‹ Bibliotheque militaire (volume 2)Chapitre 77 sur 205 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

L'auteur de la préteudue HùtQw$ éê Napoléon êidela Grand&-Armé9 débute par une erreur gravé, et par une supposition gratuite.

a L'Empereur avait attaqué , par la if paix de Tilsit, l'honneur et l'intérêt » de la Russie. » (Page 7, tome I.)

Si M. le comte de Ségur avait lu ce traité , il aurait vu qu'on n'abusa jamais moins de la victoire. La Russie avait été rejetée sur son territoire, dont une partie des habitants nous tendait les bras. Elle sortît de la lutte où elle venait de succomber , plus grande et plus forte qu'elle n'y était entrée; elle dut à la modération de l'empereur Napoléon, la gloire d'avoir recréé une Prusse, quand il n'y en avait plus. En quoi donc t honneur de la Russie avait-il étéattaqué parlaPaixdeTilsit?

Quant à son intérêt , elle jugea bien ^'il aérait blesaé par l'adoption du système ooatinental ; mais elle jugea aussi que le système continental était le seul moyeu de forcer l'Ângleterreà la paix;

et comme elle était dans l'intérêt de la Russie, c'est sur cet intérêt qu'elle basa ses stipulations à Tilsit. « Je suis autant que vous l'ennemi de l'Angleterre , »

avait dit Alexandre à Napoléon , en en-* trant sur la barque du Niémen. Ce sentiment rapprochait en un instant les deux souverains; et la paix fut faite.

(( La France s'était aliéné les peuples » par ses conquêtes , et les rois par sa » révolution et sa dynastie nouvelle* » (Page 8.)

La Belgique, les provinces Rhénaneai l'Italie, partageaient les bienfaits d^ son administration ; les peuples de ces pays sont encore attachés à ce que la politique de leurs souverains en a con-* serve.

Quant à la révolution , elle n'était pas du fait de Napoléon. Il avait réconcilié les rois avec ses résultats; ce que la république n'aurait jamais pu faire. L'em« pereur et la dynastie nouvelle lesavaient rassurés contre la destruction du système monarchique en Europe, proclamée par la république. Cette assertion et ce qui suit , que la France ne pouvait plm avoir d'amis^ mais seuUnient du mjeu^ ont pour objet d'établir , dès le princi-

356 L'EMPIRE

pe, que Napoléon ne pouvait asseoir sa d'emphase ; mais Tépoque où elle de^

puissance que sur la monarchie universelle; imputation fausse (soit dit en passant , et pour n'y plus revenir) , dont r expérience des dix dernières années , et le temps qui use les passions et dégage la vérité de ses voiles, ont en partie déjà fait justice. On commence à rougir d'être l'écho des cabinets étrangers qui , à dessein, on &it retentir l'Europe de leurs clameurs contre l'ambition de Napoléon, parce qu'il employait tous ses efforts à défendre et à assurer la France contre la leur propre; obligation que lui avait léguée la révolution.L'Empereur faisait la guerre pour forcer l'Angleterre à la paix , et l'Angleterre excitait contre lui les souverains du continent pour entretenir la guerre. Soldés par son or , ces souverains devinrent ses instruments.

Napoléon devait-il rester sur la défensive avec des moyens non proportionnés à l'attaque? C'eût été trahir les espérances de la nation, et compromettre le dépôt de gloire et de prospérité qu'elle avait confié à ses mains.

Disposant en homme de génie des ressources que lui offirait la France, il triompha de ses ennemis, qui ne purent lui pardonner le haut rang où il l'avait placée , mais cachèrent leur ressentiment sous les dehors de la soumission. Napoléon avait besoin', pour assurer l'avenir de la nation , de se saisir de gages et de moyens d'échange à la paix , en même temps qu'il diminuait les moyens de nuire de ses ennemis.

a Ce vaste projet (d'une monarchie » universelle) , Napoléon le contenait » avec tant de peine , que déjà il coin- » mençait à lui échapper de toutes » parts. » (Page 8.) '

La description des immenses préparatifs que nécessite une aussi grande entreprise, est tracée avec beaucoup

vait recevoir son exécution n'y est pas assignée. On serait tenté d'en conclure que, jusqu'alors , la Russie étsût dans une profonde sécurité , exécutant fidèlement les conditions de l'alliance, sans soupçonner l'orage qui se formait con-* tre elle; tandis qu'il est prouvé , parles aveux du colonel Boutourlin , aide-decamp de l'empereur Alexandre, dans Y Histoire de la campagne de 1812, que c'est la Russie qui , la première , s'est préparée à nous faire la guerre (1).

(1) «L'Autriche ne bougeait pas; la Prusse » n'existait plus; les Suédois, trop faibles pour » être d*aucan secours k leurs alliés, pouvaient » à peine se soutenir eux-mêmes à Stralsund. » L'Angleterre, placée dans des circonstances 9 diflkiles, ne paraissait pas disposée à pousser » la guerre avec activité...» Ces considérations » engagèrent Tempereur de Russie à provoquer » un rapprodiement avec renneni. La fameuse » entrevue qui eut lieu sur le Niémen... eut » pour résultat le traité de paix sigué à Tilsti.» (Page 21 du tome I" de VHistoire nUUtaire de la Campagne de Ihueie en 1812, par le colonel Boutourlin, aide-de-camp de S. M. Tempereur de Russie; Paris, ISM.) — « L'empe- » reur Alexandre ne pouvait méconnaître » Tesprit de ces dispositions (du traité de Til- » sit); mais les circonstances malheureuses où » se trouvait l'Europe lui prescrivaient d'éloi- » gner à tout piix la guerre. Il s'agissait surn tout de gagner le temps nécessaire pour se » préparer à soutenir oonveoabiemeai la lutte » que l'on savait bien être dans le cas de se V renouveler un jour. » (Page 24 du tome I*^)

« Les sacrifices qne le traité de Presbourg » avait arrachés i l'Autriche étaient trop grands » peur que le cabinet de Vienne pût se rési- » gner à les supporter avec patience. Mais It » désorganisation de ses années, suite inévita- » ble des revers multipliés qu^elies avaient es- » suyés, l'avait empêché juiique-Ià de se livrer » à la réalisation des projets qu'il nourrissait » en secret... L'empereur Napoléon désirait 1» sincèrement éviter une nouvelle guerre qof » devait faire une diversion fâcheuse en fispt* » gne. Mais toutes ses démarches, pour en ve- » nir à un accommodement, ne furent considé-

Après avoir parlé de la nécessité d'une alliance avec rAutriche, la

Prusse, la Suède et la Turquie, M. de Ségur ajoute : eAutrkhe j'y précipita

» rées par les Autridiiens qoe comme wi avea » de sa faiblesse... Elle (la Russie) ne poayait » refuser d^asslster la France , sans violer on- » vertement les engagements contractés envers » elle, et dont aneone infraction de la part de » Napoléon n*avait encore aflUbli la sainteté. » D'aiUenrs, quand môme le cabinet de Péters- B bourg, passant par-dessus ces considérations » morales en foyeur des plus hautes vues poli- 9 tiques, se fût décidé à soutenir F Autriche, il » n*aurait pu le faire efQcacement, k cause de » réioignement de ses années oocnpées des j» affaires de Soède et de Turquie. » (Pages 85, sa et 37 du tome I•^) — « Les indices du re- » froidissement qui commençait à s'établir dans » les rapports de la Frauoc avec la Russie, » n*avaient pu échapper à la pénétraUon de » rempereur Alexandre (*}• n sentit que l'ai- 9 liance conclue à Tilsitt et cimentée & Erfnrt, » n^étaat plus dans les Intérêts de Napoléon, 9 ne subsisterait pas longtemps.... Dès lors 9 il 8*appliqua à organiser sourdement tous les 9 moyenfl de défense que les immenses res- 9 sources de ses Tantes états lui présenufent, 9 pour soutenir une lutte, ^tc. » (Page 45 du tomel".)

c Le cabinet de Pétersbourg ne se dissimula 9 pas que, dans ces circonstances, il devait sur- 9 toutcfaerdieràcontraindrelesTuresàlapaix, 9 aSndepouToirréanirsansdistncUon tons ses 9 moyens de guerre sur la frontière oodden- 9 ule de l'Empire. » (Pajge 46 du tome T'.)

« L'empereur Alexandre Jugea nécessaire de 9 ne plus tarder à se mettre en eut de défense, 9 en rassemblant la majeure partie de ses for- B ces sur la frontière occldenule de son em- 9 pire. Une difision qui, depuis ia dernière 9 guerre avec la Suède, était demeurée dans 9 l'ancienne Finlande, reçut ordre de marcher » sur la haute Duna. L'armée du Danube, qui, » à la fin de 1810, se trouvait forte de neuf di-

(*) Lei seuls Indices de rcfroidiisement dont parle le eolonel Boutonrlln, consistent en ce qu'il prétend que NapoUom oeott été ^koqué âê$ dif/iettUéi qu» son projet de mariage avec une ]det franiêi-^hêsses acait teneontréêê d Péterthomrg, eî ^ti'a déiirùit OMO ardmr trotvoêr l'oeea- «M» de s'e» venger, en f^nêûmt tenUr à Vew^rmr Alexandre tout le poids de am énorme puUtance. Aucun antre n'est allégué.

9 visions, ne fut plus composée que de quatre ; a les cinq restantes furent portées sur le haut 9 Dniester. » Pages 56 et 57 du tome 1*'.)

« Dès le lendemain du Jour de la signature 9 du traité avec la Prusse, Napoléon l'expédia 9 k Pétersbourg, avec la proposition de travail- » 1er à faire disparaître les griefs des deux 9 partis. 9

« L'empereur Alexandre sentait trop bien 9 que les griefs avoués ne portaiait que sur » des accessoires; mais que le fond de la que- » relie qui divisait les deux empires... n'était 9 susceptible d'être résolu que par la voie des 9 armes. » (Page 71 du tome hr.)

c L'empereur Alexandre quitta aussitôt Pé- 9 tersbourg, et se rendit à Wilna. où le quar- 9 tiei^^général de la grande armée se trouvait 9 établi; en même temps il envoya Tordre au 9 prince KouraiLin, ambassadeur de Russie à » Paris, de faire connaître au gouveroement 9 français que la conservation de la Prusse, et 9 son indépendance de tout lien politique di- 9 rigé contre la Russie, était d'autant plus in* 9 dispensable pour les intérêts de' l'empereur » Alexandre, que des rapports solides et sla- 9 blés ne pouvaient être établis avec la France » qu'autant qu'il y aurait entre elle et la Rus- 9 sie un pays neutre qui ne serait occupé par 9 les troupes d'aucune des deux puissances ; » coDséquenmient, que la première base de 9 toute négociation devait être l'engagement 9 formel de l'entière évacuation des états » prussiens, et de toutes les places fortes de ce 9 pays, quels qu'aient été l'époque et le motif 9 de leur occupation par les troupes fhinçaises 9 ou alliées. La Russie demandait, en outre, 9 Uk réduction delà garnison de Dantzig sur le 9 pied où elle était avant le 1" Janvier 1811. » (Pages 72 et 73 du tome T'.)

« Avant son départ pour Dresde, Napoléon 9 avait envoyé à Wilna le général comte de 9 Narbonne, son aide-de-camp, avec des pro» 9 positions de paix... La réponse qu'il rapporta 9 à Dresde, fut que l'empereur de Russie s'en 9 référait absolument aux commuaications que 9 son ambassadeur avait faites à Paris, et que 9 ce n'était qu'en obtenant ces bases prélimi- 9 naires qu'il pouvait consentir à traiter. » (Pages 74 et 75 du tomel*'.)

« Les fêtes magnifiques qui furent données k 9 cette occasion (la réunion de Dresde) oonti«-

fjNkk^mim» (dans Tentpeprise); neaii-

(Page 9.) Elle s'y jeta avec Fespoir de s*agrandir (1). Ce ne fut pas d'après les promesses vf^gues , lirais par un traité signé Ip ik IWTS 1812. l'Àutçicli^, ittr quiète depuis longlempa de Ténartae agiiaodissement de la Russie, avait adressé des représentations à Pétersbourg sur les armements qui se faisaient sur s^ frontières; n\ais 1^ Russie était décidée; elle n'y eut j^t égard.

L'Àutfflobd mécontente condut avec Napoléon un traité d'alliance; et, prévoyant le cas où la Pologne pourrait être rétablie par le résultat de la guerre, elle dema^kda en indemnité de la Gall^ cie les provinces lUyriennes ; ce qui fut accordé.

Par le même t^raité, TAut^icbe s'engagea à foui^nir trente mille homiues.

Si l'on en croit M. de Ségur, Mt kw prépara en secret de prudentes instruclions. Pour avancer un tel fait, il faudi^ait une preuve ; et il n'ea existe point d'autre que son assertion. Les instructions du général autricbien ont pu être de s'éloigner le moins possible de la Pologne autricbienne. Que seraient devenues ces prudentes ûtisrrifçrîoju, si

» BiièveDt ^Qsqu'aa retour de If. deNarbonne » de Wiina. Le lendemain , cVst-à-dire le » (S9) 17 mai, Napoléon <iaHta Dresde, et prit » la route de Thorn, où il arriva le (5 juin) ii » du même mois... Il résolut de ne plus tarder » à se meure en campagne, de crainte de per- » dre en négociations infructueuses la saison » la plus favorable aux opérations militaires. j> (Page&76 et 77 du tome l*',)

{i) % C'est Qpus qui levons rectoel^ (X^h » Uance de T Au triche avec la France), et noua ». avons bien rcllèchi ^vant de 1;^ conclure. » (?aroles de M. de Metternicb ^ M*. Ot(Oy raf^ portées dans la (i'^pêch^ de cet viàfi^BSt^^^a^c a^ ministre des relations exiécieureat ckUée de Vienne, le tû IV vr&er 181X)

LSMPms.

Napoléon, écoutant un sentiment de déSanee qu'il n'eul janiMS> eftt em-i mené en Russie le corps du prince de Schwarzenberg, en laissant en Pologne l'armée polonaise ¥ Le seul engagement pris ftit que le corps autrichien ne serait pas divisé^ et resterait sous le cûpfuniindenieat de ses généraux, sans cgâaei^ pour cela d ôtre sous le» oKlres absolus, mais immédiats de l'empereur Napoléon. Si ce fut une fiiute de laisser ce corps trop indépendant et trop près de ses, ironUères , c'est l'effet de la générosité et de iaoonianee. On pour^ raît reprocher h même faute à l'égard de la Prusse ; elle résultait du même principe.

« I46 succès de h guevre pe d^Q- » dit pas de la cesann de la Gidfieie , » el du ménagement qu'imposait la ja- » lousie autrichienne pour cette pos- )> session; Napoléon aurait doj;ic pu, » dès son entrée à Wib^, pyoetof»er n ûuverteiaeBt la libailé do toute ta » Pologne , au lieu de tromper son at- » tente, de Tétonner , de l'attiédir par » des paroles incertaines. » (Page 9.)

l^ jakmm aM^i€km94 m'inaposait aucun ménagement , puteque le traité était formel, et que l'Autriche n'avait jamais fiiit preuve d'un assejatîment plus complet. Dans le c^s oq le royaume de Pologne aurait été rétaUi, l'Autriche cédait volontievs une grande partie de la (Sallieie , pour recouvrer rillyrie. ta première de ces provinces était une acq^uisitioa que sa conscience lui reprochait* i'IUypia , a^ canttwe, ; était un ancien pays héréditaire que ! l'Autriche avait perdu non sans de .vi& regrets; la plaie était toujours saignante. Napoléon , fidèle à ses traités , ne pouvait réclamer la Gallicie, qu'autaâit que le royauma de Pologne serait rétabli, par suite de la guerre , c'est-à-dire par la paix. Il

CAMPAGNE Dfi ISil

aurait manqué à l'Autriche, eon alliée, qui» déjà, s'était effrayée de voir un ambassadeur auprès de la confédéral tion de Pologne, si, au commencement de la guerre, il avait sanctionné par ses paroles le rétablissement de ce royaume. Ce rétablissement aurait entraîné Tin* snrreetion et la réunion violente de la Gallicîe autrichienne. Il était bien diffi^nt de temporiser, en laissant agir la nature des choses , ou de dire , comme le demandaient les Polonais, le royaume i$ Pologne exisu; ce qui aurait équivalu à une reconnaissance de ce royaume. Mais Napoléon n'avait pas seulement pour objet d'ôter tout sujet d'inquiétude à son allié ; la paix était le but de la guerre. C'eût été comprooiettre le butque de prendre une détermination qui eût rendu la paix impossHirie. L'auteur, un peu plus bas, prête à l'Empereur des paroles dans cesens :

il n'avait donc pas besoin d'aller chercher ailleurs les motifs de son opinion. En général, l'Empereur ne craignait rien tant que d'engager son avenir, parce que personne ne connaissait mieux que lui l'importance de laisser mûrir les événements : un des grands caractères de sa politique était d'être toujours en mesure de les saisir pour ainsi dire au bond.

H. de Ségur reproche à Napoléon « d'avoir négligé de nettoyer les pro- » vinces polonaises du sud des faibles » armées ennemies qui contenaient leur » patriotisme. » (Page 11.)

Auraitril donc voulu que l'Empereur, ayant en tête toutes les forces russes, eût prolongé sa droite jusqu'en Podolie, où les Russes étaient occupés par les Turcs ? Cette inadvertance est trop frappante pour qu'il soit nécessaire de s'y arrêter sérieusement.

La réflexion sentencieuse qui suit, que (c telle est la faiblesse des grands

» hommes qu1ls se conduisent tou- » jours par Imitation d'eux-mêmes ou » des autres, » (page il] n'est pas plus mûrie. L'observation avait au contraire démontré jusqu'Ici, que ce qui caractérise ies grand* hommes , ce sont les ressources de leur génie, et cette inépuisable fécondité qui leur présente toujours des moyens nouveaux , ou pour sortir d'un pas difficile, ou pour marcher rapidement au succès.

L'auteur ajoute à l'appui de sa sentence que (( Napoléon s'en remit au

» destin des batailles qu'il attendit

» tout de la victoire ; qu'au Keu de tout » sacrifier pour arriver à cette victoire, » c'est par elle qu'il voulut arriver à » tout ; qu'il s'en servit comme d'un 1» moyen quand elle devait être son » but. » (Page 11.)

Nous ne suivrons pas M. de Ségur dans le développement de cette singulière opinion qu'il débrouille assez péniblement. Mais nous lui demanderons si, à Wilna, quand l'épée était tirée, ce n'était pas au destin des batailles qu'il fellait s'en remettre; et s'il est à la guerre un autre arbitre du destin que la victoire. Que fellait-il sacrifier pour arriver à cette victoire? Tout sacrifier est une idée bien vague. L'auteur sait-il bien ce qu'il veut dire?

qu'il s'explique. Est-ce du temps pour compléter l'insurrection de la Pologne, qu'il voulait qu'on sacrifiât ? il fallait le dire; et puisqu'il raisonne sur d'aussi grands événements , c'était le cas d'exaftiiner pourquoi Napoléon se décida à tenter d'accomplir son expédition en une seule année , au Keu de la feire en deux campagnes. La question était grave. L'auteur ne Ta pas même aperçue.

« L'expédition eût vraisemblable- » ment réussi ^ si Taffiâblissementpré- » coce de sa santé eût laissé aux forces

L'EMPIRB.

» physiques de ce grand homme toute » la vigueur qu'avait conservée son es- » prit. » (Page 12.)

La parfaite santé de TEmpereur à cette époque n'a jamais pu être mise en doute un seul instant. Indépendamment du temps qu'il donnait aux aifaircs , il trouvait celui de courir la chasse à cheval pendant quatre ou cinq heures, de passer des revues , etc. Comment qualifier ce ménagement de l'auteur , qui , n'osant pas attaquer de front le génie de Napoléon, suppose un affaiblissement précoce de sa santé, pour se justifier de lui prêter des foutes que ce graild homme n'a point commises ? Il étend son héros sur le lit de Procuste; et, contre la coutume des historiens qui se plaisent à grandir leur personnage, il rapetisse le sien, le place dans des situations vicieuses ou ridicules, et, sans doute, pour le rabaisser en l'excusant, dit ensuite qu'il était malade. Est-ce aussi pour absoudre les auteurs de sa fin prématurée ?

Napoléon a montré dans la campagne de Russie autant de supériorité et d'activité qu'il en a déployé depuis, dans les campagnes de 1813 et de 1814. Sa constitution devait être bien forte, puisqu'elle a pu résister six ans au supplice de Prométhée.

Peu de gens ont la capacité, le courage et le temps déjuger les choses en elles-mêmes et d'après leurs effets. On trouve bien plus court de s'en tenir aux idées reçues. M. de Ségur, que favorisaient d'un côté ces dispositions naturelles, qui tiennent surtout à la mobilité de notre caractère, et de l'autre l'influence du nom que son père a illustré par son talent et les hautes fonctions qu'il a remplies, s'est déterminé à écrire deux volumes sur l'Empereur, bien persuadé que le titre seul de l'ouvrage lo ferait rechercher du

plus grand nombre. Ceux qui lisent avec réflexion se sont facilement aperçus qu'il avait pris pour base de son système une marche entièrement opposée à celle des écrivains qui se sont ouvertement déclarés les ennemis' de Napoléon. A l'aide de quelques précautions oratoires, qui lui servent comme d'abri pour échapper aux observations de tous les partis , il a commencé par établir que toutes les fautes de l'Empereur prennent leur source dans son état habituel de mauvaise santé.

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