ET 1807. IM
en i^éserve à Magdebourg. Jh eette ma*nière , il était à même de ft'opposer promptement aux débarquements de l'ennemi , soit en Hollande , soit aux embouchures de l'Elbe, de l'Oder, on de la Vistule.
Par ces arrangements, le corps d'observation de la Grande-Armée se trouvant remplacer le huitième corps, tant dans sa position que dans les fonctions qu'il avait à remplir, celui-ci fut rapproché du grand théâtre de la guerre.
Il fut d'abord placé entre Colberg et Dantzig , pour faire le siège de la première de ces places, et couvrir celui de la seconde. A l'époque où les Russes débarquèrent à Weichselmûnde , le huitième corps reçut l'ordre de venir au secours de l'armée qui assiégeait Dantzig ; mais les Russes ayant déjà été battus et forcés à se rembarquer lorsque ce corps arriva , le duc de Trévise prit position à l'abbaye d'Oliva , située sur la côte, à peu de distance et à l'ouest de Dantzig.
Le huitième corps était là prêt à s'opposer aux entreprises d'une escadre anglo-russe, qui croisait dans ces parages. Il garda cette position jus qu'au 1*' juin. La direction du siège de Colberg fut confiée au maréchal Brune, et la division du comte Loison, qui faisait ce siège , passa sous les ordres de ce maréchal. La division du baron Grandjcan y fut mise également.
Trois régiments de ligne hollandais , qui avaient fait partie du huitième corps, faisaient maintenant partie du corps d'observation ; de sorte que pendant quelque temps le corps du duc de Trévise se trouva réduit à la division du comte Dupas , composée de quatre régiments d'infanterie , de deux régiments de cuirassiers hollandais , et de quatre compagnies d'artillerie. Mais, le 31 mai , un ordre de l'Empereur aug-
L'EMPIRE
menta ce corps de toute la division polonaise du général Dombrowski.
Les opérations en Silésie étaient les seules qui , par Téloignement où était cette {MTOvince du théâtre des grands événements, ne fussent pas entièrement liées aux opérations de la Grande-Armée. Mais la conquête de la Silésie n*en était pas moins nécessaire pour achever celle de la monarchie prussienne , et pour jouir des ressources qu'offrait cette riche contrée. Depuis la défaite du prince d*AnhaIt-Pless, il n'y avait plus en Silésie de corps ennemi tenant la campagne. Tous les obstacles consistaient dans la force plus ou moins considérable des places. Sur huit forteresses que renfermait cette province, quatre, qui dominaient le cours de TOder et la plaine, étaient déjà tombées dans les mains des Français.
Il restait à soumettre, dans les montagnes, Neiss, Kosel, Silberberg et Glatz.
La première de ces places était assiégée. Les deux suivantes inquiétaient peu, à cause de leur petitesse ; la dernière, et c'était la plus importante, renfermait une garnison assez considérable , qui faisait des courses , et qui même hasarda quelques expéditions.
Le 27 mars , le général comte Lefebvre, aide-de-camp du roi de Westphalie, venant de faire une reconnaissance , passait près de Glatz avec, trois escadrons de chevau-légers bavarois et un régiment d'infanterie de la même nation : quinze cents hommes sortirent de la place avec deux pièces de canon, et attaquèrent les Bavarois près de Wunckelsbourg. Le général Lefebvre les fit charger et les rejeta sur les glacis, après avoir pris leurs canons, cent soldats et plusieurs officiers. Pendant le mois d'avril , on pressa vivement le siège de Neiss. Le baron de Kleist, aidede-camp du roi de Prusse , qui com-
mandait dans Glatz, voulut essayer d'in* quiéter le corps d'observation qui couvrait le siège de Neiss , et qui était posté à Frankenstein , sous les ordres du comte Lefebvre. Il sortit, le 13 avril, à la tète de quatre mille hommes. Mais le comte Lefebvre, qui était sur ses gardes, accueillit vivement les Prussiens, et les repoussa avec une perte assez considérable.
Ce mauvais succès ne rebuta pas le baron de Kleist. Le 17 avril, il fit une autre tentative. Prenant avec lui deux mille hommes et six pièces de canon, il marcha sur la droite de Frankenstein, pendant qu'une autre colonne de huit cents hommes sortie de Silberberg arriva sur la gauche de la même position. Le roi de Westphalie, qui avait son quartier-général à Mûnsterberg , partit au premier' coup de canon , et arriva au camp de Frankenstein à dix heures du matin. L'affaire fut assez chaude ; maiSy après quelques heures de combat, l'ennemi fut complètement défait.
On lui tua 300 hommes ; et, dans la poursuite qui eut lieu jusque sous le canon de Glatz, on lui prit 600 hommes et 3 pièces d'artillerie.
Conrnie Neiss est une place très forto, tant par les ouvrages de l'art que par sa situation , ce siège se prolongeait et occupait la plus grande partie du neuvième corps. Le conmiandant de Glatz crut le moment favorablepour surprendre Breslau; il espérait aussi que cette diversion affranchirait Neiss. Le 12 mai, une colonne forte de trois millehommes sortit de Glatz. Au premier avis qu'il en reçut, le roi de Westphalie envoya le comte Lefebvre à la poursuite de cette colonne avec le 1" régiment de ligne bavarois , un détachement de trois cents Saxons à pied et deux cents chevaux de la même nation. Le général français atieifçnii la colonne ennemie près du vil-
CAMPAGNE m 1806 ET 1807.
iage de Canth , et enleva ce village que rarrière-garde ennemie voulut défendre; mais les Prussiens, étant revenus en force sur leurs pas, reprirent Canth que la troupe, beaucoup plus faible du comte Lefebvre, fut obligée de leur céder.
Cependant le général Dumuy était sorti de Breslau, à la tête de mille hussards et dragons, pour reconnaître l'ennemi. Avec ce renfort, les Français attaquèrent Canth de nouveau ; ils s*en emparèrent, et obligèrent Tennemi à se désister de son entreprise et à se retirer sur Glatz. Les Prussiens furent poursuivis, et atteints près de Schweidnitz, où ils éprouvèrent de nouveau une perte considérable. Il ne rentra guère plus de 1,000 hommes de la troupe qui était sortie avec le général Kleitz. Cet échec contribua à la reddition de Neiss qui cajûtula le 1» juin ; 6,000 hommes, qui composaient la garnison de cette ville , forent faits prisonniers de guerre. On y trouva 300 bouches à feu et 300 milliers de poudre.
Tant de succès devaient donner aux alliés de la France la plus grande confiance dans les armes de TEmpereur. Les Turcs, tourmentés depuis longtemps par les Russes et les Anglais, prirent entin de Ténergie. La guerre que la Russie avait entreprise subitement contre la Turquie, et dont elle espérait un grand succès , avait totalement échoué par Tarrivée de Napoléon en Pologne. Alors les Anglais, alliés des Busses , eurent recours à un autre moyen. Us obligèrent les Turcs à faire la paix avec la Russie , et à déclarer la guerre à la France, en menaçant d'incendier Constantinople. Au mois de février, une escadre anglaise força le passage des Dardanelles , vint mouiller devant le sérail; l'ambassadeur d'Angleterre, qui était sur Tescadre, fit ses ni.
inconvenantes propositions. Mais le sultan Ibrahim déploya une vigueur de caractère qu'on n'aurait pas attendue d'un prince qui n'était jamais sorti du sérail. Il rejeta hautement les pro]X)sitions du ministre anglais ; il anima tellement les habitants de Constantinople, qu'en très peu de jours , cette grande ville, ainsi que les côtes d'Europe et d'Asie, se trouvèrent couvertes de troupes, hérissées de batteries , et présentèrent un spectacle des plus imposants.
L'amiral anglais , frappé de ces préparatifs formidables de défense, désespéra de les surmonter; il prit le parti de la retraite et repassa les Dardanelles, , dix jours après avoir franchi ce détroit, pour se porter devant le Bosphore.
La nouvelle de ces grands événements fut aussitôt transmise de Constantinople à l'Empereur Napoléon qui habitait alors le château de Finkenstein. L'Empereur , empressé de se montrer pour les Turcs un allié aussi fidèle qu'utile, fit écrire, par le prince Major-général, au ducdeRaguse, commandant en Dalmatie, la lettre suivante :
a Par une dépêche , en date du 3 » mars , M. le Duc , l'Empereur a reçu » la nouvelle officielle que les Anglais » ont été obligés de repasser les Darda- » nelles , et qu'en six jours de temps , » cinq cents pièces de canon ont été » mises en batterie devant le sérail.
» Un grand nombre de Turcs s'est » porté au détroit que les Anglais ont » repassé ; mais une escadre turque suj> périeure en nombre s'est mise à leur » poursuite ; ce qui est une mauvaise » opération que notre ambassadeur, le » général Sébasliani , ni le Grand-Sei- » gneur même, n'ont pu empêcher, » tant était grande l'effervescence du » peuple à Constantinople. Dans cette }) situation , le Sultan a demandé six
LKMMRl.
» cents canonkiiers iVançals. L ordre de » FEmpereur est que, sur-le-champ , » vous fassiez partir tout ce qui vous » reste d'officiers du génie et d'artille- » rie , avec un corps complet de six » cents hommes, artilleurs, sapeurs et » ouvriers , pour se rendre à Constan- » tinople. Vous ferez armer de bons )> fusils et bien équiper toute cette » troupe. Vous ferez partir avec ces )> six cents hommes pour trois mois de » solde et même plus , si vous avez de » l'argent. Les ouvriers doivent em- » porter avec eux les outils les plus uti- » les qu'on ne trouverait pas à Constan- » tinople; et les officiers d'artillerie et » du génie auront l'attention d'empor- )) ter, autant qu'ils le pourront , les li- » vres qui seraient de nature à leur être » utiles suivant les circonstances.
» Vous ferez connaître à la Porte » que , si elle veut d'autres troupes , » vous lui en enverrez sur sa demande » directe. Effectivement , Général , » l'Empereur vous autorise à envoyer » jusqu'à la concurrence de cinq mille » hommes, sans ordres ultérieurs de la » part de Sa Majesté. Cependant il faut » pour cela que vous ayez une réquisi- » tion bien énoncée du général Sébas- » tiani , et que le Pacha, sur le terrain » duquel vous ferez passer ces troupes, » ait un firman fort en règle de la » Porte.
n N'épargnez pas les officiers d'ar- » tillerie et du génie pour les envoyer n à CoDstantinople. Us seront rempla- » ces par dea officiers que je donne Tor- » dre qu'on vous envoie du royaume
» dltalie, et ceux-ci le seront par des }) officiers qui viendront de France.
» Si vous êtes en fonds, l'Empereur or- » donne que vous fassiez passer 200,000 )) francs en or au général Sébastiani , D pour les employer aux besoins des » troupes , l'intention de Sa Majesté )) n'étant pas qu'elles soient en aucune )> manière à charge à l'empire ottoman. » Si vous n'êtes pas en fonds, faites-le- » moi connaître, afin que je prenne des » mesures en conséquence. »
Ainsi , Napoléon , conquérant de la Prusse et de la Pologne, disposant des forces de la France , de l'Espagne , de l'Italie, de TAUemagne, solidement affermi dans ses conquêtes contre tous les eii'orts de la Russie, tant par sa nom«breuse et valeureuse armée que par l'acquisition des forteresses les plus importantes; Napoléon, si redoutable déjà pour la Russie, resserrait ses rapports avec d'anciens alliés des Français, et d'implacables ennemis du nom russe, que l'éclat des victoires du chef de la France attachait plus que jamais à cet empire.
C'est alors que le général russe imagina d'attaquer l'Empereur au retour de la belle saison. Comme s'il avait calculé les moyens d'assurer sa défaite, ce général avait laissé les Français s'organiser et se renforcer tranquillement pendant l'hiver, et n'avait fait que peu d'efforts pour sauver une place dont la perte lui ôtait la possibilité de faire des diversions sur la ligne d'opérations de ses ennemis.