CHAPITRE Vil
« Nous étions assiégés par un océan » de flammes; elles bloquaient toutes » les portes de la citadelle, et repous- » sèrent les premières sorties qui fu- » rent tentées. Après quelques tâton- » nements, on découvrit, à travers des » rochers, une poterne qui donnait sur » la Moskowa. Ce fut par cet étroit » passage, que Napoléon, ses officiers » et sa garde parvinrent à s'échapper » du Kremlin.... Une seule rue étroite, » tortueuse et toute brûlante s'ofirait » plutôt comme l'entrée que comme » la sortie, de cet enfer; l'Empereur ï> s'élança, à pied et sans hésiter, dans
» ce dangereux passage Nous mar-
» chions sur une terre de feu, sous un » ciel de feu, entre deux murailles de » feu, etc., etc., etc. » (Pages 57 et 58.)
Un océan de flammes ne bloquait pas et ne pouvait bloquer toutes les portes de la citadelle. Il y avait au-delà du fossé une large esplanade; on ne fut donc pas obligé de tâtonner pour trouver une issue.L'Empereur sortit par l'une des grandes portes du Kremlin, accompagné de ses officiers, comme il y était arrivé, et n'en sortit point à travers des rochers. Il descendit sur le quai de la Moskowa, où il monta à cheval. Un des agents de la police de Moscou marchait en avant, servant de guide. On suivit pendant quelque temps le bord de la rivière, et l'on entra dans des quartiers, dont les bâtiments en bois étaient entièrement consumés.
Quoiqu'ayant accompagné Napoléon pendant tout ce trajet, nous n'avons pas vu les beUes horreurs que M. de Ségur décrit. Nous traversâmes, il est vrai, Moscou sur des cendres, mais non sous des voûtes de feu. Peut-être ne prit-on pas la route la plus directe; mais il est faux que, dans ce trajet, l'Empereur ait couru des dangers. Il est également faux que notre guide; incertain et troubléy se soit arrêté (page 59), et que ce soit à des pillards du premier corps (page 59) que l'Empereur ait dû la vie. Cette rencontre touchante du maréchal Davout, se faisant rapporter dans les flammes^ pour en arracher Napoléon ou périr avec lui^ n'est pas plus exacte. D'ailleurs, M. de Ségur met le lecteur à même d'apprécier la vérité de son récit, par l'aventure du convoi de poudre défilant au travers de ces feux. L'incendie durait depuis trente-six heures ; quel est l'officier qui eût été assez insensé pour exposer aune
î;emp!RE.
explosion iii£aillible, un convoi de poudre, en lui faisant ti*averser la ville, quand on pouvait la tourner .par les dehors?
Le Maréchal-des-logis du palais n'a pas trouvé , dans ses nombreuses descriptions de marches et de batailles, une seule occasion de parler de l'ordre avec lequel cheminaient ces immenses colonnes d'artillerie , qui , malgré toutes les difficultés , se trouvaient toujours présentes pour foudroyer les bataillons russes , et dont les chefs savaient joindre au courage des batailles cet esprit de prévoyance qui contribue à en préparer le succès et à en assurer les résultats. Il aurait pu se dispenser du moins de citer , au désavantage de ce corps d'élite, un fait faux.
« L effort qu'il venait de faire pour » atteindre Moscou , avait usé tous ses » moyens de guerre. » (Page 60.)
On voit que l'auteur n'est pas fort au courant des affaires militaires. Si par moyens de guerre, il entend le personnel, nous lui répondrons que l'armée française, qui avait été rejointe par la division Pino , la cavalerie bavaroise du général Pressing et plusieurs détachements , se trouvait presque aussi forte qu'avant la bataille de la Moskowa.
Quant au matériel (l'artillerie), les parcs intermédiaires, que le général Lariboisière avait échelonnés entre Mojaisk et Smolensk, avaient déjà , en grande partie, remplacé les munitions consommées (1).
(D Dans uneleUre du Majoi^énéral, écrite par ordre de TEmpereur au maréchal Bessières, «latée de Moscou le 27 septembre 181 S, et relative aux événements militaires qui ont eu lieu avant Turrivée à Moscou, on Ut: « Kutusoff a I» f.iit ce qu'il devait futre en se retirant par 9 Moscou ; il a remué de la terre sur plusieurs » belles positions, et a cherché à nous faire I» croire que pour entrer à Moscou, il fallait
L'Empereur était resté à Petrowski, depuis le 16 au soir jusqu'au 18 au matin , moment où il rentra au Kremlin. C'est dans ces quarante heures que M. de Ségur voudrait qu'il se fût décidé sur le parti qu'il devait prendre, et cela, sans attendre les rapports sur la marche de Kutusoff , et la réponse à la lettre portée par « TolBcier supérieur » ennemi, qui venait d'être trouvé dans » le grand hôpital. » (Page 47. ) Après nous avoir dit que, dans ce court espace de temps passé au château de Petrowski, Napoléon était resté étonné^ incertain , Fauteur ajoute : « Il déclare » qu'il va marche]^ sur Pctersbourg.
)) Déjà cette conquête est tracée sur ses » cartes, jusque-là si prophétiques.
» L'ordre même est donné aux diffé- » rents corps de se tenir prêts. » Mais qu'on se tranquillise; sa décision n'est qu'apparente. Tout cela est pour sonder tes ministres Uspluis inlimeSj et Berihxer^ Betsières Font bientôt convaincu^ eic, (Pages 61 et 62.)
Nous avons vu souvent Napoléon raisonnant avec ses officiers et ses ministres , et cherchant à faire passer sa conviction dans leur âme; nous ne l'avions pas encore vu essayant leur crédulité , et jouant avec eux le rôle de jongleur. C'est une variante que fait ici M. de Ségur.
Cet écrivain suppose que c'est pendant le séjour à Petrowski , que l'Empereur apprend la marche de Kuluso/f iur Kalouga (page 61) ; tandis que ce ne
» une deuxième bataille. Celte mesure était » tellement bonne, que, si l'état remis par La*- » riboisicre, commandant rarlillerie, a\ait por- » té vingt mille coups de canon de moins, » l'Empereur se fût arrêté, quoique le champ » de bataille eût é;é un des plus beaux que » nous ayons yM%, parce qu'il est impossible » d'enlever des redoutes sans ariUierie et » beaucoup de mouitiong. »
fat qu'après son retour au Kremlin. La vérfté historique n^est pat ce que cherdie M. de Ségnr; elle lui importe peu*, pourva qu'il étale ses faux rai^ionnements.
(( Il a tffiQt compté sur la psix de )> Moseou', qu'il n'a point de quartiers »• d'hiver prêts en Litbuanie. » (Page 61.) Et que sont donc devenus a ces ap- » provisionnements immenses^ comme yhrenir€priie?y> (Bage 120, tome [•'.) Que sont devenus les magasins* et les fdrtiâcatfonsde Wilna, Minsk, Witejfek, Snoiensk, ele.? Le MaréciiaWdés-logis da pakis devrait bien • nous dire ce qu'il entend par n'avoir pas de quartiers d*4àt€r prêts ^tilÂthuanie.
Napoléon « se décide donc à rentrer » au Kremlin , qu'un batailbn de la I) garde a malheureusement préservé. »
(Piage œ.) Pourquoi donc malheureusemeiMt présent, puisque, quelques lignes piiffi haut, l'auteur avoue qu'il faut hait jours à Napoléon pour recevoir la réponse d'Alexandre, et refaire, rallier son armée, etc.? {Page 62.) Mais M. de Ségur était peut*étre mieux logé à Petrovrski qu'au Kremlin ; serait-ce pour celaqu'il voudrait que ce dernier pahtis eàft été brûlé? Comme il ne donne pas les motifs de son regret, nous ne trouvons que* celui-là.