LIVRE HUITIÈME (D
CHAPrrRB I«^
L'auteur nous ramène à Wilna , pour
pereur expédia de Mojaïsk, la lettre suivante, qu'il a écrite de sa main aussitôt après son arrivée h ce quartier-général, prouve que la maladie dont M. de Ségur le suppose atteint. nMnfluait pas sur ses facultés.
POUR LE M AJOR-GÉiriMAL.
« Faire faire la reconnaissance de la ville, et tracer une redoute qui tourne le défilé. — Faire construire deux ponts sur la Moskowa.— Ecrire au prince Eugène quMl peut se rendre k Rouza, et faire construire des ponts à Scrguiewo; réunir beaucoup de bestiaux et de vivres, et avoir des nouvelles.— Écrire au prince d*£ckmiihl de faire occuper Borisow, et de ramasser des vivres et des nouvelles. — Au duc d'Elchingen. de venir demain avec son corps à Mojaïsk. — Laisser le duc d'Abrantès pour garderie champ de bataille. Mojaïsk, 9 septembre 1812. »
(1) A partir du Livre huitième» la pagination indiquée dans nos citations, se rapporte au deuxième volume de M. de Ségur.
L'EMPIRE
rappeler fort à propos que Napoléon fut Tagresseur, et qu'Alexandre fut surpris dans cette ville, au milieu de ses préparatifs de défense. (Page 3.) Qii^il nous permette de lui rappeler aussi, que tous les préparatifs de la Russie étaient faits; que son armée était rassemblée sur son extrême frontière; et que l'empereur Alexandre se trouvait déjà à son quartier-général à Wilna , lorsque Napoléon était encore à Paris, dirigeant des négociations pour un rapprochement à l'espoir duquel il ne pouvait renoncer.
M. de Ségur nous entraîne ensuite à Drissa sur les pas d'Alexandre. Il nous dit que « ce fut là seulement qu'il con- » sentit à recevoir pour la première fois » un agent anglais, tant il attachait » d'importance à paraf/re jusqu'au der- » nier moment fidèle à ses engagements » avec la France. » (Page 4.)
D'abord être et paraître ne sont point synonymes; ensuite, il nous semble que pour que le cabinet russe se soit décidé à recevoir un agent anglais , il est assez naturel de supposer que ses intelligences avec celui de Londres étaient nouées depuis quelque temps. Nous distinguerons volontiers Tempereur Alexandre de son cabinet. Qui ne sait que , plus d'un an avant la rupture, les agents de l'Angleterre exerçaient en Russie une influence qui ne fut point étrangère aux événements postérieurs (1)? ((Ce
(1) Un auieur recommrtiKJable, M. cle Monl- ▼eran, (Jansson Histoire critique et raisormée de la situation de V Angleterre, imprimée en 1820, ei écrite dans un esprit peu favorable au système de Napoléon , s'exprime ainsi : a La » Russie fut excitée, soit par les agents de » TAngleierre auprès de la noblesse russe anti- » française.... soit par ses négociateurs auprès » de l'empereur Alexandre^ lesquels pour tra- » vailler en serret, depuis le printemps de 1811, » n'avaient pu2i été moius actifs et moins heu- » reux. » (Tome V, page 358.)
» qui est certain , » ajoute M. de Ségur, (( c'est qu'à Paris, après le succès, » Alexandre affirma sur son honneur, )) au comte Daru , que , malgré les ac- » cusations de Napoléon, c'avait été sa » première infraction au traité de Til- » sitt. » (Page 4.)
Si nous admettons que la politique russe ne tient compte que de ceux de ses actes qui ont suivi les hostilités , nous devons croire cette assertion. Mais est-ce sérieusement que l'auteur nous rapporte ces détails? Son devoir d'historien ne lui imposait-il pas l'obligation de rétablir les faits, et d'ajouter à son récit quelques-unes des réflexions dont il est ailleurs si prodigue?
M. l'Officier du palais passe rapidement sur l'opinion que les enneniis de l'empereur Alexandi^e ont de ce prince, co7nme homme d$ guerre (page k) ; mais il s'étend avec coriiplaisance sur ses mesures politirjues, u On convenait, »
dit-il , u qu'elles étaient singulitTcment » appropriées aux lieux et aux hom- » mes. » (Page 5.) M. de Ségur aurait pu y comprendre « les adi'esses corruptri- » ces qu'il laissait Barclay faire aux )) soldats français et à leurs alliés. » (Page 4.)
u u semble en effet qu'il y eût , dans » les moyens politiques qu'il employa, » une gradation d'énergie très sensi- » ble. )) (Page 5.) Et voici en quoi : (( Dans la Lithuanie nouvellement ac- » quise , on avait tout ménagé en sere- » tirant. . . Dans la Lithuanie ancienne. . . » on avait entraîné après soi les hom- » mes et tout ce qu'ils pouvaient em- » porter... Mais dans la vieille Russie... » tout ce qui ne pouvait pas suivre » avait été détruit. » (Pages 5 et 6.)
Les vieux Russes doivent avoir été bien reconnaissants d'une prédilection qui se manifestait par des actes si humains ; mais qui aime bien châtie bien .
CAMPÀGN£
L'autdur nous transporte ensuite ai Moscou. Il nous dit que le dontPun ierf sur dix, qu'offrit ««r^^e-cAamp et tans délibération la noblesse de Moscou, a fut » attribué à la soumKsion , et fit muri> murer les principaux nobles (p. 10) ; » que quant aux marchands , dont il nous :peint, avec des images hideuses, Fentbousiasme fonatique, à la lecture des injures vomies contre Tempereur Napoléon , a il Mut user de contrainte » pour en obtenir les secours promis » avec tant de patriotisme. » (Page 12.)
Ces circonstances lui fournissent une Inflexion , on pourrait même dire une maxime, dont il est à r^etter qu'il n'ait pas faii quelquefois Tapplication à ramaée française et à son chef, savoir : •que tt le détail importe peu... Que tout » dans le monde perd à être vu de trofp » près; qu'enfin 9 les peuples doivent 1» être jugés par masses et par résol- » tats. D (Page 11.)