‹ Bibliotheque militaire (volume 2)Chapitre 79 sur 205 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Ce chapitre , qui est relatif à nos rap«

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ports avec la Suèilo el avec B^ynadoUo, Mnferme quelques foits vrais. Mais, oomme Tauteur u'a de données positi-* ve% sur rien, et qu'il n'écrit que d'après é» ouï-dire, sans se donner la peine de les contrôler , U commet souvent des kéTues. Cependant lorsqu'un auteur retrace des faits contemporains, ce n'est pfts trop exiger qu'il sache , au moins à peu près, ce'qui s'est passé.

« Dans cette mémo nuit un concilia- D bule formé de dix députés des cinq- » cents s'était assemblé clie^ S. . . Berna- » dotte s'y rend. On y convient que le » lendemain, dès neuf heures, la séance » du conseil s'ouvrira; que ceux de leur » o|iînion seront seuk âvertis;que l'on y B décrétera que, poui* imiter la sagesse » que vient de montrer le conseil des » anciens, en nommant Bonaparte gé- » aérai de sa garde, le conseil des cinq- » cents choisit Bemadotte pour com- 9 mander la mnne , et que celui-ci , » tout armé, se tiendra prêt ^ y être » appelé. C'estcbea S. que ce projet est » formé; c'est S. qui court le révéler à » Napoléon. Une menace suffit pour » contenir ces conjurés. Aucun n'osa )> paraître au conseil, et, le lendemain, » la révolution du 18 brumaire s'ac- » complit. » (Page 42.)

C'est le 18 et non le 17 que le coa-seil des anciens a donné au généitil Bcmaparte le commandement des troupes de la premièredivisîon militaire; ce qui comprenait la garde du corps législatif. Le conseil des cinq-cents n'avait pas plus de garde particulière que le conseil des anciens. Il n'y avait donc pas de commandement à donner à Bernadette. M. de Ségur ne sait pas mteie la date de l'événement qui a fondé la puissance de Bonaparte, dont il s'est fait l'historien.

Après avoir parlé de la con^iration de Bernadette dans l'ouest , il ajoute :

« Cette fois fiernadotte était perdu, si » Napoléon eût pu l'en convaincre, o (PageW.)

Le premier consul avait plus de preuves qu'il n'en fidlait pour mettre Bernadette en jugement. U eut la bonté de céder aux instances de Joseph et de sa femme ; il oublia )out. Vom fiernadotte, il ne put pardonner à Napoléon oette grÀee. U est des ùmes dans lesquelles les bienfaits ne laissent que haine et que désir de nuire.

K La fortune aida Bornadotle , déjà à » Bocbefort , à retarder son embarca- » tion , jusqu'à ce que la guerre avec » l'Angleterre eût éclaté. Alors il se » refuse de partir , et Napoléon ne peut » plus l'y contraindre. » (Page 43. ) La fortune qui aide à retarder une

embarcation quel style l C'est sans

doute par une figure de rhétorique que l'auteur prend une embarcation pour un embarquement. C'est prendre la cause pour Teffet. C'est sans doute aussi par une figure de rhétorique qu'il prétend que la déclaration de guerre de l'Angleterre mit Napoléon dans l'impossibilité de faire obéir un général. Ce qu*ii y a de vrai , c'est que Napoléon , voyant la guerre se raUumer , sentit le besoin de conserva en France le général Bernadette , et ne voulut pas , en l'envoyant en Amérique, l'exposer à être pris par les ennemis , qui couvraient déjà les mers.

a Bientôt on entendit Napoléon re-- » prêcher à Bernadette son envieuse et » perfide inaction pendant la bataille » d'Auerstadt , son ordre du jour de

» Wagram ; de son côté, Berna-

» dette.... demandait par quels motifs )) Napoléon l'avait placé dans une si dan« » gereuse et si fausseposition; pourquoi » le rapport de cette victoire lui avait » été si désavantageux, etc. » (Page&&.) A la bataille d'Auerstadt, placé par

L'EMPIRE

TEmpereur à Dornbourg , Bemadotte par jalousie contre le maréchal Davout, et sans aucun motif qui se rapporte à Napoléon , ne voulut pas aider son collègue à remporter la victoire , et compromit ainsi le sort de la bataille. A Wagram, il donna par un ordre du jour, en contradiction avec la vérité, dont toute Tannée avait été témoin , des éloges outrés au corps saxon qu'il commandait, et qui s'était conduit mollement. Napoléon se contenta de rétablir la vérité des faits; c'était son devoir; il eût dû même punir une pareille insolence. Il n'avait pas placé Bemadotte dans une position plus fausse que Masséna. Tous deux se trouvtdentà la gauche, où, parla faute des Saxons, une manœuvre inopinée de Tennemi fut au moment de réussir.

Napoléon, par un changement de front sur toute la ligne, vint au secours de Masséna et de Bernadette , et rétablit les affaires.

a Bemadotte sent d'ailleurs qu'il » tient cette couronne du hasard , qui }) Ta fait naître dans une religion sem- » blable à celle des Suédois. » (Page47.)

Qui peut ignorer que Bernadette professait publiquement en France la religion catholique romaine, et qu'il fut obligé, à son arrivée à Gothembourg, de faire abjuration et d'embrasser le luthéranisme dans une cérémonie solennelle. On rapporte même de lui ce propos : (( Henri IV a consenti à aller à la messe pour recouvrer un royaume ; je puis bien , pour en acquérir un , me passer de la messe. »

Les détails donnés par M. de Ségur sur l'élévation de Bernadette au trône manquent d'exactitude; voici la vérité : En*1807, lors de Tévacuation de la Poméranie par les Suédois, deux frères Mômer, officiers dans le régiment de ce nom, foits prisonniers, furent pré-

sentés à Bernadette , qui leur donna sa maison pour prison , et environ un mois après , les renvoya en Suède. En juin 1810, l'un de ces officiers , devenu colonel , se fait annoncer chez Bernadette à Paris, rue d'Anjou, demande à lui parler en particulier, et lui fait part dea vues que quelques Suédois ont sur lui, pour remplacer le prince royal, qui venait de mourir, frappé d'apoplexie.

Bernadette reçoit cette ouverture en riant et sans y attacher d'importance, résolu de ne point faire de démarches auprès du gouvernement français, jusqu'à ce qu'il lui en soit parlé plus sérieusement. Quatre ou cinq jours après, le ministre de Suède à Paris (le baron de Lagerbielke) vient le voir, lui con-firme ce qu'avait dit le colonel Môrn^, et lui demande une réponse. C'était un samedi ; le lendemain Bernadette va à Saint-Gloud avant le lever, et rend compte de ce qui se passe à l'Empereur, qui lui dit : « Je sais tout ; je vous laisse le maître d'accepter ou de refu-* ser : je ferai là-dessus ce que vous vou* drez. J'avais cependant d'autres vues ; j'avais chargé Alquier de proposer une régence , et d'attendre les événements. Le fils du dernier roi aurait pu être n^ pelé plus tard ; mais on ne veut plus en Suède de cette famille. Ainsi acceptez ; j'aime mieux vous voir là que tout autre ; je vous appuierai de mon consentement. Faites vos démarches. » Bernadette envoie à Stockholm un. jeune homme, parent de Signeul, consul de Suède , pour s'entendre avec ses partisans, et l'autorise à promettre tout l'argent nécessaire. Mais rien ne fut donné ; les quinze cent mille francs avancés par l'Empereur, et environ un million prêté par le général Gérard, furent les seules sommes que Bernadette versa à la banque de Suède, au lieu de quatorze mil- I lions qu'il avait promis.

G4MPAGNE DE 1842.

En définitive, aucune intrigue n*a provoqué le choix des Suédois ; ils n'ont pensé àBernadotte que parce qu'il était l'allié de l'Empereur, qu'ils ignoraient la sourde mésintelligence que le caractère envieux de ce général avait semée entre Napoléon etlui, et qu'ils croyaient gagner par là les bonnes grâces du souverain de la France et sa protection.

« A la lecture de ce style nouveau et » inattendu , Napoléon est saisi d'éton-

» nement et de colère Il s'écrie, en

D frappant violemment cette lettre et » la table sur laquelle elle est ouverte : » Lui I le misérable ! il me donne des » conseils I il veut me faire la loi ! il

» m'ose proposer une infamie ! etc

» Dès lors ses instructions se ressenti- B rent de cette disposition. Son miuis- » tre en adoucit, il est vrai, l'amer- » tume ; mais une rupture était inévita- » ble. » (Page 52).

Quand M. de Ségur vient à parler de négociations , il confond tout. Le langage qu'il fait tenir à l'Empereur est absurde. Les démarches qu'il prête à son cabinet ne sont pas celles qui ont été faites. Il place la proposition de la cession de la Norwège au commencement des négociations , tandis qu'elle n'en fut que le dernier acte. H semblerait que ce fût à Paris qu'elle parvint à l'Empereur , elle ne lui arriva que lorsqu'il partait de Dresde pour rexpédition de Russie. Tout le monde sait qu'aux communications diplomatiques, le ministre des relations extérieures avait joint des communications confidentielles , dont la princesse royale se prêta h être l'intermédiaire avec un sentiment tout rançais. Elle écrivait sous la dictée du mmistre , et les officiers attachés à sa personne étaient ses courriers. Une dernière lettre qui annonçait , après de

holm , et portée par M. de Signeul, consul-général de Suède à Paris, choisi et expédié à cet effet. Cet agent , revenu de sa mission , en rendit^compte au ministre à Dresde , le 29 mai. Il apportait une note dictée par le {Nrince royal, qui faisait dépendre uniquement l'alliance de la Suède de la garantie de la Norwège. Bernadotte trompait ainsi Alexandre , avec qui il avait traité deux mois auparavant. Napoléon était daiks son cabinet , quand il reçut la lettre de son ministre; il ne s'emporta point, et tout se borna à cette réponse : a Je n'achèterai pas un allié douteux aux dépens d'un ami fidèle. » Ce simple récit est peutrétre plus intéressant , il est surtout plus vrai et plus vraisemblable que la grande colère dont M. de Ségur a inventé les éclats.

Nous ne pouvons trop insister sur l'ignorance que montre l'auteur du caractère de l'Empereur, qu'il nous présente sans cesse comme exhalant en expressions imprudentes et déplacées une colère aveugle. Il nous répugne de soupçonner la bonne foi de M. de Ségur ; nous aimons à croire que s'il eût approché de ce prince, s'il l'eût entendu parler avec ses ministres , il n'eût pas transformé en insensé et en énergumène l'homme qui était le plus maître de lui-même dans les affaires sérieuses, et dont la haute pénétration jetait une iUumitiation soudaine sur la justesse et la convenance d'une question.

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