CHAPITRE II
a Cependant Poniatowski,àqui cette » expédition semblait promettre un » trône, se joignait généreusement aux » ministres de l'Empereur pour lui en » montrer le danger.... D peignit la » Lithuanîe déserte , peu praticable , la » noblesse déjà presque à demi russe, » etc. » (Page 67.)
L'opinion du princePoniatowski était toute contraire à celle que l'auteur lui
suppose. Pour peindre la Lithuanie comme déserte et peu praticable, il aurait fellu qu'il ne l'eût pas connue. Quel désert en effet que la riche et fertile Samogitie , qui fait partie du gouvernement de la Lithuanie I Pour supposer l'auteur de bonne foi , H faudrait qu'il n'eût pas fait la campagne de Russie.
Le prince savait trop bien que toute la Lithuanie était restée attachée de cœur à la patrie polonaise ; et M. de Ségur lui-même cite (page 31) FarrivécàTilsitt (f «ific diputaiion de Wilna venant lui demander (à Napoléon] la liberté et lui offrir U même dévouement qu*a montré Varsovie. LeMaréchakles-logisdu palais n'ayant que des notions vagues, il n'est pas étonnant qu'il dise tour à tour le pour et le contre. Hais comment se fidt-il que, voulant écrire l'histoire , il n'ait pas cherché à connaître la vérité^ et surtout à éviter de tomber à chaque instant dans des contradictions avec luimême?
(c II s'adressa encore à trois de ses » grands officiers, etc. » (Page 68.)
L'auteur nous donne ici le procèsverbal d'une espèce de conseil de son invention, où il fait parler à sa guise les acteurs qu'il met en scène. On y reconnaîtra une froide copie d'un trait du dialogue d'Eucrate et de Sylla, qu'il emploie sans le citer, et qui est le passage le plus piquant de cette partie de son ouvrage. Quand il fait ensuite parler l'un de ces trois interlocuteurs au sujet du mauvais état de l'armée, il ne prête aucune réponse à Napoléon sur un point aussi important. Sans doute il a pensé que l'Empereur y avait suffisamment répondu par la première bataille.
Au reste, l'importance que M. de Ségur cherche à donner aux conseils de ces trois personnages, peut être facilement appréciée par le lecteur. L'un d'eux, le duc de ïrioul , avait parcouru deux
fois la route de Pétersbourg à Memel en courrier. En admettant qu'on connaisse un pays en courant la poste * M. le duc de Frioul n'aurait connu que l'Estonie, l'Ingrie et la Livonie, qui ne sont pas à proprement parler la Russie. Un autre, le comte de Ségur (1), devait connaître la monarchie, la politique russes au temps de Catherine; mais ses notions, qui remontaient si loin , n'étaient pas applicables aux circonstances.
Quant au troisième (le duc de Vicence)» il venait de résider pendant plusieurs années à Pétersbourg ; son opinion aurait eu plus de poids , si sa prévention pour les Busses n'avait pas été parfaitement connue de Napoléon.
L'auteur , après avoir cherché à établir la ressemblance de l'expédition de Napoléon en Rus^e, avec celle de Saint Louis en Afrique, ajoute : a Geliez» (l'ex- » pédition en Russie) était indispensa- » ble à l'achèvement d'un grand dessein » presque accompli. Son but n'était » point hors de portée; les moyens » pour l'atteindre étaient suffisants. » (Page 77.) Singulière conclusion d'un chapitre entièrement consacré éprouver tout le contraire. Le grand dessein^ presque accompli y était de contraindre l'Angleterre à la paix par le système continental. Dire que «on achèoemetu était indispensable , que le but n était point hors de partie, que lu modems pour Vatteindre étaient suffisamu^ c'eat justifier ce grand dessein sous tous les rapports. Ce n'est cependant pas pour, cela que H. de Ségur a écrit son livre*
CHAPITAB III.
Nous avons vu Napoléon aux prises avec ses grands dignitaires, sesminis-
(1) Père de Taqleur.
L'EMPIBB.
très, ses grands officiers; nous allons voir a' cet homme mystérieux, donnant à set traits, pour tant ff antres si terri-hles, l'expression tune douce et touchante bienveillance, employant Virrésis" tible attrait du plus naïf et du plus confiant épanchement , affectant une rota; Caressante , exerçant enfin une espèce de puissance magnétique sûr le militaire, sur te ministre élevé dans Cancien monde, enfin ne voulant ni s'expliquer, ni se donner la peine de feindre devant les hommes superficiels et sans expérience, et s^ écriant brusquement: vous ne comprenez rien 4 tout ceci; vous en ignorez les antécédents et les conséquents] » (Pages 78, 79 et 80.)
Nous serions tentés de croire' que le Maréchal-des-logis du palais se compte parmi ceux qui assistaient au conseil; car ces dernières paroles ne peuvent s'appliquer à personne mieux qu'à Fauteur de la Campagne de 1812.
Vient ensuite le tour des princes de la famille de l'impératrice Joséphine , du cardinal Fesch, qui est vivement tancé pour son obstination à ne pas vouloir voir une étoile en plein midi.
L'auteurfait parler, selon sa fantaisie, ces derniers interlocuteurs , et il met dans la bouche de Napoléon des discours que personne n*a entendus , lui encore moins que tout autre, puisqu'il approchait rarement de l'Empereur. Ce prince, toujours impassible à l'aspect Aes plus grands dangers , et plus que jamais infatigable , est représenté, dans ce chapitre, comme préoccupé de l'idée de sa mort, et ses forces comme déjà déclinant au point qu'il pouvait à peine soutenir le court exercice de la chasse, le galop des chevaux les plus doux. (Page 85.)
En même temps que l'auteur nous dit <( qu'une grande inquiétude préoc- » cupait Napoléon , !a pensée de sa mort,»
il nous montre « son esprit à la fois » trop ferme et trop éclairé pour lai&- » ser dépendre d'une faiblesse d'aussi » grandes destinées. » (Page 84*.]
En même temps qu'il le montre dé* cidé à la guerre « pour consolider le » grand empire en rejetant la puissance » russe au-delà du Borysthène » (page 84), et qu'il lui fait dire « que la paix est » à Constantinople, c'est-è-dire à la fin » de l'Europe , » (page 79) (notez bien cette charitable insinuation) , il le fait voir n'allant en Russie ^ue pour attaquer les Anglais dans une campagne courte, après laquelle on se reposera, (Page 80.)
En mémo temps qu'il montre c( sa » précipitation à commencer celte ter- » rible guerre » (page 8i), il le fait voir ne s'y décidant qu'après une pénible hésitation (page 85) ; et lorsqu'il éclate dans Y audience du 3 août 1811 , <( cet » emportement, présage de la guerre, » est une preuve de plus de sa repu* » gnance à la commencer. . . et une me- » nace dont l'objet es\ d'arrêter les pré- » paratifs d'Alexandre. » (Page 86.)
Le lecteur qui réfléchit, passe à la hâte ces pages qui ne lui apprennent rien , sinon que l'auteur ne sait pas môme à quelle opinion s'arrêter.
Pour finir par un trait piquant, il raconte ce singulier dialogue entre Napoléon et un ambassadeur revenu de son poste, où il n'a pas vu les préparatifs de laRussie, quoiqu'ils frappassent les j^eux de toute l'Europe. « Vous aussi êtes )) devenu Russe. Vous êtes séduit par » l'empereur Alexandre. — Oui , Sire , » parce que je le crois Français. » (Page 86.) Napoléon aurait eu raison de dire que M. de Vicence était Busse, si ce ministre eût pensé comme Alexandre ; mais est-il probable que cet ambassadeur soit convenu qu't7 avait été séduit^ et que , pendant son séjour à Pétersl>our£ï, il avait vu un empereur français
dans Fempereur de Russie? L'auteur, qui ne sent pas ce qu'un tel récit a d'invraisemblable et de ridicule , croit cependant écrire Thistoire.
GHAPITM IV.
Dans un chapitre de cinq pages, consacré à la négociation qui avait pour oljet de rapprocher les deux parties, et de prévenir la guerre , Fauteur nous montre Napoléon gardant le secret de sa perplexité (page 87), sans s'apercevoir que celui qui délibère n'est pas décidé à être l'agresseur. L'Empereur, qu'il nous a peint jusqu'ici si ardent à poursuivre son entreprise, qui, deux pages plus loin, ne rêve que Moscou, découvre tout à coup ce qu'il n'avait pas encore soupçonné, c'est que l'état de ses affaires ne lui permet pas de faire la guerre. Des revers en Espagne, des démêlés avec le pape , des échecs essuyés par les Turcs , des inquiétudes sur les subsistances de la France qui ne compte plus que « des vieillards , des » enfants, des femmes et des mères qui » pleurent et crient , penchées labo- » lieusement sur cette terre qui , sans » elles, resterait inculte (1) ; » (page 88) tout cela lui est révélé dans une « des » longues nuits d'hiver où son étoile » paraît l'éclairer de sa plus vive lu- » micre. » (Page 87.) Les différents génies des peuples qu'il a vaincus^ lui apparaissent menaçants. Troublé par cette fantasmagorie , « il devient sou- » deux et agité. Il rassemble les diftëw rents états de situation de chaque
(1)Le dënombremeut du peuple français, fail après la chute de I^IapoléoQ, duquel il résulte que la population de la France s^étail accrue de cinq millions d'âmes, lépond yicioiieusement h cette diatribe.
)) puissance de l'Europe (1), et s*en foit » composer un résuiné exact et com- »plet. » (Page 89.)
Le génie de Napoléon, qui alliait à l'audace tant de circonspection , qui n'abordait aucime question sans l'examiner sous toutes ses faces, qui n'exécutait rapidement que parce qu'il avait longuement et profondément médité, se reconnaltF-il dans les phrases qu'on vient de lire? L'auteur a-t-^l voulu écrire un mélodrame ou l'histoire?
Napoléon sentait vivement le hetfin de terminer les affaires d'Espagne. Il regrettait d'être contraint de les abandonner, pour aller repousser un ennemi puissant que lui suscitait l'infatigable inimitié de l'Angleterre. Il ifie se serait pas exposé à compromettre son ouvrage, pour la gloire brillante, mais si intempestive , d'ajouter à ses surnoms de conquâte celui de Russit/ue, à moins qu'on ne le suppose atteint de Cblie* Si ce n'est pas ce que M. de Ségur a voulu prouver, c'est du reste la moralité qu'on peut tirer de son livre.
Il se place à c6té de lui, comme témoin de ses agitations a au milieu de » ses longues nuit» d'hiver où l'on reste » longtemps seul avec soi-même »
(page 87), et oublie que les nuit» de Napoléon, en grande partie consacrées au travail, et où il itait seul avec luin même, n'avaient pas de témoins. Cependant l'auteur Ta vu « à demi ren- » versé sur un sopha , se réveillant » comme en sursaut, croyant s'enten- » dre nommer, et s'écriant : Qui m'op- » pelle ? » (Page 89.) Comne l'Oreste de Crébillon, ou comme l'ivrogne à qui l'on prétend que ce tragique a dérobé ce mouvement sublime.
(!) Qu'csl-cc que les différents états de siuiation de? puissances de l'Europe ?
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L*£MPIBE.
On ne voit pas encore là de ]a négociation ; nous y voici.
a Le 25 mars 1812, CzernischefF porta » de nouvelles propositions à son sou- » verain. Napoléon offrait de déclarer » qu'il ne contribuerait ni directement » ni indirectement au rétablissement » d'un royaume de Pologne. » (Page 90.) Cette déclaration avait été consentie un an auparavant et en propres termes.
Le 1" janvier 1811 , le duc de Vicence avait signé, avecM. deRomanzoff , un traité qui fut envoyé à Paris avec la ratification de l'empereur Alexandre.
Par l'article premier, la France s'engageait à ce que le royaume de Pologne ne fût point rétabli. Plusieurs autres articles étaient très favorables aux projets d'extension de la Russie. Mais ce fut surtout le premier qui choqua l'empereur Napoléon. « Je ne suis pas le destin, dit-il ; tout ce que je puis faire, c'est de m'engager à ne contribuer en rien, ni directement ni indirectement^ au rétablissement du royaume de Pologne. » L'article premier ayant été ainsi modifié, TEmpereur ne fit aucun changement aux autres. Il signa le traité, et l'envoya à Pétcrsbourg. Alexandre se montra blessé de ce que Napoléon refusait sa ratification pure et simple à un traité que , lui Alexandre, avait ratifié. Ces discussions, l'augmentation de l'armée russe sur les frontières du duché de Varsovie , l'insistance de la Russie pour obtenir Dantzig en échange d'Oldenbourg , confirmèrent les soupçons de Napoléon sur la volonté d'Alexandre de profiter, pour s'emparer de la Pologne, des obstacles que la France éprouvait en Espagne.
On négociait donc depuis une année, et M. de Ségur , qui prétend tout dire dans une page et demie, ne voit commencer la négociation qu'au 17 avril , pour la résoudre en quelques jours. Il
est vrai que, dans ce peu de lignes , il montre Napoléon toujours prêt à traiter, l'empereur russe éludant les négociations, et V ambassadeur moscovite remettant presque en même temps Vultimatum (page 91), ou, en d'autres termes, la déclaration de guerre de son maître. L'auteur, qui ne s'embarrasse pas facilement, n'eu peint pas moins Napoléon comme Tagresseur. Il ne manquera pas cependant de dire ailleurs que, ne pouvant pas faire sortir l'ambassadeur du cercle de Popilius , qu'il trace autour de lui. Napoléon fait écrire par son ministre à M. ]^ comte de Romanzoff, pour tenter un rapprochement par cette communication directe ; qu'il envoie pour le même but le comte de Narbonne à Wilna avec une lettre pour l'empereur Alexandre; que , ne se rebutant pas par le peu de succès de ses démarches pacifiques , il ordonne au comte de Lauriston , son ambassadeur, de demander à se rendre au quartier-général russe, pour y renouveler des instances et des propositions; et que c'est seulement après l'inutilité de ces tentatives multipliées, qu'il acquiert la certitude que son ennemi ne peut être désarmé, et que, dans rimpossibilité de négocier , la guerre est le seul moyen d'obtenir la paix. Forcé, poussé à bout par la conduite de Tempereur Alexandre, Napoléon part enfin ; il part à regret, et marche au-devapt de cette lutte que la persévérance de ses efforts n'a pu prévenir, et contre l'adversaire qui, depuis deux mois , lui a déclaré la guerre.
CHAPITEE V.
M. de Ségur donne six pages à ce chapitre, qui doit opérer le dénoue-
ment de toutes les négociations; il pouvait être plus court , car il n'y a pas un mot de négociations. Il est rempli de petites anecdotes controuvées, recueillies pour avoir l'occasion de louer plusieurs personnes auxquelles l'Empereur accordait quelque confiance, et de jeter des insinuations défavorables sur Tune d'elles.
Voici d'abord M- de Talleyrand, « qui doit être envoyé à Varsovie; mais » la jalousie d'un compétiteur et une » intrigue le rejettent dans la dis^ » grâce. Napoléon, abusé par une cai> lonmie adroitement répandue, crut » en avoir été trahi. Sa colère fut ex- » trême, son expression terrible. Sa- » vary (seul protecteur de M. de Talley- » rand) fit pour l'éclairer de vains ef- » forts. » (Page 93.)
Ce compétiteur jaloux et intrigant , lauteur fait ce qu'il peut pour qu'on le devine ; c'est le duc de Bassano. L'anecdote a autant de vérité que l'imputation faite au caractère de ce ministre. Napoléon eut en effet la pensée de charger M. de Talleyrand d'une ambassade pour opérer la révolution de la Pologne. H hésitait, et c'était encore un secret, lorsqu'il apprit/ par des rapports privés de Vienne, que ce secret était connu. Il ne crut pa$ avoir été trahi; sa colère ne fut pas extrême, ni son expression terrible ; cela n'en valait pas la peine. Il renonça à son projet, et voilà tout. Une lettre écrite par M. de Talleyrand fut plus tard transmise à Wilna , et Napoléon ne força pas , comme le dit l'auteur, « son secrétaire » d'envoyer cette lettre à celui-là même » de ses ministres qui redoutait le plus » le crédit de Talleyrand. » (Page 94.) Le secrétaire dlB Napoléon avait-il besoin d'être forcé pour envoyer une lettre sur les affaires politiques au ministre qui avait la politique dans son dé-
partement , parce que ce ministre aurait redouté le crédit de M. de Talleyrand, qui , depiûs plusieurs années , était sans crédit. L'histoire a bien à faire de pareilles billevesées.
En voici une autre, et c'est à l'occasion du même ministre. « Ou Tenten- » dait répéter que l'Empereur n'était » pas assez grand, qu'il fallait qu'il fût » plus grand encore pour pouvoir s'ar- » rêter. » (Page 95.) Qui l'entendait?
Est-ce M. de Ségur? M. de Bassano p^ut l'avoir souvent traité avec bonté ; mais on ne pensé pas qu'il lui ait ja« mais parlé de ses idées politiques. Il se pourrait qu'on eût vu des ministres approuver hautement les projets de l'Empereur et les blâmer tout bas, lorsque les événements avaient prononcé contre eux. On en a vu aussi s'opposer courageusement, mais auprès de Napoléon seulement, à des résolutions projetées, et s'interdire ce blâme, aussitôt qu'arrêtées elles étaient devenues un décret du souverain. Ces derniers faisaient doublement leur devoir. Mais peut-être ne s'en sont-ils pas vantés, et l'on conçoit que M. de Ségur, qui n'avait de rapports avec les ministres que quand ils Tinvitaient à dtner ou à danser, ne soit pas entré fort avant dans les secrets ministériels.
Il sait cependant , dit-il, qu'un ministre se taisait ; que si un autre flattait l'Empereur (page 95), d'autres ne lui épargnaient pas la vérité^ l'un en gémissantf l'autre en pâlissant^ un troisième en rougissant ; que les ministres et aides-de-camp de Napoléon <k ont été » vus plusieurs fois terminant ces al- » tercations, en se retirant brusque- » ment et en fermant la porte sur eux >; avec violence. » (Page 96.)
Le Maréchatdes-logis du palais , qui a peut-être regardé quelquefois de loin la porte extérieure du cabinet,. aurait-il
L'EMPIBE
aperçu ces belles choses, tandis que personne autre ne les a vues ? M. de Séîçur, que rien n'arrête, joint à cette liste des opposants le général Rapp et le général Lauriston. Il n'y a qu'une difficulté ; c'est que le premier était à Dantzig et Tautre à Pétersbourg. Au reste, tout le monde sait que les ministreset les aidesde-camp étaient des gens trop bien élevés , et Napoléon un homme trop pénétré de ce qu'on lui devait, pour que de telles incartades aient eu lieu. On croirait que l'auteur n'a jamais approché ni de Napoléon, ni de ses ministres , ni do ses aides-de-camp.
« Il donne ces détails, parce qu'ils » sont mal connus, parce que Napoléon , » dans son intérieur, ne ressemblait pas » à l'Empereur en public, et que cette » partie du palais est restée secrète. » (Page 96.)
Si elle est restée secrète, comment est-elle paiTenue à la connaissance de M. de Ségur, qui , adjudant ou maréchal-des-logis du palais, n'est jamais entré, à aucun titre, dans cet intérieur? L'idée que l'auteur veut donner de la cour des Tuileries est en effet nouvelle, et dérangera bien celle qu'on s'en était faite en Europe.
« Dans cette cour sérieuse et nou- » velle, on parlait peu. » (Page 97. ) Dans cette cour sérieusp et nouvelle , on parlaittoujours avec respect à l'Empereur, et on ne faisait point de confidences à ceux à qui la nature de leur service les rendait étrangères.
«Tout était classé sévèrement; de » sorte qu'un salon ignorait lautre. »
(Page 97.) Comment M. de Ségur a-t-il donc su ce que le salon de service ignorait?
« On ne peut bien comprendre les )) grands événements de l'histoire , ï) qu'en connaissant bien le caractoro (4 » les mœurs de ses principaux pcrs^n-
» nages.» (Page 97.) L'auteur, par cette réflexion, fait la critique de la peinture qu'il a tracée , mais il est persuadé qu'elle est fidèle : félicitons la postérité d'avoir ce garant.
(( Cependant une famine s'annonçait » en France... Napoléon fut forcé de » suspendre son départ... Cette guerre, » où chaque heure perdue était irrépa- » rable , fut retardée de deux mois. » L'auteur va dire, dans la phrase suivante, que ces heures n'étaient pas perdues , puisque « ce retard don- » nait aux moissons nouvelles des Rus- » ses le temps de croître » (page 97) ; mais peu importe. M. de Ségur nous dira encore , au commencement du premier chapitre du Livre suivant, que Napoléon, immédiatement après avoir reçu l'ultimatum de l'ambassadeur moscovite, quitta Paris le 9 mai. En effet, ce retard de deux mois n'a pas plus existé que sa cause. Dès le 15 août 1811, et au milieu des fêtes de cette journée, Napoléon, averti que les apparences do la récolte n'étaient pas favorables, avait réuni à l'improvislc et formé, avec plusieurs de ses conseillers que la solennité du jour amenait *à Saint-Cloud, un conseil dont h s subsistances à venir de la France furent l'objet. Ce même jour, il avait arrêté des mesures de précaution, dont le développement successif procura des ressources abondantes contre la calamité qu'il prévoyait. Ces mesures fuirent telles que, dès la fin de cette mémo année, tous les approvisionnements de secours pour la France étaient assurés; de sorte que, bien avant de quitter Paris, leur exécution était complète. Il n'en coûta à la France que douze millions, et le fléau fut conjuré. Ce fait était peut-être digne de l'histoire ; mais il honorait 1'^ gouvemomenf ào Napo- K'on!!!
Si Tauteur estime, dans son jugement, que Napoléon eût dû partir plu£ tôt de Paris, il aurait pu, au lieu de supposer une cause de retard imaginaire, en trouver une bien simple dans Futilité de laisser à rAutriche et à la Prusse le temps de se mettre en mesure d'exécuter des traites signés en mars; dans la nécessité de laisser aux troupes qui étaient surTOder le temps d'arriver sur le Niémen ; enfin, de ne pas négliger les dernières espérances de conciliation. Pendant qu'on différait de répondre au prince Kourakin , parce qu'on n'aurait pu le faire qu'en acceptant la guerre, le ministre des relations extérieures traitait directement par écrit avec le comte de Romanzoff. On attendait la réponse de ce ministre ; on se flattait qu'il désavouerait les injonctions hostiles de Kourakin.
Quoi qu'il en soit, M. de Ségur se décide à laisser Napoléon sortir de Paris ; mais c'est uniquement pour aller chercher une bataille, a Tel fut son espoir. . . » dit notre historien, « tel était Napoléon. » Ces fondateurs d'empires, » ajoutet-il, « ne sont arrêtés ni par la guerre, ni » par les tremblements de terre, ni par » tous ces fléaux que le ciel perniot, » sans daigner en faire comprendre l'u- » tilité à ses ^^ctimes. » (Page 98] . A cette réflexion banale, qui a la prétention d'être philosophique , et qui par sa nature appartiendrait plutôt à un sermon qu'à un ouvrage d'histoire , nous nous contenterons de répondre que les fondatciin d'empirei, les fléaux elles ircmbletnenfs de terre, dont parle M. le Maréchal-des-logis, n'ont été funestes ni à lui ni à sa famille.