Chapitre n
Ici coomience le détail de ce qui se passait à Moscou, avant l'arrivée de Tarmée française. Le gouverneur comte Bostopchin promet, par une proclama'tion, de marcher avec cent mille hommes et cent pièces de canon pour défendre Moscou ; mais dôs qu'il apprend que les Français approchent, il disparaît en mettant le feu à la ville qu'il est chargé de défendre et de protéger. L'auteur fait du comte Bostopchin un des plus giiuids hommes des temps modernes.
C'est d'aboixl le nobU descendant de l*un des plus grttnds conquérants de 'VAsie (page 15). L'échafaudage élevé par M. le Maréchal* des*logis du palais tombe, quand on sait que le comte Rô&* topchin est le fils d'un intendant du
DE 1812. 4f5
comte Orloff , oncle de l'historien de ce nom. Sa fortune commença sous Temperetir Paul , dont il eut la confiance avant son avènement au trône. Il fut successivement chargé par ce prince du portefeuille militaire, et placé au collège des affaires étrangères. Ensuite, il fut &it comte, ainsi que son père, et décoré du grand ordre de Russie. L'alliance de famille qui existe entre M. de Ségur et lui , explique l'importance avec laquelle cet écrivain cherche à relever sa naissance.
La résolution du comte Rostopchin fut terrible sans doute, et telle, qu'il faut remonter aux temps de barbarie pour en trouver des exemples. Elle fut odMirabk (page 15), dit un Français; elle fcit atroce , répond toute l'Europe, -et avec elle, les Russes eux-mêmes.
-Qti'eild obtienne l'immortalité à son auteur, cola n'est point douteux; mak ce sera Timmoitalfté d'Érostrate. Les passions exaltent encore aujourd'hui cette action ; mais le but même ne peut l'ennoblir : c'est un crime doïit l'histoire chargera sa mémoire. « Un sujet » décide du sort de l'État sans Taveu de 1) son souverain; le protecteur, parla » place qu'il occupe , d'un peuple nom- » breux) le sacrifie; il conçoit son plan » sans effort , il l'exécute sans héstta- » tîon, et il reste satisfait et tranquitte.î^ (Pages 15 et 16.) Cette impassibilité) cette satisfaction que M. l'Officier du palais admire, resserrent et flétrissent l'àme.
Au lieu d'employer les formes du drame, et l'artifice dû romancier, pour égarer le jugement des contemporains sur cet horrible événement, il fallait dire qu il se trouva un homme avide à tout prix de la célébrité; qui, à une énergie sauvage, joignait une inexorah!e ambition ; qui s'ett fait î'inslniment d'un ^'abinet liabile dans l'art dos se-
AU
LEMPIRE.
ductions, d'un cabinet accoutumé à sacrifier à son intérêt, amis comme ennemis, et sans scrupule sur remploi des moyens ; que cet homme a été enhardi à braver le désaveu de son souverain, et s'est senti assez d'audace pour assumer sur sa tête Thorreur de cette effroyable catastrophe.
Quand M. de Ségur vante le sacrifice que le comte Rostopchin a fait d'un de ses palais, on pourrait demander si, dans ce grand désastre, tout le monde a été ruiné ; si de prétendus sacrifices, faits avec une grande ostentation , n'étaient pas réparés avant d'être consommés; enfin, si dans ce grand incendie, l'or de l'Angleterre n'avait point oisuré quelques propriétés.
Qui a révélé à notre auteur que Napoléon se serait servi de Varme révolutionnaire en Russie (page 18)? L'Empereur a répondu lui-même à cette imputation, dans son discours au Sénat, le 20 décembre 1812 : « La guerre que » je soutiens contre les Russes , est une » guerre politique. J'aurais pu armer la )) plus grande partie de sa population » contre elle-même, en proclamant la )) liberté des esclaves. Un grand nombre » de villages me l'ont demandé; mais » lorsque je connus l'abrutissement de » cette classe nombreuse du peuple » russe , je me suis refusé à une mesure D qui aurait voué à la mort et aux » plus horribles supplices bien des fa- » milles. »