‹ Bibliotheque militaire (volume 2)Chapitre 86 sur 205 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

M. de Ségur, sans ^VQir parlé des nouvelles oirconstances qui peuvent avoir disposé Napoléon à changer d'idée, nous le présente comme no pensant plus qu'à quitter Witepsk, et h $e porter en avant.

« Sia résolution fixée, il lui importait ^ de ne p^s mécontenter ses entoura; » c'était par leurs sentiments qu'il ju- » geait de ceux de l*arnp|é^; il se sen«>

L'EMPIRE

» tait mal à l'aise, entouré de regards » désapprobateurs. » (Page 227.) Il faudrait en conclure qu'il était désapprouvé partout le monde, et qu'il était seul contretous.L'Empereur s'occupait très peu d$ ses miours. Il n'avait ni la faiblesse de s'inquiéter des regards désap^ frobateurs^ ni la sottise de juger des sentiments dé l* armée par ceux de personnes qui n'étaient quelque chose que par les objets relatifs au service dont elles étaient chargées près de lui. Il eût, d'un mouvement de ses sourcils, fait baisser les regards désapprobateurs. Quant au mécontentement , il existait quelquefois , mais il se manifestait rarement. Napoléon ne savait-il pas que les courtisans sont frondeurs par leur nature, quand ils ne sont pas sous l'œil du mattre ? ne savait-il pas aussi ce qu'il fallait accorder à la faiblesse humaine ? et s'il était indulgent pour la mauvaise humeur dont les fatigues et les privations étaient la cause, s'il était trop juste pour s'en irriter, il était assez sage pour ne pas en tenir compte dans ses déterminations. Il l'était surtout assez pour ne pas juger, par les sentiments de personnes qui ne commandaient pas les troupes et qui ne vivaient pas avec elles , des véritables sentiments de l'armée. Napoléon savait apprécier les hommes et les choses, ce que M. l'Officier du palais parait entièrement ignorer.

L'auteur reconunence ici les scènes qu'il a déjà fait jouer à Paris, par les mêmes acteurs. (Page 96. ) A Ten croire, l'Empereur n'aurait eu autour de lui que des bavards, ou des gens sans éducation.

Malgré toutes les observations qui lui sont faites, « il veut marcher à la fois » sur Pétersbourg et sur Moscou, pour » tout détruire dans l'une et tout con- » server dans l'autre. » (Page 228.)

Voilà une justice distributive bien étrange I II est malheureux que le duc de Frioul, à qui pareil secret avait été révélé, ne soit plus ici pour nous en expliquer la bizarrerie. Cette conversation avec Duroc est pour amener cette réplique de l'Empereur , que , a si la $ guerre de Russie ne lui présentait )) aucune chance avantageuse, il tour- » nerait ses armes contre la Prusse, et » lui ferait payer les frais de la guerre. » (Page 229.) Comment supposer que, quand les Prussiens marchaient sous les drapeaux de Napoléon, il méditait leur ruine I Le général Torck peut ravoir dit pour excuser sa défection , mais quel motif M. de Ségur peut-il donner de cette invention ?

Il fait dire à M. Daru que cette guerre n'est pas nationale. M. Dani ne peut pas avoir tenu un pareil langage.

La délivrance de la Pologne rendait cette guerre plus nationale que toute»

les autres entreprises de Napoléon.

Après la guerre de la limite du Rhin , c'était la plus nationale qui ait pu être faite.

Dans tout ce chapitre, l'auteur nous présente Napoléon occupé à convaincre les grands^ à combattre leurs résistances, et à obtenir d'eux qu'ils veuillent bien faire encore un effort pour aller jusqu'à *Smolensk. Napoléon les cajole ; quand il les interrompt, c'est « par des )) raisonnements subtils. . . Ses manières D sont remarquables par une facilité , » une simplicité, une bonhomie, etc., j» ce qui explique pourquoi , malgré » tant de malheurs, il est encore aimé » par ceux qui ont vécu dans son in- » timité. » (Page 233.) M. le Maréchaldes-logis du palais n'a point vécu dans cette intimité; il le prouve par l'esprit qui a dicté son livre.

Si cette peinture de l'entourage de Napoléon était fidèle, il faut avouer que

oe prince aurait eu des serviteurs bien peu dévoués , et même étrangement récalcitrants. Il n'y a pas de général , enfoncé dans une contrée lointaine , qui, avec autant d'opposition , puisse réussir. Les soldats mêmes disent qu'ils ne le voyaient plus qu'au jour des combats, quand il fallait mourir^ jamais pour les faire tivre, (Page 235.) Que deviennent ces soins minutieux que prend l'Empereur pour nourrir le soldat, et ces appravisiotmements immenses comme Ventreprise, qu'il a fait rassem- Mer? (Page 120.)

Les métamorphoses s'opèrent sous la baguette magique de M. de Ségur ; tous les masques changent , on ne reconnaît plus personne.

Napoléon ne sait plus vouloir , ne sait plus se faire obéir.

Berthier n'est plus l'expéditionnaire empressé de ses ordres.

Mouton n'est plus ce fier tribun militaire que César a subjugué (1).

Caulaincourt n'est plus ce sei^viteur exact et ponctuel , qui oublie jusqu'à ses sentiments et ne connaît que son devoir.

Duroc n'est plus le discret confident qui se tait , quand il n'est pas néce^ saire de répéter la voix du maître.

On ôte à M. Daru son rôle de laborieux et sévère administrateur ; on en fait un discoureur politique devant l'homme qui lui imposait le plus de réserve.

(1) Lorsque le comte de Lobau éuit colonel du troisième de ligne, soa yole fut contraire à rélé?ation de Napoléon au trône impérial. L*Emperear, qui tenait à s'attacher un officier de celte distinction, le fit venir: une simple conversation séduisit ce colonel, qui bientôt devint son aide-de-camp.

TU

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