CHAPITRE I
« LaLithuanie conquise, le but de la )) guerre était atteint. » ( Page 215. ) l'auteur oublie donc tout ce qu'il a dit dans les premiers chapitres de son ouvrage, qu'on allait faire en Russie la guerre à l'Angleterre ; qu'il fallait repousser les Russes en Asie; « que cette » expédition était indispensable àl'achè- » vement d'un grand dessein presque » accompli ; que son but n'était point » hors de portée ; que les moyens pour » l'atteindre étaient suffisants. » (P.T7.) Le vrai but de la guerre était de forcer l'empereur Alexandre à la paix , et à rentrer dans l'alliance qu'il avait jurée contre TAngleterre. Mais M. de Ségur ne débute ainsi que pour amener cette conséquence : VEmpereur doit s'arrêter à Witepsk.
Après avoir parlé ûbs difiCérents établissements formés dans cette ville, il ajoute : « On ne s'en tint pas à l'utile ; » on voulut des embelli3sements. Des » maisons gâtaient la place du palais,
» rHiiipereur ordonna de lc& abaltr^. » (Page 217).
Ne croiraii-on pas, à celle l^ctuvô, que Napoléon s'occupait sérieuM^meQt d'embellir la ville deWit^sk? S'il a fait abattre des masuriBs, qui enconv braient la place devant la maison qu'il occupait , c'était pour y passer la revue des troupes. D'ailleurs , il çst utile que les abord;& d'un quartier-géoéral no soient point embarrassés.
Murât viisnt dire à Napoléoa qya c( l'armée russe est terrifiée ; que sa ea- » Valérie légère seuji^ la mettrait en dé- )) route. » (E^ftge21k8.) A cette exaltation d'ardeur, on fait répondre très sérieusement par Napoléon : (c Deux grafida- » fleuves manquent notre position ; » élevons des blockhaus sur celte ligne. » Que les feux se croisent partout; ficur* )) mons le bataillon oarré ; des canoM » aux angles et à l'extérieur. Que ï'inté^ » rieur contienne les oantonnemeola » et les magasins, etc. » (Page 218»)
L'auteur aurait dû nous donner quûl<^ ques explications sur ce grand bataillon carré, avisant s^s feux de tous €étés, U parait cependmit bien oamprendro ces dispositions, puiaqu'il ajoute : « Ainsi » son génie concevait tout par masse; » il voyait une armée de quatre cent )) mille hommes comme un régiment. »
(Page 218.)
Maintenant M. de Ségur nous repré* sente Napoléon comm^ ne donnant au* cun ordre , si ce n'est celui de faire faire le siège de Bobruisk (place située ail mi^ lieu des marais) par de la eatalerie (page 219). De pareilles absurdités tom^ bent d'elles-mêmes. La divisl(Wi Dombrowski „ que l'auteur suppose réduite à douze cents hommes, était forte de douze bataillons et d'une brigade de cavalerie légère, formant environ neuf mille hommes. Elle était destinée à ob« server la division russe du général
CAMP46IJE Hœrtel et la place de Bohruisk. Le général Dombrowski devait cerner celle place, qui élait en mauvais état, avec son infanterie, et sa cavalerie était chargée d'en éclairer les environs. Il avait avec lui vingt-quatre bouches à feu . Ailleurs, c'est Macdonald auquel on n'envoyait ni les instructions ^ ni les moyens de s'emparer de Riga, tandis qu'il a à ses ordres le nombreux équipage de siège de Dantzig, et qu'avant de quitter Wilna , l'Empereur lui avait fait connaître ses intentions.
Bientôt M. le Maréchal-des-logîs oublie ce qu'il a dit de la résolution de Napoléon, déplanter ses ai jf/e^àWitepsk, et il se rappelle cjue ce prince s'est écrié en y entrant : Croyez-vous donc que je sois venu de si loin pour conquérir cette masuret (Page 220.)
M. de Ségur, qui aime à faire des tableaux , aurait bien dû faire celui de la cérémonie imposante qui eut lieu , lors de la réception du nouveau colonel des grenadiers à pied de la garde. Mais il pafese sur cela si légèrement , que l'on croirait qu'il est question d'un officier ordinaire, tandis qu'il s'agit d'un des généraux les plus distingués, promu à l'un des premiers commandements de l'armée. L'auteur, qui a cité si souvf^nt de simples officiers, aurait bien pu nommer le général comte Friant, ifioins connu qu'eux, il est vrai, dans les salons, mais M connu des braves. Il aurait dû dire que 4'Empereur tira son épée, le reçut lui-même et Tembrassa en lui disant : (( C'est la récompense de vos beaux et bons services , mais j'ai encore besoin de vous. Continuez à commander votre division pendant cette campagne ; vous m'y ôles plus nécessaire qu'à lu tête de vos grenadiers , que j'ai toujours sous mes yeux. »
Qui pourrait reconnaître l'Empereur au portrait suivant? « L*impatienee sai*
h sit NupoJéoii.... pu le voit ipqviirt.... » l'image de Moscou prisonnière obsède » son esprit.... une grande irrésolution » s'empare de toute sa personne.... qo » le voit errer dans ses appartements, » comme poursuivi par cette dange- » reuse tentation... ]l maj^che $ans oIh »Jet, demande l'heure, considère \ç » temps , et tout absorbé il s'arrête ; » puis il fredonne d'un pir préoccupé » et marche encore.... demandant à » ceux qu'il rencontre : Eh biep ! qup » ferons-nous? resterons-nous, irons- » nous plus avant? etc. » (Pages 222 et 223).
M. de Ségur le représente tantôt dans son lit , tantôt en chemise ; et après les beaux raisonnements du chapitre précédent, sur la nécessité de rester à \Vitepsk , il nous dit que « }e n^êniie dangei' » qui peut-être aurait dû le rappeler » sur le Niémen, ou le fixer sur l^Duna, » le pousse sur Moscou .... qu'alors, d é- » cidé , il se relève soudainemeiU , plein » du feu de sa redoutable conception ; » qu'il paraît possédé du génie de lu )) guerre; que sft voix s'endurcit, » que son regard devient étincelant, » son air farouche ; qu'on s'écarte de » lui par frayeur. » (Pages 225 et 226.)
L'historien de la grande armée a sans doute pris son modèle à Cliarenton.