‹ Bibliotheque militaireChapitre 219 sur 614 · INSTITUTION IX · texte numérisé non relu

INSTITUTION IX

De la marche de Tannée.

Lorsque vous marcherez avec Tirmée sur votre terrain , vous défendra expressément le pillage et la maraude:

quand on ne tient pas là-dessus la bride aux troupes, elles se livrent à raimii du butin, et se jettent sur tout ce qu'elles voient; d'où il arrive que ws propres soldats deviennent vos plus grands ennemis. Vous pourvoirez à h sûreté du transport des vivres et da marchandises, soit par terre ou par mer, afin de procurer à l'armée une abondance de toutes choses.

Lorsque toutes vos troupes sont assemblées , si votre dessein est d'entf»

dans le pays ennemi , il faut le faire le plus tôt possible , pour ne pas manger le vôtre et le surcharger, surtout si vous savez que celui où vous devez aller 6^ fertile et abonde en vivres.

Ne tenez pas long-temps votre armée dans le même lieu, à moins que b position des ennemis ne vous y oblige»

dans ce cas^ vous aurez attention de l'occuper à des exercices militaires, riea n'étant plus nuisible que l'oisiveté, qui corrompt le soldat et lui remplie l'esprit de vaines pensées.

Si vous vous attendez à combaur^ dans la marche, vous la ferez ou p*' dronge, ou par turme, ou toat-à-faii en ordre de bataille; ce qui rend te soldats plus fermes et plus promp's* manœuvrer. Vous observerez ceci , soi»

que vous marchiez dans le pays de "c"* nemi ou sur le vôtre.

L'EHPEnEUA LÉON.

Les &]uipagps de chaque dronge marcheront immédiatement à sa suite avec leurs bannières, et ne se mêleront point avec les autres.

Si TOUS êtes dans Totre pays et que ^oas n'ayez point d'ennemis à craindre, iroua ferez marcher tos troupes sur plusieurs colonnes» qui logeront en différens lieux, pour qu'elles trouvent plus facilement des subsistances. Gela fera aussi que les espions auront plus de diiflcnlté a les compter.

Lorsque tous 6te8 encore élolgité de Tennemi, comme de huit ou dix jourliJeè,siTOUdhecoiinaissez pointlesUeux et que tous n*ayez point de guides dd pftys , tous tons Iferez précéder d'un jour pâlir les mesureurs, qui traceront la eirconféretice du camp , et marquefotit remplacement de chaque mérie.

LesàDti-eensèurs i^ont aussi detam pour teconnattre les lieux, les fourrages et autres subaistancfes dont Taritiée n besoin.

Quand tous devrez traverser des lieux Ibùrrés, ou passer par des chemins rudes et rompus y tous enverrez devant des pionniei9, qui ouvriront les uns et iiplanirbnt les autres ; ces gens seront exempts de tout autre service.

Totre devoir étant de rassurer tout le monde, tous marcherez à la tête avec totre suite, comme au poste d'honneur; mais Vos équipages seront à la queue de tous les autres. De même chaque turmarque et autre officier principal doit être à la tète de sa division, soit qu'on marche ensemble , ou séparément. Quand il faudra passer des rivières ou autres lieux inconnus , on y enferra les anti-censeurs pour leë exaliiiner et eu faire leur rapport. Vous ferez partir aussitôt quelque officier intelligent pouir choisir un passage commode , et s^en assurer. Si ces lieux sont périlleux et d'un accès difficile , vous irez tous-rUètnes dès premiers, et vous

y resterez jtjsqu'à ce que tout soit passé. C'est ainsi que se comporta notre illustre Père Bazile , lorsqu'il marcha i Germanicie, ville de Syrie, et qu'il fit passer à son armée le fleuve Paradisus. Au moyen des flambeaux oui furent placés au milieu et sur les Lords, on aida aisément ceux qui étaient en danger : il y en eut môme plusieurs de sauvés par le secours qu'il leur donna de sa propre main.

Voilà ce que tous ferez si les ennemis sont loin de tous; s'ils sont proches , tous demeurerez à votredivision , ainsi que chaque chef à la tête de la sienne, pour en prendre soin jusqu'l ce qu'elle soit entièrement pa5»sée. li aura attention qu'on ne se pi-esse pas et qu'on ne s'embarrasse pas les uns les autres dans le passage , ce qui occasionne beaucoup d'accidens.

Dans les marches qui se liront sur les terres de notre domination, vous défendrez de traverser les Iletix cultivés, soit champs, tignesou jardins, confort mément aux lois que nous atons établies.

Vous marcherez autant que touS pourrez par des lieux incultes; sinon chaque préfet répondra du bon ordre de sa troupe, et se tiendra à portée de veiller sur elle tant qu'elle passera près du lieu Où elle pourrait faire du dégât.

S'il paraît quelques bêtes fauves, on empêchera les soldats de leur courir sus , et de se débander en criant comme il arrive en pareil cas. Cela peut être dangereux si Ton est sur le théâtre dé la guerre; d'ailleurs, ces courses fatiguent les hommes et les chevaux inutilement.

Si vous avez une petite armée et que vous la conduisiez vers l'ennemi , vous prendrez des chemins inconnus et détournés, pour éviter autant qu'il ^ pottrra Id rencotitre de ses découvreurs.

l'empereur Léon.

Lorsque vous entrerez dans son pays, vous y ferez le dégât en dévastant et brûlant les habitations ; par là vous le réduirez à la disette, et lui ôterez une partie des moyens de soutenir la guerre'. Néanmoins si vous devez y séjourner long-temps, vous ne ruinerez que les lieux qui vous seraient inutiles, et vous conserverez œux d'où vous pourrez tirer des subsistances pour votre armée.

Vous prendrez les mesures convenables pour que les marchands et les vivandiers puissent voys suivre sans risque, soit par terre ou par mer, aûn que l'armée se trouve autant qu'il se pourra dans l'abondance des choses né^ cessaires.

Vous ne permettrez pas à vos soldats de se répandre dans le pays pour chercher des vivres; mais vous les y enverrez en ordre, sans quoi les ennemis pourraient vous en faire repentir.

Quand vous devrez passer par des défilés ou dans des gorges de montagnes, vous enverrez des détachemens occuper les issues et les hauteurs voisines, de peur que l'ennemi venant à s'y placer ne vous ferme le passage ou ne le rende du moins très-périlleux.

Gela vous indique ce qu'il faudra faire quand vous craindrez une invasion dans voire pays. Vous ferez de même garder les détroits et tous les passages pour en défendre l'entrée aux ennemis, ce qui leur préparera beaucoup de mal.

Si vous avez une longue marche à faire , partie dans votre pays et partie dans celui de l'enneit^i, vous obligerez dès le premier jour vos troupes de marcher en bon ordre , gardant leurs files et leurs rangs, et chaque division suivant son chef. Cette habitude prise fera qu'en arrivant sur le pays ennemi » si l'on était attaqué inopinément, il n'y aurait point de trouble ni de confusion ;

chacun étant à son poste et sous son enseigne, on sérail tout prêt à com> battre et à se disposer conune on k voudrait.

Évitez , autant qu'il sera possible, de passer par des lieux étroits et serrés : choisissez plutôt ceux qui dont lai^et ouverts , où l'on peut s*étendre sur so flancs. Lorsqu'on est engagé dans les premiers, si l'ennemi survient tout-îcoup, l'on court risque d'y être accablé sans pouvoir faire aucun acte de vigueur : car, s'il attaque en tète, ilk fera sur un front beaucoup plus éleodi que celui où seront vos troupes, qui seront enveloppées et facilement battues.

S'il se présente en force sur un des côtés, il percera et coupera votre coioooe de marche : si pour lui faire lace, l'une ou l'autre partie veut former la cooversion, le terrain lui manquera, et le combat sera toujours à votre désaYantage. Soit que vous soyez chargé en lôie ou en queue , vous courez les mêUMS dangers; et si vous voulez porter du secours de l'une à l'autre, il arrive»

trop tard et sera inutile.

Un ordre de marche serré et à quaw faces, ou bien oblong, sans être trùf étendu, est la disposition la plussûrt et la plus propre à tout événement, ft» mettra les valets, les bagages, les^' vres et les munitions dans le mh&^' Si vous êtes attaqué en queue, ceux de ce côté seront fermes : vous ordonnetei en même temps qpe ceux de la ^ s'arrêtent pour ne pas se séparer, et se tiennent prêts au besoin.

Quand les troupes passent par des lieux rudes et jraboteux où elles ne peuvent marcher serrées , comme elles sont dispersées et séparées, il arrive souvent que les premiers, qui ont descendu une montagne , étant arrivés dans la pl^'^^' prennent celles qui les suivent po"' des ennemis, et réciproquement càl&^'

l'emperbur Léon.

Ces sortes de méprises peuvent être dangereuses,

' Dans le pays plat, on découvre de loin : la poussière ou les feux que l'enneini allume peuvent Tannoncer. Les collines > les montagnes et les bois étant très-propres pour des embuscades , vous aurez attention de les faire reconnaître avant de vous y engager-

Quand tous marcherez pour combattre, vous avancerez d'un pas égal et modéré; mais, dès que vous serez en présence» vos troupes étant formées, TOUS fondrez sur l'ennemi avec rapidité. II faut proflter de la première pointe de courage, qui s'émousserait par le retardement. Celui-ci occasionne des réflexions qui consomment la vigueur de l'âme , et cette inquiétude détruit les forces du corps.

Évitez les défilés autant qu'il sera possible, surtout quand ils sont trèslongs, à moins de vous être emparé auparavant des hauteurs, et d'être sûr que les ennemis en sont tout*à-fait chassés.

On trouve souvent des chemins étroits et difficiles où l'infanterie peut néanmoins marcher sans incommodité : c'est pourquoi s'ils ne sont pas plus longs I que d'un mille, on ne permettra pas à la cavalerie de prendre le large dans la campagne, surtout au cœur de l'été; mais on lui fera mettre un pied à terre pour marcher plus librement.

J'appelle détroits et passages difliciles, lorsqu'il n'y a qu'un chemin resserré : quand il y en a plusieurs, et qu'on peut les y pratiquer, le passage est réputé assez libre.

Quand vous aurez traversé de semblables lieux, et que vous devrez y repasser, vous y laisserez de Tinfanlerie, commandée par des chefs qui sachent s'y placer; vous y joindrez môme de la cavalerie, si l'endroit en est sus-

ceptible. Si ce sont des bois épais et qui ne soient pas d'une grande Ion* gueur, on y pratiquera de larges ouvertures, afin d'y marcher sur un certain front : si les chemins sont étroits, raides et pleins de précipices, vous les ferez élargir et aplanir autant qu'il se pourra.

En pareil cas , quand on mène avec soi du bagage ou du butin, on se divise en deux phalanges ou lignes qui marchent par l'aile, et l'on place le bagage entre elles. La diphalangie ou double front est une disposition également forte de l'un ou de l'autre côté , comme le double tranchant d'une épée.

Ce qui restera , les deux lignes étant formées, sera placé sur les quatre côtés, tant pour la conservation du bagage que pour écarter les coureurs ennemis, qui viendraient troubler l'ordre de bataille.

Si dans celte occasion l'on a fait mettre pied à terre à la cavalerie , et qu'il n'y ait pas aussi de l'infanterie avec elle., on mettra les chevaux toutà-fait dans le milieu , parce que s'ils étaient proches, et qu'il survint une alarme, les cavaliers y courraient aussitôt pour monter dessus , et pourraient s'enfuir, ce qui ne se ferait pas sans désordre.

Si vous êtes poursuivi et vivement pressé par l'ennemi , vous mettrez en dehors les bestiaux pris et les captifs .que vous aurez bien liés ensemble ; cela vous servira comme de bouclier : les ennemis n'oseront tirer à cause d'eux, ou s'ils le font , ils les frapperont plutôt que vous.

Si vous vofez que vous ne pouvez conserver votre proie sans danger, vous en abandonnerez une partie, ou le tout s'il est nécessaire, afin de vous dégager plus aisément. Si les ennemis vous tiennent resserré en gardant toutes les is-

L ËMPfLRËUR LEON.

^ut^, Cl ne veulent entendre à aucuoe condilion» vous tuerez les prisonniei'S, et vous ravagerez leur pays sans miséricorde, ou plutôt vous tâcherez de vous ouvrir le passage.

Dans les marches en plaine» vous aurez des avant -gardes et des arrièregardes de cavalerie» au-delà desquelles on ne souffrira aucune troupe d'infanterie.

Si les ennemis sont proches , les soldais seront munis de toutes leurs armes, et ne les laisseront point dans les chariots : il faut qu'ils marchent en ordre , cl soient prêts à combattre comme si l'armée était en bataille.

Les traites ne doivent pas être trop longues, afin de ne pas fatiguer Tinfanterie : les chariots qui porti:nt ses bagages marcheront à la suite de la mérie dont ils dépendent.

^ Si vous voulez faire une course dans le pays ennemi avec un corps d'infanterie, et que vous déviez passer par des lieux raboteux, d'un accès dirflcile, il ne faut pas laisser suivre beaucoup de bagages, ni vous charger d'armures pesantes, comme des casques et des cuirasses i mais que vos soldats aient seulement des boucliers avec des piques. Les psitites, qui forment l'infanterie légère, auront des boucliers, des javelots, des dards et autres armes les plus propres à l'occasion. On ne manquera pas de se pourvoir de beaucoup de haches. On mènera peu de cavalerie ainsi que de bagages.

L'infanterie portant le bouclier ne s'étendra pas sur un front contigu , comme dans un terrain uni et découvert; mais vous la séparerez en deux ou quatre parties. Cha(|ue division sera sur quatre files de hauteur plus ou moins , selon le nombre d'hommes que vous aurez, et l'usage auquel on les destinera. Elles laisseront entre elles

l'espace d'un jet de pierre. Votre cavalerie marchera après cette inianlerie; elle sera suivie des bagages <[ue vetis ferez couvrir par quelque iafanterie légère armée de boucliers, pour iàire l'ai!* rière-garde.du tout , et soutenir la queue si elle était attaquée. Uae autre fvûb des psilites fera Tavant-gardeavec quelques chevau - légers » d'autres seroot jetés de droite et de gauche pour loailler et reconnaître les lieux où l'enneai pourrait être embusqué. On abattra ks arbres des environs» afin de retarder l'ennemi , en lui opposant ces obstacles dans les passages étroits. Si lepji est tout-à-fait découvert» ce seroot la coureurs qui se répandront et s'éioi* gneront le plus ; si , au contraire, il eit montueux et serré, ce seront les psiliiei qui feront la découverte. Ils ne doivent pas former un front comme les poiieboucliers, mais marclier par petits pe* loions pour lancer facilement ieufs traits. A. chacune de ces petites troupes de trois ou quatre, on joindra un archer qui sera d'un grand secours. Ces armés à la Iqjère ne s'éloigneront point au-delà de la portée du son de h buccine, afin de les faire rejoindre quand on voudra les rappeler et de leur donner du secours s'ils en ont b^ soin.

Ces sortes de camps-volans ne bûsiX' cheront donc point en bataille sur tut seul front, mais en colonne , les difii^ rens co^:ps se suivant les uns les au/nçs* S'il arrivait que les premiers fassent arrêtés par la difficulté des lieux et par les ennemis, les suivans feraient en sorte de les tourner, et de gagner les hauteurs sur eux. Il fautaussi prescrire aux psilites de s'emparer des lieux les plus élevés pour dominer l'ennemi.

Lorsque les q.uatre divisions m^^' chent de front , si elles ne peuvent passer ainsi , elles se doubleront et se ré-

l'exfereub l^.on.

duironl en deux parties, comme une diphalangie; si le Heu est si élroit qu'il ne puisse contenir deux divisions de fronts celles-ci se doubleront encore.

Lorsque le défilé sera passé , elles reprendront leur première disposition , les armés à la l^ère tenant l'ordre que j'ai dit ci-devant.

Si les ennemis paraissent , vous observerez par quel côlé ils veulenl vous attaquer, afin d'y présenter un front.

Si, par exemple y ils se présentent sur votre gauche, l'une des divisions étant déjà de ce côté, les trois autres feront leurs mouvemens pour s'y porter et y prendre leur poste : de même si c'est vers la droite.

Si l'ennemi ne se présente que devant une ou deux des divisions du centre, elles se développeront pour se mettre en bataille : celles des ailes feront de même, et formeront la ligne.

Les psilitesse répandront pour charger l'ennemi, et la cavalerie t&chera de l'envelopper, si l'étendue du lieu le permet.

Les porte-boucliers auront leurs files irès-ou vertes et sur beaucoup de profondeur, quand ils passeront dans des bois clairs ou autres lieux où il y aura beaucoup d'arbres , afin de faciliter leur passage, et qu'ils se resserrent ensuite aisément; mais si le passage était intercepté, l'ordonnance demeurerait serrée, el l'on pousserait en avant une partie des armés à la légère pour écarter les ennemis : on les ferait soutenir par quelques détachemens de porte-boucliers et de la cavalerie.

Gomme on jette ordinairement des cris du côté où l'ennemi aborde , vous prendrez garde que les troupes ne courent dans celte partie, et qu'il n'y ait de la confusion. Les seuls armés à la légère iront au cri de l'ennemi : tous les autres resteront û leai-s postes, et

personne ne bougera sans l'ordre des comroandans.

Ainsi vous assurerez votre marche en la râlant comme je l'ai dit ; savoir, en colonnes dans les terrains resserrés, soit sur une seule colonne ou sur deux divisions, ou sur quatre, 9elon que les lieux pourront les contenir. Quant ils seront plus spacieux , alors on pourra s'étendre et marcher en bataille, à moins que pour diminuer le front on ne veuille faire les files plus hautes.

Remarquez que dans le pays fourré et couvert de bois , les jaculateurs qui lancent des dards à la main sont préférables aux archers et aux frondeurs ; c'est pourquoi il faut avoir beaucoup de psilites exercés à s'en servir. Au contraire, les archers sont plus utiles en pleine bauiille dans les lieux nus et montagneux où ils rendent de grands services.

Lorsque vous serez arrivé au lieu du campement, vous ne romprez point l'ordre de bataille, ni ne congédierez les troupes que le camp ne soit assuré, et les gardes posées.

Vous aurez attention que Ton connaisse parfaitement les divers signaux donnés par le son de la buccine, afin qu'on s'arrête quand on l'ordonnera , qu'on marche de même, et qu'on fasse fous les mouvemens comme ils seront désignés.

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