‹ Bibliotheque militaireChapitre 327 sur 614 · CHAPITRE U · texte numérisé non relu

CHAPITRE U

CLBARQUB.

Oéarque conduisant une grande a^ mée, trouva sur sa route une rivière à passer. Il y avait deux gués. Au premier on n'avait de l'eau que jusqa'i mi-jambe, et à l'autre on en avait joiqu'à la mamelle. II essaya d'abord de passer le premier gué ; mais les ennemis qui étaient de l'autre côté maltrai* taient ses troupes à coups de frondes et de flèches. Gléarque voyant cab, prit ceux qui étaient tout armés d»

fer, et le» fit passer au second gué plai profond, afin qu'ila pussent avoir la plu» grande partie du corpai couvert dans le fleuve, et k bouclier couvrait sttflisamment ce qui paraissait au de»

hors. Ainsi ces gens passèrent le fleave en sûreté, et repoussèrent les ennenus, et le reste de l'armée traversa san$ obstacle le premier gué plus aisé.

VOLYJSli, LIV. U.

U. Aivès que Gyrui eut été tué, Qéarque ge retira avec les Grecs, et campa dans une bourgade où il y avait des vivres en abondance. Tisapberne lui envoya des ambassadeors pour lui proposer de demeurer en ce lieu, à condition que les Grecs livreraient leurs armes. Cléarque feignit d'entendre cette proposition, dans la pensée que Tisapberne s'assurant sur le traité, séparerait ses troupes, et leur donnerait des quartiers dans le voisinage.

Cela arriva en effet; et Tisapberne disposa ses troupes, dans l'espérance du traité. Qéarque, profitant de cette foute, délogea la nuit, et eut le temps de marcher un jour et une nuit, avant que Tisapberne eût rassemblé ses troupes, ce qu'il ne put foire que len* tement.

m, Cléarque conseillait à Cyrus de ne se point exposer, mais de se contenter d'observer le combat, d'autant que combattant, sa seule personne ne serait pas d'un grand secours, au lieu que sa perte causerait celle de toute rarmée. Quant à la pbalange des Grecs, il la fit marcher d'abord lentement , pour étonner les Barbares par sa belle ttisposition ; mais quand on fut à la portée du trait, il ordonna qu'on prit la course, pow éviter d'être blessé par les javelots des Barbares. Et en effot, cette partie de l'armée eut l'avantafe sur les Peraes«

IV, Après la mort de Cyrus, les Greea occupèrent un canton fertile et d'une grande étendue, environné d'un fleuve, et qu'une seule langue de terre empêchait d'être une ile parfaite. Il ne voulait pas que l'on y campât ; mais il avait de la peine à le persuader à ses Grecs. Il s'avisa de faire semer un faux bruit, que le roi menaçait de faire murer cette langue de terre. Les Grecs l'ayant entendu, se rendirent à l'avis

de Cléarquei et campèrent au-delà de cette langue de terre.

Y. Cléarque, emmenant un grand butin, se trouva arrêté sur une hau^ teur par les ennemis, qui l'environnèrent d'une tranchée. Les chefs de ses troupes voulaient qu'on chargeât les ennemis, avant que l'ouvrage fùtache* vé. a Laissez-les faire, dit CléarquOt et prenez courage; plus ils avanceront la tranchée, et moins nous aurons d'ennemis a combattre. » En effet, sur le soir, laissant là le butin, il se présenta è l'endroit où l'on n'avait pas encore ouvert la terre, et mit focilement en pièces, dans un lieu si serré, ceux qui se présentèrent devant lui.

VI. Cléarque, chargé du butin qu'il avait fait en Thrace, ne put se rendre à Byzance aussitôt qu'il l'aurait souhaité, et fut obligé de camper auprès d'une montagne du pays. Les Thraces se rassemblèrent, et Cléarque jugea bien que ceux qui avaient pu s'échap* per des montagnes, viendraient l'attàr quer la nuit. C est pourquoi il ordonna à ses troupes de demeurer sous les ar^ mes, et de s'entr'éveiller souvent Lui-même, pour les tenir plus alertes, profitant d'une nuit obscure, prit une partie de l'armée, et se mit à frapper sur les armes, à la manière des Thrar ces. Le reste de ses troupes croyant que c'étaient les ennemis, se tenait prêta combattre. Sans ce moment les Thraces se montrèrent effectivement.

Ils croyaient trouver les Grecs endormis ; mais ils furent reçus par des gens qui ne l'étaient pas, qui étaient prêts a bien manier les armes, et qui leur tuèrent beaucoup de monde.

VII. Quand ceux de Byzance se furent révoltés, Cléarque fut mis a l'amende par les Ëphores, et s'enfuit à Lampsaque avec quatre navires. Il

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s'y habitua, et fit semblant de n'y penser qu'à boire et à faire bonne chère.

Pendant ce temps-là ceux de Byzance furent assiégés par les Thraces, et envoyèrent les commandans de leurs troupes demander du secours à Cféarque. Il affecta de paraître plongé dans rivrognerie, et à peine pu1>on gagner sur lui qu'il leur donnât audience le troisième jour. Ayant écouté leurs prières, il dit qu'il avait pitié d'eux, et promit de les secouru*. Outre ses quatre navires, il en arma encore deux autres, et fit voile à Byzance. Là il convoqua l'assemblée , et conseilla de faire monter sur les vaisseaux tout ce qu'il y avait de cavaliers et de gens de pied dans la ville, pour attaquer les Thraces en queue. Cela fut exécuté, et les pilotes eurent ordre de lui, quand ils verraient lever en haut le signal du combat, de mettre en mer, et de rester ensuite à flot sur l'ancre. Quand cela fut fait, Cléarque resté à terre avec les deux chefs, dit : « J'ai soif; » et se trouvant près d'un cabaret, il y entra avec eux, et avec les gardes qu'il y avait fait mettre en embuscade, tua les deux chefs. Il ferma ensuite le cabaret, et ordonna au cabaretier de se taire. Ayant fait ainsi mourir ces deux honunes, et enlevé tes forces de la ville, il y fit entrer ses propres soldats, et s'en rendit le maître.

Vni. Cléarque faisaitle ravage dans la Thrace, et y fit mourir plusieurs habitans. On hii envoya des ambassadeurs pour le prier de mettre fin à la guerre. Hais comme il estimait que la paix ne lui serait pas avantageuse, il ordonna aux cuisiniers de prendre deux ou trois corps morts des Thraces, de les couper en pièces, et de pendre ces pièces à des crochets. Les ambast$adeurs Thraces voyant ces tristes ob-

jets, demandèrent à quelle fin cela se faisait. On leur répondit, par ordre de Cléarque, que c'était un régal qn*on préparait pour son souper. Les ambassadeurs, pénétrés d'horreur, se retirèrent, sans avoir osé ouvrir la bouche sur le sujet de leur légation.

IX. Cléarque avait ses troupes dans une plaine, et les ennemis supérieurs en cavalerie, étaient sur le point de l'attaquer. Il fit son ordre de bataille de huit rangs de profondeur, et les desserra plus qu'on ne le faisait ordinairement dans la disposition en carré.

Il ordonna à ses gens de baisser l'épée le long du bouclier, et de creuser un fossé profond. Quand le fossé fut fait, il fit avancer ses troupes au-delà, h la rencontre de la cavalerie ennemie, et commanda que dans le moment qu'elle commencerait à agir , on Iflch&t pied jusqu'aux tranchées. Les ennemis qui ne connaissaient point ce piège, poussèrent avec ardeur, et donnèrent dans les fossés, où ils tombèrent les uns sur les autres, et les troupes de Cléarque tuèrent les cavaliers ennemis tombés par terre.

X. Pendant que Cléarque était en Thrace, l'armée était inquiétée de terreurs nocturnes. Cléarque fit publier:

« S'il se fait quelque tumulte la nuit, que personne ne se lève; et si quelqu'un se lève, qu'on le tue comme ennemi. » Cet ordre apprit aux soldats à mépriser ces terreurs de nuit^ et ils cessèrent ainsi de se mettre inutile^ ment en mouvement.

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