CHAPITRE m
ÊPAMIlfOia>AS.
Phébiade, qui avait le commande-
POLTIN,
ment de la citedelle de Gadmie, était amoureux de la femme d'ËpaminoDdas. Cette femme le fit savoir à son mari, qui loi ordonna de faire semblant d'aimer Phébiade, et de loi promettre une noit, avec engagement de mener ayec elle d'autres femmes pour ses amis. La parole donnée, les femmes se trouvèrent au rendez-vous, et burent avec Phébiade et ses amis, jusqu'à l'ivresse. Elles demandèrent ensuite la permission de sortir un moment, pour vaquer à un sacrifice nocturne, et promirent de revenir dans l'instant. Phébiade et ses amis le leur permirent, et ordonnèrent aux gardes de la porte de les laisser rentrer. Étant sorties, elles trouvèrent dehors des jeunes gens sans barbe, avec qui elles changèrent d'habits, à la réserve d'une seule qui rentra avec eux, tant pour dire deux mots aux gardes de la porte, que pour guider ces jeunes gens. Conduits par cette femme, ils tuèrent Phébiade et tous ceux qui étaient avec lui.
II. Épaminondas, prêt de donner bataille à Leuctre, conduisait déjà sa phalange , suivie de ceux de Thespie.
Il savait que ceux-ci ne marchaient qu'à regret, et pour éviter qu'ils ne causassent du désordre dans Faction, il fit publier : a II est permis à ceux des Béotiens qui le voudront de se retirer. » Aussitôt les Thespiens s*en allèrent avec leurs armes. Par ce moyen il ne resta plus à Épaminondas que des troupes sûres et bien disciplinées, dont la valeur lui fit gagner une glorieuse victoire.
III. Épaminondas menait ses troupes dans le Péloponnèse, et les ennemis venant à sa rencontre, campèrent auprès d'Onie. Il tonna, et les troupes d'Épaminondas eurent d'autant plus de frayeur,que le devin commanda de faire balte» « Koo, non, dit Épami-
uv. u.
nondas, ce sont les ennmiûs seuls campés-là, que le tonnerre menace. » Le discours du général rendit le courage à ses troupes, et elles le suivirent hardiment.
rv . A la bataille de Leuctres, Épaminondas comnouindait les Thébains, etCléombrote était à la tète des Lacédémoniens. L'avantage était égal de deux côtés, aussi bien que la perte.
Épaminondas dit aux Thébains: «Ac^ cordez-moi seulement encore un pas, et la victoire est à nous. » Ils le crurent, et vainquirent ; les Lacédémoniens lâchèrent pied, et le roi Cléombrote mourut dans le combat.
V. Épaminondas, entré dans la Laconie, y eut tant d'avantages, qu'il ne tint qu'à lui de prendre Sparte. Mais changeant de sentiment, il se retira, sans avoir touché à la ville. Ses collègues menaçaient de le faire condamner. Mais leur montrant les alliés, c'est-à-dire, les Arcadiens, les Messéniens , les Argiens , et les 'autres du Péloponnèse : «Voyez-vous ces gens, leur dit-il ; ce serait contre eux qu'il faudrait combattre, si nous ruinions entièrement les Lacédémoniens; car s'ils sont unis à nous pour abaisser Lacédémone, ils seraient très fâchés que cette union servit à l'agrandissement de Thèbes.
YI. Épaminondas persuada aux Thébains de lutter avec ceux d'entre les Lacédémoniens qui se trouvaient à Thèbes. Les Thébains n'avaient pas de peine à les mettre par terre, et apprirent par là à les mépriser. Après quoi s'estimant plus forts qu'eux, ils leur firent la guerre avec plus de cou^ rage.
VIL Épaminondas avait coutume de ne mener ses troupes qu'après le lever du soleil, comme s'il eût voulu faire profession de ne faire la guerre qu'à dé-
POLY«K, MV. n.
couvert. Il changea de méthode qannû il fat dans le Péloponnèse, et surprit les Lacédémoniens endormis, en donnant sur eux la nuit.
yni. Ëpaminondas commandait les Thébains, et Cléombrote était à la tête des Lacédémoniens et de leurs alliés, au nombre de quarante mille hommes.
Ce grand nombre faisait peur aux Thébains. Épaminondas les rassura par deux artifices. Comme ils sortaient de la ville, un homme inconnu, préparé secrètement par Épaminondas, vint à leur rencontre, la tête ornée d'une couronne et de banderoles, et leur dit: « Je suis chargé de la part de Trophonius, de dire aux Thébains, que la victoire sera pour ceux qui commenceront les premiers te combat. » Les Thébains encouragés par cette prédiction, adorèrent le dieu qui la leur faisait.
« Ce n'est pas encore assez, dit Épaminondas ; il faut aller fah*e nos prières à Hercule. » Il avait déjà donné ses ordres au prêtre d'Hercule, qui avait ouvert le temple la nuit, et avait remis les armes en leur place, après tes avoir détachées et fourbies avec le secours de ses ministres; et tout cela s'était fait secrètement, sans qu'ils en eussent rien dit à personne. Les gens de guerre arrivant au temple, et le trouvant ouvert sans ministère d'homme, et voyant toutes ces vieilles armes si brillantes, jetèrent de grands cris, et se trouvèrent animés d'un courage qu'ils crurent inspiré des dieux, parce qu'ils se persuadèrent qu'Hercule voulait leur tenir lieu de général. Cette confiance fut cause qu'ils vinrent à bout de vaincre les quarante mille ennemis qu'ils avaient à combattre.
IX. Épaminondas voulant entrer dans la Laconie, fit entendre qu'il passerait (l'isthme) la nuit. La forteresse du mont Onie (c^u'on trouvait à
l'entrée) était ééfèndtte par iiiie garnison de Laeédéttoniens. Ëpanlnoti-^ das, fit reposer se^ troupes au pied 4» cette montagne, et ceux de là garnison furent toute la nuit sous les armes avec beaucoup de fatigue. A la pointe du jour, Épaminondas donna sur la garnison accablée de sommeil; et l'ayant facilement vaincue, passa librement.
X. Épaminondas , informé que Sparte était sans soldats, résolut de la surprendre la nuit. Agésilas en ftat averti par des transftiges, accourut eft diligence au secx)urs, avec ce quMl avait de troupes, et entra dans la ville, oàit attendit les Thébains de pied ferme.
Ils se présentèrent et furent vigoureusement repoussés par les Lacédémoniens. Comme le danger était pressant pour les Thébains, dans le trouble et la nuit, ils furent contraints de preif dre la fuite, et plusieurs d'entre eux jetèrent leurs boucliers. Pwir éifit^ qu'ils fussent notés d'infamie à ce su-" jet, Épaminondas fit crier qu'aucun de ceux qui étaient armés pesamment ne portât son bouclier ; qu'un chacun le donnât à son écuyer, ou à quelqu'autre serviteur, et le vint joindre avea son dard et son épée seulement, ponr le suivre (où il les voudrait mener.) Il cacha de cette manière à la multitude, quels étaient ceux qui avaient jeté leur bouclier : et ce bienfait les rencfit dam la suite plus attachés à lui, plus coura^ geux, et plus obéissans dans les entre* prises les plus périlleuses.
XI. Épaminondas donna bataille aux Lacédémoniens. L'action fat vive, et il y eut beaucoup de morts de part et d'autre. La nuit survint, qui Iàis« la victoire indécise, et les deux armée§ se retirèrent. Les Lacédémoniens campant dam un très grand ordre, il len^ fat aisé de savon* le nombre àe lettrt
#0LTn, ur. If.
Cela km aftiMit le com«e, et ib 8*cadonnirent IrMement. ÉpeflrinoDdas, pour empèokerqoe pareille chose n'arrivât de son côté , ordonna i|ne cbaonn camptt coBmie il se tren- ¥erait, sans chercher sa place ordinaire , que tons soapassent à la héte de ce qne chacnn ponrratt avoir de vivres, xm en demandassent à leurs Toirins, fft 9e reposassent au atième lien oA ils enraient sonpé. De cet ordre, ^i fat exécuté smr-leK^amp, il en résnita on grand bien, qni fat que les Thébains qai avaient sonpé çè et là, et non dans leurs diambrées, ignorèrent le nombre de leurs morts; en sorte qne <6^ tant remis en bataille le lendemain. Ils se battirent beaf coup plus cooragensèment que les LacëdémonieDS, qnlls tainqmrent sans pefaie, parce qnlls les trouvèrent déjà consternés de la perte de lenrs compagnons.
XII. Épaminondas menait sit mille Thébains senlemeni contre trente mille, tant Spartiates, qu'alliés des Spartiates. Les Thébains, comme il était naturel, avaient peur de cette grande multitude ; mais voici comme Épaminondas leur ôta cette frayeur.
Il y avait à Thèbes une statue de Pallas, qui avait mie lance à la main droite, et au devant des genoux un bouclier appuyé sur la terre. Épaminondas prît un ouvrier, et le mena la nuit dans le temple oà était cette statue, tl lui fit changer d'attitude, et passa le bouclier au bras de Pallas. Quand îl Itat temps de in>rfir de la ville, Épami^ das fit tmvrir tons les temples, comme pour y fiiite des sacrifices pour Then^ renx succès de l'armée. Les soldats voyant la nouvelle attitude de Paltas, forent surpris, et se persuadèrent fortement que fai dée^ tétait armée contre les ennemis. Épaminondas ne né^igea pas de profiter de cette dis-
pesatieii daaesprtts; M M eaioalt rftea» herter ees troupes à prendre eefcny»
pnîsqne la dèeste tenéilt k fcetrtiieg contre les ennemis de l'Élit. Ei eÉM»
les Thébahia <afi(b&èreiit, éennèrent un oombaC éeMmt, et rempetterent II ficteine mtt wk nombre mMI snp*^ rieur que rétaR eehn des LaetdCiM»
XIII. ÉpanÉfeendas fOiMÉnt paaM le pont bâti rar le Sperqne, trefaittai TtiessaKens campés devant kii dans tt dessein de Ini ^pMer le pasnge. H avait remarqué que vers le poltft &ê Jour II tf'élevflit ûik fleuve un biMMaNl epais* H commanda a tiia^Ml ifMp^ de coupei et de pettef ÛMt MtoaMl de bois, wi de bMs teft, et FaiiM ûè bois sec, etd*y tMttreleAnsVf te itf^ nuit, au bois vert au-dessus, iH M iNÉI sec au-dessous. Saeatte sorte, favorisé de la nuit, do brouQlardv et de la famée, qui dérobaient aux ennemis la vue des objets» il tt paaaer ses soldats sur le pont. Ils se trouvèrent dans le milieu de la pMne, de l^autfe clHé^ ny^pl que la fumée et le broidHard n ftissent dissipés. Alors, mais il était trop tard, les Thessaliens s'aperonîeBt que les Thébains éttient pnfMés.
XIT. Épaminondas étant dans fâ disposition d*en tenir aux mams avec les Lacédémoniens, auprès de 'Mgêet jugea qu'A devait iTemparer de quelques po!ltesavairtfl|geox. Afin de cacli# son dessein aux enneah, il ordomia au commandant de là cavalerie de t^ vancer au detant de la phidange avet seize cents dietatti, rt de ftare plu* sienflB éfv<Autiofis, iuuvlies et wirtfo» marches de tflté A d'autfl!. Mr Cfc moyen 11 ^életa beauccmp de pouft* sière, qui offusqua la vue des ennemU, et àTaide de cette dbscurlté les postes furent gagnés secrètement par Épaminondas. Quand la poussière fift
POLVIM, UY* 11.
ttfmfiéfà^ leg. MMSédénumieiis s'aperçurent quelle avait été la raùon d'une cavacalde« dont le but leur avait été 4'atM)rd inconnu.
XY. Ëpaminondas voulant exciter les Thébains à faire un vigoureux effort contre, les Lacédémoniens, prit un grand serpent, le leur montra, et lui ayant écrasé la tête en présence de tous, il leur dit : «c Vous voyez que la tète ôtée, tout le reste du corps n'a {dus de force. La tête de nos ennemis sont les Lacédémoniens que voilà, et le corps sont les alliés : si nous brisons cette tête, le reste du corps demeurera inutile.)» Les Thébains, persuadés par cet exemple, attaquèrent courageusement la phalange lacédémonienne et la rompirent, et la multitude des alliés prît la fuite.