‹ Bibliotheque militaire (volume 2)Chapitre 32 sur 205 · ET 1807. 90S · texte numérisé non relu

ET 1807. 90S

pour tourner, tantôt la droite, tantôt la gauche de la position du Maréchal; ils sont constamment repoussés. Ils mettent de l'acharnement à s'emparer d'IIeinrichsdorf ; mais leurs efforts sont vains. Leur aile droite veut filer sur le chemin de Konigsberg; les dragons de la division Grouchy , les cuirassiers français et saxons exécutent plusieurs charges brillantes, culbutent les têtes des colonnes ennemies, et enlèvent quatre pièces de canon.

Pendant la durée de ce combat, l'armée française arrive et se déploie devant l'armée russe. A midi , Napoléon était à son bivouac. Le prince Majorgénéral donne, de la part de l'Empereur, Tordre de bataille suivant :

(( Le maréchal duc d'Elchingen pren- » dra la droite, depuis Posthenen jusque » vers Sortiack; et il s'appuiera à la » position actuelle du duc de Reg- » gio.

» Le uiaréclial duc de Montebello » formera le centre, qui commencera à » id gauche du duc d'Elchingen, depuis » Posthenen jusqu'à peu près vis-à-vis » le village de Heinrichsdorf. Les gre- » nadiers du duc de Reggio , qui for- )) ment actuellement la droite du duc » de Montebello, appuieront insensible- » ment à gauche , pour attirer sur eux » l'attention et les forces de l'ennemi.

» Le duc de Montebello reploiera ses » divisions autant qu'il le pourra; et, » par ce ploiement, il aura la facilité )) de se placer sur deux lignes.

» La gauche sera formée par le ma- » réchal duc de Trévise , tenant Ilein- » richsdorf et la route de Konigsberg, » et, de là, s'étendant en face de l'aile » droite des Russes. Le duc de Trévise » n'avancera jamais; le mouvement de- » vant être fait par notre droite qui » pivotera sur la gauche.

K La cavalerie du comte Espagne et

L*£MPiRE.

les dragons du comte Grouchy , réu- » nis à la cavalerie de l'aile gauche , » manœuvreront pour faire le plus de » mal possible à Tennemi, lorsque celui- » ci, pressé par Tattaqae vigoureuse de » notre droite, sentira la nécessité de » battre en retraite.

» Le duc de Bellune et la garde im- » périale à pied et à cheval formeront )) la réserve , et seront placés à Grùn- ». hof , Bothkein et derrière Posthenen.

» La division des dragons Lahoussaye » sera sous les ordres du duc de Bel- » lune ; celle des dragons Latour- » Maubourg obéira au maréchal duc » d'Elchingen. La division de grosse ca- » Valérie du comte Nansouty sera à la » disposition du duc de Montebello , et » combattra avec la cavalerie du corps » d'armée de réserve.

» L'Empereur sera à la réserve au 10 centre.

» On doit toujours avancer par la » droite, et laisser l'initiative du mou- )) vement au maréchal duc d'Elchingen , M qui attendra les ordres de l'Empereur )) pour commencer.

» Du moment que la droite se por- » tera sur l'ennemi, tous les canons de » la ligne devront doubler leur feu dans » la direction la plus utile pour proté- » ger l'attaque de la droite. »

Au moment d'engager l'action, et afin d'en prévou' toutes les chances, l'Empereur fit écrire au roi de Naples: (( L'ennemi est ici en bataille avec toute »^ son armée. Il a d'abord voulu débou- >i cher par la route de Stokheim sur » Kônigsberg; maintenant il ne paraît » plus songer qu'à la bataille qui va » s'engager. Sa Majesté espère que vous » serez entré dans Kônigsberg , et , » qu'attendu que le corps du duc de » Dalmatie et une divis'on de dragons » suffisent pour garder cette vîllc, vous n aurez marché sur Friedland avec le

» reste de votre cavalerie et le corps du » prince d'Eckmùhl. Cela est d'autant » plus urgent, qu'il est possible que » l'affaire dure encore demain. Tâchez » donc d'arriver à une heure du matin. » Si l'Empereur aperçoit, au début de )i l'action , que l'ennemi est en très » grande force , il est possible qu'il se » contente aujourd'hui de le canonner, » et qu'il vous attende. Communiquez )) cette lettre à MM. les maréchaux » prince d'Eckmùhl et duc de Dakna- » tie. »

A cinq heures du soir. Napoléon fait donner le signal par trois salves d'une batterie de vingt pièces de canon . Aussitôt le corps du duc d'Elchingen s'ébranle. La division du comte Marchand s'avance l'arme au bras, prenant sa direction sur les clochers de Friedland.

La division du comte Bisson soutient la première. Dès l'instant que l'ennemi s'aperçoit que la droite du sixième corps a quitté le bois où elle était en position, il la fait déborder par plusieurs régiments de cavalerie, précédés d'une nuée de Cosaques. Pour répondre à cette manœuvre , les dragons de la division Latour-Maubourg se forment au galop sur la droite, chargent vigoureusement la cavalerie ennemie, et la rejettent contre Sortlack et la rivière.

Cependant le duc de Bellune reçoit l'ordre de s'avancer sur le terrain que vient d'abandonner le duc d'Elchingen.

Le centre du premier corps est précédé d'une batteriede trente pièces de canon. Le général Senarmont , qui la commande, se porte à quatre cents pas dans la plaine , et fait un feu si terrible et si bien dirigé , que l'ennemi, qui en souffre horriblement, ne peut réussir dans aucune des diversions qu'il entreprend pour suspendre la marche du sixième corp^. D'ailleurs le duc d'Elchingen, ne s'inquiétant ni des mouvements ni des

CAMPAGNK DE 1806 ET 1807.

SOf;

efforts de rennemi , continue d'avaiicer. Les grenadiers de son corps , détachés en avant et sur la droite de la colonne , accueillent à bout portant les bataillons ennemis qui se présentent pour l'attaquer, les chargent ensuite à la baïonnette, et les précipitent dansTAIIe.

L'aile gauche des Russes , qui tente vainement d'arrêter l'impulsion terrible (le la colonne française, recule pour gagner Friedland, et s*engouffre dans l'espace étroit qui est entre la rivière et l'étang. Bientôt la gauche du sixième corps atteint le ruisseau du Moulin.

Déjà elle touche à la pointe de l'étang, lorsque la garde impériale russe , qui était embusquée dans cet endroit, débouche avec intrépidité, fond sur la tète de la colonne française , et la repousse l'espace de quelques toises ; ce qui fecilite la .retraite dans la ville des troupes de l'aile gauche ennemie.

Pendant que la première division du sixième corps se remet d'un instant d'étonnement, la division du comte Dupont, qui forme la droite du premier corps, arrive sur le champ de bataille- Profitant d'un certain désordre que la charge impétueuse de la garde impériale russe a occasionné dans ses rangs , elle fond sur cette troupe avec ensemble et avec vigueur, la culbute, malgré toute *sa résistance, et en fait un carnage affreux. L'ennemi rétrograde en toute hâte sur Friedland. Tant pour défendre ce point que pour se ménager une retraite, le général russe tire sans cesse de sa réserve de nouveaux combattants qui viennent remplacer les pertes qu il éprouve.

De leur côté , les divisions françaises «émettent pas moins d'acharnement pour pénétrer dans Friedland, que les Russes pour s'y maintenir. Dans un espace de deux cents toises carrées, cinquante mille hommes se battent avec

fureur, et semblent tous avoir }uvô qu'ils y trouveraient la mort. Napoléon s'est avancé jusqu'au milieu du feu. Il suit de l'œil tous les mouvements de ses braves troupes et le succès progressif de ses profondes combinaisons. Le prince Major-général s'élance plusieurs fois au fort de la mêlée, et donne les ordres propres à amener l'affaire à un heureux résultat. Enfin, la victoire demeure aux Français. Leur bravoure imperturbable et réfléchie l'emporte sur le courage opiniâtre, mais aveugle, des Russes ; Friedland est forcé ; les rues de cette petite ville, où l'ennemi est poursuivi avec chaleur, sont jonchées de ses cadavres.

Pendant que ces événements se passent à la droite, le centre de Tarmée française, et surtout la gauche, combattent l'ennemi sans le presser; et, par ce feint ménagement, l'excitent à se porter en avant. L'objet de cette manœuvre était d'empêcher Gorczakof de voir ce qui se passait sur sa gauche , et de l'attirer sur la route de Konîgsberg, où il devait être enveloppé et pris entre deux feux parla droite de l'armée française, qui serait arrivée sur ses derrières après que Friedland aurait été enlevé.

Mais l'incendie de la ville avertit le prince Gorczakof du danger éminent auquel il était exposé. Il ne songe plus à des succès dont il s'était flatté un ins- ' tant, lorsqu'il croyait que les Français hésitaient devantlui.Uniquement occupé du salut de ses troupes, il fait sa re* traite avec précipitation, et la dirige sur Friedland, croyant pouvoir s'échapper par le pont de l'Aile. Vain espoir! Friedland est occupé par les Français : le pont est la proie des flammes. Une division du corps de Gorczakof, qui parvient à entrer dans la ville, croyant s'y réunir aux siens, est accueillie à coups dé baïonnettes et entièrement détruite.

SM

L'EMMBE.

Dans ce même moment, les grena^diers du duc de Reggio, le huitième corps, et les fusiliers de la garde, commandés par le duc de Rovigo , s'étant portés en avant, font un carnage épouvantable des deux autres divisions de Taile droite de l'ennemi, qui n'ont pas pu pénétrer dans Friedland. Acculés à la rivière , {pressés en front par un adversaire terrible, qui ne leur présente d'autre alternative que de se rendre ou de mourir, les généraux russes commandent plusieurs charges d'infanterie et de ciivalerie pour se dégager en faisant reculer les colonnes françaises.

Mais les efforts de leur désespoir no servent qu'à prolonger la destruction de leurs soldats et à augmenter leurs pertes. Alors une foule de soldats russes veulent tenter un autre moyen de salut. Ils se jettent dans l'Aile, et essaient de la traverser, partie à la nage , partie à quelques gués qui s'y trouvaient , dans une saison où la chaleur avait fait baisser les eaux. Mais la rive droite de l'Aile étant fprt escarpée, ce dernier refuge de l'ennemi lui devient encore funeste ; et sans la nuit, qui cac lia les mouvements , peu d'hommes de l'aile droite auraient échappé.

Cette mémorable soirée coûta à l'armée russe 15,000 morts, dans l'intervalle de six à neuf heures. Elle eut 25 généraux tués , pris ou blessés ; 80 pièces de canon, une grande quantité de caissons , plusieurs drapeaux , tombèrent entre les mains de l'armée victorieuse. La cavalerie russe fit des pertes immenses.

Du côté des Français, il y eut 1,000 à 1,200 morts et 3,000 blessés. Le général comte d'ËrIon , du corps du duc deMontebello ; le général Cohorn, Hollandais, le colonel Regnaud, du 15»

de ligne; le colonel L^jonquière, du QO* ; le colonel Lamotte , du k^ de dra»

gons , et le général de brigade Lebrun, furent blessés. Le général de division Latour-Maubourg fut atteint à la main ; le colonel d'artillerie Dufourneaux et le chef d'escadron Hulin, aide-de-camp du duc de Reggio, furent tués; les aides-de-camp de l'Empereur, comte de Lobau el La Coste , furent légèrement blessés.

La bataille de Friedland est digne d'être placée à côté de celles de Marengo , d'Austerlitz et léna. L'ennemi était nombreux; il avait une belle et forte cavalerie ; il fb battit avec courage. Cependant la victoire ne fut pas un moment indécise, quoique toute l'armée française ne fût pas réunie, et que la garde impériale et deux divisions de la réserve , qui étaient présentes à la bataille , n'eussent pas été engagées. Tous les corps de l'armée, à l'envi les uns des autres , toutes les armes, se distinguèrent. Les carabiniers, les cuirassiers, les différentes divisions de dragons, se firent spécialement remarquer.

Le nombre des braves qui se couvrirent de gloire fut si considérable , que les détails en échappent forcément à rhistorien.

L'armée passa la nuit sur le champ de bataille.

Le corps de réserve bivouaqua sur la route de Konigsberg, entre Heinrichs-> dorf et Friedland;

Le huitième corps , partie en avant de Friedland, partie en deçà de l'Aile, partie sur la rive droite ;

Le premier corps, à Posthenen ;

Le sixième corps, à Friedland, et en arrière de cette ville sur la rive gauche de l'Aile.

Les différentes divisions de la ré»

serve de cavalerie bivouaquèrent auprès des corps d'armée auxquels elles avaient' été attachées pendant la bataille.

L'Empereur passa, la nuit dans la plaine, ayant autour de lui la garde impériale et l'état-major général.

Le lendennain de la bataille , le pont de Friedland, sur l'Aile, fut réparé à la feveur des brise-glaces qui n'avaient pas été brûlés. Plusieurs corps de cavalerie furent détachés du côté d'Allenbourg à la poursuite de Tennerai. Le gfos de Tannée continua, le 15, son mouvement sur la rive gauche de l'Allé. L'ennemi fxt sa retraiie avec une telle hâte , qu'il parvint à passer la Pregel à Welhau , sans essuyer de nouvelle perte. Il coupa tous les ponts, et continua sa marche vers le Niémen. Cependant il ne put pas éviter d'être atteint au-delà de la Pregel. En apprenant la victoire de Friedland, le roi de Naples quitta les environs de Konigsberg, passai la Pregel, à Tapiau, avec sa cavalerie légère,

joignit rarr.'ère-garde ennemie, et lar j mena battant l'espace de plusieurs | lieues.

En se retirant , les Russes brûlèrent ou jetèrent à Tcau les immenses magasins qu'ils avaient sur l'Aile. Ils portèrent leur ligne de défense sur les frontières même de la Russie. Konigsberg fut abandonné le 16 juin par la garnison prussienne et russe. Les généraux Kamensky et Lestocq , emmenant avec eux tout ce qui restait de troupes des deux nations dans cette ville , se dirigèrent sur Tilsitt pour se joindre aux débris de l'armée du général Bennigsen. Le quatrième corps entra dans Konigsberg. On trouva dans cette ville des richesses et des ressources considérables en*'tout genre; on s'empara de plusieurs centaines de milliers de quintaux de blé et de tout ce que l'Angleterre avait envoyé de munitions de guerre à la Russie, particulièrement de 160,000 fusils. Il y avait dans le port 900 gros bâtiments tous

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