lus riche et fertile en descendant vers léna, et à l'embranchement de plusieurs chemins dont le principal mène par Neustadt sur la route de Leipsig, rend cette ville intéressante pour des armées qui doivent agir par ces deux routes; elle l'était alors pour l'année prussienne. Saalfeld était occupée par plusieurs régiments de l'avant-garde de l'armée du prince de Uohenlohe, qui , placé entre Rudolstadt et Saalfeld, formait à ce dernier point l'extrémité de l'aile gauche de toute la ligne prussienne.
Le prince Louis-Ferdinand de Prusse, commandant cette avant-garde , réunissait sous ses ordres neuf mille hommes d'infanterie et environ trois mille che^ vaux. Il lui avait été expressément recommandé par le prince de Hohenlohe, de ne s'engager dans aucupe action avec les Français, avant d'avoir été rejoint par le général Blûcher, qui devait lui amonar des renforts et prendre le oom*
il8
UEMPiai.
mandement général de Tavant-gardè.
Mais la rapidité de la marche de Tarmée •française, ayant prévenu les projets et dérangé les mesures des Prussiens , les avant-postes du prince Louis furent attaqués par Tavant-garde du duc de Montebello , et rejetés sur Saalféld avant l'arrivée du secours que le prince prussien attendait. Ce jeune général , sans expérience, ci-ut pouvoir se maintenir seul à son poste. Il réunit toutes ses troupes , et les rangea entre Saalféld et le village d*Erosten , ayant devant son front une montagne couverte de bois, et derrière lui la rivière de la Saale. Ce fut dans cette position pf*u militaire qu'il attendit Tattaque des Français.
Le duc de Montebello fit occuper divers villages de la vallée de Saalféld , en face de la position de Tcnnemi , par une partie de la division du comte Suchet, à laquelle il foignit deux batteries d'artillerie légPre. Pendant que ces troupes contenaient l'ennemi , et que rartillorle portait le ravage dans ses rangs, une multitude de tirailleurs gravirent les montagnes, se jetèrent dans les bois et tournèrent , sans être vus, la position de l'ennemi. Afin de lui couper la retraite , les 9^ et 10* de hussards , traversant la vallée , se portèrent rapidement sur la petite rivière de la Schw arza , à la droite des Prussiens, et se rendirent maîtres des gués qui offraient à l'ennemi quelque facilité pour échapper.
Surpris et déconcerté par la promptitude des mouvements des Français, Tennemi se battit sans ordre. Son infanterie fut bientôt rompue; elle w.cuVà contre la Saale et la Schwarza. La difticulté qu'elle trouva pour se retirer acheva de mettre parmi elle la plus grande confusion. Le prince Louis voyant la mauvaise tournure que prenait le combat, résolut de tenter un drrnîiT efT«)it. Il réunit toute sii cava-
lerie et fondit avec impétuosité sur les hussards français qui coupaient sa retraite. Ceux-ci soutinrent le choc avec autant de courage que les Prussiens en mirent à les attaquer. La mêlée fut chaude et meurtrière. Le Prince s'engagea dans un combat corps-à-corps, avec un maréchal-des-logis du 10* de hussards qui lui proposa de se rendre.
Le Prince ayant répondu par un coup de sabre , le maréchal-des-logis lui en porta un à son tour qui le blessa et le fit chanceler. Le Prince fut achevé d*uu coup de pistolet. 600 hommes restés sur le champ de bataille , du côté des Prussiens, 1,000 prisonniers et 30 pièces de canon enlevées à l'ennemi, furent le résultat de ce combat, à la suite duquel le cinquième corps alla bivouaquer sur la route de Géra. Les autres corps reçurent en môme temps une direction (générale vers Schleitz et Saalféld , et ensuite plus avant vers Neustadt, en inclinant à gauche, du côté de l'ennemi, dont on commençait à soupçonner la vraie position.
Le 10, au soir, le quartier-général impérial était à Schleitz. Ce fut de là que l'ordre fut envoyé au duc de Montebello de se porter sur Neustadt; au duc de Castiglione , de suivre à grandes marches ce mouvement; au prince d'Eckmùhl, de se rendre, avec tout son corps à Auma, puis à Géra. Le prince de Ponte-Corvo avait déjà reçu l'ordre de faire des efforts pour occuper, dans la journée du 11, cette dernière ville que l'Empereur voulait décidément avoir, afin de connaître ce que faisait l'ennemi. Il était prescrit au duc de Dalinalic de se diriger aussi sur Géra, en occupant d'abord la ville de Warda, où il devait se mettre en connnunication avec l'avant-garde du troisième corps.
Le maréchal duc d'Elchingen arrivait à Schh'itz. La n'servf» de caviilcrie était
CAMPAGMC ftE
enlré lé troisième 6t le premier corps , sauf les brigades de cavalerie légère qui éclairaient, en avant de Tarmée, les routes dléna et de Zeitz. A cette époque y toute l'armée était concentrée entre l'EIster et la Saale, la tête du côté de Naumbourg ; elle s'avançait rapidement sur la ligne d'opérations de l'ennemi.
Dans la nuit du H au 12, le quartier* général impérial fut transféré à Auma.
De nouveaux renseignements, parvenus à Napoléon, l'ayant confirmé dans l'opinion que les principales forces de l'ennemi étaient du côté d'Erftirt, l'Empereur fit sur-le-champ donner l'ordre au roi de Naples de se porter à Zeit«, de jeter des coureurs sur Leipsig et sur Naumboui^, et de s'avancer même jusqu'à cette dernière ville, si les renseignements qu'il recevrait lui apprenaient que l'ennemi n'avait pas quitté Erfurt. Il était prescrit au prince de Ponte-Corvo d'appuyer le mouvement du roi de Naples; Naumbourg était égriement le point assigné au prince dEckmûhl. Dans cette journée du 12, le duc de Dalmatie devait arriver à Géra; le duc d'Elchingen , àMîttel; le duc de Montebello, à léna; et le duc de Casti^ione , à Eula.
Pendant que la Grande-Armée avançait en Saxe, Napoléon fit rapprocher les troupes de la Confédération rhénane pour occuper les lieux abandonnés par les Français. Les troupes de Bade , celles de Wurtemberg et celles de Wûrtïbourg eurent l'ordre de se rendre à Bayreuth. La division bavaroise, déjà formée, fut dirigée sur Schleitz. Celle qui se formait à Ingcdstadt^ sous les ordres du général Deroy, fat destinée à occuper le pays de Bayreuth et à fournir au blocus de Kulmbech.
Ge fut d'Auma que le prince Mqor-
général écrivit au roi de Prusse, de la part de l'Empereur , la lettre suivante :
« Sire , l'empereur Napoléon me » charge d'avoir l'honneur de témoi- D gner à Votre Majesté toute la part » qu'il prend à la peine qu'a dû lui » faire la mort glorieuse du prince » Louis. »
Le 13 octobre, de grand matin, le quartier-général impérial fut à (sera.
Le maréchal duc de Montebello s'était rendu à léna , et avait occupé les hauteurs en avant de cette viHe. Une tarda pas à donner à l'Empereur l'avis que l'enniemi était en présence avec une armée nombreuse, et que tous ses mouvements annonçaient qu'il voulait attaquer léna. Cet avis Ait transmis au prince de Ponte-Corvo et au maréchal prince d'Eckmûhl ; et il leur fut mandé à l'un et à l'autre que s'ils entendaient, pendant la soirée, le canon du côté d'Iéna, ils devaient manœuvrer sur l'ennemi et déborder sa gauche. La marche de tous les corps fut accélérée vers ce point qui paraissait devoir devenir dans peu de temps le théâtre d'un grand événement.
Le duc de Dantzig, qui commandait les grenadiers et les chasseurs à pied de la garde, eut l'ordre d'availcer en toute diligence sur Jéna. Il fut enjoint au duc de Castiglione de venir se placer en seconde ligne derrière le duc de Montebello. L'instruction du duc de Dalmatie portait de se rendre à Kosnitz, gros village sur la Saale, à l'embranchement des routes d'Iéna et de Naumbourg. Roda fut assigné au duc d'Elchingen, La grosse cavalerie de la réserve et les dragons qui marchaient sur Naumbourg, furent prévenus de ne pas dépasser Auma, sans recevoir de nouveaux ordres. D'après ces dispositions, l'on fut en mesure vis-à-vis de r^inemi, soit qu'il voulût attendre la
LEMPIU.
bataille, dans le po$te qu'il occupait, soit qu'il essayât de forcer le passage de la Saale, ou d'effectuer sa retraite sur Berlin.
Les combats de Schleitz et de Saalfeld, la marche rapide de l'armée française, l'occupation d'Iéna, de quelques points de la Saale, et particulièrement de Naumbourg qui se trouvait sur leur communication d'Erfurt à Leipsig, toutes ces circonstances firent connaître aux généraux prussiens le danger inuninent où les avaient plongés le vague de leurs projets et l'irrésolution de leurs démarches.
Dans cette perplexité, le conseil du JRoi qui , le 8 octobre , pensait encore à prendre l'offensive et à déboucher en trois colonnes sur Bamberg, Schweinfurt et Francfort, qui, le 11, se bornait déjà à la guerre défensive, qui prenait ses mesures pour couvrir la Saxe et fermer les routes de Dresde et de Leipsig, ne dut plus songer, dans la nuit du 12 au 13, qu'à ménager une retraite à l'armée et à lui conserver sa ligne d'opérations menacée.
Dans cette nuit et dans la journée du 13, le général en chef de l'armée prussienne, qui avait déjà rassemblé tous ses corps détachés et réuni ses forces , quitta les bords de la Saale pour concentrer son armée entre Cappellendorf et Auerstadt, dans l'intention d'employer la journée du ik à déboucher par Naumbourg , en forçant le passage de la Saale , et à se retirer sur Magdebourg ou sur Berlin.
Le champ où allaient combattre les deux années est une plaine ondulée , située au-delà des montagnes et des défilés qui bordent la rive gauche de la Sade. Cette plaine est traversée par la rivière d'IIm qui baigne les murs de Weymar, et vient se réunir à la Saale , non loin d Auerstadt. Cet espace était
occupé par l'armée prussienne partagée en deux grands corps.
Le premier, fort de quarante-cinq mille hommes, était commandé par le Roi et par son heutenant, le duc de Brunswick. Ce corps qui , dans la journée du 13, alla camper à Auerstadt, était destiné à frayer, par Naumbourg, un passage à toute l'armée, pour entrer par la Saxe dans le cœur de la monarchie.
L'autre armée , restée sous les ordres du prince de Hohenlohe, était forte de soixante-dix mille honunes ; elle s'étendait de Weymar à Isserstadt, village situé à l'entrée de la plaine, devant le plateau d'iéna La droite de cette ar^ mée, sous les ordres du général RùchcK formait comme une réserve, entre Frankendorf et Weymar. Le centre était à Cappellendorf, où se trouvait aussi le quartier-général du prince de Hohenlohe.
Les avant^postes de la gauche occupaient en force , à l'entrée du défilé de Mûhlthal, sur la chaussée d'iéna à Weymar , une hauteur appelée le Schnecke^qui domine. ce défil^. Les ennemis étaient encore répandus dans les villages de Lutzerode, Cospoda, Closwitz et dans tous les points qui pouvaient empêcher l'armée française de déboucher dans la plaine, de sorte qu'il paraissait que leur but était de retarder celle-ci , jusqu'à ce que le roi de Prusse eût passé la Saale, et de suivre ensuite la retraite de l'armée du Roi.
Farces nouvelles dispositions, l'ordre de bataille des Prussiens était changé.
Le corps du Roi, qui en faisait précédemment le centre , en formait maintenant la gauche. Le corps de Hohenlohe, qui était la gauche, était devenu le contre. L'armée prussienne faisait face à la Saale qu'elle avait auparavant sur son flanc. On pouvait é\'ftluer à dix
GÀfilPA6N£ DE 1806 ET iWÏ.
mille pas géométriques la distance entre l'armée prussienne du Roi et celle du prince de Hohenlohe ; il y avait de petits corps intermédiaires à Àpolda , Pluhrsted, Eberstadt, pour entretenir la conmiunication.
Le 13 octobre, à deux heures après midi , Napoléon arriva à léna. Du haut d'un petit plateau qu'occupait l'avantgarde du cinquième corps, et qui domine la plaine, l'Empereur aperçut les dispositions de l'ennemi. Sa Majesté r^la en conséquence, de la manière suivante, l'ordre de la bataille qui fut transmis aux coomiandants des dififérents corps d'armée :
« Le maréchal duc de Gastiglione B conunandera la gauche. Il placera sa B première division en colonne sur la 9 route de Weymar, jusqu'à une hau- > teur par où le général comte Gazan B a Eût monter son artillerie sur le pla- B teau d'Iéna. Il tiendra les forces né- 9 cessaires sur le plateau de gauche, à B h hauteur de la tête de sa colonne; B il aura des tirailleurs sur toute la ligne B ennemie , aux différents débouchés B des montagnes. Quand le général s Gazan aura marché en avant, le duc B de Gastiglione débouchera sur le pla- B teau avec tout son corps d'armée, et 9 marchera ensuite, suivant les cir- B constances , pour prendre la gauche B de l'armée.
B Le maréchal duc de Hontebello B commandera le centre ; il occupera B le plateau d'Iéna, du côté qui regarde B la plaine, À la pointe du jour , il aura B toute son artillerie dans ses interval- B les de bataille.
« L'artillerie de la garde sera placée B sur la hauteur d'Iéna; et la garde, B rangée sur cinq lignes, occupera le B derrière du plateau qui sera couronné B par la première ligne composée des B chasseurs.
B Le village de Closwitz , sur notre x> droite , sera foudroyé par toute l'ar- » tillerie du comte Suchet , et , immé- » diatement après , attaqué et enlevé.
» L'Empereur donnera le signal. On » doit se tenir prêt à la pointe du jour.
» Le maréchal duc d'EIchingenmar- » chera toute la nuit, et tâchera d'être » arrivé au jour à l'extrémité du » plateau , pour pouvoir le monter, et » se porter sur la droite du duc de » Montebello , du moment que le vil- )> lage de Closwitz sera enlevé, et qu'on » aura de la place pour se déployer.
» Le maréchal duc de Dalmatie, ai^- » rivant du c6té de Dornbourg , mar- » chera jusqu'à ce qu'il soit parvenu à )> la hauteur d'Iéna ; il se liera aux au- » très corps , de manière à former » la droite de l'armée , et s'attachera à » rester toujours lié.
» L'ordre de bataille, en général , » sera sur deux lignes , sans compter » la ligne de l'infanterie légère ; chaque » ligne éloignée l'une de l'autre , de » cent toises au plus.
» La cavalerie légère de chaque corps )) d'armée sera placée à la disposition B de chaque général , pour servir sui- » vant les circonstances. La grosse ca- » Valérie sera pUcée , quand elle arri- » vera, sur le plateau, etsera^en ré- )) serve derrière la garde , pour se por- » ter où les circonstances l'exigeront.
» Ce qui est important, c'est d'abord » de se déployer en plaine. On fera » ensuite les dispositions que les ma- » nœuvresde l'ennemi et les forces qu'il » montrera indiqueront , afin de le » chasser des positions qu*il occupe. »
Le maréchid prince d'Eckmûhl reçut l'ordre de se porter de Naumbourg sur Kôsen pour défendre les défilés de la Saale, près de ce village, si l'ennemi voulait marcher sur Naumbourg, et pourpiendrel'ennemi àdospar Àpolda,
L'EMPIRE
sMl restmt dans la position où il était le 13.
Le prince de Pohte-Cor\'0 fut destiné à déboucher de Dornbourg pour tomber sur les derrières de Tennemi , soit qu'il se portât en force sur Naumbourg , soit qu'il se dirigeât sur léna.
La nuit qui précéda la bataille , Napoléon bivouaqua sur le plateau d'Iéna, au milieu de ses braves. Pendant toute la nuit , il fit travailler à un chemin dans le roc pour transporter aisément rartillerie sur la hauteur ; et il y réussit , malgré des obstacles qu'au premier coup-d'œil on aurait jugés insurmontables. H fit pratiquer aussi dos débouchés dans la ville et dans les vallées voisines , pour faciliter le déploiement des troupes qui n'avaient pu être placées sur le plateau. C'était la première fois qu'une armée devait passer au travers d'un si petit débouché.
Le spectacle que les deux armées offrirent pendant cette nuit était remarquable. L'une déployait son front sur six lieues d'étendue et embrasait l'atmosphère de ses feux. Les bivouacs apparents de l'autre étaient concentrés sur un seul point.
On était à la petite portée de carfon. Les sentinelles se touchaient presque ; et il ne se faisait pas un mouvement qui ne fût entendu. L'activité qui régna toute la nuit dans l'une et l'autre armée était l'annonce d'un grand jour.
Mais , selon toute apparence , elles attendaient l'événement avec un espoir et des sentiments bien opposés. Ce jour arrive enfin. Aussitôt qu'il paraît, l'armée prend les armes.
L'Empereur passe devant plusieurs lignes; il recommande aux soldats de se tenir en garde contre cette cavalerie prussienne qu'on peignait comme redoutable ; il les fait ressouvenir qu'il y avait un an , à la même époque , ils
avaient pris tllm; que Tarmée prussienne, comme l'armée autrichienne était cernée , avait perdu sa ligne d'opérations, ses magasins; qu'elle ne se batlait plus dans ce moment pour sa gloire, mais pour sa retraite ; qu'elle voulait se faire une trouée dans quelque point, mais que les corps d'armée qui la laisseraient passer seraient perdus d'honneur et de réputation.... A ce discours les soldats répondent par les cris de marçhonsl L'Empereurdonne le signal :
toute l'armée s'ébranle. Les tirailleurs engagent l'action. La fusillade devient vive , presqu'aussitôt qu'elle a commencé.
A la pointe du jour, le maréchal duc de Dantzig avait fait ranger la garde impériale en bataillon carré au sommet du plateau dléna. A droite du plateau était la division du comte Suchet; à gauche , celle du comte Gazaii ; chacun de ces corps avalises canons dans les interalliés.
I^récédées de leurs tirailleurs, les deux divisions du cinquième corps se portent en avant ; celle du comte Suchet se dirige sur Closwitz; celle du comte Gazan marche, partie sur Cospoda, partie sur la route de Weymar. L'ennemi défend vivement la position du Schnecke, Cependant il en est débusqué; et le cinquième corps, débouchant dans la plaine , commence à se déployer. Dans cette manœuvre, les 64« et 88* de ligne s'approchent du village de Lutzerode, défendu par un régiment ennemi. Ce \illage est enlevé, presqu'en même temps qu'il est attaqué; quelques compagnies du 21® d'infanterie légère s'engagent sur la route de Weymar, jusqu'à Hohlstadt. Par ce mouvement rapide, le gros du centre de l'armée ennemie placé à Isserstadt , voit déjà sa droite et sa gauche menacées.
U était dix heures du matin.
Un brouillard épais avait, jusqu'à ce moment, obscurci le jour et caché aux ennemis les manœu\Tes des Français.
Ce brouillard était enfin dissipé par un beau soleil d'automne.Les deux armées s'apercevaient à demi-portée de canon.
le septième corps, formant la gauche dfô Français, venait de traverser léna et débouchait sur le champ de batiiille. La garde impériale était restée en résene sur le plateau , derrière le centre. La droite , sous les ordres du duc de Dalmatie , s'étant mise en marche , dès que le canon s'était fait entendre, se trouvait déjà engagée avec Vennemi, qu'elle avait rencontré dans le bois , en avimt de Lobstâdt. Le corps du maréchal duc d'Elchingen avait éprouvé de grandes difficultés dans sa marche do nuit; trois mille hommes seulement de ce corps étaient arrivés pour prendre part au combat. La cavalerie et les dragons de la réserve étaient encore fort éloignés.
Dans ces conjonctures , TEmpereur dit qu'il aurait voulu retarder, de deux heures, d'en venir à une action générale, afin d'attendre , dans la position prise le matin, les troupes qui devaient k' joindre, et surtout sa cavalerie. Mais TarJeur française avait déjà emporté les soldats si loin , que l'ennemi , vivement alarmé de leurs progrès, lorsque h chute du brouillard lui en découvrit retendue, s'ébranla en masse pour chasser le cinquième corps des postes dont il s'était emparé. La bataille , loin de pouvoir être ralentie , se ranima avec une nouvelle chaleur. L'iirmée ennemie était nombreuse et montrait une belle cavalerie. Les manœuvres étaient exécutées avec précision et rapidité. Tous ses efforts paraissaient particulièrement dirigés vers le point d'Hohlstadt
Napoléon ordonne au duc de Montebello de former ses divisions en éche-
1806 ET 1W7. Ils
Ions, et de marcher pour soutenir ce village. On s'approche; on se joint; on s'attaque avec fureur. Les Prussiens , animés par la première chaleur de l'action, combattent avec intrépidité. Les Français , depuis si longtemps habitués à vaincre , ont la conviction d'être invincibles sous les yeux de leur Empereur. Dans cette lutte terrible, Yierzehnheilligen, sur la gauche d'Isserstadt, plusieurs fois pris et repris, devient Ja proie des flammes; bientôt, il présente un affreux spectacle de décombres et de cadavres entassés.
Sur la droite de l'armée française , le maréchal duc de Dalmatie continue l'attaque du bois de Lobstâdt. Une colonne , formée de la première division du quatrième corps , conduite par le comte Saint-ïîilaire , attaque ce bois de front , tandis que la seconde division manœuvre pour le tourner vers Rodehen. Favorisé par les difficultés du pays, dont il a une connaissance plus parfaite que les Français , l'ennemi se défend avec une grande opiniâtreté. Le combat devient très meurtrier sur ce point.
A gauche de l'armée, le septième corps avance pour se mettre en ligne avec le cinquième. La division commandée par le général Desjardins , gravit , à travers les vignes , les montagnes qui se trouvent à gauche de la route de Weymar. Cett(î div ision se porte ensuite dans la direction de Munclienrod(^ et de ReindiTodc , sur la droite de l'ennemi ; celui-ci a fait, de son côté , un mouvement pour aller à la rencontre des Français. Le 16" d'infantcîrie légère qui a la tète de la colonne , et le 1 V de ligne qui le suit immédiatement, attaquent chaudement les premières troupes prussiennes, les repoussent, et commencent il frayer un chemin au reste de la division.
iU LËMPIRE
Dans cet instant , la bataille est générale. Deux cent mille hommes, avec sept cents pièces de canon , semant la mort dans un espace que Tœil peut facilement embrasser, présentent un de ces spectacles terribles et heureusement rares dans l'histoire. De part et d^autre, on manœuvre comme à une parade. Parmi les troupes françaises , ii n'y a jamais eu un instant de désordre ou d'hésitation. L'Empereur a auprès de lui, indépendamment de la garde impériale , un bon nombre de troupes de réserve , tirées des cinquième et septième corps; il peut ainsi parer à tout événement imprévu.
La seconde division du septième corps d'armée , retardée par l'artillerie qu'elle a rencontrée dans les chemins , et par les blessés qu'on rapportait à léna, est restée un peu en arrière de la première. Vers midi , elle sort enfin des défilés. N'éprouvant aucun obstacle de la part des Prussiens , elle se porte rapidement sur la gauche de la première division , et toutes deux arrivent à Gross et Klein-Schwabhausen sur la droite d'Isserstadt , point central de la ligne ennemie , en môme temps que le duc de Montebello approchait du front de ce village.
Lsserstadt se trouvait encore menacé d'un autre côté par le quatrième corps. Après deux heures d'un combat opiniâtre, le duc de Dalmatie s'était enfin emparé du bois de Lobstâdt. Il avait fait aussitôt un mouvement en avant, et , passant par Krippendorf , il arrivait sur la gauche du village d'Isserstadt.
Par ces mouvements simultanés , l'ennemi se voyait en péril d'être enveloppé. Il n'avait plus de retraite que sur Weymar, et la communication avec Naumbourg lui était déjà coupée.
Dans ce moment , on vient annoncer à l'Empereur que deux nouvelles divi-
sions du duc d'Elchingen arrivent par Neuengonna , Nerkwitz et Lehcten , se placent sur le champ de bataille , en arrière du corps du duc de Dalmatie , et que la tôtede la réserve de cavalerie, qui a déjà dépassé Dornbourg, descendant dans la plaine par la route de Zimmem et Stobra , prend l'ennemi à dos, entre Âpolda et lsserstadt. Alors Napoléon fait avancer toutes les troupes de la réserve sur la première ligne ; celleci, se trouvant ainsi appuyée, se précipite de nouveau sur l'ennemi, qui ne résiste pas à ce choc terrible. Il est jeté hors de sa position, et mis en pleine retraite sur Kotschau , Cappellendorf et Franckendorf.
La réserve prussienne , sous les ordres du lieutenant - général Rûchel, postée auprès de ce dernier village, s'avance dans l'espoir d'arrêter les Français et de rallier les fuyards du corps d'armée principal , que les ducs de Montebello et de Castiglione poursuivent vivement. Le mouvement du général Rûchel, qui s'exécute vers Cappellendorf, le place en présence du duc de Dalmatie , qui s'avançait par Klein-Romstadt et Gross-Romstadt, et dont la première division avait déjà dépassé ce dernier lieu. Le duc de Dalmatie n'attend pas que l'ennemi ait pris son ordre de bataille ; il l'attaque avec impétuosité et le culbute. Le général Riichel fait sa retraite en toute hâte , repasse par Cappellendorf, et , sous la protection de sa cavalerie, il se met en position à Wiegendorf.
Le duc de Dalmatie , qui le suit de près, parvient presqu'en même temps que lui sur le nouveau champ de bataille. Les deux divisions du quatrième corps se forment en carrés, et se disposent à recevoir la charge de la cavalerie prussienne, lorsque les divisions de cuirassiers et de dragons de la réserve,
CAMPAGNE DE 1806ETtM7,
ayant à leur'téte le roi de Napl&s , arrivent sur ce même terrain. Ces braves cavaliers ne peuvent souffrir que la Tictoire se décide sans eux. A l'aspect de l'ennemi , ils ne courent pas , mais ik se précipitent sur lui. Dans un clin d'fleil, le corps du général Rûchel , infanterie et cavalerie, est renversé et mis dans la plus affreuse confusion.
Toat ce qui ne se rend pas est sabré. Li réserve de cavalerie poursuit son ivintage , et prend à revers les troupes du centre , qui reculaient toujours sur Weymar, devant le cinquième et le septième corps. Vainement Tinfanterie se ferme en bataillons carrés : cinq ou six de ces bataillons sont enfoncés, écharpés , et leurs canons pris.
Dans moins d*une heure, la défaite da centre et de l'aile droite de l'armée prussienne est totale, et sa déroute, Fnne des plus désordonnées dont aucune armée ait donné l'exemple. Une pulie des fuyards gagne Weymar; Fantre se disperse au loin et couvre la eampagne. En les poursuivant, les Français entrent dans Weymar, et les dragons de la réserve poussent jusqu'à h vue d'Erfurt. Le prince de Hohenlohe, son état-major et quelques pelotons de cavalerie se sauvelit par Buttelstadt, sor la route de Mag<}ebourg. Le général lôchel, grièvement blessé, est transporté dans un village voisin du lieu du combat, sur la môme route.
n était écrit que cette journée serait décisive , et que la victoire des Français serait complète. Dans le même temps qu'on se battait avec fureur dans les duunps d'Iéna, le roi de Prusse et le doc de Brunswick , postés à Àuerstadt , ilatétè de quarante-cinq mille hommes, parmi lesquels se trouvait toute h garde royale , avaient pris l'offensive , et avaient tenté de s'ouvrir un passage par Naumbourg. L'ennemi était arrivé
le 13 , à cinq heures du soir , à Auerstfidt; mais il avait négligé de s'emparer des défilés de Kôsen , et du pont de pierre sur la Saale , qui est près du village. Plus prévoyant , et se conformant d'ailleurs aux ordres qu'il avait reçus, le maréchal prince d'Eckmûhl s'empara de ce poste important, dans la nuit du 13 au ii ; et toute la division du comte Gudin passa la rivière de Saale , sur le pont de Kôsen , le 1&> à la pointe du jour. L'armée du roi de Prusse s'était mise en mouvement à la même heure , se dirigeant sur Kôsen.
La colonne française n'a pas fait une lieue sur le chemin de Hassenhausen , qu'elle rencontre une forte avant-garde de cavalerie commandée par le général prussien Blûcher. Les 3&* et 85« de ligne reçoivent avec intrépidité la charge des escadrons ennemis. Cette cavalerie repousséc se retire en désordre ; une batterie d'artillerie à cheval qui Taccompagne est en partie démontée; et plusieurs pièces abandonnées par l'ennemi tombent au pouvoir des deux régiments. Ceux-ci continuent d'avancer.
Les 12** et 21 « de ligne viennent les soutenir. Les Français occupent Hassenhausen.
En arrière de ce village, l'armée prussienne, rangée en bataille, présentait une immense cavalerie.
La division du comte Gudin fkit halte.
Ce général jette quelques régiments dans le village , et range le reste de sa division en colonne sur la route de Kôsen. La seconde division du troisième corps, commandée par le comte Priant, va se placer , par les ordres du prince d'Eckmûhl, à la droite de la division Gudin , dans la direction de Spielberg. La première division, commandée par le comte Morand , longeant la chaussée de Kôsen à Rehhausen , marche pour s'appuyer à la gauche du comte Gudin.
L^EMNllB.
Le centre de Tarmée ennemie était placé entre Hassenhausen et Tauchwitz ; il était commandé par ie général baron Schniettau. Derrière , en seconde ligne, était une division commandée par ie prince d'Orange. La droite, sous les ordres du général comte de A\'artensleben , s'appuyait à Rehluiusen.
La gaucbe , sous le commandement du général Blûcher , était entre Zeckwar et Spielberg. Le général Kalkreutb , à la tête de la réserve, occupait le terrain entre Aucrstiidt et Gernstadt.
D'après la position des doux armées, le succès de la bataille doit dépendre de la possession de Hassenbausen. Les Prussiens , qui sentent l'importance dont ce village est pour eux , dirigent sur ce point des forces considérables.
Leur centre, à la tête duquel le duc de Brunswick se met lui-même , attaque et ^déhorde ce village. .Dans le môme temps , leur droite se porte par la vallée entre Rehhausen et Hassenbausen, pour venir encore tomber sur ce dernier point. La division du comte Gudin court le danger d'être enveloppée. Heureusement la première division, dirigée par le prince d'Eckmùhl en personne , ni'rive à son secours. Mais à peine ces troupes ont- elles traversé la grande route pour se porter sur un plateau à gaucbe de Hassenbausen , qu'elles sont assaillies près de Neusalza, par un corps nombreux de cavalerie ennemie , sous les ordres du prince Guillaume de Prusse , frère du Roi. Ce prince cbarge à plusieurs reprises la division du comte Morand; mais tous les régiments de cette division, formés en carré, reçoivent rennemi avec autant de sangfroid que de courage; ils repoussent ses attaques réitérées, aux cris de vive i*Emi)€reur I La cavalerie prussienne , très maltraitée » se retire sur Auerstadt } parSonnendorf.
Dans le même moment, le général Blûcber, commandant l'aile gauche des Prussiens , fait une tentative semblable entre Spielberg et Panscherau , sur les régiments de la troisième division qui occupaient la route de Kosen et qu'il a tournés pendant que le brouillard cacbait ses mouvements. Malgré l'avantage de sa position et la persévérance qu'il met dans ses attaques , le général Blûcher ne parvient pas à percer les redoutables carrés formés par l'infanterie française. Sa cavalerie est rejetée en grand désordre au-delà de Spielberg. La deuxième division du troisième corps, qui vient d'arriver sur lechan^ de bataille, suit l'ennemi. Le 108« et le 111'" s'emparent de Spielberg et débordent Zeckwar. Entre ce village et l'angle saillant d'un bois , la colonne française essuie le feu d'une batterie ennemie qui lui cause d'abord quelque perte. Le second bataillon du brave 108® court sur cette batterie et l'enlève. Les canons des Prussiens sont tournés contre eux-mêmes. Les tirailleurs français s'avancent vers Lisdorf.
Au centre , les succès ne sont pas moindres. Les Français défendent Hassenhausen avec acharnement. Désesrpéré de voir plusieurs de ses tentatives infructueuses , et voulant faire un dernier efibrt pour emporter ce village , le duc de Brunswick réunit ses grenadiers. \\ leur parle pourexalterleuraudace, lorsqu'il est atteint au visage d'un coup de biscaiea qui le renverse baigné dans son smig. Quelques moments auparavant, le général Schniettau avait été blessé et avait quitté le champ de bataille. L'incertitude, avantcoureur du désordre, conmience à régner dans les rangs des Prussiens. Cependant ils tiennent encore , et le feu continue sur toute la ligne.
La division du comte Morand gagne
CAMPAGNE m
du terraîa et marche rapidement sur Rehbausen. Elle rencontre, sur les hauteurs deSonnendorf , les régiments des gardes du Roi et une partie de la réserve prussienne , qui avancent dans l'espoir' d'avoir bon marché de l'infanterie fi'ançaisc , dénuée de cavalerie.
Le 30* et le 17* régiments, soutenus de rartillerîe de la division , rendent inutiles ces nouveaux efforts de l'ennemi , et repoussent victorieusement ks attaques des gardes prussiennes. On établit de Tartillerie sur les hauteurs entre Gerostadt et Auerstadt, et Ton met le feu à ce dernier village. L'ennemi prend le parti de l'évacuer. Bientôt après , il est occupé par les tét(^s des colonnes des trois divisions françaises qui s'avancent simultanément sur ce point , depuis Rehbausen , Hassenhausen et Poppel.
Les Prussiens , voyant leur champ de bataille perdu , se mettent en pleine retraite. Le Roi ordonne d'abord qu'elle s'effectue sur Weymar. Mais , arrivé de sa personne aux environs ^ de Marstâdt, il s*arrôte en voyant des troupes uir les hauteurs d'Apolda. Apprenant bientôt que ce sont des Français qui poursuivent les débris do Tarmée de Hohenlohe , il tourne à droite du coté deZottelstàdt, et, après plusieurs détours , il parvient à Sommerda. '
Dès cet instant , la retraite se fait dans un désordre affreux. Weymar , qui est le rendez-vous indiqué à l'armée du Roi , vient d'être occupé par les Français. Les Prussiens , qui ne savent plus quelle direction prendre , choisissent celle que le hasard leur offre.
La cavalerie se perd dans les détours des vallons , et s'embarrasse dans les chemins creux. Des bataillons, des pelotons, une foule de soldats isolés, errent dans les collines , dans les bois , dans les plaines; ils se croisent en tous
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sens, s'égarent et finissent par tomber au milieu des Français , croyant se réunir à leurs.camarades. Reaucoup de blessés et de fuyards prennent par les hauteurs, le chemin d'Erfurt. Le maréchal Mollendorf, blessé lui-même»
parvient à atteindre ce dernier point avec les grenadiers des gardes. Le prince d'Orange , avec quelques débris de sa division , se rend aussi à Erfurt.
Ainsi finit la bataille. Rien ne manqua au triomphe des Français. Avant quatre heures après midi , cette armée brillante qui , le matin , couvrait de ses nombreux bataillons un espace que l'œil ne pouvait embrasser , était battue et dispersée. Elle se trouvait sans chef, sans drapeaux , sans patrie; et, dans cette extrémité , sa dernière espérance était dans la générosité du vainqueur.
Le nombre des morts et des blessés dans l'armée prussienne fut de 18 à 20,000 hommes ; celui des prisonniers passa 25,000 , dès le jour même de la bataille. Le lendemain et les jours suivants, on en ramassa encore une grande quantité. Parmi les prisonniers, se trouvaient plus de vingt généraux , entre autres le lieutenant -général Schmettâu. Indépendamment des généraux ennemis tués ou blessés , dont il a été fait mention , Ton apprit que , parmi les blessés , se trouvaient tous les frères du Roi. Le monarque lui-même eut un cheval tué sous lui; 30 drapeaux et 200 pièces de canon tombèrent entre les mains do l'armée victorieuse.
La perte des Français fut de 1,100 hommes tués et de 3,000 blessés. On n'eut à regretter parmi les généraux que la perte du général de brigade Debilly , excellent militaire ; parmi les blessés se trouva le général de brigade Conrouxel. Les colonels morts, furent
L'EMPIRE
Vergés, du 12* régiment d'infanterie de ligne ; Lamotte, du 36« ; Barbanègre, du 9* de hussards; Marigny, du 20* de chasseurs; Dulemboui^, du l*' de dragons ; Nicolas , du 61« de ligne ; Viala, du 81*; Higonet, du 108«. Ce dernier avait été tué à la tête de son régiment qui enleva une batterie prussienne près du bois de Zeckwar. Harispe , du 16* d'infanterie légère , fut gravement blessé.
Les services rendus par les différents corps d'armée et par les régiments, dans cette journée mémorable , sont au-dessus de tout éloge. Les hussards et les chasseurs montrèrent la plus grîmde audace. La cavalerie prussienne ne tint jamais devant eux ; et toutes les charges qu'ils exécutèrent sur l'infanterie furent heureuses. Il est superflu de parler de l'infanterie française , reconnue depuis longtemps pour la meilleure du monde. Après l'expérience des deux campagnes de 1805 et de la bataille d'Iéna, l'Empereur déclara que la cavalerie française n'avait pas non plus d'égale.
Dans une mêlée aussi chaude , pendant que l'ennemi perdait presque tous ses généraux , les Français durent remercier la Providence qui protégeait leur armée : aucun des principaux chefs ne fut tué ni blessé. Un biscaïen rasa la poitrine du duc de Montebello sans le blesser. Le prince d'Eckmûhl eut son chapeau emporté et un grand nombre de balles dans ses habits.
L'Empereur fut constamment accompagné , partout où il parut , du prince de Wagram et de Neuchàtel ; du maréchal duc d'Istrie ; du grand-maréchal du palais, duc de Frioul; du grandécuyer, duc de Vicence ; de ses aidesde-camp et écuyers de service. Rien ne peut se comparer à l'enthousiasme et
à l'amour que les soldats témoignèrent à Napoléon. S'il y avait un moment d'hésitation, le seul cri de vive C Empereur l ranimait les courages et retrempait toutes les âmes. Au fort de la mêlée ^ Napoléon voyant ses ailes menacées pstr la cavalerie ennemie, se portant au galop pour ordonner des manœuvres , était salué à chaque instant par des cris de vive l'Empereur I La garde impériale à pied voyait avec un dépit qu'elle ne pouvait dissimuler tout le monde aux mains et elle seule dans l'inaction.
Plusieurs voix firent entendre les mots en avant !
« Qu'est-ce? » dit l'Empereur, « ce » ne peut être qu'un jeune homme sans w barbe, qui veut préjuger ce que je » dois faire ; qu'il attende d'avoir com- » mandé dans vingt batailles rangées , » avant de prétendre me donner des » avis. » C'étaient effectivement des vélites dont le jeune courage était impatient de se signaler.
Le soir de la bataille, le premier corps qui avait été retardé par les difficultés extrêmes que lui firent éprouver les mauvais chemins pour le transport de son artillerie, et par l'inconvénient de passer en totalité par un défilé unique et très escarpé qui conduit de Dombourg au plateau d' Apolda, n'arriva sur ce point qu'après la bataille , et y prit position pour la nuit. Le troisième corps bivouaqua à Eckartsberg ; le quatrième , à Ulrichsalben; le cinquième, sur la route d'Iéna à Weymar; le sixième à Weymar; le septième, au Belveder, château voisin de cette ville. La réserve de cavalerie se plaça en avant de Weymar, sur la route d'Erfurt. Le grand quartiergénéral et la garde impériale passèrent la nuit à léna.