‹ Bibliotheque militaire (volume 2)Chapitre 89 sur 205 · LIVRE SEPTiÈMK · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTiÈMK

cflANTBfe r^.

Ason départ de Doragiibottje, Tarniée marche vers Moscou, l'Empereur au centre avecMurat^ Davout etNey , Poniatowski à droite, et l'armcc d'Italie à gauche. La coionae du centre, suivant la même route que les Russes, y trouvait peu de ressources. « Pour mieux » vivre, A dit M. l'Officier du palais, « il » aurait fdlu partir chaque jour plus » tard, et s'arrêter plus lot, puis s'éten- » dre davantage sur ses flancs pendant » la nuit. ») (Page 3iT.) La question n'était pas seulement de Mieux vivre, mais de marcher militairement. M. de Ségur n'a pu résister ici au désir de fronder, quoiqu'il reconnaisse luimême que ce qu'il indique n'est fuèrt fossièh. (Piftge 327.)

« C'était un spectacle curloux que » celui des efforts voionfaircs et conti- » nuels de tant d'hommes pour suivi-e » un seul homme à de si grandes dis- » tances. » ( Page 32B. ) L'auteur sait foitbien que dans loutes les armét^s du monde , un gmnd nombre d'homntes sont conduits par un seul. Quel est son but en feisant cetti^ réflexion? Il est vrai que M. de Ségur voit dans l'armée française une am^éc de volontaires commandés par l'Empereur, qui n'était point accoutumé à regarder comme volontaires les soldats sous ses ordres.

Ce chapitre contient des détails sur ta manière de vivre des soldats, dont VticitiHkçê paraît à l'auteor nn prêdîge (page %i8) , et sur les soins pris par l'administration militaire. Des exagérations AimiKèfes à l'antenr s'y font re-

LTMPIRE.

marquer, comme les hmnes des soldats entre eux, « d*où l'on aurait infaillible- » ment vu naître des guerres intestines » fort sanglantes, si tous n'avaient pas » été ensuite abattus par une même in- » fortune, et réunis dans Thorreur d'un » même désastre. » (Page 330.)

Il ne manque à cette phrase que le mot heureusement.

GHAPITRK II.

Voici encore M. de Ségur qui se réfute lui-même. Dans les chapitres précédents, il nous a représenté Napoléon sans prévoyance ; et, dès le début de celui-ci, il nous apprend que pris de Dorogobouje , ce prince envoie l'ordre au maréchal Victor de se porter sur Smolensk.

L'auteur reproche à Napoléon d'avoir tt daté du milieu de la vieille Russie )) une foule de décrets* » (Page 333.) Ne savait-il donc pas que FEmperpur, en quittant la France, n'y avait point laissé de régence, et que son gouvernement était si bien organisé, que , du fond de la Russie, il gouvernait la France comme s'il eût été aux Tuileries ?

Que signifie cette circonstance d'un pont que la garde ett chargée de garder, gu'eUe brûle par insouciance, et ju'on répare ? ( Page 33i.) En racontant un pareil fait, l'auteur ne veuMl pas faire croire que le désordre était tel dans l'ar^ mée française, quele corps le plus discipliné s'y livrait même par insoucûmeet

Dans une affaire d'avantr-garde, où le roi de Naples, entraîné par son audace, fut un moment compromis , l'auteur dit : « Au plus fort du danger, une bat- » terie refusa deux fois de tirer; son » commandant allégua ses instructions, » qui lui défendaient , sous peine de

» destitution, de combattresans Tordre » de Davout. » (Page 33S.) Un maréchal n'aurait pas eu le droit de destituer un officier. Tout ce qu'il pouvait feire , était de le demander à l'Empereur, en lui rendant compte des faits; et, certes, Napoléon n'aurait pas destitué un officier pour avoir obéi au roi de Naples et tiré sur les Russes, étant en batterie devant eux. D'ailleurs, le fait est aussi vrai que le refus de l'artillerie de la garde de tirer à Smolensk, rapporté au Chapitre IV du Livre VI.

M. de Ségur n*a-t-il rapporté cette prétendue insubordination de la part d'un corps d'élite, que pour faire croire qu'il régnait un grand désordre dans l'armée? Il est plus probable qu'il n'a présenté cet incident que comme sujet d'une querelle entre Hurat et Davout.

Il en profite, d'un c^té, pour &ire des Russes un éloge pompeux, qui, dans la bouche du maréchal Davout, est au moins déplacé ; et, de Tautre, pour faire une satire de la manière dont Murât conduisait ses troupes. Ce qu'il en dît est inexact ; car la cavalerie, ainsi menée, n'aurait pu tenir à quelques jours de marche. Il est fâcheux que l'auteur ne nous donne pas la réplique de Murât; mais il ajoute que « l'Empereur trouvait » dans cette mésintelligence entre ses » chefs quelque chose qui ne luidéplai- » sait pas. » (Page 339.) L'Empereur voyait avec satisfaction, sans doute, une émulation qui tournait au bien- du service ; mais toute mésintelligence, si elle eût existé, n'aurait pu que l'affliger.

GHAPITRB Ul.

L'auteur tombe dans une nouvelle contradiction. Il vient d'avancer que les querelles de ses chefs avaient quelque

chose qui ne lui déplaisait pas; ici, il dit que les querelles de ses chefs (de Napoléon] tinquiètaient, (Page S&â.)

La querelle de Mural et de Davout, qui a déjà occupé presque tout le second chapitre, recommence et remplit la fin de celui-ci. Ces rivalités et ces jalousies, racontées avec tant de complaisance, sont ridiculement exagérées.

Elles peuvent avoir occupé les oisifs du salon de service; mais elles avaient si peu d'importance, elles influaient si peu sur la marche des affaires, que les mentionner si longuement peut induire en erreur, et donner une bien fausse idée de notre armée. C'est d'ailleurs une parodie des querelles d'Achille et d'Ajax; Patrocle même y joue un rôle. (Page 344.) A l'armée de l'Empereur, tout le monde obéissait. On croirait que les héros de M. de Ségur, comme ceux d'Homère, étaient des princes amenant à la suite du roi des rois des soldats qui étaient leurs sujets, auxquels ils commandaient en maîtres, et qui ne combattaient plus aussitôt qu'il prenait fantaisie au héros de s'enfermer dans sa tente.

Le (ait est que le général Compans, dont la division paraît avoir été le motif de la querelle entre le roi de Naples et le maréchal Davout , n'a jamais eu directement ni indirectement de discus^ons avec ce prince. Murât , poursuivant l'ennemi, menait sa cavalerie comme devait le faire un bon général, et non comme le rapporte M. rOfficier du palais. Dans plusieurs circonstances, l'infanterie lui était nécessaire. Le maréchal Davout eut à ce sujet, avec lui, quelque différend près de Viazma. Le Roi envoya le général Belliard à l'Empereur, pour lui exposer le besoin qu'il aurait d'une division d'infanterie, et lui faire part des difiîcultés qu'il éprouvait de la part du maréchal Davout. Napovn.

léon, après avoir écouté Belliard, envoya chercher Compans, et lui dit:

« Eh bien I Général , que signifie donc » cette querelle? Cela cause du retard » dans la marche. » Compans répondit qu'il ignorait quelle mésintelligence pouvait exister entre le roi de Naples et le maréchal Davout; mais qu'il pensait que Tavant-garde marcherait plus vite, s'il y avait de l'infanterie avec la cavalerie du Roi , qui souvent se trouvait arrêtée au moindre défilé, ou à la réparation d'un pont, tandis qu'avec quelque infanterie, pareils inconvénients n'auraient pas lieu. « Je pense comme » vous, » dit Napoléon : a c'est bon ; re- » tournez à votre division. » Quelques instants après, TEmpereur envoya le prince de Neuchàtel au maréchal Davout, pour lui faire connaître que désormais la division Compans marcherait à Favanlrgarde sous les ordres du roi de Naples. On ne tarda pas à éprouver les bons effets de cette disposition.

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