DEUXIÈME PARTIE
tfoavenieiits et opérations des différents corps de la grande année , depuis la bataille dléna jiisqu*à son arrivée en Pologne , et au commencement de la campagne contre les Rosses,
Dès le lendemaîn de la bataille mémorable qui, au début de la guerre, avait à peu près décidé du sort de la monarchie prussienne, les corps d'armée furent mis de tous les côtés à la poursuite de Tennemi. Le roi de Napl^ et le duc d*£lchingen se portèrent sar Erfurth , où Ton savait que s'étaient réunis un grand nombre de fuyards et de blessés prussiens. Le prince d'Eckmûhl eut l'ordre de revenir à Naumbourg, point important, d'où son corps d'année se trouvait en position d'arriver sur TElbe avant l'ennemi. Le prince de Pionte-Corvo fut dirigé sur Neustadt, petit endroit sur la route de Weymar , à l'embranchement des routes de Naumboui^ et de Magdebourg. Il avait l'ordre de se mettre en communication avec le maréchal prince d'Eckmûhl, de poursuivre l'ennemi sans relâche, et de se tenir prêt à se porter sur l'Elbe et sur Berlin , lorsque le mouvement des Pmsri^is serait bien connu.
Le cinquième et le. septième, corps se reposèrent dans la journée du 16.
La direction donnée au duc de Dalma»
tié fut sur Buttelstadt, afin d'intercepter la communication d'Erfurt àNaun^ bourg. « Tombez sur les derrières de
• l'ennemi, » lui mandait-on du quar-
• tier-général, « fiiites4ui le plus de » mal possible , en tenant votre corps
» d'armée bien réuni. Il n'y a plus » rien devant vous qui puisse vous te- » nir tête. x>
Napoléon se transporta le 15 au soir à Weymar. Ce fîit là qu'ayant fait assembler deux cents ofiiciers saxons, qui avaient été faits prisonniers avec six mille hommes de leurs troupes, l'Empereur leur dit a qu'il voyait avec peine » les Saxons lui faire la guerre; qu'il » n'avait pris les armes que pour assu- » rer l'indépendance de la nation » saxonne ; que s'ils donnaient leur pa- » rôle d*honneur de ne jamais servir » contre la France , son intention était » de les renvoyer tous chez eux ; qu'il » fallait que les Saxons lussent réunis à D la Confédération du Rhin , sous ^la » protection de TEmpire français; que » l'Empereur voulait mettre un terme à » des violences semblables à celles que » la Prusse avait commises en envahis- » sant laSaxe ; que le continent avaitbe- » soin de repos, et que nudgré les in- » trigues de plusieurs cours, il fallait » que ce repos existât, dût-il en coûter » la chute de plusieurs trônes. »
Le 16 octobre au matin , Erfurt capitula. Dix mille hommes, dont plus de la moitié étaient blessés, devinrent prisonniers de guerre; parmi eux se trouvaient le princed'Orange et le maréchal MoUendorf* Un parc de cent pièces
L'EMPIBE.
d'artillerie approvisionnées , tomba également au pouvoir des Français. Erfurt fut désignée pour devenir une place du grand dépôt, et le pivot des opérations de l'armée. L'intendant-générri eiH«R conséquence l'ordre d'y rassembler tous les magasins de vivres et d'y établir un grand hôpital militaire.
Aussitôt après la prise d'Erfurt, les dragons et la cavalerie légère de la réserve suivirent l'ennemi sur la route de Magdebourg, par Sommerda. Le duc d'Klchingen prit le même chemin. Le maréchal duc de Dalmatie marcha sur Greussen , qu'il enleva à te baïonnette , et ensuite sur Nordhausen où le roi de Prusse était en personne , et où il soutint un nouveau combat contre la colonne de KaUu^euth et deBhlcher. Le duc de Montebello avait pris la route de Hersebourg; et Leduc de Gastiglione, dont le corps marchait toujours , comme en échelons, à une demi-joumée de distance du cinquième corps, s'était dirigé sur celle de Naumbourg. Le maréchal prince d'Eclunùhi s'avança le 17 jusqu'à Leipzig; etoe même jour , avant midi , le prince de Ponte-Corvo parvint àlavuedeHalle.
En arrière de cette ville, l'année de réserve du roi de Prusse , sous les ordresduprinceEugène de Wurtemberg, forte de douze mille hommes d'infanterie et quatre miUe chevaux , avait pris position sur la rive droite de la Saale, ayant cette rivière devant |Ue, et sa droite appuyée à la viUe. Juequ'à ce jour, le prince de Wûrtembei^ n'avait point eu eonaaissanoe dee déBastrea de l'armée pruasienne à léna, et ne savait par conséquent rien de la marche ultérieure des Français. Lorsque les avaaipostes que le générai {uriasien avait au village de PaMeodort^ forent cfaaiaëa par les tivaiUeara du premier oorpa , le priace de Wurtemberg crut que oe
n'était qu'un parti de troupes françaises qui s'était aventuré jusque-là. Dans cette opinion , il ne fit point détruire le pont de Halle. Il croyait avoir le temps de prendre le lendemain une position qu'il avait reconnue, et qui était plus forte que celle qu'il occupait, lorsqu'à une heure après-midi, les troupes
âu'il avait laissées à la garde du pont de [aile , furent attaquées avec une telle vivacité, que les Français entrèrent dans la ville en les poursuivant. Un régiment d'infanterie prussienne, qui arrivait dans ce moment par la rive gaudue de la Saaàe , pour se joindre au prince de Wurtemberg , fut cerné et en partie détruit , en partie &it prisonnier.
La bataille conamença après la prise de la ville. Le prince de Ponte-Corvo, qui avait le projet d'envelopper le corps prussien , le retint par une fusillade sur son aile droite , pendant qu'il le ftusait tourner sur sa gauche. Mais aussitôt que l'ennemi s'aperçut de cette mar nœuvre, il quitta précipitanuuent le champ de bataille, et fit sa retraite sur Magdebourg, par la route de Desaau, non s»is avoir bossé phis de mille hommes sur le champ de bataiUe. Les Français, en te poursuivant, hii enlevèrent un milUer de prisonniers , qiaatre drapeaux et plusieurs pièces de canon.
Le quartier-général impérial (ai le 17 à Naumbourg. Tout avançait aussi rar les derrières de l'armée. La pre^ mière division bavaroise eut l'orcbe de venir à Plauen ; te môme lien fut assigné à la deuxième division qui était à Ingolstadt, et à laquelle il fut enjoint de se rendre à Plauen , pour ae réunir à la première, sous lea ovAres du roi de Westphaiie. Le huitième oorpe fD vewit de s'organiser, el dont leœm* manéement avait été donné au ma»
lédMil duo de Tréviae, f«* mia en
mouvement, et dirigé sur Palde, avec Tordre d'occuper cette principauté.
l'Empereur fit écrire au vice-roi d'Ita- Be de feire partir sur-te-champ les quatre régiments de cuirassiers qui étaient en Italie , et de les diriger sur Augsbourg, pour qu'ils vinssent former une troisième division de grosse cavalerie à la Grande-Armée.
Le 18 , l'Empereur coucha à Mersebourg. Napoléon, en traversant dans cette journée le cliamp de bataille de Rf^sbach , ordonna que la colonne que les P)russiens y avaient élevée, pour consacrer la mémoire de la victoire remportée près de cette rifle, sur les Français , pendant la guerre de sept ans, AH transportée à Paris.
Le passage de TElbe devenait Topération importante. Le corps du prince (TEckmûhl se portait à grafides marches vers ce fleuve. Celui du duc de Montebello, qui était parvenu à Dessau , avait trouvé le pont sur TElbe brûlé. On ne savait rien de positif à Tégard du pont de Wittemberg. Dans cette incertitude, l'Empereur fit écrire au prince d'Eckmûhl <( que Téquipage de pont était à » sa disposition ; qu'il le laissait le maî- B tre de jeter un pont où il voudrait, » pourvu que le passage de TElbe » s'exécutùt promptement, chaque jour » de relard pouvant offrir de nouvelles » difficultés; mais que du moment qu'il î» aurait passé TElbe, n'importe où, il » ne manquât pas de s'emparer de Wit- » temberg. »
En attendant, on suivait sur toutes les routes les colonnes éparses de Tonnemi. Le maréchal duc de Dalmatie poussait vivement sur Halberstadt la colonne du Roi , qui faisait sa relmite de ce côté, pour tâcher de se raBiersous Ibgdebourg. Dans cette fuite, le monarque lui-même courut un grand danger d'être &it prisonnier àWeissensee,
ffl06 ET 1807. ISf
où ii a\ ait été prévenu par la division de dragons du général Klehi. Pour sauver le Roi,legénéralprtissienMûcherusad'un subterfuge. Ce fut de faire croire au général français qu'il existait un armistice. Effectivement le roi de Prusse en avait demandé un , mais Tempereur Napoléon l'avait refusé. L'Empereur fit blâmer, dans un ordre du jour, la conduite du général Klein , pour avoir pu croire légèrement à un ordre de cette importance, sur la parole de Tennémi. Afin d'appuyer lesopératîons'du duc de Dalmatie , le prince de Ponte-Corvo fut envoyé à Aschersleben, d'où il était à même de couper les fuyards qui, échappant au duc de Dalmatie, essaieraient de se jeter . à droite du côté de TElbe. Le due de Castiglione se portait en même temps sur Halle. Le duc tfElchingen suivait à peu de distance le corps du duc de Dalmatie. La réserve de cavalerie, mar^ chant dans l'intervalle des deux grandes colonnes, dont Tune allait sur Magdebourg et l'autre sur Wittemberg , eut Tordre de se porter à Galbe.
Le 1&, le quartier-général impérial fut à Halle ; il y resta la journée du 20 et la matinée du 21.
Le passage de lUlbe fut exécuté par le troisième corps à Wittemberg, le 20 novembre , de la manière la plus heureuse. La marche de ce corps avait été si rapide que son avant-garde surprît un deHachcmcnt prussien qui gardait le pont et qui avait Tordre de l'incendier. L'ennemi étonne de la brusque arrivée des Français, exécuta si imparfaitement l'ordre qui lui avait été donné , que le peu de dommage qu'éprouva le pont fut réparé en deux heures. Le cinquième corps passa TElbe à Dessau, dont le pont fut également rétabli. La réserve de cavaleney passale même jour.Le septième corps eut Tordre d'aller exécuter aussi son passage sur le mémepoint.
138 L'EMPIRE
Le corps du prince de Ponte-Corvo franchit i*Elbe à Barby. Dans Tintervalle, les quatrième et sixième corps approchaient de Magdebourg, enlevant à chaque pas des hommes , des bagages et des canons , et faisant éprouver les plus grands dommages à Tennemi.
Le duc de Dalmatie reçut Tordre de rassembler tous les moyens qui pouvaient exister sur TElbe, pour jeter un pont à deux lieues au-dessus de Magdebourg ; et aussitôt que ce pont serait construit, d'y faire passer sa cavalerie pour intercepter la route de Magdebourg à Sériin.
Il ne paraissait pas qu'il y eût beaucoup d'obstacles à vaincre pour arriver jusqu'à cette dernière ville. Le quartiergénéral impérial , qui avait été le 22 à Dessau , fut le 23 à Wittemberg. Ce fut de là que partirent les ordres pour marcher sur la capitale de la Prusse. Le corps du prince d'Eckmuhl fut destiné à entrer le premier. L'Empereur fit écrire : « Si les partis de troupes légè- » res que vous n'aurez pas manqué » d'envoyer sur la route de Dresde et » sur la Sprée, vous assurent que vous s> n'aurez pas d'ennemis sur vos flancs, » vous dirigerez votre marche de ma- » nière à pouvoir faire votre entrée à » Berlin le 25 de ce mois, à midi. Vous » traverserez cette ville, en y laissant » un régiment pour faire le service, et » vous établirez votre corps d'armée à D une lieue et demie en avant de Berlin, )) la droite appuyée à la Sprée, la gauche )» à la route de Landsberg. Tous envern rez des partis de cavalerie sur la route » de Custrin et de Francfort-sur-TOder.
» Vous intercepterez la navigation de la » Sprée par un fort parti , afin d'arrêter » tous les bateaux qui , de Berlin , se D dirigeraient sur TOder. Si le prince » Ferdinand, frère de Frédéric II, se n trouve à Berlin , faites-le complimen-
» ter, et accordez-lui une garde , avec » entière exemption de logement. Faites » publier sur-le-champ Tordre de dé- » sarmement, en laissant seulement six » cents bourgeois armés pour la police » de la ville. Que votre entrée s'exécute » dans le plus grand ordre et dans la » meilleure tenue, par divisions, cha- » quQ division ayant son artillerie. An- » noncez enfin à votre corps d'armée » que l'Empereur, en le faisant entrer » le premier dans Berlin, lui donne une » preuve de sa satisfaction pour la belle » conduite qu'il a teune à la bataille » dléna. »
Les autres corps de Tannée furent dirigés de manière à appuyer d'un côté la marche du prince d'Eckmuhl sur BerUn , de l'autre à écarter de cette capitale les colonnes de Tennemi, et à les empêcher de gagner TOder avant les Français,
Le roi de Naples et le duc de Monte-' bello furent envoyés sur Potsdam; le duc de Castiglione, à Sarmund. La direction donnée au prince de Ponte- Corvo fut plus sur la gauche , sur Brandenbourg. Dès le 23, le maréchal duc de Dalmatie cernait Magdebourg, d'où le général prussien , prince do Hohenlohe , était parti deux jours auparavant, se dirigeant sur Stettin, avec toutes les troupes échappées d'iéna. Le duc d'Elchingen marchait toujours par la même route que le duc de Dalmatie, à une journée de distance, et devait le remplacer pour le blocus de Magdeboui%.
L'Empereur avait arrêté que la place de Wittemberg deviendrait un des grands dépôts de l'armée. Sa Majesté nomma son aide-de-camp, le comte Lemarrois, commandant de cette place et du pays , avec le titre de gouverneur-
Pendant qu'on se portait sur Berlin,
CAMPAGNE DE i806 ET 4807.
es Bavarois, au ordres du roi de Westphalie, marchaient sur Dresde.
Le fort de Cuimbach avait capitulé, et le régiment qui le bloquait avait rejoint la division bavaroise. Dans cet intervalle, les troupes de Wurtemberg et de Bade prenaient position à Hoff , et celles de Wûrtzbourg arrivaient à Erfurt. Ainsi tous les mouvements se combinaient et se liaient entre eux, et les derrières de l'armée étaient parfaitement assurés.
Le quartier-général impérial fut à Krôpstadt, le 24^, et à Potsdam, le 25. Le maréchal duc de Montebello, qui avait précédé le quartier-général dfûis cette ville, avait reçu Tordre, aussitôt qu'il serait arrivé à Potsdam , de faire attaquer la forteresse de Spandau qui en est à une lieue. Spandau fit d'abord mine de se défendre ; mais , le 25 , à deux heures après midi, le commandant rendit la place qui renfermait douze cents hommes de garnison , quatre-vingts pièces de canon et beaucoup d'approviâonnements. L'Empereur statua que Spandau serait, avec Wittemberg et Erfurt, la troisième place d'armes de l'année, et que tous les prisonniers Messes oû malades seraient désormais dirigés sur ce point, et jamais sur Berlin où Sa Majesté ne voulait pas que l'ennemi pût surprendre aucun magasin ni dépôt , si les circonstances de la guerre forçaient à ne laisser qu'une très faible garnison dans cette ville.
Ce fut à Potsdam que l'Empereur eut les premiers avis des mouvenaents de la colonne prussienne du prince de Hohenlohe. Ils lui furent transmis par le prince de Ponte-Corvo qui lui demandait en même temps la permission de suivre l'ennemi. Napoléon y consentit et prit encore d'autres mesures pour ne pas hisser échapper ce corps,
aeul reste un peu redoutable de la flo-
tS5
rissante et nombreuse armée que le roi de Prusse avait amenée en Saxe. Le prince Major^énéral écrivit à ce sujet au duc de Montebello, tant pour l'instruire de ce qu'il avait personnellement à faire , que pour le mettre au courant du mouvement des autres corps.
«Je vous préviens, M. le Mare- )) chai , que le prince de Ponte-Corvo » est arrivé à Brandebourg. Il a appris » que le prince de Hohenlohe, avec un » corps d'environ trente mille hommes, » est passé par Rathenau , Nauen , Ora- » nienbourg, etc., pour se rendre à » Stettin. Il paraît qu'une colonne aura » flanqué ce corps à droite et se sera » dirigée sur Stettin , par Burg , 6en- » thin, Britz et Nauen.
» Si le roi de Naples , qui a l'ordre » d'aller à la découverte de l'ennemi, » ne vous donne point de renseigne- » ments positife sur sa marche, l'Empei » reur pense que vous devez continuer n de Vous diriger sur Oranienbourg et » Zehdenick. Le roi de Naples, avec » trois divisions de dragons et toute sa » cavalerie légère, ne peut pas tarder » à arriver sur la trace des Prussiens ; » il vous fera prévenir de tout ce qu'il » apprendra.
» Le prince de Ponte-Corvo partira » sans délai de Brandebourg pour tâ- D cher de rejoindre l'arrière-garde de » l'ennemi. Vous parviendrez proba- » blement aussi à l'atteindre par la di- » rection que vous allez prendre. D'un » autre côté , le prince d'Eckmûhl » pousse, depuis Berlin, de la cavalerie » sur la route de Stettin , encore dans » le but de couper le prince de Hohen- » lohe. Telle est, à cet égard, la situa- D tion des choses. Faites le plus de » mal possible à l'ennemi, M. le Ma- » réchal , c'est en substance l'instrucj> tion générale que l'Empereur vous » donne. )»
lu
Dans le màoie toBpsque tr<Ms corps d'armée étaient à la poursuite de la colonne du prince de Hohenlohe , et devaient , suivant toutes lea probabilités de la guerre , laprendre ou la dctruiœ , le aeptième , sous les ordres du duc de CastigUone , eut Tordre de marcher sur Berlin. Les divisions de grosse cavalerie des généraux Nansouty et d'Hautpoul prirent la même route. Le maréchal duc d'Elcbingea arriva le 25, auprès de Magdebourg ; et , à la même époque, le duc de Dalmatie se rendit à Tangermunde , pour tâcher de déborder une colonne prus»ennecooaimandée par le duc deWeymar.Dans le changement rapide de position que Tarrnée du Roi exécuta, le 13 octobre, cette colonne , se trouvant trop éloignée de Tarmée pour la rejoindre dans la journée du 14^, s'était jetée dans le Hanovre, afin de s'échapper par cette route après le désastre de Tarmée royale à léna.
De Charlottenbourg , où le quartiergénéral impérial fut le 27, les commandants des premier et cinquième corps et celui de la réserve de cavalerie furent prévenus de leur position respective. On leur recommanda de se lier soigneusement Tun àFautre et de mettre la plus grande activité dans la poursuite de la colonne du prince de Hohenlohe.
« LTmpereur, » mandait le prince Major-général au roi de Naples , « cohipte » sur l'activité ordinaire de Votre Ma- » jesté pour serrer de prèsTennemi , et » sur sa prudence, pour rattaquer en » règle. Le prince de Ponte- Corvo » marche sur Gransee; le duc de Mon- » tebello sur Zehdenick. Ainsi U corps » d'armée de Votre Majesté en aura » deux à la même hauteur. Ces forces )) fiontsufiisantes; et l'Empereur espère » que vou» lui araenerei le prince dv
L'EVraUB.
» reste de rartiUem et des bigages
n Hohcïilohc, avec tout son rorps et le | l'Oder
» prussiens. »
Ce ne fut pas un vain espoir. Le prinoe de Hohenlohe, quoiqu'il fit dans ces conjonctures preuve de vigilance et de prudence , ne put pas résister à l'activité et à l'audace des Français. Ce prince avait reçu du roi de Prusse le commandement général de son armée, dqpuis la mort du duc de Brunswick. Comme tous les débris échappés à la terrible journée du 1&- s'étaient jetés du côté de Magdebourg , comme l'armée de réserve battue près de Halle, par le prinoe de Ponte-Corvo, vint encore s'y joindre, le prince de Hohenlohe put réunir, sous le canon de cette place , à l'époque du 19 octobre, trente-quatre mille honmies d'infanterie, et quinze mille chevaux. Son projet était, après avoir laissé un peu reposer cette armée, et l'avoir remontée avec les ressources qu'il espérait trouver à Magdeboui^, de tâcher de gagner l'Oder au point de Stettin , soit en échappant aux troupes françaises ,• par des marches habilement dérobées, soit en se faisant jour au milieu d'elles par la force des armes.
L'un et l'autre parti étaient d'une exécution difficile; le prince de Hohenlohe réprouva. Premièrement , il lui fut impossible d'approvisionner ses troupes d'une foule d'objets qui leur manquaient; car, par les mauvaises dispositions du général Kleist, commandant de Magdebourg, cette place n'offrait aucune ressource pour la restauration dune armée. £n second lieu, le prince de Hohenlohe fut obligé de quitter sa position près de cette ville, sans donner du repos à ses troupes hai*assées; car la marche des Français fut si rapide que les Prussiens purent craindre, s'ils se ralentissaient, do voir leurs ennemis arriver avant eux sur
Le prince de Hohenlohe partit donc, duis la matinée du 21 octobre, de Magdeboarg, y laissant dix mille hommes pour renforcer la garnison. Il forma imc arrière-garde de huit mille hommes dlnfonterie et de trois mille de cavalerie, sous les ordres du général Blûcher qui devait marcher à une demi-Journée du corps d'armée principal. Le prince se chargea personnellement de la conduite de vingt-cinq mille hommes, dont quatorze mille d'infanterie et onze mille che\'aux, qu'il partagea en deux colonnes. L'une, qui renfermait la plus grande partie de la cavalerie, eut Tordre de se porter sur Stettin , par Jéricho, Sandau , Witstock et Passewalck.
L'autre colonne, formée de l'infanterie et de quelques régiments de cavalerie , entre autres des gendarmes de la garde et des dragons de la reine , prit le chemin de Burg, Rathenau, Ruppin, Prentzlau , pour se rendre également à Stettin. Unebrigade de douze escadrons de hussards, aux ordres du général Schîmmelpfennig , devait flanquer la colonne d'infenterie à droite , en se dirigeant par Ziefer, Fehrbellin et le long du canal de Finow. Dne autre brigade delà même troupe et d'une force égale, sous les ordres du général Bila, eut une destination semblable, à la gauche de la colonne de cavalerie , et devait prendre la direction par HohenschônhausenetMirow.
La marche du corps de Hohenlohe se fit sans accident jusqu'au 25. Ce même jour des détadiements de la cavalerie légère et des dragons de la réserve qui arrivaient d'Oranienbourg , sur la route de la colonne prussienne, découvrirent l'ennemi. Le 26 , les Français serrèrent les Prussiens de plus près. Les dragons des généraux Beaumont et Grouchy renccmtrèrent à Zehdenick les hussards du général
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ISS
Schîmmelpfennig. Les voir , les charger , les culbuter , fut presque pour ces braves dragons l'affaire d'un moment. Plusieurs escadrons de ces hussards furent jetés dans les marais dont cette contrée est remplie ; d'autres se dispersèrent et se sauvèrent du côté de Prenziau. Deux cents restèrent sur le champ de bataille; cinq cents furent pris avec leur chevaux. Le prince de Hohenlohe se trouva par cet événement à découvert sur son flanc droit , et exposé à voir sa colonne traversée par la nombreuse et rapide cavalerie des Français. La sienne était trop éloignée de lui et trop fatiguée , pour qu'il pût espérer qu'elle le rejoindrait à temps, s'il lui donnait l'ordre de se rap* prêcher pour le soutenir. Il prit au contraire le parti de l'aller chercher avec son infanterie ; changeant sa route, il se porta sur Fûrstenberg, fort à gauche du chemin de Prenziau , pour éviter tout à la fbis le roi de Naples et le duc de Montebello qui arrivaient sur templin.
Le 2f7 , la colonne de Hohenlohe se mit en marche de Fûrstenberg , pour se porter à Boitzenbourg , en passant par Lychen. Tout ce pays , fort marécageux , est coupé par de petits lacs en si grand nombre qu'ils sont presque contigus. La cavalerie suivit avec peine|; les gendarmes de la garde s'égarèrent et tombèrent près de Wichmansdorf dans la division des dragons du comte de Mons qui les cerna et les força de se rendre prisonniers, au nombre de cinq cents, superbement montés. Pendant ce temps , la colonne prussienne atteignait Boitzenbourg. De là elle marcba toute la nuit pour tâcher d'arriver à Prenziau avant les Français , qui la talonnaient ; et elle réussit effectivement à entrer sans combat dans le faubourg de Prendatt) k W^ à dix heures du
L'£MP1RE
matin. Ce faubourg, formant un défilé, a près d'un quart de lieue de long.
A peine la tète de la colonne prussienne avait-elle traversé le défilé et pénétré dans la ville, que Tavant-garde du roi de Naples se montra à l'entrée du faubourg. A l'aspect de l'ennemi , le roi de Naples, sans perdre un seul moment , ordonna au général Lasalle d'avancer pour charger dans le faubourg la queue de la colonne ennemie : il fit soutenir la cavalerie légère par les dragons de la division du comte Grouchy, menant avec eux six pièces d'artillerie à cheval. Il fit traverser , près de Golsnitz , par une brigade de la division du baron Beaumont, la petite rivière qui passe à Prenzlau , et il envoya une autre brigade de dragons tourner la ville. L'artillerie à cheval fit un feu si nourri et si bien dirigé , qu'elle mit dans le plus grand désordre le régiment des dragons de la reine, qui était dans le faubourg avec quelque infanterie. Profitant de cet incident favorable , les généraux Lasalle et Grouchy ordonnèrent la charge. Les chasseurs, les hussards et les dragons s'y portèrent en rivalisant de courage. L'infanterie ennemie , la cavalerie et l'artillerie, tout fut culbuté péle-méle dans le faubourg de Prenzlau , et forcé de se rendre.
Il était facile d'attaquer et même d'emporter la ville. Mais le roi de Naples préféra de faire sommer l'ennemi.
Le prince de Hohcnlohe se voyant investi , et sachant d'ailleurs que le corps du duc de Montebello était près de lui, capitula avec 17 bataillons , 19 escadrons et 3 batteries de 12. Tout ce qui avait échappé des gardes à pied du roi de Prusse « à la bataille du 14, fut du nombre des prisonniers. Le prince de Hohenlohe , commandant en clief l'armée prussienne , le prince Auguste de Prusse, cousin gemiain du roi , un
prjnce de Mecklembourg-Schwerin , et plusieurs généraux, ornèrent les trophées de cette victoire qui anéantit le seul corps qui méritait encore le nom d'armée dans la partie allemande de la monarchie prussienne.
Une conséquence immédiate de ce brillant succès fut la prise de tous les corps de troupes, détachés de celui du prince de Hohenlohe, qui se trouvaient abandonnés et trop faibles pour se soutenir eux-mêmes. Ainsi la co<lonne de cavalerie, composée de trente escadrons de cuirassiers , qui se dirigeait sur Passewalk , et avec laquelle marchaient cinq bataillons d'infanterie, fut forcée de se rendre par capitulation , dans cette ville , au roi de Naples qui s'était mis à sa poursuite avec deux divisions de dragons et une brigade de cavalerie légère. Le détachement de hussards du général Bila , au nombre de douze escadrons , fut atteint et chargé près d'Anklam en Poméranie, parles dragons du comte de Mons. Les hussards battus cherchèrent un refuge dans la ville; mais les Fiançais y entrèrent avec eux en les poursuivant , et les forcèrent de capituler.
Dans le même temps, le général Lasalle arrivait en vue de Stettin. Quoiqu'il n'eût pas d'infanterie avec lui , il fit sommer cette forteresse. La garnison n'espérant plus de secours, découragée d'ailleurs par les revers extraordinaires et multipliés que les armes prussiennes venaient d'éprouver depuis quinze jours, se rendit sans attendre d'attaque régulière. Cette garnison était forte do cinq mille hommes, parmi lesquels plusieurs généi*aux. On trouva dans Stettin des magasins considérables et cent soixante pièces de canon.
Le jour même de la capitulation de Prenzlau, N^[X)Iéon fit son entrée dans Berlin , accompagné du Major-général
prince de Wagram et de Neuchàtel, des maréchaux prince d'Eckmûhl et duc de Castiglione, de son grand-maréchal du palais , le duc de Frioul , et du duc de Yicence , son grand-écuyer. L'Empereur marchait entre les grenadiers et les chasseurs à cheval de sa garde. II traversa la ville au milieu d'une foule immense qui était accourue sur son passage, et descendit au palais du roi de Prusse , à trois heures après midi.
Le lendemain de son arrivée à Berlin, l'Empereur passa en revue le troisième corps; et, pour lui donner une preuve de la satisfaction qu'il avait de sa conduite, il lui accorda cinq cents décorations de la Légion-d'Honneur , dont moitié devait être distribuée aux oflSders, et moitié aux sous-officiers ou soldats. Sa Majesté fit publier dans l'armée la proclamation suivante :
c Soldats, vous .avez justifié mon » atteate et répondu dignement à la
> confiance du peuple français. Vous B avez supporté les privations et les &- » ligues avec autant de courage que B vous avez montré d'intrépidité et de Bsang'firoid au milieu des combats.
» Vous êtes les dignes défenseurs de » l'honneur de ma couronne et de la » gloire du grand peuple.
» Une des premières puissances mi- » litairesde l'Europe, qui osa naguère B nous proposer une honteuse capitu-
> lation , est anéantie. Les forêts , les • défilés de la Franconie, la Saale, » l'Elbe , que nos pères n'eussent pas
> traversés en sept ans, nous les avons
> traversés en sept jours ; et nous avons
> livré, dans l'intervalle, quatre com«
> bats et une grande bataille. Nous j» avons &it 60,000 prisonniers, pris » 65 drapeaux, 600 pièces de canon, B 3 forteresses , plus de 20 généraux ;
> toutes les provinces de la monardûe
» prussienne jusqu'à l'Oder sont en » notre pouvoir.
» Soldats , les Russes se vantent de » venir à nous; nous marcherons à leur » rencontre ; nous leur épargnerons » la moitié du chemin : ils retrouveront » Austerlitz au milieu de la Prusse.
» Cependant , de nouvelles armées » formées dans l'intérieur de l'Empire x> viennent prendre notre place pour » garder nos conquêtes. Nos routes » et nos villes frontières sont remplies » de conscrits qui brûlent de marcher » sur vos traces. Nous ne serons plus » désormais les jouets d'une paix trat- » tresse ; et nous ne poserons plus les » armes que nous n'ayons obligé les » Anglais , ces éternels ennemis de » notre nation , à renoncer à la tyi^an- » nie des mers et au projet de troubler » notre continent.
» Soldats , je ne puis mieux vous » exprimer les sentiments que j'ai pour » vous , qu'en vous disant que je vous » porte dans mon cœur un même » amour que celui que vous montrez » tous les jours pour moi. »
Le 29 novembre, le troisième corps eut l'ordre de partir pour se porter à Francfort-sur-l'Oder. Le général baron Vialianes, avec la division de troupes à cheval, l'avait précédé dans cette ville, et s'était emparé du pont. Le 30, le corps arriva à Francfort, et la troisième division, sous les ordres du comte Gudin , descendant le long de la rive gauche , se porta immédiatement sur Custrin. Cette ville, très bien fortifiée, est située dans une île au confluent de la Wartha et de l'Oder. Elle renfermait quatre mille hommes de garnison , des vivres et des munitions en abondance.
Quatre-vingt-dix pièces de canon étaient en batterie sur les remparts , et l'arsenal en contenait plus de quatre cents.
On devait s'attendre que Custrin sou-
L'EMNRE*
fiendniit «n Biége. lUis par Teffet de la terreur que les victoires de la Grande- Armée et ses marches rapides avaient répandue, le gouverneur de Custrin, pressé par la bourgeoisie, et ne comptant peut-être pas assez sur le dévouement de sa garnison, rendit la place, le 1« décembre, à la seule division du comte Gudin. Dans six jours, les ponts de communication de la place avec les environs, que les Prussiens avaient brûlés, furent rétablis , et les troupes, ainsi que rartillerie , purent y passer en sûreté.
Le septième corps remplaça le troisième à Berlin et aux environs. Les troupes bavaroises et wûrtembergeoises , infanterie et cavalerie , qui étaient en Saxe , eurent Foitlre de se réunir à Crossen , petite ville de la Poméranie prussienne, située au confluent de la Bober et de TOder. Elles formèrent là le neuvième corps de la Grande-Armée, sous les ordres du roi de Wostphalie, et furent destinéc^s provisoirement à soutenir les mouvements du prince d'Eckmûhl, et à éclairer ceux de Tennenii, tant du côté de la Pologne que du côté de la Silésie.
Cependant le roi de Naples, le prince de Ponte-Corvo, les ducs de Montebello et de Dalmatie, étaient toujours à la poursuite de deux colonnes prussiennes. L'une de ces colonnes, sous les ordres du général Blûcher, formait Varrière-garde du prince de Hohenlohe ; et marchant à près d'une journée de distance , elle avait eu le temps d*étre instruite de l'événement de Prenzlau , et s'était jetée précipitamment à gauche du côté de Strelitz. La seconde colonne, sous les ordres du duc de Weymar, avait surpris le passage de l'Elbe à Sandau , avant l'arrivée des troupes françaises, et avait continué sa route vers le pays de Mecklendmirg. Le duc de
Dalmatie poursuivait cette dernière co* lonne; l'autre était serrée de près par le roi de Naples et le prince de Pônte- Corvo.
Pour établir la communication entre ces différents corps, et les instruire respectivement de tout ce qui était essentiel au suçoirs de leurs opérations, l'Empereur fit donner l'ordre au duc de Rovigo de prendre avec lui le 1" régiment de hussards et le 7* de chasseurs, et d'aller éclairer tout le pays depuis Tangermûnde jusqu'à Wistock et Pritzwalck. Les renseignements pan^enus à Napoléon l'ayant convaincu que trois corps d'armée étaient suffisants pour achever la destruction de tout ce qui restait de troupes ennemies entre l'Oder et l'Elbe , l'ordre fut donné au duc de Montebello de se diriger sur Stettm , de laisser douze cents hommes, en garnison dans cette ville, et de continuer ensuite sa route vers la Pologne. Par une autre disposition de l'Empereur, le cinquième corps fat partagé en trois divisions d'infanterie. Pour former la troisième , deux régiments de celle du comte Suchet passèrent sous les ordres dû duc delellune , Sa Majesté trouvant qu'une division de cinq régiments était trop considérable pour être maniée, comme elle le désirait, sûr un champ de bataille.
De toutes les forces qui composaient l'armée prussienne ea Saxe , les seules qui n'eussent point combattu à léna, étaient celles qui se trouvaient sous les ordres du duc de Saxe- Weymar. Elles consistaient en huit mille hommes d'infiufiterie et environ quatre mille chevaux. Le D»c commandait l'avant-garde de l'armée du roi de Prusse avant le 1^ octobre ; mais lorsque cette armée s'éloigna de sa première position et fit un mouvement général pour se préparer à passer par Naumbirârg, le corpe au
CAMPAONI
4iic de Weynmr devint Târrièfe-f^e à cause du changement que les nouveaux projets des Prusabos occasion- Bèraat dans leur ordre de bataille. Ce eorps était resté à Itm^aau, à l'entrée de la forêt de Thuringe. Après la bataiUe dlâaa, qui rendit les Français maîtres ée W^ymar, et bientât après d'Erfurt, le Duc pnt la route du Hanovre dans reqpoir d'atteindre TElbe, avant que les Français n'eussent connaissance de m marche. II se dirigea par Mûlhausen, Bdligenstadt, Osterode, Wolfenbûttel ; puis, i&dtnant à droite, pourgi^er Stendal , il parvint effectivement à passer FElbe à Sandau avant l'arrivée du duc de Dalmatie.
A Sandau, le duc de Weymar ayant appris k neutralité de tous les États de k maiflon de Saxe, dans laquelle par oonséqueat les aiens se trou vMcnt compris, quitta le commandement de son florps, et le laissa au général Winnig, fe plus ancien des officiers-généraux qui se trouvaient sous ses ordres. Le plan qu*adopta ce nouveau chef fut de tâcher de rejoindre le prince de Hohenkhe, de k marche duquel il n'avait qu'une connaissance très vague. Mais dans le mouvement que Winnig fit vers le Mecklembourg, pour exécuter son profet, il rencontra, le 30 octobre, à Hirow, le général Blâcher, qui, après la capituktion de Prenzlau , avait aussi pris le chemin de Mecklembourg. Le général Winnig remit le commandement en chef des deux corps réunis au général Bluçher, plus ancien que lui.
Après c^te réunion , Blûcher se trouvant à la tête d'une armée de vingt mille hommes dont sept mille de cavalerie, résolut de manœuvrer pour se maîatenir dans le pays de Mecklembourg, afin d'y attûrer les forces des Françaîs et de les éloîgnei* de l'Oder. Si ne prufet ne Un réussissait pa^, il cs-
M ie06 BT iWI. IM
péraiit gn^pm* un porl de k mer Baltique , et s'y embarquer pour passer dans k Prusse orientale. Ce plan fut entièi^c* ment déconcerté par k rapidité de k marche des corps finançais, circonstance que te général prussien n'avait pas fait entrear assez en ligne de compte. £n effet , il apprit à Wahren , où il arriva k 31 octobre, et où son arrière-garde tut harcelée par tes Français, qu'il avait à moins d'une journée derrière lui, k corps du duc de Dalmatie dopt il ava^ absolument perdu de vue k direction.
Le Duc était parti de Tangennûnde k 28. Arrivé le 29 à Bathenau , il y avait fait capituler un petit corps saxon égaré. Le Maréchal s'était ensuite dirigé sur Wahren, où il établit son quartiâr-général le 1" novembre.
Dans l'intervalle, le premier corps était arrivé à Fûrstenbei^, et le prince de Ponte-Corvo s'était ensuite dirigé sur Boitzenbourg avec l'intention d'atteindre k prince de Uohenlcdte. Mais k capituktion de ce général ennemi ayant rendu k coopération du premier corps inutile, le prince de Ponte-Corvo tourna à gauche afin de poursuivra des débris des Prussiens qui avaient encore écha{H[>é à Prenzku. Il marcha sur Stargard, viUeduMecklaKibourg,où il arriva le 30 octobre. Il eut à Stargard des renseignements sur la mardie de Blûcher, qui, depuis Wahren, se porimi sur Scbwerin. Le prince de Ponte- Corvo le suivit, l'atteignit àKriwitz, attaqua son arrière-garde et la mit en déroute après un vif combat.
Blûcher, pressé au centre par le prince do Ponte-Corvo, était débordé à sa droite par le duc de Dalmatie qui marchait entre l'Ëlbe et lui. Bientôt sa gauche fut menacée par la réserve de cavalerie qui accourait pour prendre part à la destruction de cet unique reste de l'armée prussienne on Allemagne.
L'EMPtEE.
Après la capitulation dePrenzlau, le roi de Naples , ignorant la direction que Blûcber avait prise, s'était porté au nord jusqu'à Demin , sur la Peene, afin d'ôter aux Prussiens la possibilité de gagner la Poméranie suédoise et de s*y embarquer. Le l*' novembre, le roi de Naples était à Demin ; dans cette position il débordait déjà de beaucoup le corps de Blûcber. Il se rabattit sur lui par la route de Gustrow et de Steemberg. Le 5 novembre au soir, le roi de Naples avec une brigade de cavalerie légère, deux divisions de dragons et une de cuirassiers, était entre Ratzbourg et Lûbeck où le général Blûcber s'était renfermé, occupant cette ville et les rives de la Trave jusqu'à Tembouchure de cette rivière dans la mer Baltique. Le même jour, le quatrième corps arrivait à Ratzebourg, et le premier à Scbônbei^.
Le 6 novembre, le prince de Ponte- Corvo attaqua Lûbeck par la porte du Bourg, à côté de laquelle la Trave sort de la ville pour couler vers son embouchure. Le duc de Dalmatie attaqua la porte des Moulins à l'autre exti*émîté de la ville. Le roi de Naples fit ses dispositions pour pénétrer par une autre porte entre les deux désignées. Le prince de Ponte-Corvo força, au bout d'une heure , la porte qu'il attaquait , et entra dans la ville. Blûcber vint en personne à sa rencontre. Le combat qui eut lieu dans les rues fut sanglant. Les Prussiens se battirent en désespérés.
Mais, pendant cette action, le quatrième corps et la réserve pénétrèrent de leur côté , dans la ville , par les points qu'ils avaient attaqués. Pressés et accablés de toutes parts , les Prussiens se réfugièrent derrière la Trave, laissant k.ÙÙO morts et â,000 blessés dans les rues de Lûbeck. On les poursuivit. Le lendemain , le général Blûcher voyant
l'impossibilité d'échapper, signa à Ratkau, avec les généraux français, une capitulation en vertu de laquelle quatorze mille hommes mirent bas les armes, déposèrent leurs drapeaux, et défilèrent devant les trois corps français victorieux. L'Empereur, extrêmement satisfait de la conduite de ces corps , fit proclamer l'ordre du jour suivant :
« L'Empereur témoigne sa satisfiio- » tion au roi de Na|des, au prince de » Ponte-Corvo , au maréchal duc de )> Dalmatie et aux corps de troupes i> d'infonterie, cavalerie, artillerie et » génie sous leurs ordres, pour leur » conduite brillante à Lûbeck et pour » l'activité qu'ils ont mise dans leurs )) marches, dans le but d'atteindre l'en- » nemi, de le déborder, de lui couper » toute retraite, de l'accabler de toutes » parts, et de le forcer à capituler et à » se rendre prisonnier de guerre; ce » qui s'est effectué au nombre de 10,000 » hommes d'infanterie , 4.,000 chevaux, » 80 pièces de canon, tous ses bagages » et ses approvisionnements. Par suite » de ces brillants succès, il ne reste plus » aucune troupe ennemie en campagne » au delà de la Yistule. »
Pendant ce temps-là, le duc de Rovigo n'était pas resté oisif avec sa colonne. Suivant les ordres qu'il avait reçus, il parcourut le pays de Mecklembourg, dispersa ou enleva tout ce qui s'y trouvait de petites colonnes isolées des Prussiens. A Strelitz, le duc de Rovigo fit prisonnier un frère de la reine de Prusse. A Wismar, il surprit, cerna et força de se rendre le général prussien Husdom, avec dix escadrons de hussards et deux bataillons de grena* dîers.
Toutes les opérations étaient exécutées sur les derrières de l'armée avec la môme activité. Un corps de Holhindais s'était rassemblé sous le comman-
CàM PAGNB DE 1806 ET 1807
dément de leur roi, Louis-Napoléon, frère de FEmpereur. Le roi de Hollande eut l'ordre , dans les premiers jours de novembre , de pénétrer dans le Hanovre et d'en prendre possession au nom de Fempereur des Français, ainsi que de réiectorat de Hesso-Gassel, dont le sou- ^rain avait montré dès le conmiencement de la guerre une mauvaise foi, qui n'aurait pas permis à l'Empereur de reconnaître sa prétendue neutralité ; près de cet électorat, la principauté de Folde appartenait au prince d'Orange qui était devenu général prussien. Ces deux pays , que le droit de la guerre et les lois de la prudence devaient faire regarder comme ennemis, venaient d'être envahis par le huitième corps sous les ordres du maréchal duc de Trévise.
La ville de Fulde fut occupée sans résistance le 27 octobre. Le duc de Trévise marcha ensuite sur Cassel , et arriva devant cette ville le 31 à minuit. Il fit aussitôt saisir tous les débouchés; et le 1^' novembre, profitant de la terreur que sa venue subite avait inspirée, il fit signer à l'électeur de Hesse l'ordre de licenciement de ses troupes et de la reddition de ses forteresses et de son artillerie. Ou procéda aussitôt au désarmement de l'armée hessoise, qui était forte d'environ vingt mille hommes. Le Maréchal ordonna que ce pays fût administré au nom de S. M.
l'empereur des Français et roi d'Italie. Le 6 novembre , il fut prescrit au duc de Trévise de partir de Cassel et d'entrer dans le Hanovre , où il devait seconder les opérations du roi de Hollande sous les ordres de ce monarque.
Le duc d'Elchingen , à la tête du sixième corps, était toujours devant Magdebourg. Il avait (Hroposé à l'Empereur de bombarder cette ville pour accélérer sa reddition. Napoléon lui fit
écrire : « Sa Majesté , M. le Ma* » réchal , approuve vos idées relative- » ment au bombardement de Magde^- » bourg. Les ordres sont expédiés en » conséquence à Wittemberg et à » Dresde pour qu'on vous £Eisse passer » huit à dix mortiers , six pièces de » 24>, et les munitions nécessaires. Les » pièces de 24 vous serviront à tirer » à boulets rouges. Le général Songis » est aussi prévenu devons envoyer un » grand nombre d'obus. L'Empereur » pense que la nianière la plus avanta- )) geuse de bombarder serait de com« » mencer le feu avec deux mortiera , )) une pièce de canon et un obusier ; » deux heures après, quatre mortiers , » deux obusiers et deux pièces de » canon ; quatre heures après, six mor- » tiers, trois pièces à boulets rouges et » trois obusiers ; au bout de quarante- » huit heures , huit mortiers , autant » d'obusiers et quatre grosses pièces à » boulets rouges ; enfin , au bout de » soixante heures, douze mortiers, tout » ce que vous avez d'obusiers et vos » six pièces de 24. L'Empereur porte » une grande confiance dans cette ma- ^) nière de tirer. Sa Majesté est persua- » dée que les habitants et la garnison » ne peuvent pas tenir à ce feu pro- » gressif, et qu'au bout de trois jours » le commandant, quelque tenace qu'il » soit , doit vous demander à capi- » tuler. »
Le gouverneur de Magdebourg , instruit des préparatifs qui se faisaient contre lui, se voyant d'ailleurs isolé et sans espoir de secours, au milieu d'une armée victorieuse , jugea prudent de ne pas attendre l'effet d'un bombardement. Le 8 novembre, il rendit sa place au duc d'Elchingen. 14,000 hommes de garnison, 600 pièces de canon et des magasins de toute espèce, furent les fruits de cette capitulation ,
ut
l'EMHKE.
après laquelle le sixième corps ne tarda pas à recevoir des ordres pour se rendre à Berlin. Même injonction fut faite le 11 , au roi de Naples et au maréchal duc de Dalmatie. Le prince de Ponle- Corvo reçut Tordre de rester encore à Lûbeck, jusqu'à ce que tout fût calme dans ces cantons.
La marche des troisième, cinquie^me et septième corps était toujours pressée vers la Vistule. Le premier , marchant par la route de Posen; le second, par celle de Schneidemùhl ; le troisième, parcelle de Driesen. Une brigade de cavalerie légère , une division de cuirassiers et trois divisions de dragons de la réserve , qui n'avaient pas suivi le roi de Naples , se portaient en même "temps sur l'Oder , et avaient Tordre de marcher en Pologne. Le neuvième corps était toujours employé, partie en Silésie , au blocus de Glogau, j qui avait commencé le 7 novembre ; partie en observation, entre TOder et la Wartha , pour flanquer la droite de Tarmée qui se portait sur la Vistule.
Le quartier -générai du roi de Westphalie était à Grunberg.
Pour ajouter à la force de Tarmée et à la sûreté de l'intérieur , dans le moment où elle s'éloignait autant des frontières de TEmpire , Napoléon , se fiant sur la bonne foi allemande , et connaissant le courage des Hessois, jugea à propos d'armer de nouveau les troupes de ce pays , mais en ne prenant que les hommes qui se présenteraient volontairement. Cette opération délicate fut confiée au général Lîigrange. Le prince Major-général lui manifesta à cet égard Tintention de l'Empereur, en ajoutant « que le désir de Sa Majesté » était d'avoir cinq régiments formés » des troupes de Hesse-Cassel , dont » deux entreraient au service de France, » un au service de Hollande ^ un au
» service du royaume dltalîe, et le cîn* » quième à celui de Naples ; qu'il pou- » vait faire connaître aux officiers et » aux soldats hessois qu'ils continue- » raient à porter Tuniforme de leur » pays , et que leur formation et leur » traitement seraient d'ailleurs en tous » points comme celui des troupes fran- » çaises. »
Pendant que cette mesure s'exécutait, Tordre fut expédié , le 13 novembre , au duc de Trévise , de cerner la place d'Hameln; de laisser , pour ce blocus, six mille hommes d'infanterie hollandaise , puis de se rendre, avec la cavalerie de la même nation, et l'infanterie de son corps d'armée, à Hambourg, où il établirait son quartier-général.
Le même jour, 13 novembre, il fut ordonné au maréchal duc de Montebello d'aller prendre position à Thorn sur la Vistule. On joignit à son corps d'armée la division de dragons du comte de Mons. Le prince d'Eckmûhl fut envoyé à Gnesen ; le duc de Castiglione à Brômberg : deux positions dans lesquelles ces corps devaient être à même de soutenir au besoin le duc de Montebello. Il était recommandé à ce dernier d'avoir des partis de cavalerie sur la route de Kônigsberg et sur celle de Grodno; au prince d'Eckmûhl, d'envoyer la cavalerie légère du comte Milhaud et les dragons du baron Beaumont aussi près que jwssible de Varsovie; et enfin, au duc de Castiglione de faire observer Graudenz. L'intention de TEmporeur n'était pas alors de s'avancer davantage , jusqu'à ce qu'il eût des nouvelles certaines de ce qui se passait de l'autre côté de la Vistule.
En arrière de Berlin , des ordres furent donnés, en date du lï, au duc d'Elchingen et au prince de Ponte- Corvo; au premier, d'accélérer sa marche sur Berlin ; au second, de se mettre
en ouMiTemeBt pour la même destination, en ne laissant à Lùbeck qu un bataillon pour la garde de l'artillerie qui se trouvait dans eette ville.
LercH de Westphalie reçut, le 16, des instructions pressantes pour resserrer Glogau, et accélérer la reddition de cette place. Pendant qu'une partie derin£anterie wûrtembergeoiseet celle de Bavière étaient occupées autour de Glogau , on lui mandait d'envoyer devant Breslau deux brigades de cavalerie, Tun^ par la rive droite, l'autre par la rive gauche de. l'Oder. En même temps, les instructions portaient de pousser des partis de cavalerie jusqu'à Kalisz, petite ville de la Pologne, au midi de Posen, parce qu'on savait que cette ville était très bien intentionnée pour les Français. Le même jour , le duc de- Rovigo eut Tordre d'aller prendre le commandement du blocus d'Hameln. Le prince d'Eckmûhl reçut celui de faire occuper , armer et approvisionner la petite forteresse de Lenczisz, à moitié chemin de Posen à Varsovie.
A cette époque , il y avait des négociations entamées pour un armistice entre la France et la Prusse. Les maréchaux commandant les corps d'armée ta étaient prévenus. Leur marche, de même que les points qu'ils devaient occuper, ensuite des conditions de cet armistice (s'il était ratifié par le roi de Prusse), étaient réglés à l'avance. Mais on ne tarda pas à apprendre que le roi de Prusse, tombé sous l'influence des Russes, n'était plus le maître de livrer des places qui étaient déjà entre les mains de ses alliés. On sut que les Russes étaient arrivés, le 13, à Varsovie , et que, le 18, ils avaient une avantgarde à plus de dix Ueues en deçà, sur Sochaczew et Lov^iez.
Alors , par des dispositions arrêtées
le 22, les mouvements des différents corps, un instant ralentis, furent combinés pour se porter au-devant de l'en* nemi. Le roi de Naples eut Tordre de marcher sur Varsovie avee les deux brigades de cavalerie légère des généraux Milhaud et Laaalle , les divisions de dragons des généraux Klein, Beaumont et comte de Mons, et la division de cuirassiers du général Nansouty.
Le. corps du prince d'Eckmûhl fut por^ té tout vnticr sur le même point. Celui du duc de Montebello eut Tordre, lorsqu'il serait arrivé à la hauteur de Thorn, de se diriger aussi sur Varsovie, par la rive gauche de la Vistule , en se cou-* vrant de ce fleuve. Le corps du duc de Castiglione dut marcher à une journée en arrière du cinquième corps, en suivant la même route, c'estr-à-dire par Brzesc et Kowal. La totalité de ces forces, formant quatre-vingt mille hommes, devait être réunie, le 30, devant Varsovie, sous les ordres du roi de Naples , en cas que l'ennemi fût décidé à livrer bataille avant d'évacuer la capitale de la Pologne.
Le reste de Tannée avançait. Les ordres de marche étaient réglés de ma- Dière que le duc d'Elchingen devait se trouver, le 26, à Posen ; le duc de Dalmatie, àFrancfort-sur-TOder, le 25; le roi de Westphalie, à la tête de quatorze à quinze mille hommes de son corps d'armée, à Kalisz, le même jour; et le prince de Ponte-Corvo, le 28 , à Berlin. Une partie de la garde impériale, tant à pied qu'à cheval , était déjà , le 16, à Francfort-sur-TOder ; le reste fut dirigé, \e2k, sur Gustrin. Le lendemain , l'Empereur se rendit lui-môme dans cette dernière ville. Le 26 , Napoléon fut à Meseritz, et, le 28, à Posen , où le grand quartier-général et la garde impériale s'établirent en même temps.
De Custrin , le duc de Trévise reçut
lu
LEMPfRE.
les instructions suivantes : u L'armée )> marchant sur la Vistule , il devient » très important , M. le Maréchal , » que vous couvriez Berlin avec votre » corps d'armée , et que vous puissiez » même, suivant les circonstances, vous » porter sur Stettin. L'intention de Sa » Majesté est que vous fassiez occuper » Anklam et Rostock par deux divisions » de votre armée , et que vous portiez » votre quartier-général à Schwerin.
» Vous disposerez un corps détaché qui D puisse agir suivant les circonstances: » 1<> contre les Suédois , dans la Pomé- » ranie suédoise ; 2^ contre un corps » quelconque d'ennemis, qui se porte- » rait de Dantzig ou de Graudenz, sur }) l'Oder; 3^ contre les Anglais, s'ils » tentaient d'aborder sur le continent » germanique par les embouchures des » fleuves. Vous ferez d'ailleurs exécu- » ter rigoureusement dans les villes » anséatiques et dans tout le Mecklem- » bourg, le décret de blocus de l'An- » gleterre, rendu à Berlin.
» S'il y avait quelques révoltes sur » nos derrières, entre l'Oder et le Rhin, » vous prendriez également toutes les » mesures pour les réprimer.
» Par les renforts successifs que vous » avez reçus, votre corps d'armée se î) trouve avoir huit régiments français , )) trois régiments italiens et six mille » Hollandais. En y ajoutant les con- » scrits que les régiments vont recevoir » de France , vous vous trouverez à la » tête de trente mille hommes, ce qui 9 est le corps le plus fort de la Grande- M Armée.
» Recueillez tous les renseignements )) utiles, afin d'être prêt, si vous rece- » viez l'ordre subit d'envahir la Pomé- » ranie et l'île de Rûgen , à exécuter » ces dispositions ; en général , organi- » sez et entretenez bien votre armée, ft tant en artillerie qu'en tous autres
» objets nécessaires; car, l'intention de » l'Empereur étant de vous emidoyer » à différents usages, il faut que vous » soyez très mobile. »
Il (ut envoyé de Mezeritz des instructions détaillées aux conunandants des différentes places, particulièrement de Stettin , Custrin et Magdebourg, sur la conduite qu'ils avaient à tenir pendant l'éloignement de l'armée. « L'Empe- » reur me charge (leur écrivait le » prince Major-général) de vous fiiire » sentir l'importance de votre oom- » mandement et l'activité que vous de- » vez y mettre. Au défaut de garnison )) suffisante, vous devez y suppléer en )> prenant le système de confier la dé- » fense de chaque fort à un bataillon » ou à une compagnie, et en exigeant » qu'à la moindre alerte le bataillon )) ou la compagnie se cantontie dans le » bastion , le fort ou l'ouvrage. Par ce » moyen , vous ferez avez mille hom- )) mes ce qu'on ne ferait pas avec six » mille par la méthode ordinaire. Fai- » tes faire le service rigoureusement.
» Rende^moi un compte journalier )> de la situation de la place et de la » ville ; prenez des informations sur » tout ce qui se passe sur nos derrières, » et faites-les moi parvenir.
» Stettin peut être attaqué (était-il » ajouté particulièrement au comman- » dant de cette place) par des partis » ennemis qui sortiraient de Dantzig » ou de Graudenz. La masse des opé- )) rations de l'armée ayant pour centre » Posen , et se dirigeant sur la haute » Vistule, il entre dans l'ordre des cho- )) ses possibles, même probables, qu'un » corps ennemi , pour soutenir l'espé- » rance des siens, tente une diversion )> sur notre gauche, en menaçant de » prendre Stettin. A force de vigilance, » Général, vous déconcerterez, dans » cette hypothèse, les projets de l'en-
CAMPAGNB DE 1806 ET 1807.
Bemi qui serait bientôt victime d'une paralle opération. Ayez toujours des piquets de cavalerie jusqu'à vingt ou vingt-cinq lieues de Stettin , sur les routes de Dantzig et de Graudenz.
Envoyez des espions, interrogez tous les courriers; soyez en correspondance suivie avec le commandant de Custrin, à qui je donne Tordre également d'être en rapport intime avec vous : qu'aucun passage ne soit permis sur rOder, qu'à €ustrin, Francfort et Stettin. Par ce moyen, vous intercepterez toute la correspondance de Berlin avec nos ennemis. Pour y parvenir encore plus sûrement, entretenez des postes le long de l'Oder, jusqu'au canal d'Odersberg, comme le commandant de Custrin le fera aussi de son côté, et ayez soin de tenir toujours à la rive gauche les bacs et tous les bateaux. »
Au moment de quitter Berlin, l'Empereur avait reçu la nouvelle de la prise d'Hameln « qui s'était rendue le ist au duc de Bovigo. La garnison, qui fut fûte prisonnière de guerre, était de sept à huit miDe hommes. Après avoir soumis Hameln , le duc de Bovigo se porta sur la forteresse de Nienbourg, située , comme Hameln , sur le Weser , mais beaucoup plus bas. Le gouverœur de Nienbourg fit quelques diflSealtés pour capituler: mus il y fut déterminé en considérant l'inutilité de la réûstance, et en second lieu par quelques mutineries qui eurent lieu dans sa garnison. La place fut remise aa duc de Bovigo , le l"' décembre, nie renfermait deux mille cinq cents liommes de garnison. Il y avait une nombreuse artillerie et beaucoup d'approviâonnements.
Cependant la réserve de cavalerie et k troisième corps étaient déjà arrivés à Varsovie. Les cinquième et septième
oorpscontinuaientde côtoyer la Vistule, en s*approchant de cette ville.Le sixième corps reçut l'ordre de se porter sur Tliorn pour remplacer les deux autres dans cette position. Le quatrième et le premier avançaient toujours. Il fut ordonné au parc général d'artillerie, quf était à Posen depuis le 20 novembre , de se transporter dans la forteresse de Lenczîsz, à laquelle le comte Chasseloup, général commandant du génie, eut l'ordre d'ajouter de nouveaux ou vrages , afin qu'elle pût servir à mettre en sûreté le grand parc et les magasins de l'arsenal. Ce général fut en même temps chargé de faire reconnaître le petit fort de Czenstochau , un peu plus loin queLenczisz , que cent cinquante chasseurs à cheval du troisième corps et un détachement d'infanterie polonaise de nouvelle levée , avaient fait capituler , en courant le pays. L'Empereur voulait savoir quel parti on pouvait tirer de ce château , soit comme forteresse, soit comme dépôt de magasins.
Dans un pays où les armées françaises n'avaient jamais pénétré , et qui n'était point connu sous le rapport militaire , le service des ingénieurs géographes devenait d'une importance toute particulière. L'Empereur voulut que le général comte Sanson , chef de ce corps , fût instruit de ses intentions sur l'organisation de ce service; il lui fit écrire la lettre suivante , en date du 2 décembre: « Sa Majesté ordonne que vous fas- » siez partir deux petits détachements » d'ingénieurs géographes ; l'un pour » se rendre à Varsovie et faire la recon- » naissance des environs de cette ville, 1» jusqu'à l'embouchure du Bug ou de » rUrka, dans la Vistule; l'autre déta- » chement se rendra au fort de Lenczisz » et reconnaîtra rapidement le pays » jusqu'à vingt lieues à la ronde. Vous » me ferez également parvenir, pour les
vmnwt.
}) r^^mettre à Sa Majesté^ les eroquifl des » routes de Custrin à Posen , d# Guâtrin » à Francfort-sur-rOder , de Posea à » Thora, de Posen à Varsovie, enfin de » Posen à Glogau et Breslau.
» U fout mettre dans les reconnais- » sances les noms et la population des » villages, et désigner par un signe la » nature des terres.
» Chaque ingénieur géographe met- » tra son nom au bas des reconnaissan- » ces qu'il aura terminées , afin que, » lorsque TËmpereur voudra des ren- » seignements plus précis sur une reï> connaissance , il puisse faire de- » mander Tingénieur qui Ta faite. L'in*^ » tention de Sa Majesté , Général , est ;> qu'il n'y ait aucun ingénieur géo- « graphe attaché en particulier aux )> corps d'armée. Ils doivent être tous .» attachés à l'état « major général » sous votre direction ; mais vous » donnerez des ordres pour qu'il se » trouve toujours , à chaque corps d'ar* » mée , un ingénieur géographe qui » marchera avec l'avant-^arde ; il sui- I) vra à cheval et figurera la route et le » pays à droite et à gauche.
n Ces ingénieurs m'adresseront jour* ;> nellement le croquis de leur travail , » que je vous remettrai pour être as* » semblé et mis au net. Ces officiers , ^) quoique attachés à diiFérenta corps » d'armée , n'en feront point partie et » recevront des ordres directs de vous fi ou de moi. U ne faut pas perdre de » vue queles plans que l'on donne après » les marches et les batailles ne servent fi à rien , du moins pour les opérations » actives. L'essentiel est d'tvmr de bons fi ciM>quis, aussitôt que les premiers tifi railleurs paraissent sur le pays enney> mi, aSn que, d>t>rè8 ces croquis, »: rfEmpereup pulâse kvt^ ses dispoai- » tiens , soit pour une bataille , sôit pour » toute autfe opération. »
Le i décembre, GIogMi eapittia.
Les ordres furent aussitôt expédiés en Silésie au roi de Westphalie, pour âûre investir et assiéger Breslau. Tandis que la situation des affaires se consolidait journellement en arrière de l'armée , elle s'améliorait en avant. Les dépèches du prince d'Eckmûhl qiprirent qu'il était entré k Varsovie, le 30 novembre; que le 3 décembre, il avait pénétré dans le faubourg de Praga, sur la rive droite de la Vistule, sans éprouver d'obstacle, l'ennemi s' étant retiré volontairement de ce poste ; et que le môme jour, le V^ régiment de hussards ayant fî*anchi la Vistule à Wrata , s'était emparé d'un bao. Aussitôt le prince d'Eckmûhl s'était porté sur le Bug, rivière qui, coulant de l'orient à l'occident, vient se réunir à la Vistule , à six lieues au nord-ouest de Varsovie. On avait commencé à travailler à un pont sur cette rivière, au point d'Okunin , qui est au confluent de l'Ukra et du Bug , après en avoir chassé les avanfr-postee de l'en^ nemi. Enfin le prince d'Eckmûhl ajoutait que les Russes avaient pris le parti de se retirer derrière le Bug.
Le roi de Naples, à la tête de la réserve de cavalerie, entra dans Varsovie le même jour que le premier corps d'armée. Le cinquième corps fut rendu dans cette ville le 5 décembre. Une partie des troupes de ce corps passa la Vistule à Praga ; l'autre resta cantonnée aux environs de Varsovie , où le duc de Montebello établit son quartier-général.
Le septième corps, qui suivait le cinquième , s'arrêta vis-à-vis de Zakn»czyn, qui est Mir la rive droite de la Vistule; et le duc de Gastig^ione fit ses préparatifs pour effisctuer le passage du fleuve.
Le sixième corps , sous les ordres du duc d'Elehingen , arriva , le 6 décembre, devant Thom. Le Maréchal ordonna qu'on préparât des bateaux pour passer
CAMPARNE bE
fat Vislule , qui à dans cet endroit quatre cents toises de large. LeTô*" de ligne et le 6* d'infanterie légère passèrent les premiers, au milieu d'une grêle de balles; mais bien secondés par les bateliers polonais , ils abordèrent à la rive droite , où , après un léger combat , ils forcèrent les Prussiens d'évacuer la ville . Trois jours après , le général de brigade, baron Belair, partit de Thorn, et se porta sur Golup , à quatre lieues à l'est Ao cette ville. Il avait avec lui le C* d'irifenterie légère et soixante hommes du 3' de hussards. Il rencontra un parti pru^ien de quatre cents chevaux qu'il mit en fuite , après lui avoir tué 30 hommes et fait 50 prisonniers.
Ainsi, à l'époque du 10 décembre, cinq corps de la Grande-Armée avaient passé la Vistule ; deux autres , savoir : le premier et le quatrième arrivaient à grandes marches sur ce fleuve. Le neuvième corps couvrait l'armée sur la droite, et fai&iit des progrès dans la seule province qui fût restée au roi de Prusse en Allemagne. Le huitième corps assurait la gauche de l'armée , en occupant le Mecklembourg et la Poméranie suédoise. Les bouches de la Trave, de FElbe et du Weser, étaient gardées par les troupes hollandaises.
A ces forces considérables devaient bientôt s'en joindre de nouvelles. Une division de cuirassiers, composée de quatre régiments de cette arme , arrivant d'Italie , allait se former à Leipzig sous les oitires du général Espagne. Une division de huit bataillons de greiM^ diers, choisis dans différents régiments de l'armée , et récemment organisée à Btrlin , sous le commandement du duc de Reggio, recevait l'ordre d'en partir pour se rendre en Pologne. Pendant ce temps, des troupes arrivant des côtes de France et des garnisons de l'intérieur, étaient dirigées sur Wesel et sur
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Mayence»dV)ù elles devenaient disponibles pour être employées suivant les circonstances, soit dans le nord de l'Allemagne soit en Prusse ou en Pologne
Des ordres , émanés le 15 du grand quartier-général, firent partir la garde impériale à pied pour Varsovie. Le môme jour, le maréchal duc de Dalmatie reçut l'ordre de passer la Vistule à Wroclavviek. Il devait se diriger ensuite avec son corps d'armée tout entier entre Biczun et la Vistule , de manière à gagner Plonsk , et être à droite du maréchal duc d'Elchingen, qu'il pouvait secourir, ou dont il pouvait être secouru , suivant les circonstances. D'un autre côté , le but prescrit au duc de Dalmatie était d'avancer par sa droite pour se réunir au corps du duc de Castiglione, qui , à cette époque, occupait d(^à Zakroczyn , et faisait travailler activement à établir un pont et une tète da pont sur ce point.
L'intenalle entre ces trois corps et ceux du roi de Naples et du prince d'Eckmûhl, qui étaient sur le Bug, se trouvait rempli par une seconde réserve de cavalerie formée sous les ordres du maréchal duc d'Istrie, et composée de la division de cavalerie légère du général Tilly, des divisions de dragons Grouchy et Sahuc , et de celle de cuirassiers du général d'Hautpoul. Le 15, le duc d'Istrie reçut l'ordre de se porter sur Biezun , d'y être rendu le 18, et d'envoyer aussitôt des partis de cavalerie sur Soidau, le long de l'Ukra, et sur Plonsk. Par ce moyen , le duc d'Istrie devait communiquer avec la cavalerie du septième corps, et avec celle du roi de Naples , couvTÎr le mouvement du duc d'Elchingen, qui, de Thorn , se dirigeait sur Pultusk, et appuyer en même temps le duc de Dalmatie , qui devait aussi marcher sur Pultusk par la route de Plonsk*
UEMPIRE.
Au moment où le maréchal duc d'Elchingen s'éloignait de Thorn et s'avançait en Pologne , le prince de Ponte- Corvo, dont le corps continuait sa marche, reçut, en passant à Posen, Tordre de se porter en toute diligence sur Thom, et d'y prendre position.
Mais les mouvements ou les intentions présumées de l'ennemi exigeant fréquemment de nouvelles mesures , il fut enjoint, le 17, au prince de Ponte- Corvo de ne laisser qu'une de ses divisions à Thorn , et de se porter avec les deux autres sur Golup et Ryppin , pour appuyer le duc d'Elchingen, dont le corps , ainsi que celui du duc d'Istrie , fut mis momentanément sous ses ordres, comme le plus ancien maréchal.
Les Russes paraissaient vouloir livrer bataille avant de quitter leur position de Pultusk. Pendant les journées du 13 et du a , ils s'étaient montrés en force sur la rive gauche del'Okra, ainsi que sur la rive droite de la Narew jusqu'à rUkra. Dans ces conjonctures, le but du mouvement ( ainsi que le mandait le prince Major-général au prince de Ponte-Corvo et au duc de Castiglione) était d'établir une communication étroite entre tous les corps , et
particulièrement entre ceux de ces deux maréchaux, dont l'un faisait lagauche et l'autre la droite de la partie de l'armée qui était encore surla Vistule. Le mouvement qui devait les rapprocher, combiné avec celui du duc de Dalmatie , qui se trouvait entre deux, concentrait trois corps d'armée sur ceux des maréchaux duc d'Elchingen et d'Istrie, qui avaient déjà gagné du terrain plus en avant , et en môme temps sur ceux du roi de Naples , du prince d'Eckmûhl et du duc de Môntebello , qui occupaient l'espace entre Varsovie et le Bug. Ainsi , l'on était en mesure d'arriver en forces sur la position que Tennemi avait à Pultusk; suivant toutes les apparences , on l'obligeait à s'éloigner; et l'armée avait la facilité de prendre tranquillement les quartiers d'hiver qui lui étaient si nécessaires , après les longues fatigues, qu'elle avait supportées , et dans un climat qui ne permet pas de continuer la guerre pendant la froide saison.
Le grand quartier-général quitta Posen le 16 dans la nuit. Il fut à Sompolno le 17 , à deux heures du matin ; le soir du même jour, il étaitàKutno.
Le 18 , Sa Majesté l'empereur Napoléon fit son entrée dans Varsovie.