‹ Bibliotheque militaire (volume 2)Chapitre 28 sur 205 · ITO · texte numérisé non relu

ITO

L'EMPI&E.

d'où, longeant le rideau , eHes devaient attaquer la posiMoA de Tennemi par sa gauche. Une autre brigade de la même division , sous les ordres du baron Levasseur, fut destinée à attaquer le plateau de front; liant son mouvement avec ceux de la cavalerie de réserve, qui formait la colonne du centre. Enfin le 57* de ligne et la division de cavalerie légère du quatrième corps, conduits par les généraux baron Feroy et Margaron , durent s'emparer de la hauteur en avant de Tenknitten , pour menacer et contenir la droite de Tennemi. Les divisions des généraux Legrand et Saint- Hîlaire formaient la seconde et la troisième ligne.

L'ennemi fit une vigoureuse résistance. Le 18* de ligne, qui se présenta le premier au combat, fut maltraité par la cavalerie russe. Le 46% qui s'avança pour le secourir, essuya plusieurs charges, mais il les soutint avec la plus grande intrépidité , et parvint à s'établir sur le sommet du plateau. Cependant les colonnes de gauche et de droite gagnaient du terrain , et se tenaient à la hauteur de celle du centre. L'ennemi fut obligé de se retirer sur Eylau. H fut mené battant par la cavalerie de la réserve jusqu'au faubourg, où quelques escadrons de dragons entrèrent avec lui. Le 24.« d'infanterie légère suivit les dragons, et ce régiment fut suivi , à son tour, par toute la division du comte Legrand. Celte division traversa la ville, jonchant les rues de cadavres. Elle alla s'établir de l'autre côté , en présence de l'armée ennemie, et s'y maintint malgré les vigoureux efforts que les Russes firent pour l'en chasser.

Cependant le général russe Barclay deTolly s'était retranché dans le cimetière attenant à l'église paroissiale d'EyIau , avec une brigade dlnfanterie

et une batt«rie. Il y fut attaqué par la brigade du général baron de Prade. Le combat dura deux heures; mais enfin, à huit heures du soir, les Russes plièrent. La brigade française entra dans le cimetière et y passa la nuit au milieu des morts et des mourants.

Ce n'était que le prélude de la terrible journée du lendemain. L'Empereur établit son quartier-général à Eylau, le 7 au soir, et passa la nuit à ordonner ses dispositions. Les troupes du quatrième corps restèrent dans les postes qu'elles avaient glorieusement conquis; savoir : la division du général comte Legrand , à la tête de la ville , sur la route de Schmoditten et de Lampasch ; la brigade du baron de Prade , au cimetière; celle du baron Ferey, en tête du faubourg dit le Bailliage , à gauche de la ville.

La première division du quatrième corps . commandée par le comte Saint- Hilaire, qui n'avait pas pris part au combat d'Eylau , fut placée par l'Empereur sur un mamelon qui se liait à la position du cimetière , dans le prolongement de la brigade du baron de Prade. La division de dragons du cornt^ Milhaud fut placée au soutien de la division Saint-Hilaire.

La cavalerie légère du quatrième corps d'armée , et partie de celle de la réserve , s'établirent en arrière du faubourg du BaiDiage.

Le restant de la cavalerie de la réserve et la garde impériale furent placées en arrière dé la viHe , sur le centre.

Le septième corps d'armée , qui arriva pendant la nuit , fut placé sur la gauche, et occupa le plateau en avant de Tenknitten.

Le troisième corps, qui, suivant ses instructions, avait marché sur Eylau par Bartenstein , avait son avant-garde entre MoHwiten et Rothenen , dans ta direc-

Uon de Serpallen. Le reste de ce corps d'armée était éloigné.

Le corps du duc d'Elchingen était encore plus éloigné du champ de bataille. II arrivait, chassant devant lui les Prussiens du général Lestocq. Celuici était parvenu , par un grand détour, à rétablir quelque communication entre loi et les Russes.

L'aile droite de Tarmée ennemie, aux ordres du lieutenant-général Tuczkof, protégée par une batterie de quamnte pièces de canon du calibre de 12, s'appuyait au village de Schloditten. Le centre , commandé par le général baron de Sacken, couronnait les hauteurs audelà d'EyIau, à la distance de huit à à neuf cents pas de la ville, protégé sur son front par une batterie aussi formidable que celle de l'aile droite ; le centre de l'armée russe avait en outre une batterie de soixante pièces du calibre de 6, que masquait Tinfanterie. L'aile gauche , sous les ordres du lieutenantgénéral comte Ostermann Tolstoï, s'étendait en avant de la métairie d'Auklapen, depuis cet endroit jusqu'à Klein-Sausgarten. Cette aile était, ainsi que le centre et l'aile droite , sous la protection d'une batterie de quarante pièces dé 12.

La première ligne de l'armée russe avait sur son front quatre cents pièces d'artillerie de bataille. La seconde ligne était formée en colonne. Deux divisions , aux ordres du général Doctorof , composaient la réserve et étaient rangées en colonne sur le centre et sur Faile gauche. La cavalerie régulière, cuirassiers, chevau-légers, dragons ou hussards, commandés par le lieutenantgénéral prince Gallîtrin , était répartie en dîfierentes divisions sur toute la ligne. Les Cosaques couvraient les ailes à de grandes distances.

k la peinte du jour, les Russes com-

mencent Tactîon par une effroyable canonnade sur la ville, ce qui semble annoncer l'intention d'attaquer Eylau sous la protection de ce feu terrible , pour en chasser les Français. Au milieu de cette tempête, l'empereur Napoléon vient s'établir au cimetiore avec son état-major, sa garde à pied et quelques escadrons de sa garde à cheval , dont il forme une réserve. Il fait passer l'ordre au duc de Castiglione de se porter en' avant avec tout son corps, et de se mettre en bataille à la droite d'EyIau.

Lorsque ce mouvement est exécuté , l'artillerie des quatrième et septième corps, et celle de la garde, prennent position , et deux cents bouches à feu portent la mort au milieu des bataillons serrés des Russes. Aucun coup n'est perdu ; tous font leur effet dans l'ordre de bataille profond que l'ennemi a adopté. Malgré leur prodigieuse artillerie , les Russes souffrent incomparablement plus que les Français. La canonnade se soutient de part et d'autre pendant deux heures.

Dans l'intervalle, le corps du prince dIEckmûhl a le temps d'arriver et de se placer sur le champ de bataille. En débouchant, il attaque avec impétuosité la gauche de l'armée russe par son flanc, n culbute cette aile , la chasse de Serpallen , et poursuit l'ennemi jusque dans les bois de Klein-Sausgarten , où il se retire en désordre. La résen^e des Russes avance aussitôt entre Auklapen et Kiein-Sausgarteu. L'ennemi se rallie sous la protection de ce renfort. Le prince d'Eckmûhl, de son côté, a réuni ses troupes et a pris position. Le combat continue avec vivacité sur ce point.

Les Russes , forcés de céder du terrain à leur gauche , et très maltraités au centre par le feu de l'artillerie française , se Jettent en masse sur leur di"oite, autant par nécessité que par

calcul. Ils 86 dirigent particulièrement sur un moulin à vent situé à peu de distance à la gauche d'Eylau , et ils menacent d'attaquer la ville. Si cette tentative eût pu réussir, elle eût partagé en deux l'armée française et renversé l'ordre de bataille. L'effort des Russes porta spécialement sur la division du comte Legrand et la brigade du baron Ferey; nuiisces braves troupes soutin- ]?ent l'attaque de l'ennemi avec leur bravoure accoutumée.

Pour arrêter la manœuvre de l'ennemi, Napoléon ordonne à la division Saint-Hilaire de se porter sur l'extrémité gauche de la ligne russe, et de réunir ses efforts à ceux du prince d'Eckmûhl. En même temps, il fait dire au duc de Castiglione de charger et de repousser les tirailleurs russes, qui venaient jusqu'au pied du monticule où est situ^ l'église d'Eylau ; de se joindre par sa droite à la gauche du comte Saint-Hilaire, et de former ainsi une ligne oblique qui s'étendrait d'Eylau à la position du prince d'Eckmûhl.

Le commencement de ce mouvement dégagea sensiblement l'aile gauche de l'armée française , en obligeant le général ennemi à faire une attention particulière à la sienne. Mais une neige épaisse survient dans ce mcmieut, et au milieu du brouillard qui l'accompagne, et qui dure une demi-heure, la tète de la colonne du duc de Castiglione s'égare et donne trop à gauche. Cette colonne, tombant en plein dans le centre de larmée ennemie, se trouve exposée à Teffort d'un adversaire très supérieur en nombre, et au feu de la batterie masquée, qui se découvre en ce moment, et qui fiait beaucoup souffrir l'infanterie du septième corps.

A la première éclaircie , Napoléon aperçoit le danger auquel ce corps est exposé. A l'instant, l'Empereur

L'EMPIRE

porte en avant toute la cavalerie de la réserve et celle de la garde impériale qui étaient réunies au centre. Cette brave et nombreuse cavalerie exécute une charge générale avec tant de célérité et d'audace , qu'elle ne donne pas le temps à l'infanterie de se former en carrés pour la recevoir. Celle-ci , étonnée d'une attaque aussi brusque , plie et abandonne le champ de bataille, laissant même une partie de son artillerie au pouvoir des Français.

Cependant , l'élan de cette cavalerie a été si impétueux , que quelques escadrons des chasseurs de la garde ont traversé toute la ligne d'infanterie qui formait le centre de l'armée ennemie , et sont arrivés jusqu'à la ligne de cavalerie qui était derrière , et qui s'ébranlait pour secourir son infanterie. Environnés et accablés par un nombre infiniment supérieur, une centaine de ces intrépides chasseurs périssent, entraînant dans leur chute une bien plus grande quantité de leurs ennemis.

Parmi les morts , se trouve malheureusement leur brave colonel Dâhlmann, qui termine ainsi glorieusement une carrière militaire illustrée par une suite d'actions valeureuses.

Par la manœuvre aussi brillante qu'inattendue de la cavalerie, les affaires prennent une tournure plus décisive. C'est en vain que la cavalerie russe veut arrêter la nôtre et donner à son infanterie le temps de se reformer sous sa protection ; l'infanterie, livrée sans appui aux sabres des Français , n'a plus d'autres ressources que de se couvrir des difficultés qu'un terrain coupé offre à la poursuite de la troupe à cheval. Cette infanterie s'aocjoile à des bois, où elle est obligée de se déployer et de s'étendre» mais en même temps elle s'affaiblit.

Dans ce moment survint un sîngo*

lier incident qui prouve à quel point la neige et l'obscurité ont jeté de confusion dans les mouvements des deux armées. Une colonne russe de quatre à cinq mille hommes, égarée pendant le brouillard , a filé siu* le flanc de la colonne du maréchal duc de Castiglione.

Elle se présente tout à coup devant le cimetière où était resté l'Empereur, et eDe parait disposée à enlever ce poste. Napoléon ordonne au comte Dorsenne de se porter en avant avec un bataillon de sa garde. Les grenadiers ne veulent pas tirer , déclarant qu'ils ne doivent aller qu'à la baïonnette. Ils avancent l'arme au bras. La colonne russe s'arrête frappée de stupeur. L'escadron de la garde, qui se trouvait près de l'Empereur, la charge dans ce moment avec une indicible intrépidité. L'ennemi tourne le dos ; mais atteint dans sa tiiïte par les grenadiers à cheval , de quatre à cinq mille hommes qui composent cette colonne , presque tous sont hachés ou faits prisonniers.

Pendant que les Russes sont attaqués sur leur centre , le prince d'Eckmûhl bit des progrès sur leur gauche, et parvient, après un combat des plus vife , à enlever le plateau entre Auklapen et Kutschitten , où la première ligne qu'il avait battue avait de nouveau pris position sous la protection de sa réserve. Ce ne fut qu'à la suite d'efforts incroyables que les Français couronnèrent enfin cette position. A quatre heures après midi, Tennemi, furieux, et ne se tenant pas encore pour vaincu, revient à la charge avec des régiments frais. Trois fois les Russes gravissent le plateau avec autant d'ardeur que de courage ; repoussés trois fois, ils éprouvent une grande perte. Ils cèdent enfin ce poste si vivement disputé, et se replient sur leur centre. Alors , l'armée française appuyant sa i^nuche à la ville

d'Eylau , et sa droite au plateau et au bois de Kutschitten, se trouve maltresse de la position que l'ennemi avait occupée toute la journée.

A compter de ce moment, la victoire n'est donc plus indécise. Néanmoins un nouvel adversaire se présente, mais il ne changera pas les destins de cette grande journée. Le général prussien Lestocq , échappé au maréchal duc d'Elchingen, débouche à Schmoditten, et arrive sur le champ de bataille , précisément dans l'instant où la gauche des Russes pliait sous l'ascendant du troisième corps. Lestocq voit l'état du combat. Filant derrière l'armée russe , il accourt au soutien de son aile gauche , et se porte en force au village de Kutschitten , que quelques compagnies françaises avaient déjà occupé. Les Français évacuent le village, maïs ils disputent vivement celui d'AukIapen ainsi que la forêt voisine.

Pendant ce combat , le duc d'Elchingen paraît du côté d'Althof; il s'empare de ce village , qui servait encore d'appui à l'aile droite des Russef . Sans s'arrêter , il attaque cette aile sur laquelle le duc de Dalmatie , qui n'avait fait jusqu'à ce moment que la contenir , prend à son tour l'offensive par le point opposé. Le duc d'Elchingen chasse les Russes de Schloditten , fait prendre position à son artillerie , et des hauteurs de ce village il met celui de Schmoditten en cendres, pour empêcher les Russes de s'y arrêter.

Cependant le général ennemi , qui ne voit plus d'espoir de rétablir la bataille perdue, songe à la retraite, et veut profiter de la nuit pour l'exécuter. Il juge que Toccupation de Schmoditten peut être favorable au mouvement qu'il projette; il envoie six bataillons de grenadiers , les seuls de son armée

vnwtn.

qui n'eussent pas donné, pour s^emparer de ce village. Le 59^ de ligne et le 6* d'infanterie légère venaient d'y entrer sous la protection de l'artillerie.

Ces régiments reçoivent si vigoureusement les bataillons russes, que ceux-ci, n'osant pas essayer une seconde attaque , se replient promptement sur le gros de l'armée.

Bennigsen renonce alors à toute entreprise. Il rappelle de Kutschitten le corps du général Lestocq, rassemble toutes ses troupes , et commence à les faire filer sur la route de Konigsberg.

Les Russes laissèrent sur le champ de bataille d'Eylau , 7,000 hommes morts , 5,000 blessés mortellement , 2!p pièces de canon et 16 drapeaux.

16,000 hommes moins dangereusement blessés , furent tous portés à Kônijgsberg, mais il en mourut beaucoup par le froid. Telles furent , pour l'armée ennemie , les suites de cette bataille , à qui Ton pourrait donner, à plus juste titre qu'à celle de Mailgnan , le nom de Bataille de Géants,

L'armée française eut à regretter la perte de 1,800 hommes tués au champ d'honneur. De ce nombre étaient plusieurs officiers de marque. Le colonel Dahlmann, des chasseurs de fa garde, succomba après avoir donné et reçu maints coups de sabre. Le général de brigade Corbineau , le colonel Lacuée, du 63'-, le colonel Lemarrois, du 43% périrent emportés par des boulets. Le général de division d'Hautpoul , le colonel Bouvières, du 11* régiment de dragons, ne survécurent pas à leurs blessures. Il y eut en tout 5,000 Franç^iis blessés, parmi lesquels un miUier grièvement. Le maréchal duc de Castiglione tut blessé d'une balle et obligé de quitter le champ de bataille; cet accident fut d'autant plus fâcheux qu'il laissa son corps d'arméd sans

chef, pendant le plus fort de la mé*

lée.

La cavalerie et rartillerie firent des mer\'eilles. La garde à cheval se surpassa ; la garde à pied fut toute la journée l'arme au bras , sous le feu d'une épouvantable mitraille , sans tirer un coup de fusil. Mais qui aurait pu se plaindre d'être en butte aux plus grands dangers , lorsque Napoléon resta constamment exposé aux balles de l'ennemi et dirigea personnellement tous les mouvements de ses troupes.

Dans cette journée mémorable , où près de la moitié de l'armée française n'avait pas donné , les corps victorieux passèrent la nuit sur le champ de bataille.

Le troisième corps bivouaqua à Serpallen et Klein-Sausgarten ;

Le septième , entre Eylau et Rothenen;

Le quatrième , en avant d'Eylau , du côté d'Âuklapen ,

Le sixième, à Althof et Schloditten ;

La réserve de cavalerie , à droite du sixième corps, entre Althof et Eylau;

Le quartier-général et la garde impériale, à Eylau.

A la pointe du jour, le roi de Naples poursuivit l'ennemi l'espace de six lieues, sans trouver même un honmie de cavalerie.

Les Russes avaient fait , avec la plus grande précipitation , leur retraite audelà de la Prégel. Ainsi , cette expédition offensive du général ennemi , qui avait pour but de se porter surThorn, e]i débordant la gauche de l'armée française , et qui , après lui avoir attiré tant de pertes partielles, se termina paile désastre d'Eylau, dut lui faire sentir vivement l'erreur qu'il avait commise en comptant surprendre l'activité des soldats de la Grande-Armée, et mettre en défaut le génie de leur chef.

CAMPAGTit M

i'BiniMeiir ftt à sod année la pro* elaoïatîoa suivante :

a Soldats ,

to Nous commeucions à prendre un D jpeu de repos dans nos quartiers d'hir » ver, lorsque Fennemi a attaqué le » premier corps , et s'est présenté sur V la Basse-Yistule. Nous avons marché }> à lui ; nous l'avons poursuivi l'épée s dans les reins, l'espace de quatre- » vingts lieues. U s'est réfugié sous les p remparts de ses places et a repassé la s Prégel. Nous lui avons enlevé aux B combats de Bergfried, de Deppen, » d'Hoff , à la bataille d'Eylau, k5 pièces » de canon , 16 drapeaux , et tué, blessé 9 ou pris iii'O^OOO hommes. Les braves, B qui, de notre côté, sont restés sur le » champ d'honneur, sont morts d'un 8 trépas glorieux : c'est celui des vrais » soldats. Leurs familles auront des » droits constants à notre sollicitude et » à nos bienfaits.

j» Ayant ainsi déjoué tous les projets » de l'ennemi , nous allons nous rap- » procher de la Yistule et rentrer dans » nos cantonnements. Qui osera en » troubler le repos s'en repentira 1 car » au delà de la Yistule, comme au delà n du Danube, au milieu des frimas de » l'hiver, comme au commencement de » l'automne , nous serons toujours les » soldats français , et les soldats fran- » çais de la Grande-Armée ! »

A la suite de la bataille d'£ylau, TEmpereur fit stationner ses troupes pendant plusieurs jours , sur le même terrain qui avait été le théâtre de leur triomphe, tant pour les reposer que pour s'assurer, avant de les éloigner, du parti que prendrait définitivement l'ennemi. Jusqu'au 16 février, l'armée resta campée à peu près dans les mêmes positions qu'après la bataille , si ce n'est que les caatonnaments furent étendus

it06ETiiO7. in

pour la Itoilité des s«bsi8tMicas. Le premier corps eut l'ordre de venir for* mer la gauche de Tannée, àKreutatbourg. Le troisième, qui formait la droite, prolongea ses postes jusqu'à Domnau, sur la route de Friedland. Au centre étaient le sixième corps , dont le quartier-général fut fixé à Mûlhausen, et le quatrième, dont le quartier-général s'établit à Schmoditten. Le septième corps, qui avait le plus souffert à la bataille , fut placé en arrière d'Eylau , sur la route de Bartenstein. Le roi de Napies eut l'ordre de se porter de sa per^ sonne à Yittenberg, sur la rive droite de la Frisching , ayant autour de lui la plus grande partie de sa réserve. Ses instructions étaient de &ire éclairer le pays dans toutes les directions, pour savoir au juste quelles étaient les routes qu'avaient prises les différentes divisions de l'ennemi.

Deux divisions françaises de cuirassiers eurent l'ordre de venir le plus promptement possible se réunir à la réserve , sous le commandement du roi de Naples; savoir, celle du comte Nansouty, qui s'était rendue à Yarsovie pour passer la revue à la fin de janvier, lorsque l'armée commença son mouvement, et qui, se trouvant trop en arrière, n'avait pas pu rejoindre pour la bataille d'EyIau; et celle du comte Espagne, qui, suivant ses dernières instructions, était arrivée à Thom.

Le grand quartier-général et la garde impériale restèrent, pendant ces huit jours, à Eylau. 11 fut enjoint au duc de Dantzig , commandant le dixième corps, de se rendre à Osterode.

Les objets principaux recommandés au duc de Dantzig, étaient toujours de couvrir Thorn, de maintenir libre la route de cette ville à Osterode , et d'assurer, contre les partis de Cosaques, la communicatigoi entre le cinquième

L'Eimiii.

oorps, qui était resté sur rOmuleif, et les cantons occupés par la Grande- Armée.

L'Empereur avait fidt reconnaître la rivière de la Passarge, depuis les lacs de Hohenstein , où elle prend sa source, jusqu'au bras de mer appelé FrischO'- Haff, OÙ cette rivière a son embouchure. Le pays de Marienwerder et les différentes embouchures de laVistule avaient élé également Tobjet de reconnaissances détaillées. En se foisant donner ces renseignements, l'intention de Sa Majesté, manifestée par une lettre , était de placer son armée de manière qu'en se reposant et en {Mrofitant, pour subsister, des ressources abondantes qu'offraient les contrées fertiles de la Batâe-Vistule, elle pût en même temps protéger efficacement le siège de Dantzig , que l'Empereur voulait pousser avec la dernière vigueur. Les dispositions furent prises pour établir, en conséquencede ce plan, le cantonnements de l'armée; et, le 16 février, les différents corps se mirent en mouvement pour se rendre à leur nouvelle destination.

Le premier corps passant par Schlautenen, Seefdd, Lichtenau, eut l'ordre d'être rendu le 19 à Wormditt.

Le quatrième, suivant la route de Landsberg et de Frauendorf , dut être rendu le même jour à Liebstadt.

La destination des troisième et septième corps, pour l'époque du 19, fut Outtstadt.

Le sixième corps, qui formait l'arrière-garde de l'armée, dut être rendu le 19 àFreymarkt, passant par Eylau et Landsberg.

La réserve de cavalerie se partagea, et dut suivre par division les routes des divers corps d'armée , jusqu'à ce que ses cantonnements fussent assignés. Le comte Saint-Sulpîce fut nommé pour remplacer le général d'HautpouI dans

le commandement de la division de cuirassiers, vacant par la mort de ce dernier général.

Le quartier-général impérial et la garde durent être , le 17, à Landsberg ; le 18, à Freymarkt; le 19, à Liebstadt.

Toutes ces dispositions furent ponc^ tuellement exécutées.

Le 20 février, par un ordre fort détaillé , en date de Liebstadt , les cantonnements définitifs de l' arméefurent fixés conformément au système suivant: les corps furent placés sur des lignes à peu près parallèles, présentant la tête des colonnes du côté de l'ennemi , et pouvant se réunir en deux marches à Osterode , où devait être le point de rassemblement général, en cas que l'ennemi fit un mouvement offensif.

En conséquence , le premier corps, ou la gauche de l'armée , eut Tordre d'occuper Holland, Saalfeld et Braunsberg, à l'embouchure de la Passarge.

Le quatrième corps fut placé en avant du premier, sur la ligne de Wormditt, Liebstadt , Mohrungen et Liebmûhl.

Le sixième fut cantonné en avant du quatrième, sur la rivière d' AUe, à Guttstadt et à ÀUenstein.

Le troisième , formant la droite de l'armée, eut ses cantonnements à Hohenstein et Gilgenbourg.

Le septième corps fut dissous par un ordre de Sa Majesté en date du 21. Son chef, le duc de Castiglione , blessé à la bataille d'EyIau , avait obtenu un congé pour se rendre à Paris. Les régiments de son corps d'armée furent répartis dans les autres. Le 7« d'infanterie légj^re fut réuni au troisième corps; le 16* d'infanterie légère, les24.«et 63«de ligne, passèrent au corps du prince dePonte- Cor\'o; lesH* et 105« de ligne rejoignirent celui du duc de Dalmatie , le **• fut dirigé sur Osterode, pour faire partie du dixième corps d'armée. La bri-

gade de cavalerie légère , composée des 7* et 20« régiments de chasseurs , fut destinée à augmenter la réserve sous les ordres du roi de Naples.

La réserve de cavalerie fut répartie dans plusieurs cantonnements ainsi qu'il suit :

Le quartier-général du roi de Naples lut placé à Osterode.

La division de dragons aux ordres du général Sahuc, fut détachée au corps du prince dePonte-Corvo; celle du général Grouchy, au corps du duc d'£lchîngen; celle du général Milhaud, au corps du prince d'Eckmûhl; celle du général KJein fut cantonnée à Elbing et sur la route de HoUand. Les dragons du comte deMons étaient toujours avec le cinquième corps.

La brigade de cavalerie légère du général Durosnel, qui arrivait du septième corps, fut cantonnée à Elbing, pour s'y refaire.

La division de la même arme, aux ordres du général Lasalle, fut cantonnée à Neidenbourg et aux environs.

Cette division avait été successivement renforcée des 3®, 11% 22® et 24* régiments de chasseurs, du i" de hussards,, d'un régiment de chasseurs bavarois, d'un de cliasseurs wûrtembergeois, et enfin des chasseurs italiens. Elle était composée à cette époque de quatre brigades.

Les trois divisions de cuirassiers furent placées sur lesderrières de l'armée, k Riesenbourg , Fréy stadt , Bischofswerder, Neudorf , Krusczîn et Strasburg.

La garde impériale et la division de grenadiers du duc de Reggio eurent leurs cantonnements ensemble , à Osterode , Lœbau , Rosenthal , Neuiiiark.

Strasburg fut assigné au parc mobile de l'armée. Les dépôts de l'artillerie continuèrent de rester à Thorn.

Le quartier-général impérial fut fixé

à Osterode. L'armée était établie dans ses cantonnements le 23 février.

Le cinquième corps d'armée prit les siens le 26, en arrière d'Ostrolenka , à peu près dans la même position où il avait reçu l'ordre de rester au départ de l'armée. Mais avant d'être définitivement établi dans ses cantonnements, et même pendant la durée de la campagne qui venait d'avoir lieu, le cinquième corps avait eu plusieurs affaires avec l'ennemi. Pendant qu'on se battait sur l'Aile , le général Essen n'avait pas manqué, ainsi qu'on l'avait prévu , de ma nœuvrer pour favoriser les opérations de Bennigsen.

Dès le 6 février, Essen s'était mis en mouvement, et s'était rapproché d'Ostrolenka , en poussant sur la rive droite de la Narew des partis qui s'étaient avancés jusqu'à Mysziniec.

Le duc de Rovigo détacha sur Mysziniec la division du comte Suchet. Il réunit le reste de son corps àOstrolenka, et fit occuper Pultusk par la division du duc de Reggio, qui était sous ses ordres. Cependant les Russes montrèrent l'intention de reprendre Ostrolenka, et le duc de Rovigo fut instruit que leurs co lonnes descendaient en prenant cette direction, depuis Nowogrod, le long des deux rives de la Narew.

Le duc de Rovigo marcha à la rencontre de l'ennemi , sur la droite de cette rivière, afin de ne pas perdre sa communication avec la division du comte Suchet, qui s'était portée à Mysziniec. Le corps se mit en marche le 16 février. A peu de distance d'Ostrolenka, la brigade du baron Graindorge, de la division du comte Gazan qui était à Tavant-garde , rencontra l'ennemi dans les bois, entre la Rossoga et la Skwa. Le 31® d'infanterie légère, qui avait la tête de la colonne, et le 100* de ligne, qui le suivait de près, tombèrent

L'EMPraE.

tdte baissée sur la colonne ennemie, la culbutèrent et la poursuivirent jusqu'à la Skwa.

Pendant ce temps, le général Essen dirigeait sa principale attaque par la rive gauche de la Narew, sur Ostrolenka. Sa colonne était composée de vingt bataillons, trente escadrons et trente pièces d'artillerie. Ostrolenka n'était défendu que par huit bataillons firançais, sous les ordres du comte Reille ; l'artiOerie que ce général avait k sa dispo9|ition se bornait à quatre pièces de 3 et deux pièces de 8. Malgré cette infériorité , le comte Reille se défendit avec tant de vigueur, qu'il donna le temps au duc de Rovigo de revenir sur Ostrolenka avec la division du comte Suchet qui avait quitté Mysziniec pour se réunir à lui, la cinquième division de dragons et la cavalerie légère de son corps d'armée.

D'un autre côté , le duc de Reggio, à la tète de ses grenadiers, accourait de Pultusk à Ostrolenka ; mais l'ennemi s'était déjà replié sur sa réserve , et s'était mis en bataille en avant du l>ois de Lawy. Le duc de Rovîgo forma ses troupes devant Ostrolenka. L'ennemi fut abordé avec vivacité ; et , après un combat lïieurtrier, il fut chassé du bois où il s'était posté , avec perte de trois mille hommes, parmi lesquels se trouvaient les généraux Bontbers, Souvarof et Lasey. Le cinquième corps prit position en avant du village de Lawy ; et le 17, Fennemi ayant fait sa retraite sur Nup , le duc de Rovigo revint à Ostrolenka, où il ne tarda pas à recevoh* des ordres pour cantonner ses troupes, et rejoindre ensuite le quartier-général de l'Empereur.

Le commandement du cinquième corps fut dévolu au maréchal prince dl^Iing, ainsi que celui d'une division bavaroise de dix mille hommes, qui,

sous les ordres du prince royal de Bavière, venait d'arriver à Varsovie, les instructions du maréchal portèrent de prendre ses cantonnements entre TOmuleff rt la Narew , d'occuper Ostrolenka par un corps d'observation , et d'établir son quartier-général à Pultusk. Cette ville, ainsi que Nasielsk et tout le pays environnant, était mise à sa disposition. L'objet qu'avait à remplir le cinquième corps, pendant la durée des cantonnements, était toujours de cou- \Tir Varsovie, de surveiller les troupes du général Essen , et de les tenir à une grande distance , enfin de protéger le pays contrelcs incursions des Cosaques, pour maintenir libres les communications de l'armée.

Dans le but de lier plus intimement les postes de l'armée , et particulièrement Oslerode avec Varsovie, l'Empereur ordonna, à cette époque, la formation , à Neidenbourg, d'une division polonaise , qui reçut le nom de corps d'obser\'ation , et dont le commandement fut confié au général Zayonchek.

Ce corps fut composé de quatre régi- Aients d'infanterie polonaise, créés, depuis l'entrée dos Français en Pologne, dans les districts de Posen , Râliez et Varsovie, et qui représentaient environ huit mille hommes ; d'un régiment de cavalerie de la levée polonaise , qui s'était organisé à Varsovie ; enfin , de deux compagnies d'artillerie servant dix pièces bien approvisionnées. Les instructions du général polonais portaient : de placer son quartier-général à Neidenbourg, d'occuper Mlawa, de former la liaison entre le quartier-général impérial d'Osterode et Varsovie, d'établir la même liaison entre sa division et le cinquième corps , d'observer tous les mouvements de l'ennemi sur le centre de l'armée française , de faire de fréquentes et nombreuses reconnais-

CAMPAGNfi DIS

«tafees m^rofftttleff Àt sur Ortel^urg, et ée repocts^^ les partis de Cosaques qui débouchaient sans cesse des boîs et des marais situés entre Mysriniec et Nikolaiken.

Lorsque les cantonnements de la "Haute-Vîstule furent assurés , TEmpe- Teur appela auprès de lui la division de grenadiers du duc de Reggio. 11 ordonna au prince d'Essling de joindre à cette division le 9« régiment de hussards. Avec ces troupes réunies, VEmpereur forma un nouveau corps, sous le nom de corps de réserve de la Grande- Armée, dont il donna le commandement an duc de Montebello. Ce corps devait être augmenté par la suite d\ine division d'infanterie composée de plusieurs régiments qui étaient en route pour la Pblogne. La destination du corps de réserve était d'être à la disposition particulière de l*Empereur, avec la garde impériale. Marienbourg fut la place désignée pour rétablissement du quartier-général de ce nouveau corps.

Lfidépendamment des fortifications de Sierock, de Modlin et de Thorn, ainsi que des têtes de pont de Pultusk et de Prague , l'Empereur ordonna qu'A fût construit des ponts et des têtes de pont à Marienwerder et Dirschau sur la Vistule, et à Marienbourg sur le Nogat, branche de la Vistule. Ces ouvrages, rendant plus formidable la ligne de la Vistule , assuraient en même temps les communications avec l'armée dfôtinée au siège de Dantzig , ce siège étant Topération majeure qui , à cette époque , occupait TEmpereur.

Le seul corps de l'armée qui éprouva quelques difficultés pour s'établir dans les cantonnements qui lui étaient prescrits, fut celui du prince de Ponte- Corvo. Depuis la bataille d'Eylau, la division des troupes prussiennes , sous les ordres du général Lestocq , renfor-

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