CHAPITRE Vn
Aussitôt les ponts rétablis, le maréchal Ney passe le Dnieper pour marcher à la suite de IVnncmi; mais non pas, ainsi que ravanco M. TOfficicrdu palais,
Vmil tÉ^uM 99tm^aiê amntke. (Page 990.) Comment cet auteur peut-il dire que, ne trouvant })as Tennemi, d*auMi braves troupes conduites par un chef aussi iAtréirido ., fwrtmt taulagéeê dm poids ttume grande eriUnU 7 (Page 390.) Qu'il fasse l'éloge des Russes, lorsqu'il est mérité , rien de mieux ; mais qu'au moins il ne dise pas que les soldats français les redoutaient. Cette campa*gne , toute maDieureuse qu'elle a été , a suffisamment prouvé le contraire.
On a vu dans le chapitre précédent, que le général Barclay avait envoyé, dès le 17 août, le corps deBagration vers Dorogobouje. Lui-même (Barclay de Tolly) abandonna Smolensk le 18 à la pointe du jour , en se portant sur la route de Porecàe, d'où 11 dirigea son eorps en deux colonnes , par des che* mins de traverse, pour rejoindre la route de Smolensk à Moscou; savoir:
la colonne de gauche à Prouditchi , la colonne de droite à Loubino. Toutes deux devaient ainsi parcourir un arc de eay)Ie, dont la corde était formée par ^ une portion de la route de Smolensk à Moscou : mouvement très imprudent ; car , indépendamment du long détour que Barclay avait à fiiire , et du mauvais état des chemins de traverse, qu'il était obligé de parcourir pour rejoindre la route de Moscou , il n'existait sur cette dernière, pour retarder notre marche, que quatre régiments de Cosaques que Bagration y avait laissés, sous les ordres du général Karpof. Ainsi, cette faible arrière-garde se ti'ouvait seule chargée du soin de couvrir les deux débouchés, par lesquels les deux colonnes de l'armée de Barclay devaient rejoindre la grande route. Le général russe, engagé dans ces défilés, sentit le danger dont il était menacé. 11 m luUa d'envoyer une avant-garcj^ , commandée par le général Touczkof, pourrejia-
gner à marches forcées la grande route, et marcher ensuite, dans la direction de Smolensk au soutien des Cosaques de Karpof.
« Enfin, dit M. de Ségur , après une » pénible marche , la tête du convoi » ennemi revit la grande route, à Tins- 0 tant où les Français n'avaient plus » pour atteindre ce débouché qu'à )> forcer la hauteur de Valontina, et le » passage de la Kolowdnia. Ney ve-> » nidt d'emporter violemment celui de » la Stubna •» (Page 293.)
Le maréchal Ney, après avoir passé le' Dnieper, s'était dirigé^ entre les deux routes de Pétersbourg et de Moscou, vers Gorbounowo, d'où ses troupes légères chassèrent, quelques troupes de Baggowouth (de la colonne de droite ) , qu'elles y rencontrèrent. Ce Maréchaly ayant appris alon que les Busses se portaient sur la route de Moscou, reprit lui-même cette direction poijr les y suivre. L'ennemi , ainsi que nous l'avons dit, n'ayant conservé aux environs de Smolensk que des Cosaques sur cette route , Ney éprouva peu d'obstacles jusqu'à Valontina. « Mais » Korf , repoussé sur Valontina , avait » appelé à son secoun la colonne qui » le précédait, p (Page t98.) Ce Mt est inexact. Le général Korf, commandant l'arrière-garde de Barclay, après avoir défendu le faubourg de Smolensk contre Ney , se dirigea sur la route qu'avait suivie Barclay ( celle de Poreciie) vçrsPaloniewo. Une se retira dope point, coidme le dit l'auteur, parla grande route da Moscou (1) , et il ne combattit point à Valontina.
(1)' Lorsque les troupi« da maricbsl Ney sU taqaërent Gorbounowo, elles eoqpèrent oeUe arrièrc-gardo; et, pour )o dégnger, DarclaJ envop la ilîrision du prince Eugène de W*rleniberg, (}ut repril Gorbounowo , au moment où le raart'thal Ney se dirigea sur Valontina.
L'EMPIRE
Vers onze heures, le marédbal Ney attaqua les corps ennemis qu'il rencontra sur la route de Moscou, et les poussa vivement jusque derrière un ruisseau marécageux., où de nouvelles divisions russes étant venues à leur soutien, Tennemi tint avec opiniâtreté.
Le général Barclay sentait de quelle importance il était d'arrêter à tout prix la marche des Français. Il se transpox:ta à cette position, où il fit arriver successivement d'autres divisions, à mesure qu'elles débouchaient des chemins de traverse sur la grande route.
L'Empereur, ayant été informé que Ney éprouvait quelque résistance, envoya la division Gudin, qu'il mit sous les ordres de ce Maréchal.
Vers les quatre heures du soir, cette division arriva près du lieu du combat. S'étant formée en colonne par pelotons, elle s'avança sur l'ennemi , qui occupait une hauteur, barrant la route, et que couvrait le ruisseau marécageux, sur lequel était un petit pont en bois qu'il fallait passer pour l'aborder^ Ce défilé étroit était foudroyé en tout sens par l'artillerie russe. Le septième d'infanterie légère, ayant l'arme au bras et en tête le général Gudin, marcha le premier pour forcer ce passage. Cliaque peloton, en franchissant le ruisseau , répondait aux nombreux coups de canon des Russes par le cri mille fois répété de vive VEmpereur ! Ce régiment fut suivi du douzième, du vingtunième et du cent vingt-septième; mais , en cet insta'ht, le brave général Gudin eut les deux jambes fracasséespar un boulet. Il fut remplacé par le comtQ Gérard. Le combat devint extrêmement vif. Cependant, les Français atteignirent la hauteur opposée. Quatre fois les colonnes russes se précipitèrent sur eux ; quatre fois Gérard les repoussa. Tout le corps de *Baggo-
wouth, la division Alsuwief, et. celle du prince Eugène de Wûrtembe^ étaient arrivés au combat , qui dura jusqu'à dix heures du soir. En ce moment , l'ennemi n'ayant pu reprendre la position que la division Gérard lui avait enlevée , se mit en retraite.
(( Il y eut presque autant de gloire » dans leur défaite que dans notre vîc- » toire. » (Page 294*.)
Présent nous-méme à ce combat, nous savons que les Russes se sont battus avec la plus grande bravoure ; mai» l'auteur devrait dire, que, supérieur en nombre au corps du maréchal Ney et à la division Gérard , l'ennemi occupait une superbe position, et que sa nombreuse artillerie avait sur nous un avantage d'autant plus grand , que le terrain, de notre cdté , ne nous permettait pas de déployer la nôtre.
Cependant, malgré tous ces obstacles , l'attaque de la division Gérard parvint à nous rendre maîtres de cette formidable position, que des troupes françaises pouvaient seules enlever. Nous ne craignons pas d'être démenti par • aucun militaire, en affirmant que ce combat fut un des faits d'armes les plus glorieux pour nos arm^s.
« Un des généraux ennemis, resté » seul debout sur le champ de car- » nage, tenta de s'échapper du milieu »i^e nos soldats, en répétant les com- » mandements français. La lueur des )) coups de feu le fit reconnaître ; il fut » saisi. » (Page 294.)
Ce ne fut point par hasard , comme semble l'indiquer l'auteur, que le général Touczkof fut fait prisonnier.
Dans une des dernières attaques, une colonne considérable de grenadiers russes fit une charge à la baïonnette contre un bataillon du septième léger et un bataillon du douzième de ligne.
Le choc fut très violent; mais les en-
nemis forent repousses atec la plus grande vigueur. Dans cette mêlée, un lieutenant de voltigeurs du douzième de ligne (M. Etienne) se précipita §ur le général russe, et, après lui avoir porté deux œups de sabre sur la tète, le fit prisonnier au milieu de ses soldats.
« Les Russes, étonnés de n'avoir été » attaqués que de front.... appelèrent » Murât, par dérision , le général des » grands chemins. » (Page 295.) Ce reproche, si les Russes Font fait au roi de Naples, aurait dû être mieux relevé par M. de Ségur. Murât, avec sa cavalerie , n'était point sur la route, mais bien à la droite de Tattaque du maréchal Ney, afin de communiquer avec le corps de Junot, qui passait le Dnieper à Prouditchewo , et devait tourner h gauche de la position des Russes.
Nos soldats, avec plus de raison, appelaient Barclay le général des routes*
L'Officier du palais semble faire un reproche à l'Empereur de ne s'être pas trouvé présent au combat de Yalontina ; et dans les motifs qu'il énonce, il ne manque pas de faire entrer celui de la fktigue. C'est une de ses idées dominantes, que de représenter toujours Napoléon comme accablé par les fatigues, et déchu au physique conune au moral. On conçoit très bien qu*une sorte de pudeur ait empêché M. de Ségur d'attaquer l'Empereur avec les mêmes armes que ses ennemis; mais on s'indigne de le voir déguiser l'outrage sous l'apparence de la pitié. C'est la même chose pour l'effet , et , nous le disons à regret, pour l'intention.
Les deux grandes armées russes, ainsi que nous l'avons dit, s'étaient retirées , Tune par la route de Moscou, l'autre par celle de Pétersboug. En envoyant le corps du maréchal Ney et la cavalerie du roi de Naples sur la
CilMPAGNE DE 1812. 305
route de Moscou, que, d'après ses ordres, le duc d'Abrantès devait couper vers Latichino, TEmpéreur pensa que ces corps réunis, qui ne pouvaient avoir affaire qu'à une arrière-garde, serment plus que suffisants pour la culbuter; et que sa présence était plus nécessaire à Smolensk, conmie point central, pour recevoir les rapports des différentes directions.
Après avoir attendu à une lieue de cette ville, dans une position intermédiaire, entre les routes de Smolensk et de Moscou , Napoléon ne rentra que sur les cinq heures du soir à son quartier-général , croyant la journée finie.
Mais , avant de quitter cette position , il envoya auprès du roi de Naples son officier d'ordonnance Gourgaud , sous les ordres duquel il mit plusieurs officiers ( entre autres M. Rohan Chabot ) ( 1 ). II le chargea de suivre l'attaque qui avait lieu sur la route de Moscou, et de faire coïncider les mouvements du maréchal Ney, 'du roi de Naples et du duc d'Abrantès. Cet officier devait envoyer à l'Empereur des rapports sur l'affaire. Ce ne fut qu'après avoir pris ce soin, que Napoléon rentra dans Smolensk.
D'après les dispositions prescrites par l'Empereur , les Russes n'auraient pu défendre la position de Yalontina. Il devait penser que le duc d'Abrantès, après avoir passé le Dnieper , aurait continué sa marche vers la grande route, et, débordant ainsi la position des Russes parla gauche, les aurait obligés à se retirer précipitamment Il savait que la division Mownd , du corps de Davout , marchant à gauche de la grande route, déborderait sur sa droite également la position des Russes.
(i) M. Roban Cbabol était aide-de-camp de M. le générai comte de Narbanne.
IM
rEMPlRB.
Pouvait-il préivoir que ses dispositions ne seraient pas exéeutées ? Malgré les iestancea du roi de Naples, malgré les ordres et instructions de l'Empereur , cfue lui fit connattre Toffloier d'ordon-* nanee, Junot ne voulut jamais se porter sur la route en arrière des Russes. Il parait que ce général , qui avait donné tant de preuves de la plus brillante bravoure, ressentait déjà les attein-* tea de la maladie dont il est mort quelque lempa après. L'offioier d'ordonr nauoe, voyant que oe général ne vou* lait pas exécuter Tordre qu'il lui portait, lui dit : « M. le Duc , que devrain je dire à l'Empereur ?» Le duc d'Abrantèa était entouré de son étalmajor, et paraissait fort abattu. Il répondit avec humeur : « Vous dires , H Monsieur , que j'ai pris position , » parce que la nuit est venue. » L'officier d'ordonnance eut beau répliquer qu'il y avait encore près de quatre heures de jour , ' que le maréchal Ney souffrait beaucoup dans Tattaque qu'il était obligé de faire de liront ; toutes ses instances furent inutiles; le duo d'Àbrantès ne voulut faire aucun mouvement. Le combat fini , l'officier d'ordonnance arriva à minuit, à Smolensk, chez l'Empereur , pour lui en rendre ocunpte. Napoléon, très peiné du sang inutilement versé à Valontina, et de la mort du général Gudin , demanda pourquoi Junot n'avait pas exécuté l'ordre qu'il lui avait donné. L'officier fit connaître ce qui s*était passé. L'Empereur alors fit venir Berthier , et lui dit : « Il parait que Junot n'en veut plus ; il n'a pas voulu tourner la position dès Russes. 11 est cause que nous avons ou une aihire très sanglante , que nous avons perdu Gudin..., Je ne veux plus qu'il commande les Weslplialieos; il faut le remplacer par Rr.pp, qui parlealiemand, cl les mènera bicu. »
Le prince de Neuchâtel écrivît les ordres relatifs à ce changement; mais, dans les heures qui suivirent, le maréchal Duroc et d'autres grands officiers, anciens camarades de Junot, parvinrent à calmer Napoléofn , et ce général conserva son commandement.
« L'Empereur donna ordre à Davout » de soutenir Ney et Murât. » ( Page a»9.)
Dans le chapitre précédent , M. de Ségur l'a déjà fait partir pour cette destination , et a trouvé mauvais que le maréchal h ph$$ prudent ait été mis' sous les ordres du plut téméraire. Ces deux chapitres, où l'on parle du même mouvement, ont si peu de suite, qu'on dirait qu'il s'agit d'événements diffé-^ rents passés à deux mois de distance.
Mais tout est confusion dans les récits de M. de S^ur, comme dans ses souvenirs.
GHAPITRB VUI.
Le tableau que fait Fauteur de la distribution des récompenses décernées par Napoléon est intéressant, mais il manque de détails. M. de Ségur, qui en est ordinairement prodigue, a omis entre autres ceux-ci : L'Empereur, en visitant la position de Valontina, dit au général Gérard : « Voilà comme j'aime » un champ de bataille ; quatre Russes » pour un Français ! Géra»d, c'est fort » bien. » Il loua ensuite le courage des troupes, leur recommanda à plusieurs reprises l'ordre et la discipline; et arrivé devant le septième léger, il fit former le oerole par tous les capitaines, et leur dît : « Désigncï-moi le meilleur » officier du régiment. — Siiv>, ils sont » tous bons. — Voyons, désignez -moi n l 'meilleur.— Sire, ils sont tousbons.
» - - Allont», ce n'csf pas répondre. Dites-
CAMFAdNB BB «812.
» moi ooBOBid Thémistode ? )c premier, » c'est moi; le second, c'est mon voî- » sin. » Alors , on nomma le capitaine Moncey, blessé et dans ce moment absent. « Quoi ! 1^ ditrBmpereQr, « Moi^ » eey qui a été mon page, le fils du » maréchal? Yoyons un autre. ^ Sire, » o'est le meiflear. — Eh bien I je lui » donne la décoration. »
M. de Ségnr ne laisse pas reposer longtemps l'esprit du lecteur; il ftut inmiédîatement succéder k cette revue celle des h^itaux, ob son goût pour les scènes affligeantes se déploie. 11 ne s*arfêle pas à Smolensk; il rétrograde sur m^itepsk, et même sur Wilna, où il va cherdier les couleurs les plus sombres.
Il parait s'en i»*endre k l'Empereur des aouffinuicea et du dénuement des soldats» dont il fait le tableau le plus exa^
Pour être juste, nous devons dire, sans crainte d'être démenti, que, de tous les généraux anciens et modernes, Napoléon est celui qui a porté l'intérêt le plus tendre , le plus suivi aux blessés ; que jamais l'ivresse de hi victoire ne les lui a fiiit oublier ; et que sa première penséo, après chaquo bataille, a ton* Jours été pour eux. Si ses soldats ont quelquefois manqué de vivres, de Kts, de médicaments, d'objets nécessaires au pansement, l'auteur pourrait en faire le reproche à Tintendant^énéral de l'armée. L'Empereur avait donné tous les ordres, et mis à la disposition de l'administration militaire dos moyens aussi considérables en hommes et en chevaux , que ceux de l'artillerie. Cette dernière arme , malgré les combats qui eurent lltu , n'a jamais manqué de mu* nitions. Quand elle faisait marcher un matériel aussi considérable que celui de plusieurs milliers de voitures , l'administration pouvait bien faire marcher quelques caissons d'ambulances; <v qui
atmtit empêché l'intendant de l'armée de prier, à Smolensk (1), le général Lariboîsière, commandant rartillcrie de l'armée, de lui faire délivrer de l'étoupe, dont on garnit les caissons, pour panser les blessés.
CHAPrrRE IX.
L'auteur dit « que Napolécm avait » chargé deux des siens de sonder Tefr- » prit du peuple russe (page 310), » pour le portera un soulèvement ; « mais que » cette tentative n'avait servi qu'à le » mettre en garde contre lui. » Puis, immédiatement, il ajoute que a ce » moyen lui répugnait, et que, plus » tard , différents chefs de famille s'of- » frirent pour chefs d'insurrection, et •» qu'ils furent reftasés. » (Page 310.) Ainsi, la même page présente deux contradictions matérielles. Nous ne devons pas nous en étonner, l'auteur nous y a accoutumé. Il dit plus loin « que noire » vue esBitait leur horreur... (P. 311.) » Qu'alors l'Empereur envisage toute nl'énormité de son entreprise; que » tant qu'il n'a rencontré que des rois, » leurs défaites n'ont été que des jeux » pour lui ; que les rois sont vaincus ; » qu'il en est aux peuples; que c'est
{i) L'trtillerie de rarmée devaBl Smolensk (garde i«S 3% 4«, 5« et 8« corp», el réserve de cavalerie} avait un matériel composé de :
57 pièces de IS, 267 idem des,
sa idem de 4.
• iOm des,
10 obusiera te • p. 4 1.
in idm de5p«ei.
490 bouches ^ feu; et de.. 3,417 ogisions chargés de munitions. Ce qui rorinait uo total de S,967 voilures, uon compris les équipafjeb de pouts, les forges, aiïùts de rechange, etc.
L'EMPIBE.
» une autre Espagne qu'il retrouve en- » core à Tautre bout de FEurope. » En Espagne, la population, fanatisée par les moines , parmi lesquels chaque famille compte un de ses membres, s'était levée contre nous. Elle était partie principale dans la guerre, et, si Ton peut s'exprimer ainsi , elle la faisait en personne. A notre entrée en Russie , au contraire, il n*y avait de combattants que les troupes réglées. C'était l'état qui faisait la guerre ; l'état avait commandé à la nation de se retirer devant nous, ou plutôt il avait ordonné à ses soldats de brûler les habitations dans leur retraite , ce qui était un moyen bien sûr d'obliger les habitants à s'éloigner. Voilà ce qui s'est passé, et ce qu'aurait dû savoir M. de Ségur. Mais où a-t-il vu des guérillas russes? Dans quelles rencontres nos troupes ont-elles eu affaire avec les paysans? Que M. de Ségur le dise , et l'on verra avec lui cette Espagne quHl rencontre au bout de l'Eu' tope ; mais rien ne se passait ainsi. Il y a là, comme dans toutes les pages de l'ouvrage, exagération, confusion et supposition. Ce ne fut qu'après la bataille de la Moskowa, et pendant notre retraite , que l'on vit quelques paysans, excités par l'appât du butin , massacrer plusieurs de nos blessés restés entre leurs mains.
(( Il (Napoléon) s'étonne, hésite, s'ar- » réte.... Une fièvre d'hésitation s'em- » pare de lui ; ses regards se portent sur » Kiow, Pétersbourg et Moscou.
» A Kiow, il envelopperait Titchakoff » et son armée.... En marchant avec )) SaintrCyr surPétersbourg,il envelop- » pera Wittgenstein....» D'un autre côté, « c'est à Moscou qu'il frappera la » Russie au cœur...
» De ces trois projets, le dernier lui » parait seul possible... et cependant, » ajoute l'auteur, « l'histoire de Char-
» les XII était sous ses yeux. » (Pages 312, 313 et 3U.)
Ne devrait-on pas inférer de ces paroles y que Charles XII lui servait de guide dans ce projet de marcher sur - Moscou, quand, au contraire, le mo-narque suédois fit la faute de ne point marcher sur cette capitale. On n'a pas besoin d'être militaire pour savoir cela ; il suffisait de lire l'histoire de Charles XII , non pas même celle écrite par le chambellan Alderfeld, mais seulement celle de Voltaire. Il est bien reconnu que , jusqu'à son arrivée à Smolensk, ayant sa ligne d'opérations et ses communications assurées, puisqu'il était maître de la Pologne et de Riga, la marche de Charles XII était .conforme à toutes les règles de la stratégie. La faute que commit ce roi, fut de quitter cette route de Moscou pour se diriger sur l'Ukraine; ce qui , en lui faisant perdre sa ligne d'opérations, et en empêchant l'arrivée de Lewenhaupt avec des secours d'hommes et de vivres, fut cause de tous ses désastres.
La position de Napoléon à Smolensk, dont il fit une grande place de dépôt et un point d'appui , lui permettait de se diriger avec sûreté sur Moscou, d'où U n'était éloigné que d'une dizaine de marches. D'ailleurs, ce n'était réellement qu'à partir de Smolensk qu'on entrait en pays ennemi. A huit marches en arrière, se trouvaient les magasins de Minsk etdeWilna; en troisième ligne, ceux de Kowno, de Grodno et de Bialistock. Ceux de quatrième ligne étaient à Elbing, Marienwerder, Thorn, Varsovie, etc. ; plus en arrière encore, ceux de Dantzig, Bromberg; Posen; enfin , en sixième ligne sur l'Oder, les magasins établis dans les places fortes que nous occupions.
OUPITRE X.
L'auteur donne le détail d'une victoire remportée à Polosk ; elle est d'une importance telle que l'Empereur pouvait être tranquille sur ce point, et assuré que l'ennemi n'y bougerait de longtemps. Cette victoire valut au général Saint-Cyr le grade de maréchal, d llalgré ce succès, la détermination » de dépasser Smolensk était trop pé- ]> rilleuse pour que Napoléon s'y déci- » dàt seul; il fallut qu'il s'y fit entral- » ner. » (Page 318.) Comment peut-on supposer que l'Empereur, une fois maître de Smolensk , s'y serait arrêté, lorsque les armées de Bagration et de Barday se retiraient sur Moscou, et qu'aucune raison fondée ne l'empêchait de les y suivre pour les combattre ? car l'Empereur était certain que l'ennemi livrerait bataille pour défendre sa capitale. Une victoire et la prise de Moscou, aux yeux de tous les êtres pensants, prcMnettaient la paix. L'auteur, luimême, dans les conversations qu'il prête à l'Empereur avec ses généraux, dans les chapitres précédents, sur la détorganUaiion de Parméê^ sur le grand nombre d'hommes qui restent en arrière, etc. , lui fait dire qu'il n'y a pas de temps à perdre^ qu'il faut arracher la paix, qu'elle est à IHotcau. » (Page 287.) Si l'on admettait ces perpétuelles hésitations de la part de l'Empereur, il faudrait reconnaître que ce grand homme avait perdu ses facultés mentales. Mais les faits démentent constamment les insinuations de M. de Ségur.
A Wilna, à Witepsk, Napoléon nous est représenté comme un être privé d'énergie, de volonté, même de raison, ne sachant que faire, que devenir, ne donnant aucun ordre, et paraissant tout attendre du hasard. Et cependant, nous le voyons pourvoir à tout, diriger
à la fois la politique et la guerre. Nous le voyons, dès la première marche, renverser entièrement le plan de campagne des Russes, couper leur armée en deux, les obliger d'abandonner leur ligne d'opération, leurs magasins, leur camp retranché,leurs communications, et de nous livrer, pour ainsi dire sans bataille, toute laLithuanie. A Witepsk, à l'instant où M. de Ségur nous peint l'Empereur enfoncé dans un profond engourdissement, les généraux russes réunis viennent pour l'attaquer; c'est ce qu'il désirait. Ils croient qu'il veut se porter avec l'armée française sur leur droite; ils manœuvrent en conséquence, tandis qu'avec la rapidité de l'éclair, il passe le Dnieper, et se trouve sur leur flanc gauche. Ces mouvements considérables sont si bien combinés, leur exécution est si précise, que Barclay et Bagration, malgré toutes leurs troupes légères, malgré leurs nombreux agents et partisans dans le pays, ne sont instruits du danger qu'ils courent, que par l'attaque faite sur leurs derrières contre Smolensk, par ce grand capitaine qu'ils espéraient surprendre sur leur droite dans des cantonnements disséminés, et que M. de Ségur nous montre dans un état presque continu de torpeur et d'indécision.
Nous venons d'établir combien est fausse cette assertion de M. de Ségur.
Nous sera-t-il permis d'y ajouter notre témoignage personnel? Nous recevions directement les ordres de l'Empereur; nous le voyions sans cesse, soit lorsqu'il nous les donnait, soit lorsque nous lui rendions compte de leur exécution, et nous ne l'avons jamais vu tel que nous le peint M. le Maréchal-des-logis dupa lais (1).
(1) Extrait dHrne lettre confideniielle da dac
SfiB
i'fiMNftE.
N y a-U) pas àe 1 ii^justice à dûv^ ;)U commenceitteiil de tîe châpiu*e, que ses lieutenants semblaient avoir foit plus que lui? Le général en cbef d une armée de près de quatre cent mille hommes, doit-il donc être présent à .
toutes les affaires qui se livrent? Il ne : peut pas être à la fois partout, et c'est un malheur. Il donne ses ordres, ses instructions, fait connaître Tensemble de SCS projets; et c'est à chacun de ses généraux de s'y conformer, autant que Je leur permettent les circonstances et i les localités.
Certainement, si Napoléon se fût trouvé avec les cinquième, sepUème et huitième corps, Bagration n'eût point passé le Dnieper; il eût, avec son armée, été perdu pour la Russie. Si Napoléon eût été avec Schwartzemberg, le corps de Tormasow eût éprouvé le même sort; si Napoléon eût été avec Ney, l'armée russe eût payé cher, à sa sortie de Smolensk, la faute que ses généraux
de Fri al, grand naréchd du palais, et qui esl €ii(rc nos mains.
Au blTouac devanl Witepik, lel8]olllet au lOlr.
• L^armée, en se battant depuis trois Jours » et t*n repoussant l'ennemi, est arrivée derant » Witepslc. Tous les corps seront réunis oette » nuit, et demain li y aura une bataille, à » moins que l^enoemi ne quitte, comme on le ]> Tiiii craindre, la position (|u*it a prise devant » nous pour couvrir Witepak. Hier et aujour- » d'huî, dans les différents combats qui ent en )> lieu et dans lesquels nous n^avons eu quo peu » de troupes engagées, les Russes ont toujours » êié vigoureusement repoussés. On leur a fait » des prisonniers et pris plusieurs pièces de » canon. VBmpereur jov/U de la meilleure » iOHté. Nous avons perdu le gânéral Roussel, » de Tarmée dltalie: il a été tué par uuc pa- » trouille, par accident. Le colonel du génie » Liedot a été blessé mortellement dans une » reconnaissance. Ferreri a eu une Jambe em- » portée. On attend avec impatience ici la nou- » velle que le duc de Tarente a passé la Duna, » et quMl a mis en marche Téquipage de siège.»
avaient (ommise, en faisant une mar«che circulaire, au milieu de chemins de traverse ^presque impraticables, pour regagner la graiMle roate de Moscda «A le Dnieper à Soloniewo (i).
Le maiwhal OavxNit, qui, dans ïe Cbapiire VI, avait été placé à êcn tiit«, (page 280) sotts les ordres ds roi de Napies, pandt, dans celui-ci, sortir de son ignoranoe; il obéît de mauvaise grftce. Seureuseneiit que « Sarelay, y> dit M. de Ségur, « ayant reculé aans » résistance jusque auprès de Dorogo^ » bouje, Ihirat n'eut pas besoin de » Davout. » (PageâlO.) Nous ne voyons pas trop quelle autre risisiance que l'honneur eût empéohé Barday de s'enfuir; certainement ce n'est pas ce que M. de Ségur « voulu dire. Bientôt rennemi seoible vouloir tenir; le roi de Napies fitit ses dispositions pour Tattaquer. Il veut placer Davout i gauchoi mais celui-ci veut rester à droite.
a Si la discorde est à notre avant- » £^de, elle est aussi dans le campdes » Russes. » (Page 3âi.) Les aveux que nous fait M. ^e Ségiu* sont asses bons à noter. « La conikmce dans le chef y » manquait, dit-il ; ohaquepasy panûs* » sait une faute; chaque parti pris le » pire. La perte de Smolensk avait )) tout aigri. » (Page 3^») Ce peu de mots de l'auteur nous semblent réfuter complètement les éloges qu'il a donnés à rbabileté des chefs « et à l'ordre qui régnait dans les armées russes. M. de Ségur tombe de contradictions en contradictions, parce que constamment il
(1) Un gâterai que quelques persomies ont ioni^temps opposé à rBnpereur (Morasn), con« suite par nos ennemis coalisés sur le meilleur plan d'attaque qu*oa pût adopter contre lui» répondit : « Combattre Napoléon partout où il n'est pas. » Il parait qoo B. IHMMsr (ht palais I D'est pas de cet a?lB.
CAM»A«Nii M mr
ne satl ptt6 mieux co <)u'il dii que ce qu'il veut dire»
À la nouvelle que les Ruteet leÉi*^ blaîent vouloir livrer bataille, N^q^oléon avait quitté Smoleusk. L'auteur parait lui reprocher d'avoir « négligé les ar- » mées ennemies d'Essen à Riga, de » Wittgenstein devant Polo6k,d*Hœrtel » devant Bobruisk, de Titchakoff en » Volhynie ; total cent vingt mille hom- » mes, dont il se laisse environner avec » indifférence. » (Page 333») Mais, suivant son habitude de n'être pas d'accord avec lui-même, il nous dit quelques lignes plus bas : (c cent cinquante-^^t » mille honames suffisaient pour dé- » truire l'armée russe... et pour s'em- » pirer de Moscou )» (pageSSi); et il se hâte de foire un calcul, qui nous montre partout supérieurs aux mêmes corps en* nemis dont il a parié plus haut. «C'était, » dit-il , « s'ai^uyer sur deux cent qua- » tre-vingt mille hommes pour faire, » avec cent cinquante mille hommes, » une invasion de quatre-vingt-treise » lieues , car telle est la distance de » Snwl^sk à Moscou. » (Page 323.) Tout ce grand dénombrement des for^ ces , agissant sur plusieurs points , a pour seul but d'en faire jaillir ce reproche « que ces deux cent quatre-vingt » raille hommes étaient conmiandés par » six chefs différents... et dont ie plus » élevé, celui qui occupait le centre... » était un ministre de paix et non de » guerire. » (Page 323.) Qu'aurait donc voulu M. de Ségur ? Depuis la Baltique jusqu'aux confins de la Turquie , une seule armée , sous un seul chef immédiat, eûtr-eUe pu occuper un espace aussi étendu? Le ministre de paix n'avait aucun ^ammandèmênt militaire.
Ses fonctions, comme le titre que M. de Sègor 4ui donne , étaient put'èment pacifiques. Le véritable chef de toutes œs mnées était l'Empereur. Il communia
qiiait dirëcUMAaftt avec eUe^, et n'avait pas besoin d'intermédiaire»