CINQUIÈME PARTIE
EaUille de Friedland et comhals qui l^cnt précédée et suivie , depuis Vk réouverture de le campagae, 5 juin, juiqu aie paix de Tilatt.
Le 1^ juin, les Ruseee étaient toujours dans les positions qu'ils avaient prises à la fin de février, et depuis les tentatives infructueuses qu'ils avaient bites sur les cantonnements français.
Dans le courant de mars, ils s'étaient borné» à attendre les renforts des troupes et les approvisicHinements qui leur errivaient de leur peys, à Tabri des retranchements qu'ils avaient construits entre la rive droite de l'ÂlIc et la rivière de la Semse, près d'Heilsberg.
Au commencement d'avril, plusieurs milliers d'hommes, sortis des hôpitaux, et le 26* régiment de chasseurs à cheval, renforcèrent Tarrnée russe; six régiments d'infimterie la joignirent quelques jours après. Le 16 avril arriva la première division de la garde impériale, forte de vingtrhuit mille hommes , et commandée par le grand-duc Constantin. L'empereur de Russie vint à son aimée , dans le milieu du mois de mai. n fixa son séjour à Tilsitt, sur le Niémen^ où le roi de Prusse alla le joindre.
Après avoir reçu ces renforts, le général Bennigsen , se voyant à la tête d'une armée nombreuse, prit de la confiance. Reconnaissant que les cantonnements deFarmée française formaient !|ne ligne étendue, il se p^^rsuada qu'en réunissant et concentrant sur un point toutes ses forces, il viendrait à bout de battre séparément les corps français , à chacun desquels il serait très supérieur «D nombre. En conséquence de ce
plan, le général russe rassembla son armée devant Heilsberg , le i juin ; et, le 5, il attaqua sur sept colonnes les corps des maréchaux duc d'EIchingen et de Dalmatie et du prince de Ponte- Corvo.
Le village de Spanden , sur la Passarge, faisait pa»lie des cantonnemente de ce dernier corps. On avait jeté près de ce village un pont qui était protégé par des retranchements que le général Frère , à la tête du 27* d'infanterie légère, était chargé de défendre. Ce poste fut attaqué le 5, à huit heures du matin, par douze régiments russes et prussiens. Au premier coup de canon , le prince de Ponte-Corvo envoya du renfort , et accourut à Spanden. A son arrivée, il alla visiter les rfitranchements pour s'assurer de l'état des batteries.
Il y était à peine entré, qu'il reçut à la tête un éclat de biscaïen, qui lui fit une blessure assez grave pour l'obliger à quitter le champ de bataille. La victoire ne s'en décida pas moins pour les Français. Sept fois les Russes revinrent à l'assaut des retranchements; sept fois ils furent repoussés / à la septième, ^enn^mi montrant du désordre, le !?• de dragons en profita pour faire une charge qui ''Ut le pins grand succ?s, et décida la retraite des Russes. Jusqu'à la guérison du prince de Ponte-Corvo, VEmp' reur confia le commandement de son corps d'armée au duc de Bellune > qui avait recouvré sa liberté par
i/EMPîm:.
échange avec un général prussien.
En même temps que les Russes attaquaient le premier corps à Spanden, ils faisaient une entreprise du même genre sur le quatrième corps, à la tête du pont de Lomitten. La brigade du baron Ferrey défendait cette position. Le combat dura presque toute la journée.
Les 16" et 57* de ligne et le 2i« dlnfanterie légère repoussèrent constamment Tennemi. Les abatis et les ouvrages restèrent couverts de cadavres i^usses.
Le commandant fut tué. On évalua leur perte à 1,100 hommes tués et un grand nombre de blessés. On leur fit 100 prisonniers.
Mais aucune de ces attaques ne fut aussi sérieuse que celle que l'ennemi dirigea ce même jour, 5 juin, depuis six heures du matin jusqu'à midi, contre les positions du sixième corps, le long de la rivière d*Alle à Guttstadt, Altkirch, Glottau, Bergfried. Ces positions furent attaquées par le général en chef de Tarmée russe lui-même et par le grand-duc Constantin , à la tête de trois divisions de la garde impériale. Le projet de Tennemi était de couper le sixième corps qui était placé fort en avant des autres , et de l'enlever ou de le détruire. L'ennemi réussit à forcer le pont de Bergfried , ce qui intercepta la communication entre le sixième corps et le troisième qui étaient à sa droite. Néanmoins le duc d'Elchingen fit si ferme contenance , et reçut les Russes avec tant de vigueur que, quoiqu'il eût affaire à quarante mille hommes, il parvint à se replier, sans être entamé , jusqu'à Deppen, sur la Passarge, où il prît position.
Le bruit de ces différentes affaires parvint bientôt au quartier-général impérial, àFinkenstein. Aussitôt l'ordre fut donné à toute la garde , tant à pied qu'à cheval . de se réunir dans ce lieu
même. Le roi de Naples reçut celui de rassembler, sans aucun délai, les divisions des cuirassiers des généraux Espagne , Nansouty et Saint-Sulpice , à Marienbourg , avec la cavalerie légère du général Lasalle, et de faire arriver à Osterode les divisions de dragons Grouchy , Michaud et Latour-Maubourg. 11 fut enjoint au duc de Montebello de marcher sur Christbourg, avec tout le corps d'ai^ mée de réserve. Le duc de Trévise , qui s'était déjà avancé jusqu'à Dirschau, eut l'ordre de presser sa marche sur Marienbourg, et de là sur Christbourg, suivant en seconde ligne le duc de Montebello.
Il fut écrit au maréchal duc de Dalmatie de faire tous ses efforts pour se maintenir à Mohrungen, et, s'il ne le pouvait pas, de se concerter avec le maréchal duc d'Elchingen, et de se diriger sur Saalfeldt. Les instructions du prince de Ponte-Corvo ou du duc de Bellune qui le remplaçait, portaient de s'attacher surtout à couvrir Holland. L*Empereur approuva le duc d'Elchingen d'avoir reculé jusqu'à Deppen , et lui fit mander que , s'il était contraint de se rapprocher encore, il se plaçât dans les intervalles des lacs en avant de Siebmùhl , pour défendre les routes entre ces lacs. On prescrivit au prince d'Eckmûhl d'avancer pour défendre lo passage d'Altramtem, et appuyer par Osterode le maréchal duc d'Elchingen , lorsque celui-ci prendrait position à Liebmûhl. Le général Zayoncheck fut appelé de Mlawa à Gilgenbourg , pour tenir, dans ce dernier lieu, la place du troisième corps, et suivre le mouvement général de l'armée par son flanc droit. Le 6 juin , Napoléon porta son quartier-général à Saalfeld avec le projet de livrer bataille dans cette position , si l'ennemi continuait d'avancer. En partant. Sa Majesté fit écrire au prince d'Essling pour l'instruire de ce qui s*é-
tait passé dans la journée du 5, et pour l'avertir que sa destination était de couvrir Varsovie, de contenir les Cosaques, et d'empêcher qu'aucun corps ennemi ne manœuvrât sur le flanc de l'armée, ou que des troupes détachées du corps du général Essen ne vinssent renforcer celles de Bennigsen. Dans cette journée du 6, les Russes, qui avaient suivi le duc d'Elchingen , raltaquèrent à Deppen ; mais cette tentative leur fut fatale. Constamment repoussés , ils perdirent dans leurs attaques successives , 2,000 hommes morts et 2 à 3,000 blessés.
Le 7, les ducs de Dalmatie et de Bellune reçurent Tordre de pousser de fortes reconnaissances, l'un sur Wolfsdorf, l'autre en avant de Spanden, pour faire des prisonniers, et savoir des nouvelles de Tennemi. Ce jour-là , l'Empereur vint à Deppen, au quartiergénéral du sixième corps.
La garde impériale et le corps d'armée de réserve eurent Tordre de se rendre aussi à Deppen. Le duc de Trévise reçut celui de presser sa marche pour arriver, ce jour même, à Mohrungen, et de là sans s'arrêter jusqu'à Deppen. On fit venir dans le même lieu les divisions de la réserve , Lasalle, Grouchy et Nansouty. Les divisions Espagne et Saint-Sulpice durent se porter à Mohrungen. La division Lalour-Maubourg fut envoyée au duc de Dalmatie ; celle du général Milhaud, au prince d'Eckmùhl. La division de dragons du comte de Mons était toujours avec le cinquième corps; et celle du baron Sahuc, avec le premier.
Le général Zayoncheck eut Tordre d'avancer jusqu'à Osterode. Le prince d'Eckmùhl fut prévenu de faire , si le sixième corps était encore attaqué, une diversion , en marchant sur la gauche de l'ennemi , en soutenant la droite du duc d'Elchingen. Mais les Russes, oton-
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nés de la vive résistance qu'ils venaient d'éprouver depuis deux jours, n'osèrent plus rien tenter, et se tinrent tranquilles toute la journée du 7.
L'armée ennemie, qui venait de montrer tant d'ardeur , s'arrêta au premier effort. Dès le 8, au matin, Napoléon prit à son tour l'offensive. Par ses ordres, le duc d'Elchingen se porta en avant et marcha sur Wolfsdorf , où il rencontra une colonne russe, commandée par le général Kamenski , le même qui avait été battu à Weichselmûnde et qui revenait avec les débris de ses troupes joindre le général Bennigsen. Le duc d'Elchingen attaqua Tennemi , lui mit 4 à 500 hônunes hors de combat, et lui fit 200 prisonniers. Le soir , le sixième corps alla prendre position à Altkirch.
Cependant le corps du duc de Montebello et les trois divisions de la réserve de cavalerie , qui avaient eu Tordre de revenir auprès de l'Empereur se joindre à la garde impériale, étaient arrivés. Le quatrième corps, qui franchit le 8 la Passarge auprès de Wolfsdorf, fit sa jonction à Altkirch. Avec ces forces réunies , Napoléon se porta le 9 sur Guttstadt. L'arrière-garde de l'armée russe, forte de quinze mille hommes d'infanterie et de dix mille de cavalerie, prit position à Glottau, et voulut disputer les approches de l'Allé. Par des manœuvres habiles et des charges vigoureuses , le roi de Naples , qui commandait Tavant-garde de Tarmée française, ne permit pas à Tennemi de garder une seule de ses positions. Les Russes furent suivis Tépée dans les reins. On entra de vive force dans Guttstadt. L'ennemi perdit ainsi toute la rive gauche de TAlle. On lui tua beaucoup de monde : on lui fit 1,000 prisonniers. Au nombre des régiments les plus maltraités furent ceux de la garde achevai de l'empereur de Russie.
MQ LEHPIBE
gons du comte Groucby était à sa disposition, et qu'il était ordonné au duc de Trévise de se porter sans retard à Domnau pour le soutenir. On lui mandait que l'ennemi avait évacué Bartenstein, en jetant à Feau ses magasins ; qu'il continuait de se diriger sur la rive droite de TAlle; qu'on ignorait encore s'il ferait sa retraite sur Grodno ou s'il déboucherait par Friediand pour atteindre Kônigsberg ; mais que l'intention de l'Empereur était de l'empêcher de déboucher : c'était pour y mettre obstacle que le corps de réserve était envoyé à Domnau. Le Maréchal avait la liberté d'attaquer Friediand si l'ennemi n'y était pas trop en force ; sinon il lui était prescrit de prendre position.
Le duc de Trévise partit le ii», aune heure du matin, pour suivre le duc de Montebeilo, et faire place au duc d'Elchingen, qui marchait en troisième ligne. Les divisions delà réserve, Espagne, Nansouty et Latour^Maubourg, se rendirent aussi à Domnau. On manda au duc de Bellune de venir sur Eylau , et même de se préparer à une forte journée, afin de pouvoir dépasser Eylau et d'être rendu de bonne heure , dans la journée du 14 , sur le champ de bataille de Friediand.
Le roi de Naples, qui était sur Kônigsberg avec les divisions SaintrSulpice, Milhaud et Lasalle , fut prévenu de tous les mouvements prescrits aux autres corps. Le prince Major-général lui manda qu'on s'attendait à une grande bataille; que l'intention de l'Empereur était qu'avec les troupes qu'il avait à ses ordres, et de concert avec le troisième corps d'arnaée, il gardât soigneusement les débouchés de la droite, dans le cas où l'ennemi se présenterait pour filer sur Kônigsberg ; et qu'il manœuvrât en même t(3mps de manière à appuyer la gauche de l'ar-
mée, qui était en avant de Domnau, vers Friediand : les Prussiens, qui étaient seuls devant Kônigsberg, ne devaient pas l'inquiéter, attendu que le duc de Dalmatie suffisait pour les contenir.
La garde impériale à pied et à cheval eut l'ordre de partir pour Domnau le li* à quatre heures du matin. Napoléon fut rendu lui-même dans cette ville le même jour avant midi.
Le général en chef de l'armée russe avait l'ordre exprès de l'empereur Alexandre de sauver Kônigsberg. Cet ordre , joint à la crainte bien fondée d'être complètement débordé sur sa droite , avait été la cause de sa retraite précipitée d'Heilsberg. Le général Bennigsen se fit précéder dans la route qu'il devait suivre par le général Kamensky, auquel il donna l'ordre de se rendre à marches forcées à Konigsbei^ avec toute sa division. Le prince Gallitzin , qui commandait l'avant-garde de l'armée russe, aiTiva le 13 au soir à la vue de Friediand. Le duc de Montebeilo avait déjà fait occuper cette ville par le 9"» régiment de hussards et quelques compagnies d'infanterie légère. Il ne fut pas difficile à l'ennemi, qui avait des forces infiniment supérieures à celles des Français, d'obliger ceux-ci à évacuer Friediand. Le prince Gallitzin traversa cette ville, et occupa en avant les postes de Sortlack, Posthenen et Heinrichsdorf.
Le général Bennigsen entra dans Friediand le 13 au soir. Comme il n'avait pas d'avis certain sur la proximité de l'armée française, il résolut, pour se conformer à l'intention de l'empereur de Russie, de risquer la marche sm* Kônigsberg. Le succès lui parut d'autant moins douteux, que, débouchant avec toute son armée du pont de Friediand , il devait infailliUement culbuter
leseul corps français qui fût en présence dans ce moment. Le général en chef rasse avait d'ailleurs une grande confiance dans sa nombreuse cavalerie et dans sa formidable artillerie. Plein de son projet, Bennigsen pressa la marche de ses troupes ; il leur ordonna de traverser Friedland , à mesure qu'elles arriveraient , et d'aller prendre leur ordre de bataille dans la plaine au delà.
Friedland est situé sur la rive gauche de l'Âlle , qui coule du sud au nord , et va se jeter dans la Pregel à Wehlau.
Friedland se trouve resserré entre la rivière et un étang formé par un ruisseau qu'on appelle le ruisseau du Moulin et qui se décharge dans l'Aile à peu de distance de la ville. Cet étang et la rivière servent de fossés à Friedland au midi et au nord. Du côté de l'est, cette ville est encore fermée par l'Aile, dont elle n'est séparée que par un espace d'environ trois cents tois:S d'un terrain sec et élevé. Militairement parlant , Friedland D'est donc accessible que par le chemin d'Eylau qui passe par Posthenen. De tous les autres côtés, les avenues de cette ville sont fermées par des obstacles naturels. Au sortir de Friedland, du côté de Kônigsberg, est une vaste et fertile plaine remplie de villages et entrecoupée de bois. Mais ces bois commencent seulement à la distance de trois quarts de lieue de la ville ; car immédiatement en avant de Friedland le terrain est découvert , soit dans la direction d'Heinrichsdorf , soit dans celle de Posthenen.
C'est sur ce terrain môme , qui est favorable par sa nudité au développement d'une armée, que Bennigsen rangea la sienne en bataille. Quatre dissions , sous les ordres du prince Bagration, formèrent l'aile gauche, et s'étendirent depuis le ruisseau du Moulin jusqu'à Itx pointe de l'Aîlc , à un quo.rt de lieue de Sortlack, barrant ainsi le
chemin d'Eylau , et par conséquent 1^ seul accès de Friedland. L'aile dr ite, formée de trois divisions sous les ordres du prince Gorczakof , partant du ruisseau du Moulin , décrivait une ligne qui se courbait du côté de l'Aile , à peu près à la hauteur d'Heinrichsdorf. Pour fiiciliter la communication des deux ailes, on jeta quatre ponts volants sur le ruisseau du Moulin. Deux grands corps de réserve furent placés en colonne , derrière les ailes , par bataillons serrés en masse , afin de pouvoir facilement déployer do tous les côtés.
La cavalerie fut distribuée sur les deux iiiles et dans les deux corps de réserve. La quatorzième division tout entière forma une autre rései*ve qui, placée sur le grand chemin de Shi|>pcnbeil à la rive droite de l'Aile, se trouvait à la disposition du général en chef, pour être employée suivant le besoin.
Les chasseurs de la garde , le bataillon de la milice de l'Empereur, et les tirailleurs de tous les régiments de la garde, formèrent un détachement ^ qu'on envoya occuper la forêt de Sortlack. Tel fut l'ordre de bataille que prit l'armée russe, dans la nuit du 13 au ik juin, occupant une étendue de terrain de deux mille toises, ayant dans toute la longueur de sa position une rivière à dos, et pour unique retraite une ville étroite avec un pont à franchir. Cette armée manifestait une grande confiance dans la victoire.
Cependant l'armée française accourt pour la lui disputer. Le corps du duc de Montebello, faisant l'avant-garde, arrive à quatre heures du matin sur le champ de bataille. Les autres corps d'armée, savoir : ceux des ducs de Trévise et d'Elchingen , les divisions de cavalerie, la garde impériale et le duc de Bellune, formant l'arrîère-garde, paraissent successivement.
MQ rEHPIBE.
gons du comte Groucby était à sa dis- 1 mée, qui était en avant deDomnau, position, et qu'il était ordonné au duc vers Friediand : les Prussiens , qui de Trévise de se porter sans retard à
Domnau pour le soutenir. On lui mandait que Tennemi avait évacué Bartenstein, en jetant à Teau ses magasins; qu*il continuait de se diriger sur la rive droite de TAlIe; qu'on ignorait encore s il ferait sa retraite sur Grodno ou s'il déboucherait par Friediand pour atteindre Kônigsberg ; mais que Tintenlion de l'Empereur était de l'empêcher de déboucher : c'était pour y mettre obstacle que le corps de réserve était envoyé à Domnau. Le Maréchal avait la liberté d'attaquer Friediand si l'ennemi n'y était pas trop en force ; sinon il lui était prescrit de prendre position.
Le duc de Trévise partit le 14, aune heure du matin, pour suivre le duc de Montebello, et faire place au duc d'EIqhingen, qui marchait en troisième ligne. Les divisions de la réserve, Espagne, Nansouty et Latour-Maubourg, se rendirent aussi à Domnau. On manda au duc de Bellune de venir sur Eylau , et même de se préparer à une forte journée, afin de pouvoir dépasser Eylau et d'être rendu de bonne heure , dans la journée du ik , sur le champ de bataille de Friediand. .
Le roi de Xaples, qui était sur Kônigsberg avec les divisions Saint-Sul* pice, Milhaud et Lasalie , fut prévenu de tous les mouvements prescrits aux autres corps. Le prince Major-général lui manda qu'on s'attendait à une grande bataille; que l'intention de l'Empereur était qu'avec les troupes qu'il avait à ses ordres, et de concert avec le troisième corps d'année, il gar^ dât soigneusement les débouchés de la droite, dans le cas où l'ennemi se présenterait pour filer sur Kônigsberg ; et qu'il manœuvrât en mômo temps de manière à appuyer la gauche de l'ar-
étaient seuls devant Kônigsberg, ne devaient pas l'inquiéter, attendu que le duc de Dalmatie suffisait pour les contenir.
La garde impériale à pied et à cheval eut l'ordre de partir pour Domnau le lii' à quatre heures du matin. Napoléon fut rendu lui-même dans cette ville le même jour avant midi.
Le général en chef de l'armée russe avait l'ordre exprès de l'empereur Alexandre de sauver Kônigsberg. Cet ordre , joint à la crainte bien fondée d'être complètement débordé sur sa droite , avait été la cause de sa retraite précipitée d'Heilsberg. Le général Bennigsen se fit précéder dans la route qu'il devait suivre par le général Kamensky, auquel il donna l'ordre de se rendre à marches forcées à Kônigsberg avec toute sa division. Le prince Gallitzin , qui commandait l'avant-garde de l'armée russe, arriva le ï 3 au soir à la vue de Friediand. Le duc de Montebello avait déjà fait occuper cette ville par le 9^ régiment de hussards et quelques compagnies d'infanterie légère. Il ne fut pas difficile à l'ennemi, qui avait des forces infiniment supérieures à celles des Français, d'obliger ceux-ci à évacuer Friediand. Le prince Gallitzin traversa cette ville, et occupa en avant les postes de Sortlack, Posthenen et Heinrichsdorf.
Le général Bennigsen entra dans Friediand le 13 au soir. Comme il n'avait pas d'avis certain sur la proximité de l'armée française, il résolut, pour se conformer à l'intention de l'empereur de Russie, de risquer la marche sur Kônigsberg. Le succès lui parut d'autant moins douteux, que, débouchant avec toute son armée du pont de Friediand , il devait infailliblement culbuter
leseul corps français qui fût en présence dans ce moment. Le général en chef rosse avait d'ailleurs une grande confiance dans sa nombreuse cavalerie et dans sa formidable artillerie. Plein de son projet, Bennigsen pressa la marche de ses troupes ; il leur ordonna de traverser Friediand , à mesure qu'elles arriveraient , et d'aller prendre leur ordre de bataille dans la plaine au delà.
Friediand est situé sur la rive gauche de l'AUe , qui coule du sud au nord , et va se jeter dans la Pregel à Wehlau.
Friediand se trouve resserré entre la rivière et un étang formé par un ruisseau qu'on appelle le ruisseau du Moulin et qui se décharge dans l'Aile à peu de distance de la ville. Cet élang et la rivière servent de fossés à Friediand au midi et au nord. Du côté de l'est, cette ville est encore fermée par l'AUe, dont elle n'est séparée que par un espace d'environ trois cents toiss d'un terrain sec et élevé. Militairement parlant, Friediand n'est donc accessible que par le chemin d'Eylau qui passe par Posthenen. De tous les autres côtés, les avenues de cette ville sont fermées par des obstacles naturels. Au sortir de Friediand, du côté de Kônigsberg, est une vaste et fertile plaine remplie de villages et entrecoupée de bois. Mais ces bois commencent seulement à la distance de trois quarts de lieue de la ville ; car immédiatement en avant de Friediand le terrain est découvert , soit dans la direction d'Heinrichsdorf , soit dans celle de Posthenen.
C'est sur ce terrain même , qui est fiivorable par sa nudité au développement d'une armée, que Bennigsen rangea la sienne en bataille. Quatre dirisions , sous les ordres du prince Bagration, formèrent l'aile gauche, et s'étendirent depuis le ruisseau du Moulin jusqu'à la pointe de l'Aîlc , à un qiii.rt de lieue de Sortlack, barrant ainsi le
chemin d'EyIau , et par conséquent 1^ seul accès de Friediand. L'aile dr îte, formée de trois divisions sous les ordres du prince Gorczakof , partant du ruisseau du Moulin , décrivait une ligne qui se coui^bait du côté de l'Aile , à peu près à la hauteur d'Heinrichsdorf. Pour faciliter la communication des deux ailes, on jeta quatre ponts volants sur le ruisseau du Moulin. Deux grands corps de réserve furent placés en colonne , derrière les ailes , par bataillons serrés en masse , afin de pouvoir facilement déployer de tous les côtés.
La cavalerie fut distribuée sur les deux jiiles et dans les deux corps de résene. La quatorzième division tout entière forma une autre réserve qui, placée sur le grand chemin de Shii>penbeil à la rive droite de l'AUe, se trouvait à la disposition du général en chef, pour être employée suivant le besoin.
Les chasseurs de la garde , le bataillon de la milice de l'Empereur, et les tirailleurs de tous les régiments de la garde, formèrent un détachement ^qu'on envoya occuper la forêt de Sortlack. Tel fut l'ordre de bataille que prit l'armée russe, dans la nuit du 13 au !&• juin , occupant une étendue de terrain de deux mille toises, ayant dans toute la longueur de sa position une rivière à dos, et pour unique retraite une ville étroite avec un pont à franchir. Cette armée manifestait une grande confiance dans la victoire.
Cependant l'armée française accourt pour la lui disputer. Le corps du duc de Montebello, faisant l'avant-garde, arrive à quatre heures du matin sur le champ de bataille. Les autres corps d'armée, savoir : ceux des ducs de Trévise et d'Elchingen , les divisions de cavalerie, la garde Impériale et le duc de Bellune, formant l'arrière-garde, paraissent succrssivcment.
IM
L'EMPIRE
Le corps d'armée de réserve, sous les ordres du duc de Montebello, était alors composé de la division de dix bataillons de grenadiers, commandée prr le duc de Reggio; de la division du comte Verdier , renfermant le 2*^ d'infanterie légère, les 3" et 72^ de ligne, et le régiment de Paris. Le 9* de hussards et deux régiments de cuirassiers saxons étaient les seules troupes à cheval attachées spécialement à ce corps.
Celui du duc de Trévise se trouvait composé d'une division aux ordros du comte Dupas , renfermant le 4* d'infanterie légère, les 15^' et 58"^ de ligne , trois compagnies d'artillerie et deux régiments de cuirassiers hollandais; et de la division du général Dombrowski, renfermant les 2% 3®, et 4® régiments d'infanterie polonaise , les l''' et 2'' régiments de cavalerie de la même nation , deux cents artilleurs et une compagnie de sapeurs.
Le corps du duc d'Elchingen était formé d'une première division aux ordres du comte Marchand, renfermant le 6^ d'infanterie légère, les 39% 69" et 76* de ligne , et deux compagnies d'artillerie; d'une seconde division aux ordres du comto Bisson, renfermant les 25* et SV d'infanterie légère, les 27% 50*' et 59^ de ligne, et deux compagnies d'artillerie. La cavalerie, sous les ordres du baron Colbert, était composée du 3* de hussards, des lO** et 15* de chasseurs.
La première division de cavalerie, 30US les ordres du comte Nansouty, comprenait les 1*' et 2^ régiments de carabiniers, les 2% 3% 9'' et 12« de cuirassiers. La seconde , sous les ordres du comte Espagne , était formée des 4®, 6% 7« et 8* régiments de cuirassiers. La division de dragons du baron Latour-Maubourg renfermait les 1'% 2% 4«, 14% 20'^ et 26* régiments. Celle du
comte Grouchy était composée des S*, 6% 10* et 11*. Enfin , celle du baron Sahuc , qui se trouvait alors sous les ordres du général Laholissaye, et qui venait d'arriver avec le premier corps, était formée des 17*, 18*, 19* et 27* de dragons.
Le premier corps d'armée, momentanément aux ordres du duc de Bellune , était composé de la division d'infanterie du comte Dupont, qui comprenait le 9* d'infanterie légère, les 24% 32*^ et 96^ de ligne, et deux compagnies d'artillerie ; de la division du baron de La Raffinière, formée du 16* d'infanterie légère, des 8% 43*, 54* de ligne, et de deux compagnies d'artillerie ; et de la division du comte d'Erlon, renfermant le 27^ d'infanterie légère, les 63«, 94^ et 95 de ligne, et deux compagnies de canonniers, comme les autres divisions. La cavalerie, qui était attachée à ce corps d'armée, était aux ordres du général Tilly, et comprenait les 2 " et 4' régiments de hussards , et le 5* de chasseurs.
La garde impériale était alors augmentée du 1" régiment de fusiliers et d'une compagnie des gendarmes d'ordonnance , corps nouvellement organisé. Elle renfermait en outre, comme au commencement de la guerre, une brigade de grenadiers à pied , une de chasseurs à pied, une de chasseurs à cheval ; de plus , le régiment de la garde royale italienne, quelques compagnies de la gendarmerie d'élite , et deux compagnies d'artillerie à cheval.
En débouchant dans la plaine de Friedland par Posthenen, à la tête de la division de grenadiers du duc de Reggio , le maréchal duc de Montebello aperçoit l'ennemi dans la forêt de Sortlack et dans la plaine en deçà..
Aussitôt, il ordonne aux batteries de la
division de grenadiers de commencer le feu. Lorsque les premiers coups de canon furent entendus àDomnau, TEmpereur dit : « L'ennemi paraît vouloir li- » vrer bataille aujourd'hui ; tant mieux, » c'est un jour de bonheur : c'est l'an- » niversaire de Marengo. »
Le duc de Montebello ne tarda pas à voir arriver le restedesoncorpsd'armée, et en même temps les cuirassiers de la division Nansouty avec les dragons de la division Grouchy. Le Maréchal n'ignore pas qu'il a en présence la totalité de l'armée russe ; mais ses instructions sont précises. Il ne s'agit que de tenir l'ennemi dans l'incertitude, et, en lui dissimulant adroitement les forces qui lui sont opposées , do Tempôcher de commencer son mouvement sur Kônigsberg. Pour remplir cet objet, le duc de Montebello appuie sa droite à la foret de Sortiack , son centre en avant de Posthenen, et sa gauche au village d'IIeinrichsdorf, qu'il fait occuper. La division Dupjis, du troisième corps d'armée, joint en ce moment le corps de résene. Le duc de Montebello la fait déployer, et l'étend de manière qu'elle remplit ou semble remplir l'intervalle entre Posthenen et Heinrichsdorf . Il place sa cavalerie dans les postes les plus avantageux pour soutenir son infanterie.
Profitant des inégalités du terrain , des bois et de la hauteur des blés, pour cacher à l'ennemi ses manœuvres et le petit nombre de ses troupes, le duc de Montebello fait mouvoir constamment ses colonnes, de la droite à la gauche, et de la gauche à la droite. Il oppose partout des forces à l'ennemi, le combat sur tous les points, déconcerte ses projets, et parvient enfin à le tenir dans une incertitude extrêmement favorable aux succès ultérieurs de la journée.
Plusieurs fois , les Russes manœuvrent