INSTITUTION V
Dei préparaUfs des
Nous vous ordoan<ms de veiller ï ce que l'armement, tant des gens de pied que de cheval, soit dans le meilleur état et convenable pour tout»
les occasions. Vous vous ferez aider dans cette partie par les officiers supérieurs et inférieurs qui seront sous voi ordres.
Vous ferez provision d'arcs avec leon étuis, de flèches avec des carquois, d'épées acéréeset tranchantes» de grands boucliers appelés targes , et de petits appelés peliei, à l'usage des gens de pied ; et aussi d'autres ronds couverti d'un fer émoulu, de piques longuo de huit coudées. Celles des Macédoniens éuient de seize , ce qui ne nous convient pas actuellement , cette arme devant être d'un usage aisé, et proportionnée à la force de chaque soldat.
Il faudra des armes de trait , comme des pilum et des javelots, des haches et des haches d'armes, ayant d*un cùlé un fer pointu comme celui d'une lance, et de l'autre un tranchant, avec letin étuis de cuir et leurs courroies. Il faut aussi de larges épées à un tranchant qni se portent sur la cuisse.
Il faut des armures qui descendent jusqu'au cou-de-pied, dont on attache les différentes pièces par des courroies et des anneaux , avec leurs étuis de cuir. Il serait bon qu'elles fussent toutes de mailles de fer, sinon on les fers ^^ corne ou de peau de buffle sèche. On aura des soubrevestes pour meure sous les cuirasses. Les corselets seront de fer, ou d'autre matière comnv) il a été ditv On aura des casques entiers, des bottines et des gantelets dt fer, (^ d'autre matière pour ceux qui en o^^' queront ; des colerins de mailles de fer
garnis en dedans de feutre» et en dehors de lin. Au début de cuirasses de fer on y suppléera par d'autres de nerfs qui seront garnies d'un double feutre.
On pourra faire aussi des casques de tissu de nerfs. On aura des casaques que le soldat endosse pardessus ses armes; des fers à hameçon pour de petites flèches, a^ec leurs étuis; des maleties , des frondes, des grandes sacodies, des tubes à jeter du feu, des mèches , des longes de cuir, des fers pour les pieds des chevaux, avec leurs clous , des alênes , des limes , des fronteanx , des poitrinals et des colerins de ierou de cuir pour les chevaux.
Il faut de grandes et de petites flammes diversement colorées » de grandes et de petites buccines , des faux , des Aiucilïes, des doloires, des haches et des tripèdes avec leurs verges de fer.
On aura de petits moulins à bras , des scies, des pics, des pelles, des marteaux , des corbeilles pour porter la tetie, des toiles, des crins, ou d'autres tissus qui servent à se couvrir , ainsi que toutes les choses propres aux travaux et à la défense du camp. Gela sera porté sur des chariots légers faits pour cet usage.
Il faudra des chariots plus solides pour le transport des toxobalistes, des mangonneaux, des forges et de tous les ustensiles destinés à leur service.
On en aura pour se remparer, d'autres pour porter des vivres et des armes de rechange autant qu'il sera nécessaire , avec divers instrumens et matériaux dont on a besoin pour les retranche-
L'EaPKRBLn LtON. 46i
botter ensemble , et les autres machines qu'on jugera nécessaires.
Vous vous pourvoirez de barques et de petits bateaux pour traverser les lacs et les rivières : on les fait de peaux de bœufs ou de bois ordinaire. Vous préparerez aussi des tentes avec leurs agrès pour se garantir de la chaleur et des pluies.
Le chef de la marine préparera des vaisseaux , soit de guerre ou de transport, pour les chevaux , les bagages et tout ce qui concerne l'armement.
Vous aurez donc soin de tout cet appareil auquel il doit être pourvu en partie par vous« en partie par vos préfets ; que l'on ne manque ni d armes offensives ni défensives, ni de rien qui soit nécessaire. Vous veillerez à ce que les armes soient luisantes et bien acérées, ce qui ne contribue pas peu à inspirer de la terreur aux ennemis. 11 faut que tout cela soit prêt à propos, et ne pas attendre le moment où l'on en aura besoin : ce n'est plus le temps d'y penser lorsqu'on est en présence de l'ennemi et prêt à combattre. Vous y ajouterez ce qqe je puis avoir oublié, et si vous imaginez quelque nouveauté qui soit utile, vous en rendrez grâces à Dieu, auteur de votre industrie. Avant toutes choses , ayez sa crainte devant les yeux. Que votre esprit soit prompt, appliqué en tous temps et en tous lieux, pour que vous ne soyez jamais pris au dépourvu.
Voilà ce que la mémoire a pu me
fournir touchant les préparatifs des ar-
I mes. Nous parlerons dans la suite de
I l'ordonnance de l'infanterie, et d'une
mens. Vous penserez en même temps à j armée mêlée de gens de pied et de TOUS assurer de chevaux, et autres bêtes cheval : mais auparavant il faut expli-
de Irait;
Il faudra pour les sièges différentes aortes de mangonneaux, des échelles de bois toutes préparées qui puissent s'em-
quer en détail comment chacun d'eux doit être armé.
WSTnWION VI. I ^**"* •* J*"»* *'»™'"»- ''^•»**
De l'armurç àf$ (^imi^t et c«ya{ieri-
II favl doi^cque les soldats soient ^urvMs d'armes par leurs chers, et de tom CQ (]ui leur est nécessaire , soit pour le ternp de la campagne, ou pour le quartier ahiver : de même les oiI|« çiers, depuis le turmarque jusqu'au centurîoi|et(^uintei)ier«chacun selon ses Ta* cultes, et oomm^ vous Taures ordonné.
Chaque archer portera la coite de maille eptière descendant jusqu'au coude-pied, avec les anneaux et courroies pour rattacher, et leurs étuis de cuir« H aura un casque de fer poli , orné au sominet d'une petite crête, ^n arc plus au-dessous qu'au-dessus de ses forces, ui^ éiui large et commode pour le (porter; provision de corde de nerfs dans sas bougeiies, une trousse avec sa couverte tenant trente ou quarante flèches, une Urne et une alêne dans la ceinture dQ son arc» una lance de moyenne grandeur, à l'usage de la cavalerie, ayant dans le milieu des courroies pour attacher une petite flamme; une épée à la manière romaine suspendue à un baudrier , et un poignard à la ceinture.
Les jeunes cavaliers qui ne sauront pas tirer de l'arc auront des javelot^ avec un grand bouclier; il sera bon qu^ils aient des gantelets de fer. Il y aura de petites houppes aux housses de leurs chevaux et de petites flammes pour ornemens sur les épaules de leurs casaques.
plus le soldat est armé et vôm pro* prennent , plus cela relève son courage et intimide les ennemis.
Autant qu'il sera |)0S!sibie, qu'ils aient des cuirasses ornées et brillantes, avec une chaussure armée, que nous appelons à présent podopselle; et une soubreveste, pour.la mettre quand il faudra.
l'igede quarante uns, lierai obligii d'avoir un arc el une trousse de Odcbep pour apprendre i^ les tirer, s'ib HQ If sayeut point eooore. On peui r^iqarqiifr que la n^ligence de cet ex^rdoe neui a été très-préjudiciable.
11 faut qiie chaque cavalier ait J^fm dards pour les lancer contre renoemi, et aflq que, si l'un minque, il ail m* cours à l'autre.
^ l'égard de^ cheveyx , ceuK dm chefs, surtout, auront des garde- poH trails et des fronteaux de C», pu de gros feutre, ou d'un tissu deserfe.
On leur donpera aussi des garde* cou, et s'il est possible des garde-ventre qui s'attachent à l'arçon de la «elle. Cela les garantit très-souvent et aauw le cavalier : ceci es| pariiculiôfemevl pour tous ceux qui combattent aux ft^ miers rangs.
Les mors des chevaux seront forts et convenables ; les selles seront couverifi de poil, et auront de grands sièges; è chacune seront attachés deux éirierSa des courroies de valisef^e sacoche dans laquelle on puisse porter dei vî'vres pour trois ou quatre jours. I41 housse doit être oxnée 4e quatre houppes; il y aura une aigrette sur la tikti^ve^ et une houppe aussi sons la gaqac^e.
Le cavalier doit avoir une hache tff^?* chante d'un côté et de l'autre, armé| d'un fer long et pointu. Elle se pq^tera dans un étui pendant à l'arçon d^ I9 selle.
Le vêtement du cavalier sera de lin , de laine ou d'autre étoffe; il doit êtif assez large et long pour couvrir les ge^ noux et avoir meilleure grâce.
11 faut que les casaques soient am?
pies et leurs manches laides, pour qu^ l'arc et le baudrier n'embarrassent point dessous. Elles les couvriront dans lee temps de pluie, ^insi que la cuicane*
L'fVtfiESim UOK.
f f lor^qu^ 1^ cavalier voudra se servir de lare ou du bouclier» il ne sera point gêné. Ces casaques sont encore utiles dans Iq$ gardes e( les découvertes, Elles empêchent qu'on m voie de loin Téclat dw cuiraaees» et résislent môme aux 9>ups de flèches.
H y aura par chambrées des faux el des haches pour |e4 usages oïdiliaires.
Les chefs de lurmes et les cavaliers les plus aisés puronl des valets libres ou eacifives pouf avoir soin de leurs équipages» lesquels seront enregistrés ainsi que les chariots. Gomme la plupart n'auront point les facultés suflisanles, ils se joindront trois ou quatre ensemble pour avoir >uo goujat; cela fera qu'un JQur de cpn^bat on ne sera pas obligé d^ détacher des soldats pour la garde des équipages» ce qui diminue le nombre des combatians et affaiblit toujours» bien qu on pe choisisse que les moindres. On aura le même soin de prendre une liste des bêtes de somme qui portât leurs cuirasses et leurs tentes.
Les enseignes des tagmes seront d'une seule couleur» et celles des tur* te^ et des dronges» d'une couleur qui leur sera particulier^. Uais pour que chaque tagme reconnaisse la sienne»
on y joindra des signes ^ui lui seront affectés ; et de même à celles des turmes et dronges , qui doivent avoir chacune un signe différent» et qui puisse s'apercevoir de loin.
Outre l'étui de cuir de bœuf pour renfermer la cuirasse» chaque cavalier aura une couverte légère de peau » qu'il portera attachée au derrière de l'arçon. Gomme il peut arriver souvent que dans les expéditions et dans les courses ils soient obligés de forcer de marche» ou de rétrograder (ce qu'à Dieu ne plaise)» ils s'en serviront pour couvrir leurs armures afin qu'elles ne se g&lent
point » et aussi qu'ils ne se btiguent point en portant toujours la cuirasse sur le dos.
Vous devei connaître à présent comment les cavaliers doivent fttre équipés» ainsi que l'espôoe et la forme de leurs armes.. 11 ne faut pas omettre id que les chefs des bandes doivent s'informer exactement» soit pendant le quartier d'hiver» ou autre temps de repos» si les soldats ont tout ce qui leur est nécessaire» el de la quantité de chevaux à remplacer. Vous en ordonnerez l'emplette de manière que les habitans da pays n'en souffrent point» et que les soldats soient pourvus à point nommé de ce qui leur manque.
Après avoir démillé ce qui convient à la cavalerie» il est à propos de parler maintenant de quelle manière il fiiul armer les gens qui combattent à pied.
Les anciens nous apprennent qu'il j avait autrefois trois sortes d'infanterie : les hoplites que nous appelons à présent porte-boucliers; lespsilites quiconservent encore le même nom » et les peltales qui n'ont plus chez nous aucune fonction. Il me parait qu'ils émient peu différent des psilites dont ils tenaient lieu : c'est pourquoi il suffira de nous rappeler que l'inbnterie se divisait en hoplites et en psilites.
Formant donc la nôtre sur ce modèle» vous armerez les porte-boucliers»
dits anciennement hoplites » d'une grande Urge tout-à-fiiit ovale. Celles de chaque bande seront de la même cou* leur. Ils porteront le casque avec une petite crête» une hache d'arme à un tranchant et un pointant dans un étui de cuir» ou bien à un tranchant et un marteau» ou bien à deux Iranchans»
avec une large épée : ils auront tous des cuirasses» s'il est possible» mais du moins les deux premiers de chaque file. ! Elles seront ornées sur les épaules d'une
peiiie Trange. U leur faui des gaotelels de Ter ou d'autre malière» des bouines armées , surtout à ceux qui seront à la téie ou à la queue des des.
Voilà pour les hoplites. A l'égard des psilites» ils porteront une trousse fournie de trente ou quarante flèches qui se tirent avec l'arc de très-loin et sont inutiles aux ennemis. Ceux qui ne seront pas instruits à tirer de l'arc se serviront de petits javelots ou dards pour lancer. lis auront un petit bouclier rond y dos frondes et des haches dans leurs étuis comme celles dont j'ai parlé. Tous les fantassins seront vêtus d'une robe courte qui ne descendra que jusqu'aux genoux y et auront, s'il est possi* ble, la. soubreveste pardessus la cuirasse. La chaussure ne sera pas d'une forme pointue :. il est à propos que la semelle soit garnie de clous ; œ qui est fort utile, surtout pour les marches.
On ne leur permettra pas de porter la chevelure entière; mais on les tondra^' en ne leur laissant que des cheveux très-courts.
il y aura pour le service de chaque décurie ou chambrée un chariot léger, sur lequel on portera un maillet, un tailloir, une hache, une scie, deux pioches, une corbeille, une peau de bouc, une faux, une serpe, un marteau, toutes choses nécessaires aux soldats. Il faut aussi porter des tripèdes attadiés à une cheville de fer, pour qu'on puisse facilement les assembler.
D'autres chariots porteront des toxobalisies avec leurs traits , et des balistes ou mangonneaux, appelés cUaeatiay qui se bandent par des treuils. Il y aura à leur suite des charpentiers, serruriers et tous les gens destinés pour ce service. 11 faudra encore d'autres chariots, à proportion du nombre de vos soldats , qui seront chargés de farine, de biscuits, d'arcs et de flèches en abondance.
L'capSEEUa LfiOK.
Il sera bon qu*il y ail , autant qu'il se pourra, une bête de cliarge pr chambrée, ou du moins de deux eo deux , afin que dans le cas où on bisserait les chariots en arrière pour aller plus vite, elles pussent porter des vivres pour huit ou dix jours, jusqu'à»
que les chariots aient rejoint.
Il ne sera pas inuUle d'exposer eo peu de mots la manière dont les anciens armaient leur cavalerie et leur inEiDterie , comme nous Tavons apprise d'Êlien et des autres qui ont écrit sur II lactique.
La cavalerie était de deux sortes, l'une appelée cauiphracte, l'autre noo* cataphracte. Dans la première, ie civalierétait armé de pied en cap, portam le casque de fer et toute l'armure do corps , des bras et des jambes de fer ou de corne. Le cheval était aussi entièrement couvert. La têtière, le fronieaa.
les garde -flancs , garde -cou étaient de mailles de fer ou d'autre matière.
Tous ces cavaliers calaphractàires portaient une lon^e lance avec bquelle ils joignaient l'ennemi. D*atitres, appelés acrobolistes, se savaient de javelots qu'ils jetaient de loin. Bef lanciers, les uns avaient de grandi boucliers oblongs, d'autres n'avaient que la lance sans bouclier : ceux-là se nommaient thirophorei, ceux-ci dory phoret.
Les acrobolistes comprenaient io« ceux qui combattaient de loin et > coups de traits. Les uns se servaient de javelots , les autres d'arcs : ceux qn> portaient le javelot le lançaient en allant droit à l'ennemi, ou en toarnant et caracolant ; c'est ce qu'on nommail jaculateun. Ceux qui étaient armés d'arcs s'appelaient archen à cheval- lœ partie des jaculaleurs , lorsqu'ils avaient lancé un ou deux javelots , coaraicD' sur l'ennemi pour le combattre avec uo
L'EHPEREUft LÉON.
autre jatelot de réserve ou avec Tépée; quelques-uns se servaient de petites massues années de tous côtés de leurs dents de fer très-aiguës.
Voilà pour ce qui regarde la cavalerie. A l'égard de l'infanterie» elle se divisait, comme je l'ai dit, en trois parties : les hoplites, les pellastes et les psilites. Les hoplites étaient les plus pesamment armés, comme Alexandre I voulait que fussent les Macédoniens. Ils t avaient un grand bouclier oblong, une ^ cpée qui se portait sur la cuisse , une cuirasse de corne ou de mailles de fer, ^ un casque , des gantelets , des bottines I garnies d'airain et une longue pique. Une partie de cette infanterie a porté I aussi l'écu ou bouclier macédonien, r rond et très-peu concave, ayant trois i palmes de diamètre, avec unepiquelon- I gue seulement de huit coudées , qu'un \ homme pouvait manier fort aisément. I Les psilites étaient armés plus légè-
rement , ils n'avaient ni casque , ni ( cuirasse, ni bottines, ni le grand bou- I clier . lis combattaient de loin , les uns ! en tirant de l'arc, d'autres en lançant des t javelots, ou avec la fronde, et même en jetant des pierres à la main. Leur \ habillement était une camisole ou veste I épaisse et très-solide qui leur tenait i lieu de cuirasse.
I A l'égard des peltasles dont les tac-
ticiens modernes n'ont point parlé, je 1 pense , comme je l'ai dit ci-devant , qu'ils les ont confondus avec les psilites. Ils avaient l'armure comme les hoplites , mais moins complète et moins pesante, et le bouclier, nommé pclte , plus petit. Les piques des phalangistes, qu'on appelait sarisses , ont été tantôt de quatorze coudées et tantôt de seize. Tel était le système de l'ordonnance macédonienne, dans laquelle les peltastes tenaient le milieu entre les hoplites et les psilites; étant armes plus m.
pesamment que les psilites, et plus légèrement que les hoplites.
La phalange macédonienne étant en bataille paraissait inexpugnable par sa disposition. L'ordonnance étant serrée pour combattre, chaque homme occupait l'espace de deux coudées , tenant sa pique, autrement dit sarisse, présentée. Des quatorze, ou selon d'autres, des seize coudées qu'elle avait de longueur, les mains en occupaient quatre vers l'arrière; tout le reste portait en avant du corps. Voilà donc la manière dont chaque soldat était armé : nous l'avons recueillie des anciens et nouveaux tacticiens , afin que , l'ayant devant les yeiu, vous en fassiez votre profit.
INSTlTUTIOxN VU.
De Texercice de la cavalerie et de rinfanterie.
Maintenant, je vous parlerai des exercices qui doivent précéder les vrais combats dont ils sont l'image, et accoutumer les soldats aux dangers où rîgnorançe aveugle se livre inconsidérément.
En hiver, ou lorsqu'on a quelque repos pendant la campagne, il faut em« ployer ce temps à des exercices, pour tenir les troupes en haleine et les empêcher de se corrompre par l'oisiveté :
car la paresse et la fainéantise énervent, après un certain temps, les plus robustes, qui ne peuvent plus soutenir le travail et ne s'y livrent qu'à regret. Leur courage s'affaiblit de même; ils craignent les périls et les fuient comme la fatigue. C'est pourquoi je pense qu'un bon général doit employer utilement pour la guerre ses moniens de loisir. Vous formerez donc vos troupes selon ces institutions.
Premioremcn», chaque soldai doit
466 l'empereua léon
èlre instruit selon son genre. Les hoplites y c'est-à-dire ceux qui portent l'armure entière 9 s'exerceront entre eux avec leurs boucliers et des baguettes.
On les exercera encore à jeter de loin des dards et des martiobarbules.
L'armure légère sera exercée à \iser des flèches contre un but attaché à une pique y à lancer des javelots et à tirer de la fronde, ainsi qu'à courir et sauter dans toutes sortes de terrains. Les cavaliers, à tirer de même des flèches contre un blanc » et aussi en courant devant y derrière, à droite et à gauche; à sauter légèrement à bas de cheval et à y remonter; à courir l'arc tendu, le remettre prompiement dans l'étui ; prendre aussitôt la lance pendue à leurs épaules , la remettre, et reprendre lare avec célérité. On en fera courir deux l'un contre l'autre, qui se chargeront alternativement , se retireront et reviendront à la charge. Le soldat ne doit être oisif dans aucun temps; il faut qu'il soit toujours occupé, soit comme je viens de dire, ou à des exercices plus généraux , ou à fourbir et nettoyer ses armes. Quand il est habitué à des travaux volontaires, il supporte plus aisément ceux qui sont nécessaires.
On exercera les soldats, non-seulement séparément, mais ensemble, pour qu'ils apprennent à connaître leur poste, leurs compagnons de Ole, leut*s chefs et leur division. On les mettra au fait des commandemens du préfet pour les diverses manœuvres qu'il voudra faire exécuter, soit pour étendre le front ou pour augmenter la hauteuri serrer les rangs et les files ou les ouvrir, faire à droite ou à gauche , changer le front, faire la phalange antistome, c'est-à-dire à double front, les demi-files de la queue faisant face en dehors contre Tennemi qui ks aura tournées. Ceux qui sont siylés aux mouvemens les
exécutent machinalemeot et prompiement; les autres sont embarrassés, et il est dangereux de les employer.
Vous diviserez vos troupes en deux partis pour combattrel'un contrel'aatre.
Elles auront des bâtons et des longaes cannes au lieu de lances et d'épées. S'il y a des mottes de terre sur le terrain , vous leur ordonnerez de se les jeter réciproquement.
\ous commanderez aux uns d'aller occuper une colline et aux autres de les en chasser. Vous les exercerez alternativement. Quand les premiers l'ath ront été, ils donneront leurs armes de bois à d'autres , et vous les renverrez. Vous louerez ceux qui auront montré de la vigueur, et vous ferez honte aw autres de leur mollesse, pour les exciter à mieux faire. Ces exercices, ea instruisant les troupes , contribucni aussi à la santé, et augmentent les forces. Ils les habituent au chaud, aa froid, et leur font trouver leur nourriture agréable, toute simple et grossière qu'elle soit.
Vous formerez la cavalerie par de semblables simulacres, à se charger, voltiger, et à se jeter des flèches, ie pense, amsi que nos ancêtres, qu'< est à propos que les cavaliers soient habitués à courir, non-seulement dans la plaine, mais sur les [tentes des collines, à traverser toutes sortes de terrains âpres et diflîciles, séparément et en escadrons, soit en montant ou en descendant. Ceux qui veulent épargner ces exercices à leurs chevaux se trahissent eux-mêmes, et hasardent leur propre salut. Il faut s'habituer aux difficultés pour qu'elles ne paraissent pas nouvelles.
N'accoutumez pas les chevaux a bojre beaucoup en été ; c'est pourquoi il ^ bon qu'ils ne campent pas si près ocs rivières.
i/eupekeur Léon.
Il but vous expliquer en raccourci les inanœuvres des anciens ei leurs coromandemena , pour vous en servir dans les exercices que vous ferez faire à voire arnoée : car, après que chaque soldat aura éié instruit séparément, vous les réunirez pour les exercer par bQnde$ ou tagmei.
Une bande de qivaliers éianl en bataille disposée par files , Tadjudant fera les oommandemens suivaos de celte manière : < Quand on chargera , que personne ne soit tardif ou ne s'avance trop avant la pouir^ite ; que chacun garde soq rang el observe son enseigne; qu'il la suive en brave soldat.
Si vous passez le front de Tarniée^ ike courez pas trop vile pour ne pas rompre votre ordre. »
Il y a différens mouvemens auxquels on exerce une lagme de cavalerie.
Premièrement à marcher ou à courir en escadron jusqu'à un lieu marqué.
Qn lui donne ordre de se mettre en mouYement» par la voix^ par la buopcine, ou en frappant sur un bouclier, oa par le signe d'un drapeau : de même quand on veut qu'elle s'arrête.
Un auire mouvement est de marclier de front , les files ouvertes ; ce qui se commandera par ces mots : « Marchez Clément. »
Un autre est de se serrer sur un côté ou vers le milieu de l'enseigne, c'est-àdire que les cavaliers se rapprochent jusqu'à se toucher par le côté. Les dîaainiers joignent les dizainiers, les lyiinteniers, les quinteniers; ainsi du reste. On dit pour cela : « Serre^vous. » Quand le mouvement est fini , tous les dizaipiers forment un rang bien aligné à la lète de l'escadron , el les autres jusqu'au dernier sont serrés de même.
On se serre aussi , non pas quant à l'étendue, mais à la profondeur, savoir en joignanl les rangs.
Quand, après s'èlrc serré sur le côté, on veut jeter des flèches, on commande : f Tirez; » alors ceux des pre^ miers rangs s'inclinent sur le cou de leurs chevaux , se couvrant la tête et les épaules de leurs boucliers. Us marchent lentement pour ne pas rompre leur ordonnance avant d'avoir joint l'ennemi. Cependant ceux des derniera rang3 tirent kurs flèches.
On fera faire à une tagme alternativement la manœuvre des coureurs et des défenseurs. Si c'est la première»
elle courra en avant l'espace d'un mille. Si c'est la seconde, on lui comn^ndera :« Suivez en ordre de bauiille. »
Une autre manœuvre est de faire retirer les coureurs un peu en arriérai ensuite faire face. Pour cet effet « on commandera: «Tirez, et retirez-vous.»
Ils nuircherout un certain espace vers les défenseurs, et l'on dira : «Yolie-face et en avant , » pour qu'ils se retournent comme si l'ennemi était présent.
Us feront la môme chose plusieurs fois, non-seulement de fionl; msiis en se présentant aussi vers la droite et vers la gauche, ils escadronneront, comme pour se retirer sur la seconde ligne.
Ils feront mine de charger, soit en pelotons ou en escadrons rangés; et pendant ces mouvemens ils auront la lance haute pour qu'ils n'en soient point embarrassés.
Un autre mouvement est de se por* ter en ordre sur la droite ou sur la gauche. Ceci convient à ceux qui sont sur les ailes pour investir l'ennemi. On commandera donc: < Portez -vous à droite; » ou si c'^l à l'aile gauche : cPorlez-vQus à gauche. »
Il y a aussi une manière de se tourner ou de changer de front dans tel lieu que l'on soit. Si , par exemple , l'ennemi paraissait subitement sur les derrières, vous commanderiez seule-
468 l'empereur liIon
ment à ceux de la queue de se loumer, en disant : < Changez de forme. » S*il était trop en force, on ferait tourner tons les rangs de la bande par ce commandement : « Changez de front. »
On les exercera non - seulement à marcher en colonne par le flanc » mais de front en ordre serré , à faire différentes caracoles en escadrons , ei en pelotons , à courir en ligne droite ou en tournoyant , et à toutes les conversions nécessaires pour s'opposer à l'ennemi, ou porter promplement du secours. Les tagmes de la cavalerie étant ainsi formées aux manœuvres des coureurs et à celles des défenseurs, on pourra les employer à l'un et à l'autre usage.
Tels sont les exercices qu'on doit apprendre aux troupes séparément , et en détail. Lorsqu'on les y aura formées, elles seront propres à exécuter toutes sortes de manœuvres, comme celles des garde -flancs, des cornistites, et autres semblables qu'il ne faut pas rendre publiques.
On réunira les bandes pour en former l'ordre général de bataille où elles doivent se mouvoir de concert. Mais de peur que vos desseins ne soient éventés, n'assemblez pas toutes les troupes de l'armée en les rangeant comme vous voulez qu'elles soient le jour du combat : savoir, celles de première ligne, de seconde ligne, des ailes, des fliancs et des embuscades.
11 est inutile de mettre en évidence, dans un exercice , des dispositions qu'il faut tenir secrètes pour s'en servir dans ^occasion. 11 suffira de Taire séparément un simulacre de chaque manœuvre comme je l'ai dit ci-après.
Quelque division que vous exerciez, vous la séparerez en trois parties comme si c'était toute l'armée. Si c'est une
bande, la meilleure partie sera dési-1 flancs et ceux qui doivent éireposi'^
gnée pour représenter les coureurs.
Vous marquerez des files de çà et de là , à même hauteur pour être défenseurs.
Vous porterez aussi une dizaine de cavaliers qui représenteront les ennemis, comme si l'on allait combaure contre eux.
Au signal donné , les coureurs se détacheront des défenseurs et s'avanceront rapidement. Lorsqu'ils auront couru directement devant eux un ou deux milles , ils retourneront sur leurs pas jusqu'à la moitié de cet espace et feront face trois ou quatre fois en ca* racolant tantôt sur la droite , tantôt sur la gauche; puis s'étant arrêtés quelques momens, ils feront une demi-conversion par une marche circulaire et reviendront se rejoindre aux défenseurs qui les suivaient. Ainsi réunis, ils marcheront tous ensemble en bataille à l'ennemi •
Lorsque vous exercerez un drongc, vous le séparerez de même en coureurs et en défenseurs, qui feront alternativement l'une et l'autre fonction, pour qu'ils soient formés également à toutes les deux.
Vous ferez de môme quand vous exercerez une turme, dont vous composerez une première et seconde ligne.
Lorsque vous aurez plusieurs bandes réunies dans une division , les coureurs qui occuperont le milieu , étant alors nombreux, vous aurez soin de les couper en deux brigades qui , dans leurs caracoles et conversions circulaires, déclineront l'une vers la droite, l'autre vers la gauche. Chaque brigade sera même coupée en deux escadrons, dont l'un tournera en dedans, l'autre en dehors, afin de ne pas se confondre, et pour que les chevaux ne se heurient point dans les courses.
Ceux qui sont destinés à garder les
L'EMPEREUa LÉON.
sur Faîle droite pour tourner Tennemi seront exercés séparément pour les instruire de leurs manœuvres. Hais que cela se fasse secrètement par la raison que j'ai dite ci-dessus.
Quand vous formerez un simulacre d*armée ennemie contre laquelle vous Youdrez faire combattre les vôtres , égalez-lui votre front, de sorte qu'il ne soit point débordé. Vous détacherez quelques files de cavaliers , dont vous formerez une ou deux bandes qui représenteront les garde -flancs ou les troupes d'ailes de l'ennemi : les vôtres s'exerceront contre eux en tâchant de leur gagner le flanc et de les tourner ; puis lôut-à-coup, se réunissant et se serrant en un gros, ils se jetteront rapidement sur les derrières de l'ennemi.
Toutes ces manœuvres sont simples et peuvent cependant s'appliquer à plusieurs tagmes comme à une seule sans rien découvrira l'ennemi. Elles doivent être données par écrit à vos turmarques. On les fera non-seulement en plaine , mais dans les lieux inégaux et difficiles» en montant comme en descendant, et pendant les chaleurs de Tété. Personne ne sait quand il faudra combattre et dans quel ordre : c'est pourquoi il faut y être préparé. Rien n'est plus utile que ces sortes de simulacres qui fortifient les soldats et les aocoutument aux dangei-s.
Après avoir parlé de l'exercice de la cavalerie, il est à propos de vous instruire de celui de l'infanterie, comme nous l'avons appris des anciens et des nouveaux tacticiens.
Les décuries d'une bande se rangeront en files comme nous l'avons dit ci-devant, les uns à la droite, les autres à la gauche de l'enseigne ou du préfet. Quand celui-ci marchera accompagné du porte-eiiseigoe, de l'ad-
judant et du trompette, les files suivront : premièrement, les protestâtes de la gauche, ensuite ceux de la droite.
Lorsqu'ils seront arrivés au lieu de l'exercice, le préfet prendra sa place et avec lui le porte-enseigne. Les décuries viendront après se ranger sur seize de profondeur de Tun et de l'autre côté, comme il a été expliqué, gardant entre elles des espaces pour ne pas éure gênées. Les psilites se tiendront derrière. On portera les piques hautes afin qu'elles n'embarrassent point. En avant du front marcheront l'adjudant et le fourrier ; celui-ci pour reconnaître le chemin et le marquer , celui-làpour rendre les ordres du préfet.
Si c'est une bande qu'on exerce, le préfet marchera à la tôle avec le fourrier et l'adjudant. Si c'est une tumae, nul ne marchera hors du front, sinon le turmarque à cheval , deux adjudans, deux fourriers, l'écuyer du turmarque qui porte ses armes jusqu'au moment du combat, et son palefrenier. Alors il doit se retirer à son poste qui est à la tôle de sa bande. Bien qu'il y ait dans la turme plusieurs méries, la seule buccine du turmarque sonnera pour que le bruit n'empêche pas d'entendre les commandemens. Voilà pour les pesamment armés.
Les i^silites , qu'on nomme à prés^t sagittaires et dardeurs , se disposent de plusieurs noanières. On place une file de quatre psilites derrière chaque file d'hoplites. D'autres fois, on joint à chaque file d'hoplites quatre archers, de manière qu'il y en a un derrière chaque quart de file.
Par ce moyen si l'on dédouble ou sous-dédouble la phalange, il y aura toujours un rang de psilites derrière quatre rangs de pesamment armés. On les met encore aux extrémités de la ligne, c'est-à-dire entre l'infanterie et