CHAPITRE II
Nous voici au passage du Niémen.
« Napoléon, dît l'auteur, qu'une voiture » avait transporté jusque là, monte à » cheval. » (Page 142.) M. de Ségur voudrait-il faire croire que Napoléon , dédaignant de partager les fiatigues du soldat, faisait commodément la guerre en voiture ? Ceux qui l'ont connu, savent que, lorsque aucun objet important ne devait attirer son attention sur la route , il suppléait, en voiture , au repos que ne lui permettaient pas de prendre ses occupations multipliées.
Mais le plus souvent il y travaillait.
« Napoléon reconnut le fleuve russe » (le Niémen) sans se déguiser, comme » on l'a cru faussement. » (Page 142.) Puisque M. de Ségur attache de l'importance à paraître particulièrement instruit d'un fait fort minutieux en luimême, il aurait dû s'en mieux informer. n eût été exact de dire que, le 23 juin, l'Empereur se couvrit d'une capote et du bonnet de police de l'un des chevaulégers polonais de l'escadron de service de sa garde, pour reconnaître le Niémen. Napoléon ne se couvrit pas de la nuit (page 142), d'abord, parce qu'il n'aurait pu bien choisir son point de passage, n'y voyant pas ; ensuite, parce qu'en juin , il fait déjà jour dans cette contrée à deux heures du matin.
Comment M. de Ségur avance-t-il que Napoléon, dans 'cette reconnaissance, a franchi la frontière , quand ce n'est que le 23, à dix heures du soir , que Tarmée a commencé son passage?
Ne se serait-il permis une pareille licence que pour am^er ce rapprochement : « que cinq mois après, Napoléon )) ne put repasser cette frontière qu'à la » faveur d'une même obscurité » (page 142) ; ce qui est un fait aussi inexact que l'intention est peu bienveillante.
On croirait, en voyant la description que fait Tauteur du passage du fleuve, et de la nuit pendant laquelle il s'opéra, qu'il n'a jamais couché au bivouac.
Quelle singulière idée les militaires se ferontr-ils de lui , en lisant ses jérémiades pour avoirpassé une belle nUit d'été à la belle étoile ! Heureusement que les soldats français n'avaient pas été aussi démoralisés par cette nuit de bivouac, que M. de Ségur. Leur courage n'en était pas refroidi, « puisque leur ardeur )) était si grande que deux divisions » d'avant-garde se disputant l'honneur » de passer les premières , furent près » d'en venir aux mains. » (Page 146.)
Plus bas, il place Napoléon à l'entrée du pont, qu'il a passé sans hésiter pour encourager les soldats de ses regards (page 146). Ce sont les mêmes soldats qu'il vient de nous peindre comme prêts à en venir aux mains pour passer. « Ils parurent plus animés que lui, soii » qu'il se sentit peser sur le cœur une » si grande agression , soit que son » corps affiaibli ne pût supporter le » poids d'une chaleur excessive, ou que » déjà il fût étonné de ne rien trouver » à vaincre. » (Page 146.)
M. de Ségur ignore que , quand il s'agît de surprendre un point de passage sur une rivière , on manœuvre de manière à ne pas y trouver l'ennemi.
Lorsqu'on a réussi, comment serait-on
étonné de ne rien trouver à vaincre? Le seul obstacle à vaincre, c'était le fleuve^ et il était vaincu.
M. de Ségur ne l'est pas. D a' plus d'une réserve toute prête : le corps af' faibli de Napoléon ne peut supporter le poids (Cune chaleur excessive. Ainsi, le général qui avait bravé si souvent le climat de l'Italie dans la canicule; qui, au milieu des sables du désert , avait supporté sans se plaindre les ardeurs du soleil de Syrie , ne pouvait pas , le 24 juin , au bord du Niémen, résister à la chaleur du nord de l'Europe. Le lecteur serait tenté de croire que c'est d'un autre Napoléon qu'il s'agit. Et, en eife^, le portrait tracé par M. deJSégur, et qui apparaît dans tout son ouvrage, ne ressemble pas plus au général de l'armée d'Italie, qu'à celui qui, Tannée suivante , vainquit à Lutzen, à Champaubert, à Montmirail.
Notreauteur convient que ce qu'il dit n'est pas vraisemblable , mais il n'en est pas plus embarrassé. Ce n'est plus ni la chaleur ni l'étonnement de ne pas trouver l'ennemi , qui abat Napoléon , c'est une cause morale : il se sent peser sur le cœur une si grande agression. La phrase n'est pas française; le sentiment l'est encore moins. M. de Ségur oublie que, dans ses chapitres précédents, il a montré le prince Kourakin dictant un ultimatum (page 91) qui ne laissait d'autre alternative que la guerre; il oublie que l'armée russe était réunie longtemps avant l'armée française, et que l'empereur Alexandre se trouvait au quartier^ général de la Grande- Armée ^ avant même que Napoléon eût quitté Paris pour se rendre à Dresde ; il oublie ces démarches , qu'il a lui-môme rapportées, et qui se rattachent toutes au refus du maintien de la paix. Par cette conjonction quoique^ et par ces alternatives multipliées soit que , figures qu'il
L'EMPIRE
atîeclionne parliculièroment , il n'offre à son Jecteur que des énigmes k deviner. Mais malheureusement, panni tous les mots qu'il en donne, il ne fait jiunais connaUre le véritable.
(( Tout à coup il s'enfonça h travejw » le pays , dans la forêt qui bordait le D fleuve. Il courait de toute la vitesse » de son chevaL Dans son empresse- » ment , il semblait qu'il voulût tout » seul atteindre Tennerniv etc. » (Page JW.)
Conunent un écrivdia, qui porte un titre nulitaire , o$eHt-il travestir en extravagance digne de Don Quichotte , Taction toute i^mple d'un général en chef, qui reconnaît le terrain sur lequel il doit 'agir? L'Empejpeur ne fit pas la folie que lui prête M. de Ségur de courir tout seul à travers les bois. Il fit luimême une forte reconnaissance de cavalerie, et en eavoya d'autres dans plusieurs directions , afin d'avoir des nouvelles de Tennoaû. Mais le MsMrécbaldes-logis ignore c^a; il est probablement resté auprès des ten^, où ses fonctions le retonaieivt.
£n général, ce chapitre est un morceau à effet, sur lequel l'auteur parait avoir beaucoup compté. On y trouve la matière d'un mélodrame. C'est d'abord l'Empereur couché danssa tantù^étendu sms force dans un air immobile au mi- Ueu é^une Aaleur lourde. (Page 14-3.) Ensuite la nuit vient : quelques sapeurs passent sur l'autre rive; ils y trouvent un CoMfpgs ^eul, qui Uur demande qui ils sont. — Français, répondent-ils.
— Que voulez-^ous, reprit cet officier , et poMrquoi mtte^-vous en Russie? Un sapeur lui réplique brusquement : Vous faire la guerre I prendre Wilna I délivrer la Pologne I A ces mots, le Cosaque disparaît dans Us hois\ trois coups de fusil se font entendre ; c'est le signal qu'une grande invasion était commen-
cée ^Pages H3 et iU.)Les colûnnes françaises débouchent, a Le génie des » conquêtes enflamme les imaginations.
» (Page 1^5.) Oa voit Napoléon qui se D hâte de poser le pied sur la terre russe, » et de faire sans hésiter ce premier » pas vers sa perte. » (Page H6.) Au génie des conquêtes succède celui des tempêtes. L'auteur n'a pas oublié les présages. « Le cheval de Napoléon s'ap bat (page 1^2} , le jour s'obscurcit, le » vent s'élève, un orage survient» qui )) est grand comme l'entreprise, d (Page 14.7.) L'armée ne veut pas y reconnaître la réprobation d'une si graiide agres^ sùm. (Page tkS.) Le pont sur la Yilia est rompu; Napoléon s'irrita contre ^lU:
c'est Xerxès faisant frajpper de verges rfiellespont; « il affecte de la méprisar D conune tout ce qui lui fait obstacle, » et ordonne à un escadron de Polonais » de se jeter dans cette rivière. (Pagie » 144.) Ils périssent tous. » Ce dénouer ment du mélodrame fait succéder l'odieux au ridicule. L'auteur &it peser sur la mémoire de l'Empereur l'accusation d'avoir sacrifié à une colère insensée la vie de tant de braves gens. Voici la vérité.
Napoléon, AUTlvantsur la Vilia, trouva le pont rompu. Voulant avoir des nouvelles de ronucmi , il donua o^dre à uu escadron du régimentde.chcvau-légers polonais de la garde (i) de pa^qr la rivière , comme les Cosaques , à la nage. Quelques-uns, moins bons cavaliers que les autres, se séparèrent de l'escadron; uu chcvau-l(^er lancier de la première compagnie, nommé Tracia^i,
(l)G'éUit le premier escadrop , commande par le chef d'escadron Kozietulski, et composé de la promière compagnie, capitaine Zaluski, et de la cia<|ttiàine, capitaine Su*ptjfcki. Legéoéral li^rasinski, qut commandaJt le .rêgifu^nt, se jeta à Teau pour sauver un de ses soldais.
CAMPA6NB iul la Bdii>qiii péril. Uu officier ih ce njôine* eacadw», 1^ oorute Joe^ 2».
luskî, aloro eopitaîne, aujoimrimi aidede^ipdn »oiife Pologne, ayantaba».
(feMé son che\M ; eourait risqua de ge noyer > il fut swvé pai d^ omriets ss^ peu^ et <te9 soldai» dinfynterie légère. Qw devîeroent les kmeatationa Ae M. de Ségjwr ? Que devient ce saisisfienfcot d'ha^relmit (ffadmn^atm (p. IM^ qu'il prête à l'armée*.
Il en efil demém» decêt orage grmé ûwmfM Venirepfùe; il faut le. rédiwe à une simple avecse. Cfe qui a induit en erreur notre lystorien ,H;*'est qu'il a lu dans Labôume qu'un orage avait éclaté au moment où le.oorps dû Vîce-Sol posait le Niémen , leri» juin. Jlen fkih Iqîlilicsation au pa^^gedo Niémen par lEmpereup à Kjowno, le^», sans réfléchir à la diffyenoe de cinq jours qui euC lieu ei\tre pes deux opérations.
Mais M. de Ségur a'y regarde pas de si prèsi D'êftUeurs, en plaçant cet orage au paa^age niéme de rimpereur, il donnait à son récit une couleur bien plus dramatique , et trouvait Toccasion de grouper autour d^ c^ prétendu phé- Domèn^ , les réflenions mvstiques qui conviennent ai bjen à la tournyre de son e^prit^ G'Jte seulement ^rès les torrentfir de pfuie dont parle Labaume, * qu'un grand nombre de etievaux péri^ . rent, par suite d'un refroidissement subit deTatmosphère.
Tel est le ifeçit do passage du Niémen, écril, cgmmQ on Itfdit aujourd'hui, dans le style romantique, Jluisqu'il est chargé de^escripûons- et de. petits dé* tails racontés aveo de grands mgts.
Pour nous, nous le. qualifions de romanesqqe. Âin&i doit s'appeler une histoire où oe qu'on trouve le moins , c'est la vérité.
Cl|AP|Tl\E tu.
i'wteitr MHS tMUMporte à Wilna, 9ft'iLw)wrei»*éiente liwiéaa délire dé la Joie^ mm il a sotn de nom ftvertiv qm G«tte a exaUaiiiMi inéfléelie ébm » W» um, exoité» obw lea MlMs , dura » PM. >>(Pl«&i&9.) CetteeKallation iV^ .réfikkiê eat présanlle dm la même page, ooanie l'effet d'im poêrtoHime tmMr Mcort; or, un patriotisme qui ni dquijB longtenye n'estpas un sen- HmiA ksétéebL Cette exaltetioB était M^'térsekmiotieautetiv, et cependant il dit qu^UesemaniflBstaitparunépandiao^^ uniusqseli Mais un* sentfment McilÀM^peutéti» que ftu^Mee. U.é& Sépui devrait nous appi^endre eomment on l'avait Ut naltK. La poliee de Fkiris avaitHelle doue préoédé l'avanfr-garde pour préparer à Tamiéo des-aj^audis^ aemeols lorsqu^ell»^ e ntnerait à Wilna t L Empereur y reooit une adresse de^ ladiète de Vasaovie, àlaqiielleii répond. ^. de Séfiputir se hâte de l'accuser d'avoir glacé , par sa réponse, le sèle dos Pokn nais. a Us ne sujoent, diwil, à quoi en )> attribuer Ifi circonspection ; ils douté- » rent des intentioBs de Ni^lèoo....
» Mén^e autour de hii , on se deoiandaii » les motifs.de oette prudence qui pa- » raîasai^inteiiipaativfi* » (Page 1S6.)
Si , par les personnes qui soM autour de Ni^oléoni^ on entend les maréobaux" des-logis de son. pelais , et quelques officiers qui. ne voyaient dans, oette cam* liagne que la privation des plaisifa de Paris, il est asie&peu important pour rhistoire de savoir ce qu'on se deman* dait mtûur deoe prince. Cas messieun étaient bien loin d'avoir alors rinqwk* tance qu'iU.66 doniMit aujourd'hui-, et ce n'est pas dfaprès leurs jugement»
qu'on jugera l'Smpeffeur.
VeutHMi aavoir pourqubi Napolémii ne> dit pat d le noyanim dm rpligoo
L'EMPIRE
» existe, » comme le demandaient les députés de la confédération dePologne ?
Le voici. L'Empereur avait beaucoup d'intérêts à concilier, de devoirs à remplir. Son premier devoir était la paix , et son premier intérêt , de ne prendre aucun engagement qui le subordonnât à d'autres intérêts qu'à ceux de la France. Si celui d^t chaque faroU était un décret^ eût dit : « Le royaume de Pologne existe, » il n'aurait pu poser les armes qu'il n'eût existé en effet. Si ce royaiMfie devait son existence aux efforts unanimes d'une popukaion qui couvre deê eantréee «i étoignéts et si 4Undues, nul n'aurait pu lui imposer l'obligation de ne pas le reconnaître, encore moins de le détruire. Autre chose était pour lui d'être engagé par les événements, ou par sa libre volonté. U n'avait lié rAutriche à la cession ^une partie de la GalUciêy que pour le casoàfParmtedelaguerre,hr(Hfaume i€ Pologne viendrait à être rétabli (termes du traité d'alliance). Et qu'avait-on entendu par mire de la guerre? C'était la paix qui , en la terminant, aurait affranchi la Pologne. Ce ne pouvait pas être, lorsque la guerre était à peine commencée, l'insurrection qui, à ce seul mot, la Pologne existe^ aurait éclaté dans la Gallicie autrichienne, province renfermant autant de cœurs dévoués à la patrie , que celles où le sentiment de l'indépendance est le plus exalté. L'Autriche le savait ; eUe le craignait.
Napoléon était-il en position , à Wilna, de dire les mots solennels qui auraient justifié les craintes de cette puissance, et de taire ceux qui seuls auraient pu la rassurer? Ses devoirs , ses intérêts, sa conduite sont-ils sufBsanament expliqués? Ce ne sont pas là des conjectures ni des rumeurs de quarftier^énétal ; c'est la substance des instructions données alors au comte
Otto. Dans la campagne de 1806 conâre la Prusse, où. la Pologne pm&ienne était seule en question, Napoléon s'était tenu dans la même 1*éserve , parce qu'alors, conmie toujbdrs, la paix était pour lui le but de la guerre.
H. de Ségur,après nous avoir 'exposé ^ lapolitique d\h salon de service, fey^X la » froideur de la Lithuanie ,^ à laquelle » on dicta jusqu'aux élans de son* pâ- » triotismê, et d'oiî il 'résulta pour Na- » poléon, comme pour elle, une faiisse » position, où tout devint fautes , con- » tradictions et de'mi-mesures. » (Page 157.)
Pour y mettre le comble , on ajoute que Napoféon' laissa former un gouvememejpit provisoire , dont le « choix » fut malheureux en quelques points , » et déplut à 1^ fierté jalouse d'une no- » blesse difficile à conijpnter. » (Page 158.) Il est dommage poui; l'historien que rien de- tout cela ne* soU vrai. Le gouvernement lltfiuanien, composé de sept membre^, en comptait si|c choisis dans la plus haute noblesse ; le comte Soltan, le prince Alexandre Sapi'eha , comte Potocki^ comte Sierako^ski, comte Prozor et comte Tysenhaus. Le " septiènje, M. Sniadècki, avait été désigné comme le représentlnt de la cél^ bré université de Wilna, dont irétait le président. Ces choix eurent l'assentiment unanime.
« Napoléon comptait sur quatre mil- » lions de Lithuaniens; quelques rail- » liers seulement lé secondèrent. »
(Page 158.) TcfUte la population s'unjtà sa cause et la servit. ' ' • .
«.Une garde d'honneur, dit M. de » Ségur, lui avait été décernée ; trois » cavaliers le suivirent. » (Page 158. ) Napoléon avait quitté Wilna depuis plus d'un mois, .lorsque le prince Sapi^a lui proposa une garde d'honneur dont il lui ejpvoya la liste, et que l'Empereur,
peu disposé à Taccepter, n'tvut admise qu*au Qombre de'cinquante hom-
' mes. Elle se trouva Men plus conskléraMe, et, par l'ordpe de Napoléon, eUe deviot le nofau d' un «eeond régiment de chevau-légers polonais de la garde, dont le c(Hnmandement fot donné au braye (général Konopka. M. dbSégur neJes % paÉ vus , il n'a pas même été infiotmé^e leor sorf ; car il nous dirait sans dout^ que plusieurs centaines de ces jeûnes gens, appartenant aux famîHes les plus distinguée» de laLithuanie, sur()ris par une division de cavalerie commandée par le'géhéral Czaplits^ aide-de-camp de Tempereur de Bussie» tombèrent à Siofdm «entre les mains d^ Tennemi. . Cet* événement aurait pu ne pa$
, échapper à ThisCbrien, qui tient note de ^trois cavaliers suivant le qui^hier^géné» rai, lesquels étaient troU gentilshom- , mes polonais que le prince de Neuchàtslavaitattachésàson état-major comme interprètes, fl y a jeu de piques, dans cette histoire, où l'on ne trouve de pareilles bévues.
* Nous ne disons rien d^ ce grand débat * entre les généraux polonais qui accompagnaient l'Empereur Qt quelque&-uns des ^officiers de service auprès de lui. L'imagMiation de l'auteur n'a, selon son système , arrangé ces convorsatioAs que pour ftnir-
» nir des pireuves de «la tiédeur des Lithuaniens. Le dévouement , les sacrifices et les malheurs de cette flbble contrée^ auraient pu lui fiiire nattredes inspirations d'un genre plus élevé.
<c Ea fuite de l'ennemi ajourna cette Aictoîre, après laquelle on courait.
D L'Empereur pouvait attendre ses con-
> vois... Mais il ne voulut pas lâcher
> prise , Il lança sur les Russes
«quatre cent mille* hommes avec » vingt jours de vivres , dans un pays
» (s'empresse-t-on d'ajouter, de peur » qu'on ne loue tant d'activité), dans » un pays qui n'avait pas pu nourrir » les vingt mille Suédois de Charles » Xn. » (Page 1«.)
Le plan de l'Empereur avait complètement réussi. Dès l'ouverture de la campagne, il avait conpé l'aile gauche^ commandée par le prince Bagration , le corps de Doctoroff, ainsi que la division russe Dorokow (i), du centre de l'armée russe, qui fut obligée de fîiir vers la Duna sur son camp de Drisaa, abandonnant les magasins immenses réunis en Litfiuanie et en Samogitie , et nous laissant maîtres de ces deux provinces.
Arrivé à Wilna, l'Empereur ne lança pas quatre cent mille hommes sur les traces de l'ennemi. Ilfit manœuvrer les premier et quatrième corps pour empêcher la réunion, sur la Duna, des corps séparés de l'armée russe , en même temps qu'avec le corps principal il mai^chsût sur Barclay de ToUy. On pouvait attendre de ces opérations la distruction de Bagration, qui, devancé par le maréchal Davout, ayant sur son flanc le Vice-Roi, et poussé parle roi de Westphalie , à la tète de plus de soixante mille hommes, n'aurait pu passer le Dnieper sans livrer bataille contre des forces qui , par loir grande supériorité, l'auraient écrasé.
M. de Ségur se donne ample car- Ci) Cette division, formant Tavant-garde dv comte Schouwalof, éuit placée ^ Orany, où le désordie qui régnait aa quartier-général après le moaipement de rEnperottf l'avait Mt m* blier. Elle fut forcée de ^vre le aouYeneat de Bagration sur Smolenak. Le seul oorpa de Doctoroff put rejoindre lé camp de Driasa, an abandonnant son bagage et un grand nombre de ualneurs.
nère ikns ce€hifitre; il ^mmière les piikgei, les iBomdies , les désordres, les misèros qu'il dit «ignaler la marebe da rarmée. Nous ne farons qu'une remarque; c'est que daus les guerféS du beau temps de Louis XIV, dans celies du maréchal de Saxe, du Bisré<^al de Bfc^iie, dans les briHantas oampagnes de Mare9^(0, d'àusterUts, d'Iéna, de Wa^ram , un écrivain qui se serait amusé à décrire minutieuseraeot ce qui se passait sur les derrières de l'armée, aurait pu faire des kd^leaux sén»blables aux «ens , et causer, les salons et les boudoirs de Paris , les mêmes émotions que M. de Ségur. Cet historien aime beaucoup lés scène! de désordre et de pilllige ; il a réritaUementlavooaticm de p9intn tUê 4émê^ tJtêi. Au surplus, vcioi un échantillon de son style en ce genre, qui anns doute ne lui ouvriiu pas les portes de l'Àcadémia. Pour ne point fiitîguer le lecteur, mus ne puiserons que dans ui^ seule page.
a Une position si excessive am^a » desexcès... n
c( Ces hommes rudes et armés, assail- » lis par tant de besoins immodérés, ne » purent rester modérés.
» Ils se vengeaient des propriétaires » sur les propriétés.
» Il y en eut qui se tuèrent avant d'en » venir à ces extrémités.
. )> Mais plusieurs s'endurcirent. Un ex- » ces les entraînait à un autre, commS x> on s'échaufFe souvent par les coups » qu'oft donne...
» Au milieu de cette nature ingrate » ils se dénaturèrent...
» Ils crurent que leurs souffrances » les autorîsaieitt à fedre souffrir. » iPsgeies.)
Fidèle à son habitude de se contredire sans c(jssc,M. çle Ségur nous dit, quelques lignes plus loin, « qu'au reste ces
» dé|S8(ffes forent trè^ rAres eu Lithus» » nie. » (Page 1*69.) ,
Bientôt il stt{]i|)66e qu^iin maréchal vient dire à l'Empei^ur ,.<jue phisîéurs soldats de la jeun« garde «ont morts de Mai. Il fait interrompre bhisquement 06 rapport par Napoléon , qui s'^e.
(car rÂnpèreur s'écrie totl^W, et ne .
parie jamais): « C'est inl^aiible !« où j> sont leurs vingt jours de viWes T Des s soldats tÀ&n cmnmandés lie meurent » jamais de t^im. » \Vajg& 170.)
Cette réponse était trèsiUste ; M. l'Officier du pahis l'attribue au ^éêir tVé^ * chapper à bl dtmleur par Cinûfifdutité.
Puis Vtennent'id , comme à l'ordinaire, «de prétendus caquctages du .
quartier-général. Ceux auxquels le Mâchai revenu d'Espagne, alla fair^ses plaintes, et qui avaient sans doute mis^ • sion pour'^es entendre , (i^evraient bien être nommés* On doute Qu'ils ratifiassent le langage que l'auteur leur me^ dans la bouche. Quant à ces conversations Mt^ après ^joup , où l'on disait « que la santé du^chef était afbiblie.... » qu'il couvrait de mépris les difiicul- » tés...*poqr se conserver la force d'ess prit nécessaire pour les surmonter; p que, déjà inquieVet fluigué de la nou- » velle situation e;iritique où il venait de » se jeter... il allmt pousser son armée nren avant, toujours en avant, pour en » finir plus tôtH (pige 171), elles ne sont remarquables que parce Qu'elles font voir rineohlérence des idées naturelles à i/k écrivain qni ne sait pas bien ce qu'il veut dîr^. .
11 termine le diapitre en disunt que les dispositions de Napoléon « étaient' » dictées par la prudence la plus cl^irn voyante, mais qu1l se hiissait empor- » ter* par l'habitude , par la nécessité n des guerres courtes, des victoires ra- » pideset des paix subites.» (Page 172.)
Cette réflexion est mal fondée, lors-
CAMPAQNfe qtl'oiïe qttestioii gravd sé présentait à l'esprit de Napoléon, il rexamînaitsoui toutes les faces, avec cette grande pertpicacité, qui pour le génie est le cotip d*œil de l'aigle; et, dès qtfil en aTait Reconnu les avantages, sa décision avait la rapidité de la foudre. C'est cette promptitude dans l'exécution, qui a feit croire aux observateurs superflcieb (|n1l se laissait aller à la fougue de ses passions, et qu'il donnait trop au hasard.