‹ Bibliotheque militaire (volume 2)Chapitre 80 sur 205 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

« Cependant Napoléon est encore à » Paris, au milieu de ses grands, efnouvelles exhortations, toutes les con- 1 » frayés du terrible choc qui se précessions désirées, fat envoyée à Stock- | » pare. » (Page 59).

L'EMPIRE

Nous alkms voii lej grantls qui se taisent, el immédiatement après les grands qui parlent, ou que M. de Ségur ftiit parier. Comment les aurait-il entendus? Il n'entrait ni datis le cabinet ni dans les conseils , et n'avait de place que dans le sakm de service.

Le premier qui paraît en scène est Cambacérès, qui veut qu'avant tout Napoléon soumette H partage ce qui est amîour de lui (page 60) , c'est4i-dire, très probablement, la Confédération du Rhin et une partie de la Prusse, avec laquelle on venait de s'allier. Pour tenir de pareils discours à l'Empereur, il eût fallu être feu , et supposer qu'il n'était pas plus sage; maïs cela n'embarrasse nullementM. de Ségur. 11 fait répondre Napoléon, et hii fait dire ce qu'il n'a jamais pu dire ni penser; que tel avait été son projet en 1809 , moût gu$ le malheur d'Estling avait dérangé son plan.

(Page 00.) Il est certain qu'après le malheur (PEssling^ l'Empereur ne pouvait s'occuper que de réparer ses pertes et débattre l'ennemi. Mais le lendemain de Wagram , l'exécution du plan était encore plus facile que la veille d'Essling. La victoire était complète; les Autrichiens n'avaient plus que des débris d'armée ; leurs landwehrs dispersées refusaient de reprendre les armes; l'archiduc Charles était refoulé vers laBohême, et l'archiduc Jean sur la Moravie; ils allaient perdre toute communication avec la Hongrie , et une bataille pouvait les rejeter sur les confins de leurs frontières occidentales ; la désaffection avait fait de rapides progrès, et les peuples delà domination autrichienne, fatigués de tout de guerres entreprises sans nécessité et soutenues sans gloire, en étaient venus au point d'envisager sans effroi la dissolution de la monarchie par la séparation des états qui la composaient. Telle était la situation de

r Autriche au-dedans : au-dehors , elle se trouvait sans alliés sur le continent. Cependant, le lendemain do Wagram, l'Empereur consent à un armistice, parce qu'il y a assez de sang répandu, et'parce qu'il veut la paix (1). Il ne voulait donc pas soumettre et partager ce qui était autour de lui ; il n'a donc pas pu dire en 1812 que tel était son projet en 1809.

«Dès Tilsitt, et par Tentremise de )) Murât , il voulut s'allier à la Russie )) par un mariage ; mais le refus de la » princesse russe , et son union préci- )) pilée avec le duc d'Oldenbourg , l'a- » vaient conduit à épouser une prin- » cesse autrichienne. » (Page 61.)

L'entremise de Murât était inutile.

Si Napoléon, qui se trouva bientôt dans les termes de l'intimité avec l'empereur Alexandre, ne voulait pas, dans leurs longues conversations , jeter quelques insinuations sur une alliance de famille , il avait auprès de lui le prince de Bénévent, l'homme le plus propre à sonder le terrain par ses rapports avec le prince Kourakin. Mais la princesse russe ne fut point refusée à Tilsitt, où elle n'avait pas pu être demandée ; car, à cette époque, il n'avait point encore été question de divorce. Ce ne fut que longtemps après qu'une tentative aU' dacieuse de Fouché jeta dans le public quelques soupçons à ce sujet. On n'en parlait pas en 1809, lors d^Yunion précipitée de la grande-duchesse d'Oldenbourg, précipitation tout-à-fait étrangère à un projet de mariage de l'empereur Napoléon. II connaissait le ca-

(i) Devant Znaym , au moment où le prince Jean de Licbstenstein renaît proposer un ai^ mistice, le maréchal Bessîèrcs insista près de Napoléon p6ur livrer bataftle : Non, répondît rcmpereur, il y a a»ex de sang versé ; et il signa Tarmistice.

ractère déculé de celle princesse , et il y aurait trouvé des raisons pour ne pas songer à s'unir avec elle. Si d'ailleurs il en avait eu la pensée , rien n'aurait empoché que la proposition n*en fût faîte à Erfurt , danç le temps où les relations entre les deux souverains avaient pris le caractère de Tamîtîé.

Lorsqu'en 1810 le divorce fut résolu, Napoléon pensa à la grande-duchesse Anne. Il faut avoir une idée bien fausse de son caractère , pour supposer que si la grande-duchesse Catherine lui avait été refusée, il aurait demandé sa sœur. La négociation qui fut entamée alors ne réussit pas. L'empereur Alexandre demanda du temps pour décider sa mère ; mais une autre négociation, entamée en même temps avec l'ambassadeur d'Autriche à Paris, avait eu un succès complet. C'est ainsi que les tergiversations do la Russie conduisirent l'Empereur à épouser une princesse autrichienne.

« La fierté de Napoléon était encore » blessée du refus qu'en 1807 la Russie » avait fait de sa main, puisqu'il s'était » exposé à la guerre en expropriant la » princesse russe d'Oldenbourg de son » duché. » (Page 62.)

Il y a dans cette allégation autant d'erreurs que de mois. Nous avons expliqué ce qu'on doit croire de ce refus prétendu ; nous n'avons pas besoin de montrer ce qu'il y a de ridicule à supposer que c'est par dépit que Napoléon a compris Oldenbourg dans la trentedeuxième division militaire. L'auteur lui-même ajoute immédiatement que « les passions qui gouvernent si despo- » tîquement les autres hommes étaient » dé trop faibles mobiles pour un génie » aussi ferme et ^ussi vaste (que celui » de Napoléon). » Que signifie donc ce qui précède ?

Le duché d Oldtinboui^ devait, par sa situation géographique , suivre le sort des villes anséatiques, an aûlifia desquelles il est enclavé. Le système continental, établi par le traité de Til* sitt« ne pouvait nuire efficaoement à l'Angleterre qu'autant qu'il recevjrait une exécution compiâte por Tinterdifi* tion des ports au coaunerce anglais; et cependant toute rAllemagne recetait les marchandises anglaises par las mers du Nord et de la Baltique. La possession d'Oldenbourg ayant été ga* rantie au Duc par le traité de Tilsitt , l'Enopereur ofint en indamtité la pfin»

cipauté d'Erfurt et la seigneitfie de Blankenhayn ; mais cet éebaage fut refusé comme ne présentant pas un équivalent. La Russie saisit avec empressement ce nouveau prétexte de rupture, et adressa aux ministres des cours de l'Europe une protestation qui, par sa forme autant que par son but réel, était une offense grave faite à un allié.

Rien, au reste, n'était plus £»oiie que de s entendre dans une négociation à l'égard du duché d'Oldenbourg. Mais la Russie, au lieu de l'aborder franchement et dans l'esprit du système qui liait étroitement les deux empires « s'empai^ avidement de cette occasÀoa de masquer l'intention où elle était de rompre avec la France pour se livrer à l'influence anglaise..

« Un fait évident suffisait pour la }) précipiter tôt ou tard dans cette lutte; » c'était r existence d'un ejnpiro rival )) du sien, etc... Il était évident qae la 1) guerre seule pouvait décider de ee » grand débat, de cette grande et étep* » nelle lutte du pauvre contre le riche.» (Page 63.)

L'auteur a fait entendre plus haut que la cause de la guerre se rapportait àrAngîoterrc,ot au maintien du sys-

L'EMPIRE

tème continental, seul moyen de porter le cabinet de Londres à la paix. S'il ajoutait à ce motif si vrai, que le résultat de cette guerre serait avantageux pour l'Europe , et glorieux pour TEmpereur, qu'il constituerait le défenseur de la civilisation contre la barbarie, il serait compris par les hommes de bonne foi. Mais que signifie cette vague déclamation, un peu niaise, devant de à hauts intérêts, malgré sa jHrétention philosophique, que cette guerre était ta lutt$ du pauvre contre le riche ?

. « Les grands de la cour s'effirayaient » de ce redoublement de guerre, etc.»

(Page6fc.)

Ces grands sont les ministres du trésor et des finances, qu'il estasses singulier de confondre avec les cour-, tisans. L'auteur, suivant sa méthode, les ftit parler. L'un, le comte Mollien, dit que s€$ fmancts ont besoin de repos; langage bien insignifiant dans la boudie d'un homme si positif. L'autre , le duc de Gaête , dit que jamais Vitat des finances n'a été pins satisfaisant. Comment accorder ces deux opinions? Il est vrcû que le duc de Gaête, qui entmidait si bien son affaire, et qui ne s'occupait pas d'autre chose, va parler comme un ministre de la guerre, de rations de pain, de fourrage ; comme un ministre de la marine, de chanvres, de goudrons, de mâtures. Que tout cela est bien imaginé! Mais la plus belle invention est celle dont Fauteur &it honneur à TEmpereur. Ce ne sera pas à ses ennemis, mais à ses alliés , qu'il fera payer les frais de la guerre. On voit bien le motif de l'invention, mais on en voit aussi l'absurdité. Les alliés de Napoléon étaient la Prusse, encore débitrice de sommes considéra- Ues, et à laquelle il n'avait rien à demander ; le ÔanemarHc, qui n'avait rien

à donner, et l'Autriche, qui probablement ne se serait pas laissé faire.

« Ce fut là , peut-être , ce qui lui at- » tira le reproche de s'être servi d'un » moyen qu'il avait repoussé dans la » guerre d'Autriche, et dont, en 1793, » le célèbrePitt avait donné l'exemple.» (Page 66.)

L'auteur veut-il insinuer par là que Napoléon comptait sur un moyen que n'avoue pas la morale, mais dont la politique s'est quelquefois servie ? L'histoire reproche, il est vrai , à la mémoire du grand Frédéric et de Pitt, de n'avoir pas été scrupuleux à cet égard. De nos jours même, on a vu des agents, à l'insu de ceux dont ils dépendaient, se livrer à ces sourdes pratiques. La fierté du caractère de Napoléon a toujours répugné à l'emploi de semblables fraudes.

S'il avait eu le dessein de répandre en Russie de faux billets de banque russes, cola était facile à celui qui disposait de la moitié de l'Europe, et qui avait plus d'un point de contacf avec les contrées russes. L'auteur, qui va dire tout-àl'heure que Napoléon ne se servit pas de ce moyen , était bien à son aise pour passer ce trait sous silence. On serait tenté de croire qu'il n'a pas voulu perdre l'occasion de chercher à jeter de l'odieux sur le héros de son histoire.

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